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Full text of "Les mines du Laurion dans l'antiquité"

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Les mines du Laurion dans l'antiquité 



Edouard Ardaillon 



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BIBLIOTHEQUE 

DES 



ECOLES FRANGAISeS D ATHENES ET DE ROME 



FASCICULE SOIXANTE-DIX-SEPTIÈME 
LES MINES DU LAURION DANS L'ANTIQUITÉ 

V\U KrMHAHI" AltDAII.IAJ.N 



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fiOr FRÈRES, RUK MCOLAS-LKI5 LA SC, 25 



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LES 

MINES DU LAURION 

DANS L'ANTIQUITÉ 



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LES 



MINES DU LAURION 



DANS 



L'ANTIQUITÉ 

PAR 

EDOUARD ^RDAILLON 

ANaEN MEMBRE DE L*ÉCOLE FRANÇAISE D*ATHÊNES 
CHARGÉ DU COURS DE GÉOGRAPHIE A L*UNIVERSITÉ DE LILLE 



Contenant vingt-six gravures dans le texte, 

une planche en phototypie et deux similigravores hors texte, 

plus une carte du Laurion en six couleurs. 



PARIS 

ANCIENNE LIBRAIRIE THORIN ET FILS 
A. F0NTEH0IN6, ÉDITEUR 

LIBRAIRE DES ÉCOLES FRANÇAISES D*ATHÈNES ET DE ROME, 

DU COLLÈGE DE FRANCE, DE L^ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE 

ET DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES HISTORIQUES 

4, RiJE liE «erF, 4 

1897 

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A MM. 

TH. HOMOLLK et P. VIDAL DE LA 

HOMMAGK 



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PRÉFACE 



C'est A. Boeckh qui a publié le premier et le meilleur mémoire 
sur les mines du Laurion dans l'antiquité. Le savant historien 
avait divisé son travail en deux parties. La première était 
consacrée à la description des mines, telle qu'il pouvait la faire 
d'après les maigres renseignements épars dans les auteurs 
anciens ou dans les relations des voyageurs modernes. La 
seconde partie traitait les dn ar.^es questions de droit, d'économie 
politique et d'histoire qui se posent à propos du Laurion. 
Boeckh avait donc pensé qu'il était indispensable de commencer 
par l'étude du pays, des minerais, des procédés et des [produits 
industriels, avant d'aborder l'étude des textes historiques : l'une 
devait servir à éclairer l'autre. Mais, au moment où il écrivait 
(1815), son enquête préalable ne pouvait être complète, et par 
suite les conclusions qu'il en a tirées sont souvent erronées. 
Depuis cette époque, grâce à la reprise de l'exploitatiou dans les 
gisements du Laurion, on a pu visiter les mines anciennes, filles 
sont assez bien conservées pour nous permettre de comprendre 
et d'apprécier lordonnance et Texécution des travaux. D'un 
autre côté, nos sources écrites se sont enrichies de documents 
nouveaux, qui ont comblé des lacunes et élucidé des points 
obscurs. D'autres écrivains ont repris la question; mais les uns 
ne se sont pas préoccupés des textes, et les autres ont laissé de 
côté la description des mines. Dans ces conditions, j'ai cru qu'il 
y avait lieu, en suivant la méthode de Boeckh, d'écrire une 
monographie complète du Laurion. D'une part^ j'ai voulu mon- 
trer l'organisation et la marche d'une grande industrie chez les 
Grecs; d'autre part, j'ai tenté de marquer la place qu'ont tenue 
dans l'histoire d'Athènes les célèbres mines de l'Attique. 

Pendant mon séjour à l'École française d'Athènes, j'ai passé 
de longs mois à relever sur place l'œuvre des mineurs anciens. 
Grâce à l'amitié dévouée et à la complaisance inépuisable des 



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2 PRÉFACE 

iDgéoieurs de la Compagnie française (1), j'ai pu sans difficulté 
^étudier et Texploitation souterraine des Athéniens et leurs tra- 
vaux métallurgiques de surface. C'est le résultat de ces observa- 
tions qui compose,en majeure partie, les premiers chapitres de cet 
ouvrage. On verra que je n'ai point ménagé les détails techniques. 
Ce n'est pas à coup sûr pour faire parade de connaissances 
étrangères à un archéologue ou à un historien. Mais j'ai pensé 
que pour donner une juste idée de l'habileté des mineurs Athé- 
niens, il était nécessaire de décrire avec précision le terrain de 
leurs opérations, leurs procédés de travail et leurs méthodes 
d'exploitation. Une galerie ou un puits n'ont rien, au premier 
abord, qui puisse intéresser l'esprit ou frapper l'imagination. 
Cependant, si nous regardons avec soin les entailles dont les 
parements portent la marque, si nous considérons remplace- 
ment, la direction, le rôle de ce puits et de cette galerie, nous 
nous apercevrons que les Grecs apportaient, dans la pratique 
d'une grande industrie, une sagacité et une intelligence peu 
communes. 

Mieux informés sur la technique, nous pouvons aborder le 
problème historique des mines du Laurion avec plus de sécurité. 
Les documents écrits que nous possédons sont souvent obscurs : 
j'ai essayé, avec le secours des renseignements que me four- 
nissait l'étude positive, de les élucider et d'en tirer le meilleur 
parti possible. Mais les textes sont en même temps si peu 
nombreux que nous sommes réduits, sur plus d'un point impor- 
tant, à nous contenter d*hypothèses. Enfin, le sujet touche à 
tant de questions diverses, qu'il s'agisse d'institutions ou 
d'histoire économique et politique, que je ne suis pas certain 
d'avoir toujours adopté les solutions définitives. Dans l'état 
actuel de nos connaissances, il serait imprudent d'affirmer 
le contraire. Néanmoins j'espère que ce travail sera une contri- 
bution utile à l'étude de l'industrie antique, qui mérite 
d'être mieux connue, car elle a eu dans l'histoire ancienne 
plus d'importance qu'on ne l'imagine. 



(1) CeUe ëtuHe sur les mines du Laurion dans TanUquIté aurait ëlé à peu 
près inabordable pour moi, si je n'avais trouvé à Altiènes auprès des Direc- 
teurs de la Compagnie française et de la Société tieilénique l'accueil le plus 
bienveillant. Je dois aussi un témoignage particulier de gratitude à MM. Rabut, 
Pageyrai, Doche, Chambon et Bouchez, ingénieurs de la Compagnie française, 
qui ont toujours été pour moi les conseillers les plus aimables et les plus 
compétents. Je me fais un plaisir de les remercier de leur dévouement. 



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BIBLIOGRAPHIE 



1815. — A. BoECKH, Ueher die Laurischen Silberhergwerke in Atticay 
dans les Abhandlungen d. Berliner Académie d, Wiss,, 
181S, pp. 85-140; réédité dans les Gesammelte kl. Schrif- 
ten, VI, p. 1 et suiv. 

1869. — A. GoRDELLA, Le Laurion, Marseille, 1869. 

1870. — GoRGEix, Les mines du Laurion, dans le Bulletin de l'École 

Française d'Athènes, 1870, p. 71 et suiv. 

1872. — Ledoux, Le Laurion et les mvnes d'argent en Grèce, dans la 
Revue des deua; mondes du 1«' février 1872. 

1874. — Rangabé, Du Laurion, dans les Mémoires près. p. divers 

savants à VAcadémie des Inscriptions et Belles- Lettres, 
1"» série, 1874, t. VIII, 2* partie, p. 297-346. 

1875. — CoRDELLA, Description des produits des mines du Laurion 

et d'Oropos, Athènes, 1875. 

1879. — HuET, Mémoire mr le Laurion, dans les Mémoires de la 
Société des Ingénieurs Civils, Paris, Jiiillet-Août 1879. 

188! . — Ph. Negris, Laveries anciennes du Laurion, dans les Annales 
des Mines, Juillet-Août 1881, Paris. 

1883. — E. Watbled, Exploitation des mines du Laurion, dans la 
Revue maritime et coloniale, Paris 1883, p. 617-634. 

1885. — H. Hansen, De metallis Atticis, Hambourg, 1885, in-4®, 30 p. 

1887. — HuET, Deuxième mémoire sur le Laurion, dans les Mémoires 
de la Société des Ingénieurs Civils, Avril 1887, Paris. 

1889. — A. Cambrés Y, Le Laurion, ddius la Revue universelle des Mines, 
3* série, t. VI, 1889. Liège et Paris, in-8*, 150 p. 

1893. — Ed. FucHS et L. de Launay, Cites du Laurion, dans le Traité 
des Gîtes minéraux et métallifères, t. II, pp. 375-387, Paris 
1893. 



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I 4 BIBLIOGRAPHIE 

£ 1895.— J.-J. BiNDER, Laurion, dieattischen Bergwerke im Aller thwn, 

t,'- exiT2LÏi des Jahresberichte der K. K. Staats-Oberrealschule 

I in Laibach, Laibach, 1895, in-S®, 54 p. (1). 

^t Abréviations : CIG : Corpus Inscriptionum graecarwm, 

r . CIA : Corpus Inscriptionum atticarum, 

; Bull. Corr, HelL : Bulletin de Correspondance Hellé- 

nique, 
S Mittheil. Arch. Inst, von Athen : Mittheilungen der 

Archaelogische Institut von Athen. 
: BoECKH, Laur. Silb. : Ueber die Laurischen Silberberg- 

werke in Attica. Édition de T Académie de Berlin. 



(1) Je ne crois pas devoir citer un certain nombre d'articles, paras dans des 
Revaes françaises ou étrangères, qui n*ont trait qu'à la description purement 
géologique et minéralogique du Laurion. On les troavera mentionnés dans la 
dissertation de M. flansen, De metallis Àtticis, pp. 3 et 4, ou dans la bibliogra- 
phie de MM. Fuchs et de Launay» Traité des Gîtes minératix et métallifères, 
t. II. p. 387. 



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LES 



MINES DU LAURION 

DANS L'ANTIQUITÉ 



PREMIÈRE PARTIE 



CHAPITRE I 



DESCRIPTION DU LAURION 



On désigne sous le nom de Laurion(Aaupiov, Aaupetov) la région 
de l'Attique, dont les Athéniens ont exploité dans l'antiquité les 
gisements de plomb argentifère. Elle est située à Textrémité 
méridionale du pays et forme un triangle dont les trois sommets 
sont occupés par le cap Sounion, le golfe Saint-Nicolas et la 
baie de Daskalio. Elle est constituée par un groupe de collines, 
qui, baigné par la mer Egée à TEst, au Sud, et au Sud-Ouest, est 
borné au Nord par la plaine de Kératéa (plaine Misogéé) et parla 
plaine d'Anavyssos. Entre les deux, le col de Métropisi (162™) (i) 
l'isole de la montagne de Kératéa (mont Paneion) ; au Nord Est 
seulement, les hauteurs qui bordent le rivage se rattachent 



(i) Nous citons les cotes d'altitude qui se trouvent sur les cartes allemandes 
de TAttique : feuilles 13, 14, 16, 17 des Karten von Attika, 1 : 25000, de Curtius 
et Kaupert, Berlin, 1886. Voir la carte jointe au volume. 



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6 LES MINES DU LAURION DANS L' ANTIQUITÉ 

sans solution de continuité à celles de Daskalio et de Porto- 
Raphti. Ainsi délimité, le Laurion mesure environ dix-sept kilo- 
mètres et demi de longueur sur une largeur maxima de douze 
kilomètres; ce n'est donc qu'une très petite partie de l'Attique 
ancienne. 

Par la nature de ses terrains, le Laurion appartient au système 
des schistes cristallins et des calcaires-marbres qui forment le 
Sud de l'Attique et de l'Eubée et la majorité des Cyclades. Ces 
couches sédimentaires anciennes se répartissent en cinq séries : 
deux se composent de schistes et trois de calcaires. Reposant 
les unes sur les autres en stratification concordante, elles ont 
toutes également subi l'action des forces orogéniques. Elles sont 
plissées sous la forme d'un anticlinal, dont l'axe est dirigé 
du Sud-Ouest au Nord 15*» Est. Du côté de l'Est, elles s'inclinent 
en pente douce ; du côté de l'Ouest, le plongement en est plus 
rapide et est encore accentué par une longue faille presque 
rectiligne qui suit la vallée Legrana et s'allonge jusqu'au Lulie 
Kouki. En outre, l'arôte anticlinale ondule verticalement, de telle 
sorte que les strates se relèvent lentement du cap Sounion à Plaka 
et au delà descendent vers le Nord. Ce grand plissement donne au 
relief du Laurion son trait essentiel : le faîte orographique prin- 
cipal, nettement orienté du S.S.O. au N.N.E., est parallèle à 
l'axe de l'anticlinal et se confond sensiblement avec lui. Telle est, 
en effet, la direction des sommets de l'Ovrio Castro (312™) et du 
Tsakiri(328™),celle aussi des monts Ripari(372"a)et du plateau qui 
étale au Sud ses contreforts jusqu'au cap Souuion. Sont alignées 
de môme à l'Ouest la crête irrégulière qui court du Lulie Kouki 
(204™) au Katzulieri (220">); à TEst, celle qui, partant du Vélaturi 
ou pic de Thoricos (145"), longe la vallée du Potamo. Sous ce 
rapport, les collines du Laurion ressemblent au mont Hymette^ et 
appartiennent comme lui à la série des ridements, orientés du 
Sud-Ouest au Nord-Est, qui caractérisent plusieurs régions 
côtières de la mer Egée. Mais le dessin tectonique du pays est 
moins simple qu'on ne le supposerait d'après cette indication. Un 
plissement secondaire est venu compliquer en deux endroits la 
structure du relief. D'abord, au centre, les hauteurs de Plaka 
(360™) interrompent et coupent à angle droit la chaîne maî- 
tresse : sur plus de trois kilomètres, de Métropisi à Thoricos, 
leur axe irrégulier prolonge celui de la montagne de Kératéa. 
Ensuite, au Sud-Ouest, le chaînon du Prophète Elias (356™) est 
perpendiculaire à l'alignement normal. Nous retrouvons ici 



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DESCRIPTION DU LAURION 7 

l'orientation du mont Pentélique et des monts de la Grèce cen- 
trale (1). Ainsi, sur une petite surface, se manifestent clairement 
les effets du double effort de plissement qui a travaillé la région 
occidentale de TArchipel, et le Laurion est comme une image 
réduite d'une contrée beaucoup plus vaste. 

Des accidents locaux ont modifié dans le détail les résultats 
généraux des actions orogéniques. La grande faille, qui, sur 
douze kilomètres de longueur, a feudu en ligue droite le versant 
occidental du pli anticlinal, a tracé les premiers linéaments d*un 
sillon, creusé et déblayé ensuite par l'érosion. On le suit du Sud 
au Nord quand, partant du rivage, on remonte la vallée Legrana : 
dans ce tronçon inférieur, un torrent, qui ne roule d'eau qu'à la 
suite des orages, a établi son lit. La petite plaine de Mégala 
Pevka et le val Berzéko prolongent le couloir jusqu'au col de 
Syntérini. Au delà, le même accident reparaît encore, mais à une 
altitude plus élevée (164>^) sur le plateau septentrional, allongé 
au pied des Ripari. C'est ainsi qu'une voie naturelle de commu- 
nication relie les districts miniers du Nord à ceux du Sud. C'est 
de même à une cassure que la vallée du Potamo doit naissance, 
nouveau chemin d'accès, le plus facile, sinon le plus court, de 
ceux qui joignent Thoricos à la plaine de Kératéa. L'érosion a 
aplani ce corridor sinueux,que suit aujourd'hui le chemin de fer 
d'Athènes au Laurion : dans le fond circule un ruisseau, qui n'a 
d'un fleuve que le nom, mais c'est le seul du pays qui conserve. 
Tannée durant, quelques pieds d'eau dans certaines parties de 
son cours. C'est encore à un accident local qu'on peut attribuer 
le petit pointement granitique, qui, aux environs de Plaka, a 
interrompu l'allure normale des couches : il surgit en coupole 
à l'extrémité septentrionale de la faille, et barre le sillon qu'elle 
a creusé. 

Les terrains du Laurion ont été diversement modelés par 
l'érosion. Les deux assises supérieures de calcaire et de schiste 
ont beaucoup souffert. Le calcaire supérieur a disparu presque 
partout; on ne le trouve plus qu'à l'éUit de témoin au sommet 
des plus hautes collines, et là il se présente en masses tabulaires 
aux parois abruptes. Le schiste supérieur, laissé à découvert, 
possède par endroits une épaisseur de quarante à soixante 



(1) Neamayr, ïberblick ûber die geolng. Verhàltnisse eines Theiles der 
âgttischen Kustenldnder (Denksckrtften drr K. Àkadewie der Wissenscfial- 
len von Wten, mathem. nalurwissonsch. Clisse, tome XL), p. 38.'J vl M)l, 



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8 LES MINES DU LAURION DANS L'ANTIQUlTé 

mètres, maïs souvent aussi il a été complètement enlevé. Là où 
il a résisté, il se présente sous Taspect d'éminences aux contours 
arrondis, ou de talus aux pentes douces ; quaod il se désagrège, 
il se réduit en une argile grise, qui, mêlée de blocs calcaires, 
va dans les creux de terrain s'amasser en un sol végétal 
de médiocre valeur. Les couches inférieures, plus dures à 
entamer et soumises depuis moins longtemps aux intempéries 
de l'air, ont fait meilleure contenance : elles couvrent encore 
de vastes surfaces. Mais elles affectent des formes semblables à 
celles des strates précédentes : les parois verticales du calcaire 
moyen surplombent les plans inclinés du schiste inférieur. De là, 
dans les traits du paysage Lauriotique, une certaine monotonie 
rachetée, il est vrai, par le vif contraste des masses sombres 
des schistes et des blancheurs éclatantes des marbres. On 
rencontre enfin çà et là des serpentines, d'origine douteuse (1), 
qui, sur le bord de la mer, se dressent en falaises à pic et 
dessinent des pointes aiguës. Quant aux lambeaux de terrains 
tertiaires que l'on retrouve eu quelques points, ils ne changent 
en rien le modelé du relief. 

L'œuvre de Térosion se manifeste encore sur la crête prin- 
cipale, au Sud de Camaréza, par l'aplanissement des sommets : 
sur une longueur de six à sept kilomètres, le faîte de la chaîne 
a été transformé en un plateau d'inégale largeur, mais bien 
horizontal (Plateau du Sud : 181™). Un des derniers contre- 
forts au Sud porte sur une plateforme le temple d'Athèna 
Souniade. Enfin les deux versants des collines ont été décou- 
pés par de multiples vallées. A TOccident, la pente de ces 
vallées est fortement prononcée ; c'est par de rapides lacets 
que la route dévale du Plateau septentrional dans les landes 
basses d'Auavyssos. Aussi, de ce côté, le Laurion a-t-il une 
apparence de grandeur qui trompe sur la véritable altitude le 
spectateur placé dans la plaine. A l'Orient, au contraire, les 
vallées plus longues descendent lentement vers la mer, et les 
chemins qui les remontent mènent sans fatigue du rivage aux 
plateaux. Elles sont aussi plus nombreuses et, par une heureuse 
disposition naturelle, elles convergent presque toutes vers un 
même point du littoral, vers la baie de Thoricos. C'est là que 
viennentdéboucher la vallée du Polamo et, par suite, le vallon de 
Vilia ; celle aussi de Plaka, que suit la route la plus directe 

(1) Cambrésy, Le Laurion, p. 85-86. 



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DESCRIPTION DU LAURION 9 

vers Amphiirope et la Mésogée; le val Mercati et le ravin de 
Caraaréza, ceux de Noria, de Botzaris aboutissent dans les mêmes 
parages. Plus loin, les lits des torrents et le val Agriléza prennent 
une direction différente et sont orientés vers le Sud-Est. Les 
alluvions, entraînées par les eaux de ruissellement, se sont donc 
déposées surtout dans le petit espace qui sépare le Vélaturi du 
port d'Ergastiria : grâce à ces apports, la petite plaine de Tho- 
ricos a gagné sur la mer et le monticule de Nyktochori, jadis 
insulaire, a été soudé à la terre ferme. De même, à TOuest, le 
golfe Saint-Nicolas a diminué d'étendue et reculé devant les 
amas de débris arrachés aux flancs des coteaux voisins. Par ce 
réseau de vallées longitudinRles ou transversales, les diverses 
parties du Laurion communiquent entre elles sans difficulté; 
seul, au Sud-Ouest, Tangle de terrain rocailleux, qui est limité au 
Nord par le chaînon du Prophète Elias et à l'Est par la vallée 
Legrana, forme un petit domaine à part et sans relations avec 
le reste du pays. En dehors de ce coin déshérité, tous les dis- 
tricts de la région sont également accessibles, et le relief se 
prête partout aux relations des hommes et au transport des mar- 
chandises. 

Sous le rapport maritime, le rivage oriental est le plus favo- 
risé. C'est laque la nature a ménagé les ports les plus nombreux 
et les plus sûrs. Tout d'abord, l'île de Makronisi constitue une 
digue longue de treize kilomètres, qui le couvre du côté de la 
haute mer. Le détroit qui sépare l'île du continent n'est pas assez 
large pour que les flots s'y agitent violemment quand le vent 
souffle de l'Est. D'autre part, tout le long de la côte, caps et 
pointes se succèdent, entre lesquels, également protégés au Nord 
et au Sud,s'ouvrent les anses de Vromopoussi et de Tourcolimani, 
le port de Francolimani et la baie de Thoricos, le port d'Ergas- 
tiria, le port Panormos et le port Pacha. Ce sont là, pour les 
navires, des lieux de refuge excellents contre les vents dominants 
de ces parages (1). Lorsque la brise fraîchit et devient mena- 
çante, les voiliers accourent de tous les points de l'hoiizon : dix, 
vingt, trente, en une matinée, viennent jeter l'ancre à Tabri du 
pic de Thoricos. Le port du cap Sounion, l'anse d'Azénia, le golfe 
Saint-Nicolas, bien défendus contre les vents du Nord, sont en 



(1) Vent de Nord -Est : 112 jours par an. Vent de Sud-Ouest : 123 jours par 
an. — Chiffres extraits des tables données par Neumann et Partsch, Physika- 
lische Géographie von Griechenland, p. 125. 



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10 LES MINES DU LAURION DANS L'ANTIQUITé 

revanche ouverts aux houles du Sud et du Sud-Ouest, qui y 
devienneot vite dangereuses. Ce grand désavantage interdit aux 
bateaux d*y chercher asile par les gros temps, et ces mouillages 
sont peu fréquentés. 

Les anciens (1) prétendaient que par nature les terrains 
métallifères sont âpres et stériles, Tpa^^éa re xal TraoàXuTrpa. Le 
Laurion en est un exemple, et il n'est pas en Attique de pays 
moins attrayant. La plaine d'Athènes, si on la compare aux 
environs de Thoricos ou de Sounion, semble avec ses oliviers, 
ses vignes, ses jardins, très verdoyante et très fertile. Sur les 
plateaux du Laurion, comme dans les vallées et dans les plaines, 
on ne voit que landes mornes alternant avec des bouquets de pins 
clairsemés. Les terrains calcaires sont de tous les plus arides; 
le lentisque seul y étale sur le sol des buissons sans vigueur. 
Ce n'est qu'au printemps que l'aspect s'en égaie pour quelques 
jours, lorsque fleurissent les anémones et les cyclamens, logés 
dans les interstices des rochers ; aux premières ardeurs du 
soleil d'été, les fleurs disparaissent, et pour de longs mois, 
sur de vastes espaces, le marbre blanc brille seul entre les taches 
vert sombre des lentisques. Les schistes, moins durs que les cal- 
caires, sont le domaine des pins ; ces arbres réussissent à glisser 
leurs racines dans les feuillets déchiquetés de la roche ; mais 
le sol trop maigre ne leur permet pas d'atteindre de belles pro- 
portions : les troncs restent chétifs, rabougris, et s'aSaissent sous 
l'eflort des vents dominants. Dans quelques bas-fonds privi- 
légiés, ils se multiplient cependant assez pour former de petites 
forêts, à l'ombre desquelles croissent des touffes drues de thym 
et de serpolet. Le Laurion ne se prête pas davantage à la 
culture : c'est à peine si çà et là, sur le plateau du Nord ou dans la 
plaine du Thoricos, le labeur persévérant des habitants parvient 
à faire prospérer des champs d'orge et de maigres jardins. 
Partout ailleurs le sol végétal fait défaut, et les ressources agri- 
coles de la contrée sont tout à fait insuffisantes pour nourrir la 
population. 

Tel est l'état actuel du Laurion, mais l'on se demande s'il en a 
toujours été ainsi,et en particulier si le pays n'a pas été autrefois 
plus boisé qu'il ne l'est aujourd'hui. Il est probable qu'à l'ori- 
gine, avant l'exploitation des mines, les collines y étaient revêtues 

(1) Strabon, 111,2, 3: Ta (jikv ouv rà; jxeTaXXeta; l/ovxa /topia àvaYXïj 
Tpa/éa Te xal TtapaXuTrpa. Cf. Xénophon, Revenus, 1, 5. 



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DESCRIPTION DU LAURION H 

d'un manteau de forêts, comme les autres montagnes de TAttique. 
Mais dès que les mines furent découvertes, et que l'on se mit 
à fondre les minerais, le déboisement commença. Il est clair 
que les premiers mineurs n'allèrent pas chercher ailleurs, s'il 
existait sur place, le combustible dont ils avaient besoin pour 
chauffer leurs fours. A mesure que les travaux métallurgiques 
prirent plus d'importance, la consommation de bois augmenta, 
et bientôt la surface du Laurion ne fut plus assez grande pour 
alimenter tous les fours en activité. Je crois donc que d'assez 
bonne heure, vers le sixième siècle, et peut-être avant, la 
région minière fut dépouillée de ses forêts. Rien ne prouve le 
contraire. Sophocle seul parle, dans une tragédie, « du rocher 
boisé du Sounion » (i), mais il fait sans doute allusion aux bois 
sacrés qui devaient a voisiner les sanctuaires de Poséidon et 
d'Athèna. Nous savons, en revanche, qu'au quatrième siècle on 
importait du bois au Laurion (2). L'exploitation des mines a été 
la cause principale du déboisement (3) , et sous ce rapport elle 
a causé au pays un dommage irrémédiable. En eflet, pendant 
plusieurs siècles, le sol, à découvert, a perdu peu à peu la 
couche végétale qui s'y était formée : l'humus, entraîné par le 
ruissellement des eaux, a laissé partout la roche vive à nu. 
Bien plus, il a disparu sans compensation : amassé dans le fond 
des vallées et des plaines, il a été progressivement recouvert par 
des nappes stériles de graviers et de scories, qui provenaient 
des ateliers métallurgiques. Dès lors, il n'y avait plus d'espoir 
que la végétation, gagnant de proche en proche, reprît jamais 
possession de son ancien domaine. Lorsque les mines furent 
abandonnées, la nature ne put réparer le mal que dans une 
faible mesure, et les rares et maigres forêts que nous retrou- 
vons aujourd'hui sont le produit de seize ou dix-huit siècles 
de travail dans la solitude. Depuis que les mineurs modernes 
se sont installés au Laurion, les progrès du reboisement sont 
de nouveau arrêtés par de fréquents incendies, et les jeunes 
pousses des arbres sont trop souvent détruites par la dent des 
troupeaux. 
Cette dénudation du sol a depuis longtemps aggravé la séche- 

(1) Sophocle, Âjax, 1220. 

(2) Démosthènc, XXl, i67. 

(3) Cf. Strabon, XIV, 6, 5, à propos de l'île de Chypre. Sur le déboisement de 
la Grèce, voir Neumann et Partsch, Physikalische Géographie von Griechcn- 
land, pp. 363-365, et Guiraud, Propriété foncière en Grèce, pp. 503-ÎÎ05. 



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12 LES MINES Dtl LAURION DANS l' ANTIQUITÉ 

resse du climat, et l'altitude des collines est trop faible pour 
provoquer de fortes condensatioos de vapeur. Il ne pleut 
guère plus dans la région des mines que dans les plaines de 
TAttique : il n'y tombe donc environ que 408 millimètres 
d'eau par an, dont 320 pendant les mois d'biver (1). Cette 
petite quantité de pluie est à peu près perdue pour les plantes 
comme pour les hommes : la plus grande partie en disparaît 
très vite, en pénétrant dans les mille fissures des calcaires et ne 
s'y amasse point en nappes souterraines ; le reste est absorbé 
par une forte évaporation (2). Sur toute l'étendue du Laurion, 
on ne connaît que deux sources, l'une à Camaréza, l'autre à 
Plaka : elles sont d'un si faible débit qu'elles ne peuvent suffire 
à la consommation quotidienne des deux villages. Sur le bord 
de la mer, à Ergastiria et à Cypriano, on a creusé quelques puits, 
mais l'eau qu'ils fournissent est saumâtre et peu abondante. Ce 
manque d'eau est un des plus graves inconvénients du pays et 
ajoute encore à Taridité des terrains. 

Aussi le Laurion, si impropre à l'agriculture, n'aurait jamais 
connu d'autres habitants que des bergers nomades et des 
pécheurs de passage, s'il n'avait recelé des gisements métalli- 
fères, qui y ont attiré de bonne heure une nombreuse population. 



(1) NeumaDD et Parlsch, Physikalische Géographie von Griechenland.ipAti. 
(â) Ibid. : Jours de ciel clair ou peu nuageux : 336 Jours par an. 
Température moyenne de Tannée : -j- 17^,3. 

id. de janvier : -j- 8<',«. 

id. de juillet : -f- 27<«. 



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CHAPITRE II 



DBS GISEMENTS MÉTALLIFÈRES DU LAURION 

Les formatioDS géologiques sont, nous Tavons vu, au nombre 
de cinq : il y en a trois de calcaire et deux de schiste, et elles 
alternent entre elles dans un ordre régulier. En voici Tordre de 
superposition de bas en haut : 

1.— Le calcaire inférieur (Cl) forme rassise la plus importante. 
Il oiîre en certains endroits plus de 300 mètres d'épaisseur et les 
sondages n'en ont pas trouvé la base. C'est une roche grenue, 
très compacte, parfaitement cristallisée et extrêmement dure : 
de couleur blanche, c'est un véritable marbre saccharoïde, sem- 
blable à celui du Pentélique. Il n'apparaît nulle part à la surface 
du sol, sauf dans le haut de la vallée Legrana etàMégala Pevka. 

2. — Le schiste inférieur (Si) vient au dessus et atteint jusqu'à 
120 mètres de puissance. Très chargé de mica, de couleur gris 
de fer ou brun, il est dur à tailler, lorsqu'il n'est pas désagrégé 
par l'eau. Décomposé, il produit une argile compacte, d'une 
teinte jaune ou jaunâtre, qui peut servir de terre réfractaire 
dans la construction des fours de fusion ; même inaltéré, il se 
débite en petites dalles, qui peuvent s'utiliser aussi comme 
matériaux de fours. 

3. — Le calcaire mpyen (Cs) a de 30 à 50 mètres d'épaisseur. 
Cristallin comme Ci, il est moins blanc et le grain en est 
moins serré. La surface en est rugueuse et fendillée. Il est 
cependant susceptible de recevoir un beau poli. Les anciens 
l'ont employé pour leurs édiûces publics, parce qu'il est facile à 
exploiter à ciel ouvert : c'est le marbre du temple d'Athèna Sou- 
niade et de Thoricos (1). 

(1) Cordella, Laurion, p. 43 : « Des tambours de colonne ébauchés gisent 
encore dans la carrière d*Agriléza. » La même pierre a servi aux constructions 
de Thoricos, temple, théâtre, tours. La carrière se trouve à TOuest de Tho- 
ricos, sur les dernières pentes des collines de Plaka. Pour les sculptures du 
temple d'Athèna, au Sounion, les anciens ont employé le marbre de Paros. Cf. 
I^nge, TempeUculpturen von Sunion, p. 233 {Mitlheil. Arch. Inst. von Atken^ 
1881, VI). 



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14 LES MINES DU LAURION DANS L' ANTIQUITÉ 

4. — Le schiste supérieur (Ss) va jusqu'à 40 et môme 60 mètres 
de puissance. La pâte en est noirâtre, très micacée, veinée par 
des bandes de quartz laiteux. 

5. — Le calcaire supérieur (Ca), beaucoup plusérodé que toutes 
les couches précédentes, n'a pas la même épaisseur. Dans l'état 
actuel, il est moins dur que les deux autres calcaires. Nous 
savons déjà qu'il n'occupe que peu de place. 

Ces assises géologiques présentent partout une stratiûcation 
concordante : elles sont également affectées par les plissements 
orogéniques. Reposant Tune sur l'autre, elles déterminent trois 
plans de contact qui portent les désignations suivantes (fig. 1) : 
L — Si sur Cl : Premier contact 
IL — Cî sur Si : Deuxième contact 
III. — Si sur Cl : Troisième contact 

Ç3 

I 
II 

Si 

111 

Cl 

Fig. 1. 
Coupe théorique des terrains du Laurion ; P, P, P, puits de mine ; A, attaiiiie h l'affleurement (1). 

A la vérité, le premier contact n'est pas le premier. Mais le 
calcaire supérieur est si rare que l'on en néglige le contact 
avec le schiste supérieur. Ces plans de superposition sont 
parfois visibles quand la couche supérieure disparait et laisse 
apparaître celle qu'elle recouvrait. On dit alors que le contact 
a/fleure à la surface du sol, suivant une ligne qui se conforme aux 
mouvements des couches. Au Laurion, sur le versant oriental de 
la chaîne principale, on distingue nettement à flanc de coteau 
plusieurs lignes d'affleurement. Il est donc facile de reconnaître 
la superposition des diverses assises du terrain. Dans l'ensemble, 
les plans de contact suivent les allures des grands plissements 
telles que nous les avons indiquées précédemment; mais dans le 
détail, mille accidents locaux viennent en déranger l'ordre nor- 

(1) Le dessinateur n'a pas rendu exaclement dans la tig. 1 la concordance 
des assises. 



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DES GISEMENTS MÉTALUFÈRBS DU LAURION 15 

mal. De nombreuses rides secondaires leur donnent des direc- 
tions inattendues; ils montent là où l'on croit qu'ils descendent, 
et réciproquement. Les couches ne se touchent point par des sur- 
faces exactement planes, et par suite les contacts peuvent être 
très irréguliers. De plus, le passage des schistes aux calcaires, 
qui est en général bien tranché, devient souvent confus. On 
trouvera intercalés dans les schistes des bancs de calcaire, par- 
fois de grande dimension ; ailleurs une bande de schiste aura 
glissé dans une fente du calcaire. La transition de l'un à l'autre 
peut se faire aussi par des gradations insensibles, et le lieu du 
contact est malaisé à discerner. Enfin des éruptions d'âge diffé- 
rent (1) ont apporté en maints endroits un élément de trouble 
dans la stratification des couches et surtout dans le dépôt des 
masses minérales. 

Les divers mouvements mécaniques, qui ont plissé les schistes 
et les calcaires, ne se sont pas effectués sans les briser et les 
casser : de là de multiples fissurés, de grandeur et de direction 
différentes, qui ont joué un rôle important dans la minéralisation 
du Laurion. En effet les eaux thermominérales, qui sont arri- 
vées des profondeurs du sol, ont pénétré de bas en haut dans 
toutes les fentes qu'elles rencontraient, et c'est par là qu'elles 
ont pu traverser les strates qui gênaient leur montée. Du 
calcaire inférieur elles sont arrivées au schiste inférieur. Là, 
elles ont pu circuler dans le plan de contact des deux couches. 
Puis, par la force de la pression, elles se sont infiltrées dans les 
feuillets du schiste, et ainsi de proche en proche, elles ont 
gagné les contacts les uns après les autres. Sur tout le parcours, 
elles ont déposé des substances minérales, qui se sont cristal- 
lisées et ont formé les gisements métallifères. Ces gisements 
sont localisés soit dans les plans de contact, soit dans les fissures 
des couches, d'où la distinction d'amas au contact et de filons. 

Les principaux minerais qui les composent sont au nombre 
de trois : ce sont des minerais de zinc, de fer et de plomb. Us 
vont toujours ensemble, soit qu'ils se superposent dans un ordre 
déterminé, soit qu'ils se mélangent entre eux plus ou moins 
intimement. Le plus souvent, le minerai de plomb est recouvert 
de minerai de fer et repose sur le minerai de zinc, mais la règle 
n'est pas absolue. Les uns et les autres se présentent sous forme 
de sulfures ou d'oxydés, suivant qu'ils sont restés intacts de- 

(1) Cambréèy, Laurion, p. 83 et suiv., Cordella, Laurian, p. 53 et suiv. 



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16 LES MINES DU LAURION DANS L'aNTIQUITÉ 

pui$ leur dépôt ou qu'ils ont subi l'action de Tair ou de Teau. 

Les principaux sont les suivants : 

Plomb : Sulfure de plomb ou galène : éclat métallique intense. 
Poids spécifique : 7,4 à 7,6, Ce minerai était parti- 
culièrement abondant au Laurion. 

Minerai oxydé de plomb» sous forme de carbonate de 

plomb ou cérusite : éclat résineux, jaunâtre, poussière 

blanche. Poids spécifique : 6,5. Assez rare au Laurion. 

Zinc : Sulfure de zinc ou blende. Eclat adamantin, quelquefois 

gras. Poids spécifique : 3,9 à 4,2. 

Carbonate de zinc ou calamine (1). Toutes les couleurs 
depuis le blanc jusqu'au vert. Poids spécifique: 4,3 à 4,45. 
Fer : Sulfure de fer ou pyrite de fer : vif éclat métallique, 
d'un jaune de laiton. Poids spécifique : 4,83 à 5,2. 

Oxydes et carbonates de fer. Les oxydes sont abon- 
dants au Laurion, l'hématite surtout, brune ou rouge, 
variant de ton depuis le jaune-brun jusqu'au rouge 
vif (Ocre). Poids spécifique : de 3,6 à 5,3. 

Ces minerais sont accompagnés de diverses substances étran- 
gères plus ou moins abondantes. Au Nord de Plaka, les minerais 
plombo-ferrugineux sont alliés au manganèse ; sur le plateau 
d'Agriléza le minerai de plomb est noyé daos une pâte cristalline 
de spath fiuor (2) ; ailleurs des cristaux d'adamine, d'azurite, de 
malachite, de serpiérite (3) animeront de leurs vives couleurs 
les galènes et les calamines. Enfm amas et filons sont enve- 
loppés d'une gangue parfois épaisse de schiste avec halloysite 
ou de calcaire avec calcite, gypse, aragonite (4). La présence de 

(1) Ce carbonate de zinc mérite à proprement parler le nom de smilhsonile» 
mats au Laurion l'usage a prévalu de rappeler calamine. 

(2) Spath fluor ou fluorure de calcium. 

(3) Adamine = Arsénlale de zinc hydraté : se présente au Laurion sous 

forme de perles vertes, susceptibles d'être polies . 
Azurile » hydrocarbonale de cuivre. Cristaux bleu foncé. 
Malachite » hydrocarbonate de cuivre. Cristaux verts. 
Serpiérite = sulfate hydraté de cuivre et de zinc. Cristaux vert-bleu. 

(4) Halloysite = silicate d'alumine hydraté. 
Calcite — carbonate de chaux. 
Gypse » sulfate de chaux hydraté. 
Aragooitu — carbonate de chaux. 

Cf. Cambrésy, Laurion, p. 75 et suiv. Lacroix, Note sur les minéraux 
néogènes des scories du Laurion (C.-R. Aead. Sciences^ 1895, p. 955). 



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DES GISEMENTS MÉTALUFÈRES DU LÂURION 17 

ces matières diverses nécessite un traitement habilement appro- 
prié pour en débarrasser le minerai principal. 

De tous ces minerais, celui qui dans Thistoire du Laurion a 
joué le rôle le plus important, est sans contredit le minerai de 
plomb. Le minerai de fer n'a pas dans la région une teneur 
suffisante pour rémunérer les frais d'une exploitation particu- 
lière (1). Le minerai de zinc n'a pas été travaillé par les anciens 
et la recherche de la calamine (calamen de Pline) (2), si abon- 
dante au Laurion, n'a commencé que de nos jours. Les galènes 
et les carbonates de plomb, au contraire, avaient pour les anciens 
une valeur toute spéciale ; ils contiennent une notable quantité 
d'argent. La teneur en argent varie suivant les districts : faible 
à Plaka, elle est plus forte à Camaréza et peut arriver à une 
grande richesse à Souréza (3). On n'a pas de preuve qu'il se 
soit jamais trouvé dans les gisements du Laurion d'argent natif. 
La présence du métal précieux dans les galènes était aux yeux 
des Athéniens une qualité si essentielle, qu'ils ont toujours 
considéré leurs mines comme des mines d'argent. Ta àpyûpeia 
ji.6TaXXa, ou simplement Ta àpyupeia (4). Le minerai était appelé 

àpfupTTtç (5). 

Les minerais de plomb argentifère résident principalement 
dans les amas interstratiûés. Mais tous les plans de contact ne 
sont pas également minéralisés. Il est de règle générale que les 
contacts où le calcaire est superposé au schiste, par exemple, le 
calcaire moyen sur le schiste inférieur, sont extrêmement pau- 
vres en dépôts métallifères ; il semble que le calcaire beaucoup 



(1) Cambrésy, Laurion^ p. 39. 

(2) Cambrésy, Laurion, p. 22, U est incontestable que ics Athéniens ont 
toujours laissé en place la calamine. — Pline, Histoire naturelle, XXXIll, (K98 
(éd. L. Jan) dit des mines d'argent en général : a Finis antiquis fodiendlsolebat 
esse alumen inventum. i> Pline emploie alumen dans le sens d'alun et non 
d*argile comme on le traduit souvent (XXXV. 15, 183). Or, on n'a jamais 
signalé la présence de l'^alun dans les mines d'argent. Je serais donc tenté de 
subsUtuer à alumen le mot calamen ; le passage aurait ainsi plus de sens, et 
l'observation serait très juste. 

(3) La teneur varie entre 1200 et SSOOgrammes d'argent à la tonne de plomb. 
Cf. Cordella, Laurion, p. 68 : Cambrésy, Laurion, p. 74, admet que la galène 
contient de 1500 à 4000 grammes d'argent par tonne de plomb. 

(4) Xénopbon, Revenus, IV, passim ; Strabon, IX, 1, 23 ; Pausanias, I. 1, 
et beaucoup d'autres. Cf. Blûmner, lechnologte der Gewerbe und Kiinste, IV, 
p. U2. 

(5) Xénopbon, Revenus, II, 7.; IV, 2, U, 17. 



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i8 LES MINEÔ DU LAURtON DANS l' ANTIQUITÉ 

plus fissuré que le schiste n'ait pas ofiert un obstacle suffisant 
au mouvement ascensionnel des eaux thermominérales, et que 
par suite la cristallisation des sulfures n'ait pas eu le temps de 
s'y effectuer en grandes masses. Au contraire, les contacts où le 
schiste recouvre le calcaire, où, comme l'on dit, celui-ci est au 
mur et celui-là au toit, sont richement pourvus de dépôts. Le 
schiste, grâce à une plasticité plus grande, n'a pas été brisé et 
fissuré comme le calcaire sous l'effort des plissements. Il a cons- 
titué une couche beaucoup plus imperméable aux eaux de miné- 
ralisation, qui ont nécessairement séjourné dans le contact avant 
deremonter plus haut. Aussi observe-t-on au premier contact 
(schiste supérieur sur calcaire moyen) et au troisième contact 
(schiste inférieur sur calcaire inférieur) les amas les plus éten- 
dus et les plus abondants. C'est là seulement que les anciens 
trouvèrent de la galène. 

Entre les deux contacts minéralisés, il y a une différence : le 
troisième contact est mieux partagé que le premier. En effet, les 
eaux thermominérales, arrivant des profondeurs, se sont tout 
d'abord arrêtées sous le schiste inférieur. Par suite, les sul- 
fures métalliques qui les saturaient s'y sont déposés en plus 
grande abondance ; et ce n'est qu'appauvries que les eaux 
mères sont arrivées au premier contact. Les galènes les plus 
riches se rencontrent donc au troisième contact, qui est bien 
développé dans la partie centrale du Laurion, en particulier du 
val Berzéko au pied du petit Ripari. 

En revanche, le premier contact est le seul qui affleure sur une 
grande longueur. Par l'effet de l'érosion, le schiste supérieur a 
disparu sur de larges surfaces, et la ligne de contact est bien 
marquée par l'apparition du calcaire moyen. Visible en bien des 
points, on peut la suivre, presque sans interruption, du district 
de Dipsiléza jusqu'aux environs du Sounion. Elle adopte les for- 
mes du terrain, serpente à flanc de coteau, remonte dans les val- 
lées et dans les ravins, tantôt haute, tantôt basse, au gré des plis 
des strates et des caprices de l'érosion. Or, à mesure que le schiste 
supérieur a été entraîné par les eaux du ruissellement, il a 
laissé à nu, en même temps que le calcaire moyen, des lambeaux 
d'amas métallifères qui se cachaient entre les deux couches. Les 
rainerais exposés à l'action de l'oxygène de l'air, de l'acide car- 
bonique, de l'eau, se sont oxydés. En particulier les pyrites de 
fer, qui accompagnent la galène et la blende, se sont transformés 
en divers oxydes de fer, dont les tons de rouille sont caractéris- 



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DES GISEMENTS MÉTALLIFÈREd DU LAUHlÛK 19 

tiques. Ils ont plus ou moins déteint sur les roches calcaires de 
Taffleurement et le soulignent, pour ainsi dire, d'une large bande 
rouge brun. Il est impossible de n'être pas frappé de cette colo- 
ration, parfois intense, qui dénonce la présence du fer (1). 

Dans l'un et l'autre contact, les gisements varient presque à 
l'infini de forme, de position et de puissance. La minéralisation 
se réduit ici à une tranche de quelques centimètres; là, elle 
acquiert plusieurs mètres d'épaisseur. En plus d'un point, on a 
peine à en découvrir l'existence : elle se dissimule daos une fis- 
sure étroite de la roche, où l'on dirait qu'un habile ouvrier a 
délicatement incrusté un filet de métal. Ailleurs, au contraire, 
elle se présente en entassements énormes, et le mineur semble 
travailler dans une montagne de galèue. Feuilles minces, 
couches larges, amas allongés, veines sinueuses, fentes, trous, 
poches, fosses, cavernes, toutes les formes, tous les aspects 
se retrouvent dans ces gîtes du contact. D'autre part, ils 
prennent les positions et les directions les plus irrégulières : ils 
vont, viennent dans tous les sens, montent et descendent, à 
droite, à gauche, en haut, en bas, se plient, s'étalent, se cas- 
sent, se ressoudent. Ils n'obéissent qu'à une règle qui est 
d'être toujours situés entre les deux assises fondamentales, 
le schiste et le calcaire, ou dans le voisinage immédiat du 
contact. 

Tels sont les deux domaines souterrains que les mineurs du 
Laurion ont exploités. Après les avoir reconnus en profondeur, 
ils en explorèrent petit à petit l'étendue en surface, et ils arrivè- 
rent à déterminer assez exactement le périmètre de la région 
minéralisée. Celle-ci ne s'étend pas sur toute la superficie du 
Laurion. Elle forme un rectangle allongé que semble borner à 
l'Ouest la faille qui court le long du grand anticlinal. En effet, 
les quelques travaux que les anciens ont exécutés au-delà de 
cette limite n'ont pas abouti à de bons résultats, et les puits 
assez rares que Ton retrouve dans le massif du Prophète Elias, à 
l'Ouest de la vallée Legrana, ont été abandonnés. Ce petit massif 
isolé ne recèle point de gisements métallifères. 

Cependant, à la hauteur du Panariti, la minéralisation s'est 
répandue au-delà de la faille. De nombreux travaux, dont 
quelques-uns sont particulièrement remarquables, débordent 

(1 Cordella, Laurion^ p. 60 ; Cambrésy, Laurion, p. 107etsuiv. 



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20 LES BIINE8 DU LAURION DANS L^ANTIQUITÉ 

du plateau du Nord sur les pentes occideotales et descendeot 
même dans la plaine. Ils couvrent tout l'espace compris entre 
Ari et Métropisi. Au Nord, les mineurs ont fouillé les collines 
jusqu'aux environs de Daskalio^ mais leur exploration de ce côté 
n'a pas été très fructueuse. Les exploitations importantes ne 
dépassent guère le val de Yilia. 



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CHAPITRE III 



EXPLOITATION DE LA MINE 



Instruments 

Les instruments de travail, dont se servaient les mineurs du 
Laurion, étaient en petit nombre: galeries et puits ont tous été 
creusés avec quatre outils, le marteau, la pointerolle, le pic et 
la sape. On en a retrouvé dans les chantiers antiques beaucoup 
de spécimens qui, bien que rongés par la rouille, nous ren- 
seignent exactement sur leur forme et leur usage. 

Le marteau, tutciç (1), présente une tête plate 
et une pointe. La tête plate (fig. 2) sert à frapper 
sur la pointerolle ; la pointe à quatre pans per- 
met de briser la roche : à cet effet, la pointe 
est légèrement recourbée, et l'ouvrier emman- 
chait son marteau de telle sorte qu'elle se pré- 
sentait en haut ou en bas, suivant le besoin. 
Le manche, assez fin, était court et ne dépassait 
pas vingt ou trente centimètres : il était en bois 
d'olivier et s'adaptait au centre du marteau. ^'^^' ^• 

L'outil pèse en moyenne deux kilogrammes et demi (2). 



(1) Diodore de Sicile, III, 12 5 : Tuiricri (TiBTQoaïç ttjv [JLap[JLapi2[ou<yav Tcérpav 

(2) Voir le dessin d'un instrument identique sur une plaquette de Corinthe : 
Antike Denkmàler, pi. VIII, fig. 7. Cf. Furtwângler , Beschreibung der 
Vasensammiung im Anliquarium, 1885, n" 638» 639. 831, 871, 872. On a 
retrouvé un marteau analogue dauH la mine antique de la Baume, près Ville- 
franche (Aveyron). Cf. Daubrée, Exploitation des métaux dans la Gaule, 
dans la Revue Archéologique, 1881, p. 207, fig. 5. 



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22 LES MINES DU LAURION DANS L'aNTIQUITÉ 

La pointeroUe, $ofç (1), est destinée à tailler la roche, sous 
le choc du marteau. C'est une tige (fig. 3) de deux 
à trois centimètres de diamètre, longue de vingt- 
cinq à trente centimètres. Une des extrémités était 
aiguisée, et formait un biseau à deux ou à quatre 
pans. L'autre extrémité est plus forte et arrondie : 
elle est généralement aplatie et écrasée sous les coups 
de marteau (2). 

Le pic était composé d'une lame plate mais épaisse, 

aigué d'un bout, repliée de 

p..^ 3 Tautre en forme de douille 

pour recevoir un manche assez 

fort (fig. 4). Le fer a environ quarante 

centimètres de longueur, et quinze ou 

vingt millimètres d'épaisseur (3). 

La sape est une pelle dont la douille est r 
comme celle d'une bêcl 
Le manche en était gros 
On remployait à ran 
déblais. 

Tous ces outils son 
martelé. Les pointerolles, le marteau et 
le pic étaient en outre trempés ; le métal ^'^' *• 
est d'excellente qualité, autant qu'on en peut juger 
parla netteté des empreintes que les instruments ont 
laissées dans les calcaires-marbres les plus durs (4). 

^'^' ^' L'attirail du mineur était complété par une lampe 

et des couffins. Les lampes des mineurs du Laurion sont généra- 
lement en terre cuite, parfois en plomb (5). Par la forme elles 

(1) Hésychius, au mot Çofç. 

(2) iDStruments à peu près semblables, retrouvés dans les mines de Ville- 
francbe (Aveyron) : Daubrée, L cit., p. 205, fig. 2. 

(3) Les pics de Villefrancbe (Aveyron) et de Fillols . (Pyrénées-Orientales) 
n'ont pas la même forme : ils ont deux branches, i*une plate et l'autre aiguë. 
Cf. Daubrée /oc. cit., p. 206, fig. 3 ; p. 349, fig. 34. 

(4) On a retrouvé des instruments analogues dans beaucoup de mines antiques, 
en France, en Espagne, en Sardaigne. Outre l'article de M. Daubrée, cité à la 
page précédente, voir de Launay, Annales des Mines, VIIT Série, XVI, p. 427- 
516 ; IX« Série, I, p. 519. 

(5) Lampes de plomb : Cordella, Laurion, p. 106. M. Daubrée, Revue archéo- 
logique 1881, p. 207, 208, fig. 6, cite comme trouve près de Villefrancbe un 
petit vase en plomb « qui paraît avoir servi de lampe ». 




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INSTRUMENTS DU MINEUR 23 

ressemblent à toutes les autres lampes communes : elles sont 
seulement un peu plus profondes. D'ordinaire, elles n'ont qu'un 
seul bec, mais on en a retrouvé à plusieurs becs, et elles ser 
valent alors à éclairer des carrefours importants ou de grands 
chantiers. Chaque ouvrier avait la sieune, qu'il tenait à la 
main (1), ou plaçait dans un creux des parois. Dans les galeries 
très fréquentées, on ménageait dans les parements, de distance 
en distance, une petite niche destinée à recevoir une lampe 
fixe (2). Les lampes ordinaires contiennent assez d'huile pour 
brûler, à flamme moyenne, pendant une dizaine d'heures. 

Les sacs ou paniers (OuXaxoç, ôîîXaÇ) (3) servaient à transporter 
les déblais et le minerai. Sans doute en sparterie ou en cuir (4), 
ils étaient munis de deux anses et on les portait sur le dos. 

C'est avec ce matériel très peu compliqué que les mineurs du 
Laurion ont exécuté tous leurs travaux souterrains ; aussi 
fallut-il beaucoup de temps et beaucoup d'hommes pour com- 
penser l'usage d'instruments si primitifs. Armé de ces outils, le 
mineur partait à la recherche des gîtes métallifères qui se 
cachent dans les plis des contacts. Pour les trouver, il était 
obligé de traverser des épaisseurs variables de schiste et de 
calcaire : à cette fin, il perçait des galeries et creusait des 
puits. Lorsqu'il était parvenu aux amas de galène argentifère 
qu'il convoitait, il avait à recueillir le minerai et à le trans- 
porter en dehors de la mine. Il se livrait donc d'abord à des 
travaux de recherche, ensuite à des travaux d'abatage et 
d'extraction. 

(1) Diodore de Sicile, III, 12, 6. prétend que les mineurs d'Egypte portaient 
des lampes attachées sur leur front : Ourot [lèv ouv Sià Taç èv raîç 8ia)pu^t 
xafJLTuàç èv ffxorei Siarpiêcvreç Xuyvouç kizi twv (jlctiutcwv 7ce7rpaYfi.aT6Ufi.évouç 
77epicpépou(rtv. Je ne sais jusqu'à quel point le détail est exact. 

(2) Même remarque pour la mine de la Maladrerie, près Villefranche : 
Daubrée, loc. cit., p. 206; pour la mine de Blatcouzel (Gard) : ibid.j p. 216. 

(3) Follux, X, 149; VII, 100. Hésychius, au mot 0uXaxo<p(>poi; Photius, au 
mot 0uXaxoç* ô ^aiuToç çpctdxoXoç. Scholies d'Aristoptiane, Plutus, 681 : 
BepftaTivov (ràxxiov. 

(4) On n'a pas retrouvé au Laurion de débris de panier. Mais on en voit un 
représenté sur les plaquettes de Corintbe : Àntike Denkmàler, pi. VIII, {\g. 7. 
D'après M. Daubrée, on a vu, à TExposition Universelle de Paris en 1867, des 
paniers en sparte goudronnés, et fixés dans une monture en bois qui servaient 
dans les mines antiques de Carthagène à l'extraction des eaux : Revue archéo- 
logique, 1868, p. 298. 



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24 LES MINES DU LAURION DANS L' ANTIQUITÉ 

II 

Travaux de recherches 

A, Galeries, — La galerie de mine (uTcôvofjLo;, ôiwpuS, ôîàBudt;, 
opuY{xa) (1) affecte différentes formes : la section en est le plus 
souvent géométrique, soit rectangulaire ou carrée, soit trapé- 
zoïdale ; parfois aussi elle est tout à 
fait irrégulière (fig. 6, 7, 8). Les dimen- 
sions en restent presque toujours sen- 
siblement les mômes ; la hauteur ne 
dépasse jamais un mètre, et s'arrête 
souvent à soixante centimètres ; la lar- 
geur est de soixante à quatre vingt-dix 
^''^' *• centimètres. Celte galerie n'est donc 

qu'un boyau fort exigu, dont la petitesse ne laisse pas de 
nous étonner au premier abord. La 
taille en est exécutée à la pointerolle 
et au marteau, dont les coups sont 
encore très visibles (2), surtout si la 
galerie est percée dans une roche cal- 
caire, et par suite, il est aisé d'y suivre 
la technique du travail. Pi^ 7. 

Si le mineur a exactement devant 
lui le plan fissuré du contact, il abat 
la roche au-dessus et au dessous de 
cette fente naturelle, il l'élargit et 
donne au passage la grandeur vou- 
lue. S'il se trouve plus haut ou plus 
Fig. 8. bas que le contact et s'il ne rencontre 

qu'une roche compacte et sans cassures, il s'y prend d'une 
autre manière. Manœuvrant adroitement la pointerolle, il 

(1) 'TTcovôfjLouç opuTTEiv i XénophoR, Revenus, ÎV, 26; SiaxoTcreiv : Diodore, 
III, 1S5, 5; uTcovofjLEÙEiv : Dlnarque, /raflrm. 120 (éd. Didot)— Aiwpu^ : Diodore, 
m, 12, 6. — AiaoudEiç [xeTaXXoupYetv : Diodore, loc. cil. — 'OpuffiiaTa : 
Strabon,V,2,6; XIV, 5. 28; Polluxjvil, 98. Strabon, III, 2, 9, emploie aussi le 
terme de dupiyyeç. 

(2) Dans l^exploitation des mioes d'Huelva (Espagae) par les Romains, « tout 
le travail était exécuté à la pointerolle et Ton voit encore sur les parements les 
traces des ouUls » : De Launay, Annales des Mines^ VIII' série, t. XVf, 
p. 434. Même procédé dans les mines antiques du Gard : Daubrée, Revue archéo- 
logique, 1881, p. 211, 218. 



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TRAVAUX DE RECHERCHE 25 

commence par faire sur le front de la galerie une entaillure 
verticale, large et profonde de dix à douze centimètres. Puis 
profitant de cette première rainure, il fait sauter plus aisé- 
ment la roche qui se présente en saillie : à chaque coup, 
un fragment s'en détache, qui a de trois à cinq centimètres 
de diamètre avec un centimètre ou deux d'épaisseur. Petit 
à petit, il creuse ainsi une seconde entaillure qui double 
la première, et il va de la sorte jusqu'à ce qu'il ait fait tomber 
la tranche entière : la galerie au bout de l'opération a avancé 
ainsi de dix à douze centimètres. S'il y a lieu de poursuivre 
l'attaque, on entame une nouvelle tranche, et ainsi de suite. 
Le plus souvent, ces galeries en pleine roche stérile n'ont que 
quelques mètres de longueur et se terminent en cul-de-sac : 
mais ces amorces suflRsent pour montrer dans le dernier détail 
la méthode suivie par l'ouvrier. Il arrive, par exemple, qu'un 
front de galerie inachevée ne porte qu'une seule entaillure : 
mais ici elle est à droite, là elle est à gauche, selon que l'ouvrier 
maniait son marteau de la main gauche ou delà main droite. 
D'ailleurs, de quelque main qu'il se serve, et que sa galerie soit 
percée au contact ou dans un banc stérile, notre mineur est 
attentif et habile à profiter des moindres fissures qui se présen- 
tent dans la roche ; 11 sait à merveille en suivre les sinuosités, 
en saisir les points faibles pour y glisser la pointe de son ciseau. 
On sent qu'il va sans hésitation et qu'il gagne du terrain sans 
perdre de temps. 

On peut calculer assez exactement la rapidité de ce travail. 
Un bon ouvrier met deux heures en moyenne pour tailler à la 
pointerolle dans le calcaire inférieur, le plus dur du Laurion, 
l'encoche ordinaire des fronts de galeries antiques. Si la section 
totale est de soixante centimètres, il lui faudra donc de neuf à 
dix heures pour avancer de dix à douze centimètres: par mois 
de trente jours, et si les ouvriers se succèdent à la besogne sans 
interruption, la galerie s'allongera de douze mètres. Admettons, 
si l'on veut, que les mineurs n'apportent pas tous la même 
ardeur ou la même expérience à la besogne et prenons un nombre 
rond de dix mètres. Sans aucun doute ce résultat n'a rien 
d'exagéré, car nous supposons que la galerie est creusée en plein 
calcaire compact, alors qu'en réalité elle cheminait le plus sou- 
vent dans le plan du contact certainement plus tendre à entamer. 
Une telle rapidité ne laisse point que d'être remarquable, et les 
modernes, avec leurs galeries à grande section, vont moins vite, 
malgré l'usage de la poudre et de la dynamite. 



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26 LES MINES DU LAURION DANS L'aNTIQUITÉ 

C'était là le premier avantage que les mineurs anciens trou- 
vaient à l'emploi de galeries aussi réduites que les leurs. Le 
temps était pour eux aussi précieux qu'il peut l'ôtre pour nous, 
et il était à leurs yeux de la dernière importance d'atteindre 
aussi promptemenl que possible les gisements métallifères. 
Une seconde raison leur fit conserver, à toutes les époques de 
l'exploitation, le même modèle de galerie. Travaillant au contact 
ils étaient exposés à trouver en plus d'un point des terrains peu 
solides et incapables, sans être soutenus artificiellement, de 
supporter le poids des masses supérieures. Avec leurs galeries 
étroites, les mineurs du Laurion pouvaient passer au travers 
sans avoir à redouter un éboulement, et il devenait tout à fait 
inutile de soutenir le toit de la galerie par un boisage. C'était 
donc réaliser une économie et éviter un grave péril. Au contraire, 
si les dimensions des galeries avaient été doublées ou triplées, 
on serait allé moins vite, avec moins de sécurité, et l'on aurait 
dépensé beaucoup plus. 

Ces avantages sérieux compensaient les inconvénients qui 
pouvaient résulter de l'exifijuité des passages, et qui étaient 
nombreux. Tout d'abord la circulation était très difficile dans ces 
boyaux, et par suite le transport des déblais et des minerais 
aurait été très lent, si l'on n'y avait pourvu par la présence de 
nombreux manœuvres. D'un autre côté, dans ces galeries, 
obstruées par le moindre obstacle, Taérage était défectueux, et 
il est clair que l'ardeur des ouvriers au travail devait se ressentir 
du défaut d'air pur et frais. Enfin on ne saurait nier que la posture 
du mineur, forcé de s'agenouiller ou de s'étendre sur le flanc, 
devant le front de taille, ne lui permettait pas de déployer aisé- 
ment toute sa vigueur (1). Il ne semble pas cependant que les 
Athéniens, pas plus d'ailleurs que les autres peuples de l'anti- 
quité (2), se soient beaucoup préoccupés de ces imperfections de 
leur exploitation. Ils avaient leurs raisons pour vouloir arriver 
aussi promptement que possible aux amas de minerai, et ils 
sacrifiaient tout à cette unique considération. Tous les tra- 



(1) Théophraste, Pierres, IX, 63, dit à propos des mines de Samos : 'OpuTTOvra 
u,ev ouv oùx ecTTiv 6p6bv <TTT|vai £v toTç iv Sà[i.o3, àXX' avayxaïov r^ utctiov -Î) 
TcXàfiov. 

(2) 11 n'y a pas à cet égard de différence entre les mines du Laurion et les 
mines romaines d'Espagne, de Gaule, deSardaigne. Cf. Daubrée, Revue archéolo- 
gique, 1881, p. 216, 291 ; de Launay, Annales des Mines, VIIl* série, t. XVI 
p. 433. 



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TRAVAUX DE RBCHBRCHE 27 

vaux préliminaires étaient par suite réduits au strict minimum. 
A côté de ces galeries, percées dans les roches stériles, carac- 
térisées par leurs formes assez régulières, il y en a d'autres dont 
les dimensions, la direction et l'aspect varient sans cesse. Il est 
aisé de voir que celles-ci ont pris la place d'une veine de mi- 
nerai dont l'ouvrier a très exactement enlevé la matière. Elles 
s'enflent ou se rétrécissent au gré des formes naturelles qu'affec- 
tait la fissure minéralisée ; ici elles s'étalent démesurément en 
largeur ; là elles se réduisent à une pente verticale étroite et 
haute; ailleurs elles se gonflent en boursouflures informes. Le 
mineur s'est contenté de recueillir le minerai, sans le moindre 
souci d'égaliser les épontes du filon qui restent bossuées et 
rugueuses, ou de rectifier les salbandes qui se dressent verti- 
cales ou obliques. Ces galeries ne sont que les canaux où circu- 
lèrent les eaux thermominérales, débarrassés des dépôts qui 
les avaient remplis. 

B. Puits. — Lorsqu'il était impossible ou trop coûteux 
d'atteindre les gisements métallifères par de simples galeries 
partant des affleurements — ce qui arrivait fréquemment pour 
le premier contact et presque toujours pour le troisième, — les 
Athéniens avaient recours au forage de puits de mines. Le 
nombre en est très grand au Laurion et la conservation parfaite. 

Ces puits sont à section rectangulaire ou carrée (1), d'une 
surface de deux mètres carrés en moyenne 
(fig. 9) : les plus larges mesurent 2 mètres 
de côté sur 1^90 ; d'ordinaire ils n'ont 
que 1*90 sur 1"»30. Il est aisé de recon- 
naître sur les parements les traces de la 
méthode suivie dans le forage ((ppéara 
opuTTeiv, iroieTv (2). Les coups de pic et de 
pointerolle sont encore si visibes qu'il ^^^' *' 

serait possible par endroits de les compter exactement. On 
remarque tout d'abord qu'ils n'ont pas été donnés au hasard 
et sont distribués sur chaque paroi eu bandes courbes, qui ont 
leur convexité tournée vers le fond du puits; du haut en bas, 

(1) Boeckh, Lanr, Silb., p. 101-106 dit, d'après Hobhouse et Chandler, qu'il y 
avait des puits de mines ronds. Il n'y en a pas d'exemple au Laurion ; seuls 
quelques puKs à eau affectent cette forme. 

(2) 8trabon, JII, 2,8. Le mr>t cppeaTta semble s'appliquer plus particulière- 
ment aux puits de drainage. Polybe, X, 28, 2 ; Cf. Dareste-HaussoulUer- 
Reinacb, Inscriptions Juridiques, p. 136, ligne 18, note 2. 



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28 LES MINES DU LAURION DANS l' ANTIQUITÉ 

la même disposition est plus ou moins apparente. Je suppose 
que Ton a procédé au forage en enlevant des tranches succes- 
sives d'égale épaisseur (30 centimètres environ, dont les bords 
se relèvent régulièrement aux quatre angles de la section. Les 

ouvriers commençaient sans doute 
par tailler au centre du puits et 
au milieu des quatres parois une 
mortaise de 30 centimètres de pro- 
fondeur, autour de laquelle ils 
abattaient la roche à la pointerolle. 
A mesure qu'ils s'en écartaient, ils 
avaient plus de peine à faire mor- 
dre leur instrument, les éclats de 
pierre devenaient moins gros, et 
finalement, si la tranche enlevée 
avait au centre 30 centimètres, 
elle n'en avait guère plus de 10 ou 
15 à chaque extrémité. De là les 
courbes que Ton discerne nette- 
ment sur les parois des puits, sur- 
tout si elles sont de marbre : le 
schiste plus tendre a conservé 
moins bien les empreintes de l'ou- 
til. La même opération recom- 
mençait ainsi, jusqu'à ce que le 
puits eût atteint la profondeur 
voulue. Elle était menée avec un 
'^ *^ soin si minutieux que la verticale 

est partout rigoureusement observée : le fil à plomb ne dénonce, 
dans les puits les plus profonds, qu'un écart insignifiant. 

Dans le détail, le fini du travail n'est pas moins parfait. Les 
parements sont lisses, sans bosses et sans irrégularités. De dis- 
tance en dislance, l'ouvrier a ménagé des mortaises (fig. 10) 
destinées à supporter les échelles de bois qui servaient au pas- 
sage des mineurs. Ces échelles s'amorçaient à l'orifice du puits 
sur deux ou trois marches d'escalier taillées dans la roche (1). 



(1) Dans les miDes romaines de St-LaureDt-le-Minier (Gard), les puits 
offrent une disposition curieuse dont il D*y a pas d'exemple au Laurion. a Ils 
portent tous dans leurs parois des entailles régulièrement espacées, qui servaient 
évidemment à loger les pieds et les mains, quand on montait ou que Ton des- 



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TRAVAUX DE RECHERCHE 29 

Un assez grand nombre de puits présentent une particularité 
qui n'a été signalée nulle part ailleurs, dans aucune des mines 
de l'antiquité. Parvenus au fond de ces puits, si nous relevons 
la tête vers Torifice, nous constatons qu'ilssont composés de tron- 
çons, de huit à dix mètres de hauteur qui, tout en conservant 
exactement le même axe vertical, tournent dans le plan hori- 
zontal autour de cet axe. Les diagonales de ces tronçons se 
déplacent en effet assez sensiblement les unes au-dessous des 
autres, de 8 à 10 degrés environ, et toujours dans le même 
sens : si le puits est profond, il peut arriver que le tronçon infé- 
rieur ait tourné de 90 degrés par rapport au tronçon supérieur. 
A chaque tournant, un bandeau plat, surmonté d'une rainure, 
fait saillie horizontalement sur les parements. On dirait que le 
puits a été tordu de haut en bas. Cette disposition curieuse, que 
Ton retrouve dans les plus beaux puits du Laurion, est évidem- 
ment l'œuvre de la main de l'homme : elle se présente si fré- 
quemment, avec une telle régularité, qu'on ne saurait y voir le 
résultat des secousses séismiques qui ébranlent si souvent la 
contrée. On doit y reconnaître un dessein arrêté des mineurs. En 
effet, il est à remarquer que, dans ces puits tournants, les mor- 
taises qui recevaient les supports des échelles, ne sont plus 
creusées verticalement les unes au-dessous des autres sur une 
même paroi : elles passent successivement d'une paroi à l'autre 
et sont disposées de manière à décrire du haut en bas un pas- 
de-vis à plusieurs tours. Les échelles étaient donc remplacées 
ici par une sorte d'escalier tournant, et la rotation du puits tout 
entier en facilitait l'établissement. L'escalier comportait une 
série de paliers reposant sur les bandeaux en saillie ; étroit et 
raide, il laissait au milieu du puits un espace libre pour le 
passage des paniers chargés de minerai. 

Le puits vertical et d'un seul tenant constitue un type simple, 
qui est le plus fréquemment employé au Laurion. Mais on y 
rencontre aussi des types plus compliqués et plus savants. Ici 
un premier puits aboutit à une courte galerie horizontale, qui 
conduit elle-même à un second puits, qui n'est que le prolonge- 
ment du premier. Là, les tronçons verticaux, en nombre variable 



cendait. Ces entaiUes sont disposées de telle sorte que Tascension y est relative- 
ment commode ». Daubrée, Revue Archéologique, 1881, p. 216. En Grèce, 11. 
semble que Ton n'ait adopté ce système que dans les petits puits des citernes 
On le retrouve appliqué dans les maisons de Délos. 



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30 



LES MINES DU LAURION DANS l'aNTIQUITÉ 



sont reliés par des galeries inclinées qui tournent autour d*un 
axe commun : c'est un puits en zig-zag. Ailleurs le puits vertical 
est recoupé à uoe certaine distance de son orifice par un puits 
incliné. Parfois encore, cette branche inclinée se transforme en 
une véritable galerie d'accès, munie sur toute la longueur de 
marches bien taillées. Le plus bel exemple (fig. 11) de cette der- 
nière disposition se trouve au Nord-Est de Camaréza, au pied du 
petit Ripari (Puits des Escaliers). La galerie, creusée dans le 
schiste inférieur, rejoint le puits vertical à 34 mètres au-dessous 
de la surface du sol. Haute de li^30, large de 90 centimètres, 
elle est taillée en voûte rétrécie. La pente en est parfaitement 
rectiligne, sauf pendant les 10 derniers métrés. Les marches, au 




Fig, 11. 
Coupel ongitudinale du Puits des Escaliers (Éi^helle 1/1000). 

nombre de 80, sont hautes et étroites (45 centimètres sur 20 cen- 
timètres) et constituent un escalier assez raide, qui se prolon- 
geait ensuite dans le puits vertical par de simples échelles. Mais 
les travaux de ce genre ne sont que des exceptions : sur plusieurs 
centaines de puits, il n'y en a guère plus de vingt qui s'écartent 
du modèle ordinaire. 

La profondeur des puits varie selon le nombre et l'épaisseur 
des couches qu'ils ont à traverser. Elle atteint son maximum 
dans la région centrale, qui est la plus élevée. Les puits, qui, à 
Camaréza et dans le val Mercati, desservaient les grandes exploi- 
tations du troisième contact, ont percé de 70 à 110 mètres de 



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TRAVAUX DE RBCHBRCHE 31 

schiste avant d'atteindre le calcaire inférieur. Le plus beau de 
tous, qui porte aujourd'hui le nom de puits Francisque, a son 
orifice à une altitude de 209 mètres, et ne rejoint le contact qu'à 
90 mètres au-dessus du niveau de la mer: il a donc 119 mètres 
de profondeur. Dans le district d'Ari, les puits vont jusqu'à 90 
mètres au-dessous de la surface. Sur le plateau du Nord et dans 
le val Berzèko, ils descendent de 50 environ. Enfin, plus près de 
la mer, ils ne dépassent guère 35 mètres. Sous ce rapport, les 
puits de mines du Laurion sont les plus importaots de la Grèce. 
Les puits de Céphalari, près du lac Copaîs, en Béotie, ne vont 
pas au-delà de 66 mètres ; les puits de l'isthme de Corinthe ont 
42 mètres au maximum (1). 

Il est intéressant de savoir ce que pouvait demander de 
temps le forage d'un de ces puits de mine. On estime qu'il fau- 
drait deux heures à un bon ouvrier pour tailler dans le calcaire 
inférieur une mortaise qui aurait les dimensions suivantes : 
hauteur, 60 centimètres ; largeur et profondeur, 12 centimètres. 
Si l'on accepte ces données, un calcul très simple fixe, pour des 
puits forés dans la même roche, Tavancement à raison de 1°'20 
en quinze jours. Ainsi un mineur travaillant 360 jours par an, 
mettrait environ trois ans et cinq mois pour creuser un puits de 
100 mètres de profondeur, sur une section de deux mètres 
carrés. Mais on doit considérer d'abord que le calcaire moyen 
ou les schistes, où passent les puits, n'ont pas la dureté du 
calcaire inférieur, et ensuite que sur uue surface de deux mètres 
carrés, on pouvait mettre à la tâche au moins deux ouvriers. En 
conséquence, il faut évaluer à vingt mois environ le temps 
nécessaire au forage du puits de 100 mètres : en d'autres termes, 
un mois de travail représente 5 mètres d'avancement. Il est clair 
que, selon la résistance variable du terrain et l'habileté des 
mineurs, l'opération était menée plus ou moins vite : mais le 
résultat, auquel nous arrivons, se rapproche beaucoup de la 
vérité. En effet, rapprochona-le d'un calcul analogue fait pour 
les puits de Corinthe. On sait qu'à l'époque de Néron, le projet 
découper l'isthme par un canal fut repris, et l'entreprise com- 
mencée : il reste de cet ouvrage deux tranchées et quelques 
puits bien conservés. Un ingénieur, qui les a étudiés, juge qu'il 



(1) Bull. Corr. EelL, 1S93. p. 333 : 2« article de M. KambaDîs sur Le dessè- 
chement du lac Copaîs par les anciens, — Bull, Corr, HelL, 1884. p. 232 : 
Gerster, Uisihme de Corinthe : tentative de percement dans l'antiquité. 



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32 LES MINES DU LAURION DANS L'ANTIQUITé 

n'a fallu que trois ou quatre mois pour les amener à une profon- 
deur de 37 à 42 mètres, sur une section dé 6 mètres carrés en 
moyenne. Mais les ouvriers opéraient ici dans des couches beau- 
coup plus tendres que celles du Laurion, « dans une montagne 
dont le massif est composé de sable et de marne tertiaire, le 
tout recouvert d'une couche de poudingues de 2 à 3 mètres 
d'épaisseur » (1). Si l'on tient compte de la différence des 
terrains, il n'y a pas à s'étonner que les mineurs du Laurion aient 
procédé à leurs forages avec une rapidité deux fois moindre que 
les ouvriers du caual. 11 est au contraire remarquable que la 
durée de semblables travaux n'ait pas été plus longue. 

Pour la beauté de Texécution, nos puits de mines n'ont pas 
été, je crois, surpassés dans l'antiquité. Les seuls qu'on puisse 
leur comparer sont ceux qui furent exécutés, au IV« siècle, sur le 
col de Céphalari, près du lac Copaïs. Ils ont été creusés dans un 
calcaire très compact, et cependant les parois en ont été taillées 
dans la roche dure avec une netteté parfaite et une singulière 
habileté de main. Mais il convient de remarquer que ces puits 
du Copaïs étaient un travail d'utilité publique : l'exécution en 
avait été confiée à un ingénieur spécialiste, Cratès de Chalcis, et 
les dépenses en étaient à la charge de l'Etat. De plus, destinés à 
faciliter d'abord le percement d'une galerie d'écoulement, ils 
devaient subsister ensuite pour servir au curage de cet aqueduc 
souterrain (2). Dans ces cooditions, on comprend que l'ouvrage 
ait été conduit avec tout le soin et la perfection dont les anciens 
étaient capables. Mais que les mêmes qualités se retrouvent à 
un degré éminent dans des centaines de puits au Laurion, il y a 
de quoi nous surprendre (3). Ces puits de mines étaient l'œuvre, 
non de l'Etat, mais de simples particuliers; chaque entrepre- 
neur en payait le forage de ses propres deniers, et enfin on savait 
qu'un jour le puits deviendrait inutile, lorsque l'amas métallifère 



(1) Gerster, V Isthme de Corinthe^dsins Bull. Corr, HelL, p. 226-232. M.Kam- 
banis, dans son étude sur les puits du Copaïs, se contente de dire que le tra- 
vail a dû demander nombre d'années : Ibid, 1893, p. 330. 

(2) Kambanis, art. cité, 1893, p. 331. 

(3) M. de Launay {Annales des Mines, IX« série, t. I, p. 517) compare le 
travail des puits de mines romains de Sardaigne à ceux du Laurion, en ces 
termes : « Ce ne sont pas ces beaux puits rectangulaires du Laurion, à parois 
bien lisses et munies d'écheUes qui subsistent dans les mines athéniennes, mais 
souvent de simples soupiraux si étroits qu'on arrive malaisément à y pénétrer ». 



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TRAVAUX DE RECHERCHE 33 

serait épuisé. CependaDt, les Athéniens n'ont pas cessé, pendant 
toute leur exploitation, de les tailler avec la même application 
et sur le même modèle. 



C. De la méthode de recherche. — C'est au moyen de ces puits 
et de ces galeries, que les mineurs du Laurion traversaient les 
terrains stériles qui recouvraient les gisements interstratifiés. 
Mais, si patients et si habiles qu'ils fussent à tailler le schiste et 
le calcaire, il leur était encore nécessaire de savoir diriger leurs 
efforts : à cet égard leurs différents travaux témoignent d'une 
évolution très intéressante à suivre. Depuis la première décou- 
verte des richesses minières, jusqu'aux derniers temps des 
grandes exploitations, les Athéniens ont sans cesse perfectionné 
leurs méthodes de recherche, et, partis d'un empirisme grossier, 
ils sont parvenus à une pratique raisonnée, aussi parfaite que 
le permettaient leurs connaissances géologiques. Ils ont fait 
preuve d'une sagacité et d'un flair, qu'admirent les ingénieurs 
modernes. 

On imagine aisément, lorsqu'on parcourt le versant oriental 
des collines du Laurion, comment les Athéniens ont pu y soup- 
çonner l'existence de gîtes métallifères. Nous avons vu que le 
premier contact afiQeurait en une foule de points sur les pentes 
qui se succèdent de Dipsiléza au cap Sounion et que les affleu- 
rements étaient naturellement décelés par la couleur rouge des 
oxydes de fer qui s'y montrent. Les anciens n'ignoraient point 
la valeur de cet indice. Pline l'Ancien dit que l'on reconnaît 
sans la moindre difficulté les mines de fer, à la seule couleur du 
terrain (1). Il est par conséquent probable qu'au Laurion les 
affleurements rougeâtres du premier contact, si apparents en 
une foule de points, révélèrent tout d'abord la présence du fer. 
A un examen plus attentif, on put se rendre compte que le fer 
n'était pas seul ; des rognons de galène, moins prompts à 
s'oxyder, trop lourds pour être entraînés par le ruissellement 
des eaux, devaient jalonner la ligne du contact. Le poids consi- 
dérable de ce minerai, les brillantes facettes et l'éclat métallique 
des cristaux qui le composent, ne pouvaient échapper longtemps 



(1) Pline, Histoire naturelley XXXIV, 14, 142 : « Ferri metalla ubique pro- 
pemoduin reperiuntur, minimaque difficultate agnoscunlur, colore ipso lerrse 
manifeste. » 



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34 LES MINES DU LAURION DANS L'ANTIQUITÉ 

à rattention des premiers visiteurs du pays (t). Enfin il suffisait 
de procédés métallurgiques très simples et très primitifs pour 
en tirer un métal connu, le plomb. Je crois donc que le premier 
contact, grâce à ses affleurements caractéristiques, a amené de 
très bonne heure la découverte des gisements du Laurion. 

De cette marche logique des événements, je vois les preuves 
dans une série de travaux grossiers exactement situés sur les 
affleurements du contact, que l'on remarque depuis Dipsiléza et 
Vilia jusqu'à Spitharopoussi et au Sounion. Ce sont des trous, 
des tranchées, des cavernes exécutées évidemment par la main 
de rhomme. Ces excavations de tout genre sont innombrables 
et atteignent parfois de grandes dimensions : il en est qui ont 
80 et 100 mètres de longueur sur 20 et 30 mètres de large. Je 
citerai comme spécimens de ces ouvrages Jes cavités que Ton 
rencontre dans le bas du ravin de Camaréza, ou dans le vallon 
de Vilia. L'irrégularité est le propre de cette exploitation de la 
première heure : les attaques sont faites au hasard, poursuivies 
sans plan et sans méthode. On y sent les tâtonnements de 
mineurs inexpérimentés, qui ignorent à peu près et ce qu'ils 
cherchent et comment il faut chercher. Ici, ils ont recueilli des 
oxydés ferrugineux, là ils ont ramassé tout ce qui leur tombait 
sous la main. Nul discernement dans le choix des minerais : ils 
ne savaient pas encore au juste lequel était le plus avantageux. 
De même, ils ne s'étaient pas rendu compte des allures des 
gisements : ils n'osaient pas pénétrer sous terre et ne s'enfon- 
çaient point au delà de la portée du jour. Tels sont manifeste- 
ment les débuts de Tart des mines au Laurion. 

Le premier contact a été longtemps le seul qui fût connu : 
c'est en l'exploitant que les mineurs du pays firent leur éducation 
et c'est là que nous retrouvons les traces encore visibles des 
progrès qu'ils accomplirent. Au cours de leurs travaux primi- 
tifs, les ouvriers furent amenés à constater deux phénomènes 
intéressants : d'une part, les rognons de galène, d'abord perdus 
et disséminés dans les oxydés ferrugineux, augmentent en nom- 
bre et en volume à mesure que l'on s'avance plus profondément 
dans les gîtes métallifères ; d'autre part, ces gîtes se rencontrent 
toujours entre deux couches de couleur et de dureté différentes : 
quant à leur position relative, si l'assise aux teintes sombres et 



(l) Cambrésy, Laurion, p. 32 et 111. 



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TRAVAUX DE RECHERCHE 35 

facile à tailler (schiste), est au-dessus de rassise blanche et 
dure (calcaire), on trouvera presque à coup sûr entre les deux 
un amas de minerai. Dans le cas contraire, tous les efforts sont 
vains et les recherches inutiles. Cette double observation, qui 
s'imposait, provoqua un perfectionnement dont on distingue 
encore les résultats sur le terrain. 

En effet, on retrouve sur les affleurements du premier contact, 
à côté des excavations grossières des commencements, un certain 
nombre de travaux beaucoup plus réguliers et strictement exé- 



Fig. 12. 
Vue du plateau méridional. 

eu tés à la ligne de rencontre du calcaire et du schiste. Le coup 
de pic n'a pas été donné à l'aveuglette, ni trop haut ni trop bas, 
mais très exactement à la place qui convenait. Ainsi le mineur 
ne frappait plus au hasard, et c'est évidemment qu'il était con- 
vaincu qu'en un point seulement il avait chance de mettre à 
découvert le gisement recherché : l'expérience lui avait démon- 
tré maintes fois qu'il perdait son temps et sa peine, ^'il ne se 
conformait pas à la règle démontrée bonne. Il acquiert aussi 
plus de hardiesse : il ne se traîne plus craintif à la surface, le 



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36 LES MINES DU LAURION DANS L^ANTIQUITÉ 

loDg de l'afOeurement. 11 se lance sous terre, en profondeur, à 
la poursuite des minerais de plomb. Si l'attaque est heureuse, 
il va de lavant. Pour arriver plus vite, il réduit sa trouée au 
strict nécessaire : la cavité informe et sans proportions des 
premiers temps devient une galerie bien taillée et de dimen- 
sions régulières. Au contraire, si Tattaque s'annonce mal, 
l'ouvrier s'arrête : plus d'une galerie est restée à l'état d'embryon 
et n'a pas été creusée au-delà de quelques mètres. D'autre part, 
si nous examinons de près les travaux abandonnés, nous nous 
apercevons que les parements portent seulement la trace de 
minerais ferrugineux, sans le moindre indice du voisinage ou 
de la présence des minerais plombifères : ainsi la recherche de 
la galène seule intéressait le mineur, qui avait appris à en con- 
naître la valeur. Le fer au contraire n'avait au Laurion ni les 
qualités ni labondance qui auraient pu en rendre l'exploitation 
utile et fructueuse. Si l'ouvrier ne recueille que du fer, son 
labeur n'est pas récompensé : il vaut mieux tenter une autre 
attaque ailleurs. Les minerais de plomb argentifère sont devenus 
l'objet principal de l'exploitation, et l'on sait dorénavant qu'ils 
ne se rencontrent qu'au plan de contact. 

Voici dès lors de véritables galeries, qui de parti pris ne pour- 
suivent que le minerai de plomb. Elles partent toujours au point 
précis où le schiste supérieur laisse apparaître le calcaire moyen. 
Elles se glissent sous terre, en profitant des fentes naturelles 
que présente le contact. On voit très bien en effet que le mineur, 
qui en perce une, a une préoccupation constante, celle de ne 
pas perdre le plan de rencontre des deux couches, car il a vite 
appris à ses dépens que c'est là seulement qu'il trouvera le mine- 
rai. S'il l'abandonne, il lui faudra peiner durement dans le cal- 
caire ou dans le schiste, à droite ou à gauche, en-dessus ou 
en-dessous de la veine tilonière, s&ns espoir peut-être deretrouver 
le minerai qui se dérobe. Aussi s'astreint-il à suivre tous les 
caprices du contact: il monte avec lui quand il s'élève, descend 
quand il plonge, tourne au gré de ses moindres sinuosités. Mais 
en retour, à mesure qu'il s'avance, le minerai s'enrichit, la 
galène augmente en quantité, et bientôt si l'attaque a été heu- 
reuse, il débouche dans une fissure plus large, où le minerai se 
présente en amas compact. La galerie première s'agrandit alors ; 
une seconde peut s'établir à côté et le chantier croît en impor- 
tance chaque jour. Puis soudain, le schiste et le calcaire se 
rapprochent, le minerai n'occupe plus qu'une fente étroite, où 



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TRAVAUX DE RECHERCHE 37 

rinstrument du travailleur peut à peine Tatteftidre. Peu importe : 
patiemment, brin par brin,^ le mineur saura le recueillir, et la 
galerie, reprenant sa marche tortueuse, cheminera toujours sans 
souci d'une direction préméditée, au gré des mille plissements 
du terrain. L'essentiel pour le mineur est de remplir son panier: 
il veut que chaque coup de pic paye sa peine. Pas de labeur 
inutile pour se donner de l'air et de l'espac-e: il suffit que l'homme 
puisse passer et poursuivre la richesse qui fuit. 

Cette exploitation n'est encore qu'empirique. Dans tous les 
travaux de cette période, il est impossible de retrouver une règle 
suivie : pas de soin dans le détail, pas de plan dans l'ensemble. 
Ce sont des labyrinthes obscurs, dont les ramifications courent 
dans tous les sens, et l'œuvre ressemble assez à ces bois rongés 
et criblés de trous par des vers silencieux. Cependant, ces 
mines de la seconde période représentent une somme de travail 
beaucoup plus considérable que les excavations et les cavernes 
delà première. Elles sont très nombreuses, la longueur des gale- 
ries est très grande, et autant que l'on peut en juger, l'exploita- 
tion en a duré très longtemps, sans se modifier sensiblement. 

Si le troisième contact n*a pas exercé, comme le premier, 
une influence décisive sur la découverte des gisements du Lau- 
rion, et s'il n'a pas été le théâtre des débuts de l'industrie mi- 
nière, il a eu du moins l'avantage de livrer aux anciens des 
richesses plus considérables, et il a exigé, pour être atteint et 
utilement exploité, une connaissance assez avancée des terrains 
géologiques, en même temps que de sérieux progrès dans les 
procédés techniques. Tout d'abord il n'affleure qu'en un seul 
point, à l'extrémité de la plaine de Mégala Pevka. Là seulement 
le schiste inférieur, enlevé par l'érosion, laisse paraître au jour 
le calcaire inférieur. En outre, la ligne de contact n'est pas très 
apparente ; les bancs calcaires et schisteux se superposent d'une 
manière confuse, et les oxydes de fer n*y dénotent point par 
leurs tons révélateurs la présence de masses métallifères. Aussi 
le petit nombre de travaux primitifs qu'on y relève n'ont-ils pas 
pris d'importance : ils ne pénètrent pas profondément dans les 
couches du sol, et il ne semble pas que les mineurs y aient 
recueilli de minerais. Pour ces raisons je crois que le troisième 
contact a été découvert par une autre méthode que celle de la 
galerie partant de l'affleurement : il n'a été atteiot que par des 
puits verticaux ou inclinés. 
Cette méthode nouvelle supposait un progrès technique et une 



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38 LES MINES DU LAURION DANS L'ANnQUITÉ 

connaissance exacte des lois de gisements. Pour le progrès tech- 
nique, il fut réalisé de bonne heure. Les anciens avaient déjà 
employé des puits dans les travaux du premier contact. Ils avaient 
été obligés d'en faire usage pour rendre l'exploitation moins péni- 
ble et moins dangereuse. En effet, à mesure que les galeries sou- 
terraines s'allongeaient et se ramifiaient, il devenait plus difficile 
d'y séjourner longtemps, parce que Tair, lent à se renouveler, 
se viciait trop vite par la fumée des lampes et la respiration des 
hommes. En même temps, le transport du minerai par les 
boyaux étroits et tortueux ne pouvait s'accomplir que très len- 
tement. Il fallait trouver un remède à ces deux inconvénients, 
et on avait résolu le problème en creusant des puits. Nous 
retrouvons ces premiers puits sur toute la ligne du premier 
contact, à peu de distance et au-dessus de l'entrée des gale- 
ries : ils sont régulièrement espacés et taillés avec soin dans 
Taxe des galeries principales qu'ils recoupent à divers inter- 
valles. Ils facilitent l'aérage et simplifient l'extraction des mine- 
rais. Mais ils sont toujours postérieurs aux galeries qu'ils 
desservent et ne sont donc qu'un perfectionnement apporté 
après coup à un ensemble de travaux de mines. 

Il n'en est pas de même des puits du troisième contact qui 
ont précédé l'établissement des galeries : ce sont avant tout des 
puits de recherche. Comment les mineurs du Laurion ont-ils 
soupçonné qu'il existait un autre contact que celui qu'ils con- 
naissaient déjà ? Je ne crois pas qu'ils se soient rendu compte 
tout d'abord du nombre des couches géologiques, et ils ont cer- 
tainement confondu pendant longtemps le schiste inférieur avec 
le schiste supérieur. Mais une longue expérience leur avait 
démontré que les gisements résidaient toujours au-dessous du 
schiste. Ils avaient commencé par les atteindre au moyen de 
galeries partant des affleurements. Or, ce contact, qu'ils voyaient 
s'étendre indéfiniment devant eux, ne devait-il pas exister là 
même où il n'apparaissait pas ? Pourquoi ne Taurait-on pas trouvé 
sous les schistes, que le calcaire subjacent fût visible ou non ? 
Quand ils furent devenus maîtres dans l'art de creuser des 
puits, ils pensèrent qu'au lieu d'attaquer le contact aux affleu- 
rements, il était plus simple d'y arriver directement avec un 
puits. On pouvait de la sorte parvenir, sans cheminer d'abord 
par des galeries interminables, à des gisements plus riches que 
tous les autres parce qu'ils étaient plus profonds. C'est ainsi 
qu'il arrivèrent à se servir de puits ; ils les creusèrent d'abord 



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TRAVAUX DE RECHERCHE 39 

iDdifiéremineDt sur n'importe quel schiste, et il est clair que le 
premier sondage, tenté de la sorte, qui arriva au contact, leur 
prouva qu'ils ne s'étaient point trompés dans leurs prévisions. 

Ils découvrirent un jour le troisième contact sans discerner 
au commencement qu'il n'était pas le même que le premier. Ce 
n'est que plus tard, lorsqu'ils s'aperçurent que des travaux 
poussés les uns vers les autres, au premier et au troisième 
contact, ne se rejoignaient pas, mais se superposaient en étages, 
qu'ils purent conclure à l'existence de deux contacts distincts. 
C'est donc uniquement la croyance à la permanence du contact 
minéralisé, qui les a déterminés à creuser, sans se décourager, 
de grands puits à travers des couches de 100 mètres d'épaisseur, 
et leur persévérance a été presque partout couronnée de succès. 



Fi^. 13. 

Du moios savaient-ils observer l'épaisseur probable des strates, 
pour ne pas travailler trop longtemps en pure perle. 

Un exemple va nous montrer la sagacité de nos mineurs. C'est 
un puits (fi^'. 13) situé à mi-chemin entre Camaréza et Souréza, 
presque sur le plateau; aujourd'hui repris par l'exploitation 
moderne, il porte le nom de Puits Kitzo. Il avait 51 mètres de 
profondeur : il s'enfonce dans le calcaire moyen, en un poinl où 
le mineur antique a prévu une faible épaisseur de la couche ; 
en effet, il en sort au bout de 5 mètres pour pénélrer dans le 
schiste inférieur. Remarquons en passant qu'il n'y a point eu 
d'hésitation ou d'arrêt à ce faux contact : rien, sur les pare- 
ments, n'indique qu'on ait eu la pensée de fouiller en cet en- 



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40 LES BONES DU LAURION DANS L* ANTIQUITÉ 

droit. Après 46 mètres de descente, on rencontra du calcaire 
inférieur. Arrivés là, les travailleurs poussèrent leurs galeries 
en tous sens, à la recherche d'un élargissement du contact, où 
ils espéraient découvrir un amas métallifère. Mais au bout de 
quelques mètres, il fallut s'arrêter : dans toutes les galeries, le 
calcaire se dressait au front de taille, le contact se perdait avec 
une facilité désespérante dans une roche qui passait, par transi- 
tion insensible, du calcaire au schiste ; le minerai enfin fai- 
sait complètement défaut, sans laisser paraître le moindre indice 
qu'il pût se trouver dans le voisinage. Le travail fut donc aban- 
donné, et à visiter le chantier, on sent bien qu'il y eut là arrêt 
subit et raisonné. Les galeries s'interrompent au bout d'une 
dizaine de mètres en plein calcaire, et les fronts de taille ne sont 
môme pas achevés. Les conclusions s'imposent : d'une part, ce 
puits n'a pas été foré pour aller recouper des travaux déjà exis- 
tants ; c'est donc un véritable sondage, un puits de recherche, 
preuve manifeste que les anciens avaient conçu une théorie sur 
les gisements du Laurion. D'autre part, ce puits ne part pas du 
schiste inférieur,mais du calcaire moyen : les anciens connaissent 
donc la loi de succession des couches et savent apprécier de 
visu l'épaisseur probable de la strate superficielle. Enfin, ils 
arrivent au troisième contact, dont l'affleurement ne se montre 
que dans la vallée Legrana, c'est-à-dire à bonne distance du 
puits Kitzo et à un niveau très différent, et ils n'ont été amenés 
à cette découverte que par l'idée théorique de l'alternance des 
couches de terrain. 

Et maintenant, pourquoi, dans le cas particulier du puits 
Kitzo, cette recherche a-t-elle abouti à un échec? C'est que nos 
mineurs étaient venus se heurter à un cas assez rare au Laurion, 
et qu'ils ne pouvaient expliquer. On a trouvé depuis qu'ils 
n'étaient descendus qu'à un faux contact : il se trouve là une 
grosse loupe de calcaire intercalée dans le schiste. Le vrai 
contact minéralisé est situé à quinze mètres plus bas. Des in- 
succès semblables, sans être très nombreux, se rencontrent 
encore çà et là, qui prouvent toujours la force de l'idée pré- 
conçue et de la théorie. Ils ont aussi tenté en roche notoirement 
stérile, des sondages qui n'aboutissent à rien. Tels sont les quel- 
ques puits forés dans le granit, près de Plaka. Pour ces derniers, 
une erreur aussi grossière donne à réfléchir, venant de mineurs 
expérimentés. Se sont-ils lancés au hasard dans une roche 
extrêmement dure, qui ne se montre qu'en un point seulement 



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TRAVAUX DE RECHERCHE 41 

au LaurioD ? On a peine à le croire. Peut-être, se sont-ils 
demandé si la minéralisation n'était pas très abondante au 
contact du granit qui semble être l'assise de fondation sur 
lesquelles reposent les autres couches. De là, à rechercher les 
gisements qui en ce cas devaient s'y loger, il n'y avait qu*un pas. 
Leurs efforts ont été infructueux et leur science insuffisante. 
Mais de pareilles tentatives ne sont elles pas la preuve que les 
idées théoriques, fondées sur des connaissances raisonnées, 
quoique incomplètes, avaient pris la place de l'empirisme timide 
des premières époques et présidaient à la recherche des richesses 
souterraines du Laurion? A partir de ce moment, que nos 
mineurs explorent le premier ou le troisième contact, ils ne 
vont plus au hasard, et procèdent avec méthode au fonçage de 
leurs puits et aux tracés de leurs galeries. 

Voici, par exemple, un spécimen de leurs travaux, dont le type 
est très fréquent au Laurion. La mine, dool la planche II donne 
le plan, est située sur le plateau du Nord, dans le district de 
Démoliaki. C'est une exploitation du premier contact, menée 
par puits et galeries. Le mineur a commeocé par étudier, sur le 
terrain qui lui était concédé, les allures du schiste supérieur, 
qui va en montant, du Sud-Ouest au Nord-Est avec régu- 
larité, il pouvait supposer à priori que le contact avait sensi- 
blement la même inclinaison. Pour s'en assurer, il a creusé 
aux quatre coins d'un quadrilatère irrégulier, allongé dans le 
sens de la pente, quatre puits (Puits Jupiter et Puits Louis- 
Joseph au S. 0. ; Puits N"" 3 fit Puits A'° 4 au N. E.). Les deux 
premiers ont leurs orifices à 192 mètres et 182 mètres au-dessus 
du niveau de la mer ; les deux derniers partent des cotes 263 et 
213 mètres. Selon les prévisions du mineur, le plan du cootact 
s'est trouvé dans son ensemble en descente du N. E. au S. 0. Les 
Puits No 3 et No 4 l'ont rencontré à l'altitude de 215 et 180 mètres ; 
les Puits Jupiter et Louis Joseph à 159 et 154 mètres. Voilà donc 
quatre attaques qui déterminent exactement pour une surface 
donnée l'allure générale du contact: le mineur sait dès lors qu'il 
ira en montant des puits du S. 0. aux puits du S. E., et s'il 
rencontre sur sa route quelque anomalie inattendue, il est eu 
droit de penser qu'elle est tout à fait passagère et locale. S'il 
avait creusé ses puits sur une même ligne au m lieu du quadri- 
latère, il n'aurait pas eu la même certitude. 

La reconnaissance du contact achevée, il ne s'agissait plus que 



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42 LES MINES DU LAURION DANS l'aNTIQUITÉ 

de l'explorer de part en part par des galeries joignant les puits 
les plus éloignés deux à deux. On commença donc deux mat- 
tresses galeries à partir des puits du S. 0. en s*avançant vers le 
N. E. Elles vont ainsi pendant 160 à 200 mètres, parallèles Tune 
à l'autre dans la même direction. Entre les deux, des galeries 
transversales les font communiquer de distance en distance, et 
visitent le contact dans l'intervalle qui les sépare. Les deux 
avancements principaux vinrent donner au bout de cette course 
dans des gîtes importants, situés à peu près au centre de la 
concession. On s'empressa dès lors de venir les recouper à partir 
des Puits No 3 et N° 4 : de là, les directions convergentes des 
deux grandes galeries qui descendent de ces puits. Ainsi, quatre 
voies d'accès conduisaient aux amas métallifères, et pour mieux 
desservir encore les chantiers d'abatage, on fonça sur l'empla- 
cement mémo des gîtes cinq petits puits de dégagement. On voit 
clairement \S\ ]?. n éthode suivie: une fois les positions du contact 
connues, ]c.- Ailiéuiens poussaient dans le même sens une ou 
plusieurs galeries parallèles, et, dans l'intervalle qui les sépa- 
rait, menaient des galeries transversales. Ils recouvraient ainsi 
le contact d'un réseau régulier de galeries dont les mailles sont 
assez serrées pour que nul gisement important ne puisse échapper 
à leurs investigations. Grâce à cette méthode, tôt ou tard, ils ne 
pouvaient manquer de découvrir le gîte espéré. Dès lors la mine 
était ouverte, et il ne restait plus qu'à enlever le minerai. Ainsi 
il arriva un moment où les mineurs devenus maîtres en leur art 
suivirent dans leurs recherches un plan logique, qui, généra- 
lement, est le meilleur ; il est certain qu'au Laurion les tra- 
vaux de mines les plus nombreux appartiennent à cette caté- 
gorie. Ils n'ont conservé de leurs procédés antérieurs qu'une 
seule habitude, celle de s'astreindre rigoureusement à ne pas 
perdre le contact. C'est ainsi que dans les mines, dont l'ordon- 
nance semble Ja mieux couçue,ils n'ont presque jamais pratiqué 
ce qu'en termes de métier on appelle une recoupe de gisement. 

Dans les exploitations modernes, lorsqu'on a reconnu les direc- 
tions du contact, on ne le suit point pas à pas : on traverse la 
roche stérile par une galerie horizontale et en ligne droite, dite 
travers-banc, qui va recouper le gisement à une distance plus 
ou moins grande. Le grand avantage de ce système est d'assurer 
l'horizontalité des plans d'exploitation nécessaires à la circula- 
tion des chariots qui transportent le minerai. Les mineurs du 
Laurion n'agissaient pas de la sorte, non pas qu'ils aient abso- 



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TRAVAUX DE RECHERCHE 43 

lument ignoré la méthode du travers-banc, dont on pourrait 
citer un exemple ou deux, mais ils trouvaient évidemment un 
grand profit à tracer toujours leurs galeries dans le contact : ils 
avaient en effet la chance d'y rencontrer quelques dépôts miné- 
ralisés qui pouvaient payer leurs frais. D'autre part, comme ils 
n'ont jamais songé à transporter le minerai, dans l'intérieur de 
la mine, au moyen de chariots, ils n'avaient pas d'intérêt à y 
établir des étages horizontaux bien définis. Ils ont donc conti- 
nué à toutes les époques à cheminer au contact, à monter, à 
desceçdre dans les moindres plis, sans se préoccuper aucune- 
ment des inégalités de leurs galeries. Ainsi cette pratique, qui 
à l'origine avait été une précaution essentielle pour le mineur 
inexpérimenté, resta toujours une des règles de l'exploitation 
antique. 

Tels étaient les procédés des Athéniens pour ouvrir de 
nouvelles mines. C'est ce genre de travaux qu'ils désignaient 
sous le nom de xaivorojAia et de xaivbv jjLÉraXXov (1). Lorsqu'ils 
se bornaient à poursuivre l'exploitation de gisements déjà 
connus, œuvre qui n'avait plus la même importance et le môme 
intérêt, ils désignaient le chantier par le terme àvadàSifjLov 
jAÉTaXXov (2), c'est-à-dire reprise de fouilles. Ils ont toujours 
attaché beaucoup de prix aux xaivoTO[jL(at et les ont multi- 
pliées : ils n'ont pas laissé un seul coin du Laurion inexplwé. 
En surface, ils ont reconnu les dernières limites de la région 
minéralisée; en profondeur, ils ne se sont arrêtés qu'au point 
où leurs recherches étaient limitées par la présence des eaux de 
mer qui pénètrent partout dans les fissures des couches. Il 
n'est guère de gîtes qu'ils n'aient trouvés et exploités. Ni les 
anomalies des contacts subordonnés dans le calcaire inférieur 
dans la région de Gamaréza, ni les feuillets minéralisés du 
schiste supérieur dans celle de Plaka, qui constituent des excep- 
tions, ne leur ont échappé. Ils avaient un fiair remarquable 
pour deviner la présence ou le voisinage du minerai, et leurs 
galeries fournisseot eucore aujourd'hui aux ingénieurs qui diri- 
gent les travaux modernes les indications les plus sûres dans 
la recherche des gisements. 

(1) Xénoplion, Revenus, IV, 27 et suiv., Uypéride, pour Euxénippos, Col. XLV 
(éd. Blass); Suidas, au mot 'AYpa3.ou {jLeTiXXou ôîV/j ; CIA, 11, 780, I. 6. 

(2) CIA, II, 780, 1. 13, 781, 1. 10. On trouve aussi jj.£TaXXov iraXaiôv : CIA, 
780, 1. 20. Arislole, ConsUtution d'Athènes, 47, dit Ta TupaOévra {xeTotXXa xal 

IpYacijxa. 



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44 LES MINES DU LAURION DANS l'aNTIQUITÉ 



III 



Travaux d'abatage et d'extraction 

A. Abatage : technique et méthodes. — Au bout de ces puits 
et de ces galeries, les chercheurs patients et habiles arrivaient 
enfin à un gisement de galène argentifère. A la recherche suc- 
cédait aussitôt Tabatage. Il ne faut pas croire que les anciens 
aient déblayé au hasard les amas qu'ils découvraient. L'expé- 
rience leur avait appris qu'il y avait des. règles à suivre pour 
perdre le moins possible de minerai et pour le recueillir avec 
économie et rapidité. Ne devaient-ils pas aussi se préoccuper de 
fournira leurs ouvriers les voies de dégagement indispensables 
au transport des matières abattues? Enfin n'était-il pas nécessaire 
de prendre garde aux éboulements qui pouvaient obstruer la mine 
et interrompre la marche de l'exploitation ? L'examen des tra- 
vaux antiques prouve manifestement que les Athéniens ont 
vaincu ces difficultés et que, selon la forme, la puissance, Tincli- 
naison des gîtes, ils ont su adopter des méthodes différentes 
d'abatage et les mieux appropriées à leur-fin. 

Les chantiers les plus imposants sont situés dans la région de 
Camaréza, entre le val Berzéko et le pied du petit Ripari. Il se 
trouve là, au troisième contact, d'immenses cavités, qui conte- 
naient à l'origine des masses énormes de minerai. Totalement 
vidées par les anciens, elles ont subsisté jusqu'à ces derniers 
temps dans un état satisfaisant de conservation, et l'on a pu y 
étudier avec quelque précision les procédés qu'ils avaient suivis. 

Plusieurs cas se présentent. Les Athéniens ont débouché dans 
ces riches amas, tantôt par le mur du contact, tantôt par le toit, 
et tantôt à mi-hauteur : dans ces diverses alternatives, ils ont 
manœuvré fort habilement. Tout d'abord, à la suite de la galerie 
de recherche, ils poussaient droit devant eux une galerie d'allon- 
gement, perçant horizontalement d'une salbande à l'autre le gîte 
tout entier. Puis au moyen de sondages montants et descendants, 

creusés au contact du minerai et de la roche stérile, ils tentaient 

f 

de se rendre compte des dimensions et delà position de la masse 
minéralisée. Les traces de ces sondages sont parfois visibles. On 
constatera, par exemple, qu'à plusieurs mètres au-dessus du sol 
actuel du chantier, un éperon rocheux, en saillie sur le fianc de 



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ABATAGB BT EXTRACTION DU MINERAI ' 43 

la cavité, a été traversé par une galerie. Aujourd'hui, de part et 
d'autre cette galerie aboutit au vide. Il faut donc y voir le tronçon 
d'une galerie qui, cheminant à travers le minerai, a disparu 
quand on l'a enlevé ; elle suivait de très près la salbande du gîte, 
et ne pouvait être qu'une galerie de reconnaissance. 

La reconnaissance achevée, les mineurs savaient par exemple 
qu'ils avaient sous leurs pieds, au niveau de la maîtresse galerie, 
la plus grande épaisseur de l'amas. Ils commençaient alors par 
abattre le minerai qui se trouvait au-dessus de leur tète, jusqu'au 
toit du contact: cette première partie de leur besogne une fois 
terminée, ils descendaient progressivement jusqu'au fond de la 
poche et la vidaient ainsi complètement. S'étaient-ils aperçus, au 
contraire, qu'ils étaient arrivés dans le bas du gisement (fig. 14), 
ils procédaient en sens contraire, lia enlevaient tout de suite le 
minerai plus ou moins abondant qu'ils trouvaient au-dessous du 
niveau de leur galerie d'attaque. Arrivés à la roche stérile, ils 



Fig. 14. 
Abatage du minerai : a, a, maîtresse galerie ; b, b, sondages ; c, c', galeries de raccord. 

remblayaient la cavité qu'ils avaient formée, et ce sol artificiel les 
ramenait à portée du minerai qu'ils avaient laissé momen- 
tanément au-dessus de leur tète. Ils l'abattaient alors par des- 
sous, et à mesure que le toit s'élevait, ils exhaussaient par des 
remblayages successifs le niveau du chantier. C'est ainsi qu'ils 
pouvaient parvenir jusqu'au plafond de la chambre minéralisée. 
On reconnaît aisément à des preuves certaines quelle a été, dans 
telle ou telle cavité, la méthode suivie. En effet, s'ils ont employé 
la première, nous ne trouvons pas de remblai dans le vide : s*ils 
ont adopté la seconde, la cavité est à peu près remplie jusqu'en 
haut d'une couche épaisse de déblais. De plus, la disposition des 
voies de dégagement est différente dans les deux cas. Si les 
mineurs sont allés de haut en bas, on voit sur le flanc de 
l'excavation, au-dessous de l'orifice de la galerie principale, qui 



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46 tES MINES bu LAURION DANS l'aNTIQUITÉ 

reste à peu près horizontale, plusieurs orifices de galeries secon- 
daires situées de plus en plus bas. Ce sont les entrées des mon- 
tages que les mineurs perçaient pour rejoindre la maîtresse 
galerie. En effet, à mesure qu'ils enlevaient du minerai, le sol 
du chantier baissait, et il arrivait un moment où ils ne pouvaient 
plus atteindre aisément la bouche de la galerie d'extraction ; ils 
étaient donc obligés de creuser successivement une ou plusieurs 
galeries de raccord, qui allaient rejoindre par une pente plus 
ou moins raide la maîtresse galerie. Si, au contraire, Tabatage 
a été exécuté de bas en haut, il est clair qu'en remblayant la 
cavité, ils obstruaient tôt ou tard l'entrée de la galerie d'accès. 
Il fallait alors, à mesure qu'on s'élevait plus haut, assurer le 
dégagement des chantiers par une descenderie qui recoupait 
aussi la maîtresse galerie. S'il y avait lieu, on en perçait ensuite 
une seconde et ainsi de suite jusqu'à l'épuisement total du 
gisement. 

Il s'est encore produit, dans les grands nmas interstratiflés, 
un troisième cas, beaucoup plus rare, il est vrai, que les deux 
autres. Il est arrivé que les mineurs ont débouché en même 
temps à deux niveaux différents dans le même gîte. Ils l'exploi- 
taient alors en deux étages, et l'on conservait à mi-hauteur une 
couche assez épaisse de minerai, qui servait de plancher au 
chantier supérieur, et de plafond au chantier inférieur. Dans 
chacun d'eux on employait alors pour Tabatage la méthode la 
plus convenable. Mais il va sans dire que les Athéniens n'avaient 
recours à ce système que lorsqu'ils n'avaient devant eux qu'un 
minerai assez pauvre ; il eût été tout à fait désavantageux d'aban- 
donner ainsi une masse considérable de minerai, s'il avait été 
d'une riche teneur. Dans les rares chantiers où l'on retrouve les 
deux étages superposés, on constate que la couche intermédiaire 
est toujours composée d'un minerai de qualité inférieure, et le 
bénéfice, que les anciens auraient pu retirer de l'abatage de cette 
masse laissée sur place, aurait été assez peu rémunérateur. 

Les Athéniens n'ont pas exploité seulement des gisements 
en amas de la forme et du volume des grands vides de Camaréza. 
Les gîtes se présentent assez souvent au Laurion sous Taspect 
de tranches minces, dont l'épaisseur varie de quelques centimè- 
tres à deux ou trois mètres, et dont le plan, suivant les caprices 
du contact, est horizontal ou oblique ou vertical. Les mineurs 
ont alors, suivant les cas, procédé de diverses manières à l'enlè- 
vement du minerai. Lorsque la tranche se présentait en hauteur 



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ABATAGE ET EXTRACTION DU MINERAI 47 

et d'une puissance notable, ils la taillaient en gradins. Qu'on 
imagine un mur épais de minerai, et dont la hauteur dépasse 
parfois quatre et cinq mètres; les aqciens l'attaquaient par la 
tranche dans Taxe d'orientation, le découpaient en parallélipi- 
pèdesà peu près réguliers, abattaient successivement ces paralié- 
lipipèdes en commençant par le haut et ils donnaient ainsi à 
l'ensemble du chantier la disposition en gradins. Cette méthode 
permet de dépouiller complètement les filons; en effet, nous en 
retrouvons au Laurion qui ont été parfaitement vidés, et certai- 
nement par le procédé que nous venons d'indiquer, car les 
galeries d'accès n'atteignent le plus souvent que le mur du filou. 
Par suite si les mineurs n'avaient pas taillé le gisement en gra- 
din, ils auraient dû nécessairement, pour en enlever les parties 
supérieures, refaire avec deô déblais un sol artificiel : or le filon 
est parfaitement net, et rien n'indique qu'il ait jamais été com- 
blé pour être vidé à nouveau. 

Lorsque les gisements restent horizontaux, comparables à 
une épaisse feuille de plomb intercalée au contact, les mineurs 
du Laurion manœuvrent de plusieurs façons suivant l'épaisseur 
et la richesse de la couche. Ici, quand elle est mince mais riche, 
ils la poursuivent dans tous les sens par des galeries étroites qui 
vont et viennent à droite et à gauche, en formant comme les 
mailles d'un filet. Us exploitent de la sorte des couches de vingt 
à quarante centimètres ; le réseau des galeries va en se com- 
pliquant de plus en plus, les mailles se multiplient, quand le 
minerai acquiert plus d'épaisseur et de valeur. Là, si la couche 
est plus puissante encore, et si la teneur du minerai est très 
riche, non contents de la recouper ainsi par plusieurs galeries, 
ils l'attaquent sur un large front et l'abattent tout entière saus 
en rien laisser. 

On voit donc que, de quelque manière que les gîtes se pré- 
sentent, les mineurs du Laurion ont toujours su appliquer les 
meilleurs procédés. Us étaient parvenus, dans la pratique de 
Tabatage, à une habileté professionnelle qui n'a pas été surpassée 
avant que le progrès des sciences modernes soit venu améliorer 
l'art d'atteindre et d'attaquer les gisements métallifères. Ils sont 
arrivés à la perfection que comportait l'empirisme de leurs 
méthodes. 

Pour exécuter leur travail, les mineurs du Laurion em- 
ployaient, selon la nature du terrain, le pic ou la pointerolle. 



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48 LES MINES DU LAURION DANS L'aNHQUITÉ 

Les galèoes bien cristallisées ne laissent pas que d'être dures à 
entamer ; les carbonates de plomb ou les minerais mixtes sont 
d'une consistance variable. Il est certain que, d'une façon géné- 
rale, les ouvriers anciens ne débitaient le minerai qu'en petits 
fragments. Les déblais de roches stériles et de gangues impures 
qu'ils ont laissés dans leurs mines, ne sont jamais composés de 
gros morceaux. D'ailleurs, ils n'ont, je crois, sous ce rapport, 
jamais cherché un autre résultat. Le minerai débité en menus 
fragments était ainsi mieux préparé, nous le verrons, à subir 
les traitements mécaniques auxquels il était soumis au sortir 
de la mine. Aussi les outils, dont ils disposaient, convenaient-ils 
parfaitement à leurs besoins, et lils n'eurent que bien rai^ement 
besoin de recourir à des moyens plus énergiques. 

On s'est demandé si le feu n'a jamais servi au Laurion, 
comme procédé d'abatage. On sait qu'en chauflant vivement cer- 
tains minerais très durs, on arrive à les décomposer partielle- 
ment, ce qui facilite le travail du mineur; pu bien on fait arriver 
sur la partie brûlante un courant d'eau froide qui produit un 
brusque refroidissement et, par suite,la désagrégation des molé- 
cules cristallisées. Les anciens n'ignoraient pas l'usage de ce 
procédé. Diodore dit qu'il était pratiqué dans les mines d'or 
d'Egypte (1) : on brûlait à un feu violent les terrains les plus 
durs pour les rendres plus friables. Pline nous apprend aussi 
qu'en Espagne les roches de silex étaient attaquées par le feu et 
le vinaigre (2). Les mineurs du Laurion en ont-ils fait autant ? 
n'est certain qu'en règle générale ils devaient répugner à un 
pareil moyen, dont le grand inconvénient était de rendre la mine 
impraticable pendant longtemps, par suite du dégagement de 
fumée et de vapeurs. Mais quelques indices donnent à penser 
qu'en certains cas ils en tentèrent l'essai. On a découvert à 
Syntérini,au Nord-Ouest de Camaréza, une galerie inclinée à 
marches d'escalier qui présente une intéressante particularité. 
Sur toute la longueur de cette galerie, les ouvriers avaient taillé 
dans le bas de la paroi droite, une rainure à section triangu- 
laire, profonde de vingt à vingt-cinq centimètres environ. A 

(1) Diodore de Sicile, III, 12, 4: Tf^ç 8è tôv /puabv kyo6<n\ç Yh^ tYjV [jlev 
ffxXTjpcDTaTYiv Tcupt TcoXXw xauffavTEç xal 7conrj<yavTeç yjx^'ir^y, iz^oaÔLfOuai 
TYjV 8tà Twv yeipwv xaTepyaafav. 

(2) Pline. Histoire nntur elle, XXXIII, 4,71 (Ed. L. Jan) : « Hos (silices) igniet 
aceto rumpunt». Voir Léger, Les travaux publics, les mines et la métallurgie 
aux temps des Romains, Paris, 1875, p. 698. 



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ABATAGE ET EXTRACTION DU MINERAI 49 

l'extérieur elle était fermée par de petites dalles de schiste exac- 
tement adaptées, et encore en place. Ce caniveau va de la surface 
du sol aboutir au bas de la descenderie où il disparait. Quelle en 
était Tutilité, sinon d'amener de l'eau dans l'intérieur de la 
mine ? Or, on ne comprendrait pas que les mineurs aient pris la 
peine d'établir ce canal, uniquement pour alimenter d'eau les 
ouvriers occupés dans les chantiers. L'ensemble des travaux en 
cet endroit n'est pas assez important pour confirmer cette 
hypothèse, et s'il en avait été ainsi, nous devrions retrouver des 
vestiges de canaux analogues dans des mines mieux conservées 
et plus vastes. On est réduit à supposer que ce canal avait été 
creusé pour établir une arrivée d'eau brusque et violente sur un 
front de taille particulièrement résistant, que Ton avait préala- 
blement chauffé. On ne peut donc pas affirmer que le procédé 
du feu n'a jamais été connu et pratiqué au Laurion (1). Il est 
d'ailleurs possible qu'on y retrouve encore des traces ana- 
logues de la même méthode. 

Ces travaux de recherche et d'abatage supposaient la solution 
de deux difficultés, sous peine d'être promptement arrêtés : il 
fallait pourvoir à l'aérage des puits, des galeries et des chantiers 
et prévenir, s'il y avait lieu, Téboulement des roches par des 
ouvrages de soutènement. 

B. Aérage, — Il était particulièrement important au Laurion 
d'établir dans les mines un aérage aussi parfait que possible. 
Qu'on se représente ces puits de plus de 100 mètres, ces kilo- 
mètres de galeries étroites et sinueuses que suffisaient presque 
à obstruer les corps des hommes qui y circulaient ; la respiration 
des ouvriers, la fumée et la chaleur des lampes, les poussières de 
minerai,auraient bien vite vicié le peu d'air qui y pénétrait natu- 
rellement (2), si quelques précautions n'avaient été prises pour 
en assurer le renouvellement artificiel. 

Lorsque les mineurs fonçaient un puits, ils avaient recours à 
deux moyens pour en faire la ventilation. « Quand on creuse un 
puits, dit Pline (3), l'air devient malsain par la seule profon- 

(1) Cordella, laurion, p. 87; Cambrésy, Laufion, p. 49. 

(2) On a calculé qu*U fallait à un mineur au repos 7^ litres d'air par heure, 
et au mineur qui travaille 2340 litres. Une lampe brûle un peu moins. Perrotet, 
Manuel du Mineur, p. 120. 

(3) Pline, Histoire naturelle, XXXI, 3,49 : « Fit et sine liis vitiis altitudine ipsa 
gravior aer, quem emendant assidue linteorum jactatu eventilando. » 

A 



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50 LES MINES DU LAURION DANS L* ANTIQUITÉ 

deur du puits; on y remédie par uoe ventilation qu'on pra- 
tique en agitant continuellement des linges. » Le procédé, 
décrit ici à propos des puits à eau, était vraisemblablement le 
même dans les puits de mine. Il devait ressembler, je le suppose 
à celui qu'on emploie aujourd'hui pour aérer les appartements 
dans les pays chauds. Mais nous ignorons les dispositions de 
détails qu'ont pu adopter les anciens. Il est encore possible qu'ils 
aient imaginé d'installer des manches à air. Mais la méthode la 
plus généralement suivie était toute dilSérente et était fondée sur 
la circulation naturelle de l'air. Ils établissaient dans les puits 
une cloison qui les coupait en deux parties égales de haut en 
bas. Cette cloison était faite en planches dont les joints étaient 
soigneusement calfatés avec de Targile, et n'était percée qu'à 
son extrémité inférieure : elle constituait un siphon, dont il 
était facile de rendre une branche plus longue que l'autre, au 
moyen d'une cheminée supplémentaire. Une fois que le puits 
était creusé et Taérage assuré d'une autre manière, on démo- 
lissait cheminée et cloison. Que ce système ait été mis en 
œuvre au Laurion, c'est ce que me semble prouver la présence 
de deux rainures verticales que Ton voit encore dans certains 
puits très profonds ; de haut en bas, les deux parois qui se font 
face, sont légèrement entaillées en leur milieu : c*est là sans 
doute que Ton encastrait les planches de la cloison. Parfois les 
Athéniens opéraient différemment, et creusaient à côté l'un de 
l'autre deux puits jumeaux, dont la paroi mitoyenne était percée 
de trous de communication. Il suffisait d'allumer un feu dans 
l'un des puits, pour déterminer dans celui-ci une ascension 
d'air chaud, et un appel d'air frais dans le puits voisin. Cette 
méthode, dont on retrouve plus d'une fois l'application dans les 
grandes exploitations du troisième contact, était, sans contredit, 
assez coûteuse et je ne doute pas que le plus souvent les anciens 
lui aient préféré la première disposition, plus économique et 
plus rapide. 

Les puits verticaux et les galeries inclinées sont les prises d'air 
de la mine proprement dite : le nombre, l'emplacement, la 
longueur doivent donc en être judicieusement déterminés pour 
produire le meilleur aérage possible. Tout ensemble de travaux 
souterrains au Laurion a, au moins, deux ouvertures à l'air 
libre, et souvent plus. Cette disposition est utile pour assurer la 
sortie des ouvriers et l'extraction du minerai, si l'une des ouver- 
tures vient à être bouchée ; elle est surtout indispensable à 



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ABATAGE ET EXTRACTION DU MINERAI 51 

la ventilatioD dHiiie mine quelque peu profonde et développée. 
Dans bien des cas, elle suffit à assurer Taérage naturel des 
galeries et des chantiers : en effet, si les deux orifices, qui jouent 
le rôle de prise d*air, sont situés à des niveaux sensiblement diffé- 
rents.il s'établira un courant d'air froid descendant dans la petite 
branche du siphon, et un courant d'air chaud ascendant dans la 
grande branche : il suffit pour cela que dans la mine s'établisse 
une température plus élevée que la température extérieure, ce 
qui arrive pendant' tout l'hiver, et même l'été, dans les mines 
les plus profondes (l).Tel est le système le plus simple en usage 
au Laurion, lorsque le réseau souterrain des galeries n'est pas 
trop compliqué. A Démoliaki, par exemple, les Puits ti^ 2 et 
N<» 3 touchent le fond de la mine à 155 mètres au dessus du niveau 
de la mer, tandis que le Puits N"" 1 n'atteint que la cote de 218 
mètres : il y a donc entre eux une dénivellation de 63 mètres, et 
il est manifeste qu'une cheminée de cette longueur est capable 
de créer un fort appel d'air. 

Si pour une raison quelconque, les mineurs ne pouvaient pas 
obtenir un aérage naturel suffisant ils avaient alors recours à 
d'ingénieuses dispositions pour établir un véritable tirage forcé. 
Ils allumaient un feu au fond du puits, qui se trouvait le plus 
élevé de la mine. Le puits était-il nécessaire à la circulation 
des ouvriers? on creusait alors une galerie inclinée (fig. 15) qui 
venait recouper le puits à une distance suffisante de l'orifice. 
Au point d'intersection, on ménageait un palier sur lequel 
était établi le foyer. Le feu allumé, on bouchait l'orifice du puits 
vertical par une porte mobile (2) et le tirage s'établissait dans 
la cheminée inclinée. De la sorte, la circulation était possible 
dans le puits tout entier, et la ventilation très active, grâce à 
ce foyer d'appel. Tel est le système le plus fréquemment employé 
au Laurion, dès que l'ensemble des travaux de mines a un 
développement considérable. Les Athéniens ont donc pratiqué 
des procédés assez savants de ventilation, et plus d'un est resté 
en usage jusqu'à nos jours. 

Dans l'intérieur de la mine, il fallait enfin prendre les mesures 
nécessaires pour diriger aux points voulus le courant d'aîr établi 



(1) L'élévaUon de température égale à peu près 1 degré par 30 mètres de 
profondeur. 

(2) Ànecdota graeca de Bekker, I, p. 317 ; Etymol. Magnum : W\jy(jxy(ii*(ioi, 
al OupfSeç toîv (jlctqLXXcdv al Tcpbç rb àva^u/etv Yiv6(jievai. 



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52 LES MINES DU LAURION DANS l' ANTIQUITÉ 

par les puits, et spécialement daus les chantiers d'abatage les 
plus éloignés de la surface. A cette fin les mineurs prenaient 
soin de relier toutes leurs galeries entre elles aussi souvent 
qu'il était possible. En effet, une galerie ne va jamais seule de 
l'avant : elle est toujours accompagnée à droite ou à gauche 
d'une seconde galerie, avec laquelle elle communique de dis- 
tance en distance. C'était là une condition indispensable pour 
assurer aux ouvriers qui travaillaient à l'avancement, l'air dont 
ils avaient besoin» et ainsi s'explique en partie l'extrême com- 
plication des mines antiques. On a peine à se retrouver dans 
ces galeries sans cesse recoupées les unes par les autres : à cha- 





u 




__ Ql__^ 






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,/■ X 




F 







Fig. 15. 

s> Orifice du puits Yertical. 

0' =9 Orifice de la cheminée de tirage . 

P =3 Palier de chaafle. 

que pas, de nouveaux rameaux se greffent sur la branche prin- 
cipale. Grâce à ces multiples conduits, il était facile aux mineurs 
de diriger à leur gré l'air pur qui leur arrivait du dehors. Ils 
bouchaient avec des déblais les galeries inutiles, et le courant 
était alors obligé de suivre les circuits qu'ils laissaient ouverts, 
et qu'ils' reliaient de leur mieux aux descenderles et aux puits. 
C'est pour cette raison que nous retrouvons de si nombreuses 
galeries entièrement comblées par les anciens eux-mêmes, au 
cours de leur exploitation : ils ne conservaient évidemment 
que celles qui leur étaient nécessaires, soit pour l'aérage, soit 
pour le service des chantiers. 



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ABATAGE ET EXTRACTION DU MINERAI K3 

Cependant, malgré Thabileté de leurs procédés d'aératioQ, nos 
mineurs ne sont pas toujours parvenus à établir une ventilation 
parfaite, et au Laurion, comme dans les autres mines de l'anti- 
quité, l'air était trop souvent irrespirable et malsain. Les 
auteurs anciens Taffirment à plusieurs reprises (1). La Qhaleur 
s'élevait très rapidement, en particulier devant les fronts de 
taille» qui étaient toujours quelque peu éloignés des galeries où 
l'air circulait librement : dans ces culs-de-sac surchauflés, les 
mêmes ouvriers, bien que totalement dévêtus, ne pouvaient cer- 
tainement pas travailler longtemps : il fallait les remplacer à 
des intervalles de temps assez rapprochés, ce qui nécessitait 
un nombreux personnel. 



C. Soutènement. — Pour éviter les éboulements à peu près 
inévitables dans toute exploitation de mines, les Athéniens ont 
employé les moyens les plus simples et les plus économiques. 
Tout d'abord, les galeries taillées dans le schiste ou le calcaire 
se passaient aisément, grâce à des dimensions très réduites, de 
tout ouvrage de soutènement. Avec une portée de 60 ou de 90 
centimètres, les voûtes taillées dans une roche compacte ne 
couraient aucun risque d'écrasement. Il en était de même pour les 
puits, qui, foncés dans les mêmes terrains, n'ont jamais eu besoin 
de boisage, et se sont conservés intacts jusqu'à nos jours. Cette 
solidité naturelle des couches calcaires et schisteuses du Laurion 
a évité beaucoup de frais et d'ennuis aux mineurs antiques. 

Il n'en était plus de même lorsqu'ils pénétraient dans les 
amas métallifères. Là, à mesure qu'ils enlevaient du minerai, 
les excavations et les vides devenaient plus considérables. Or, 
c'est précisément dans le voisinage du contact, là même où se 
cachent les gîtes, que les éboulements sont le plus à craindre : on 
y rencontre des bancs de roches, parfois très volumineux, qui se 
sont détachés de leurs couches respectives et reposent sur un 
lit de minerai : ce soutien vient-il à faire défaut, ils menacent 
de crouler. Enfin les minerais eux-mêmes n'ont pas toujours 
une cohésion parfaite. Les transformations chimiques, qu'ils 
ont subies depuis le dépôt de minéralisation, les désagrègent 
souvent et les rendent moins compacts. Il est de toute nécessité 
de veiller au soutènement de toutes ces masses instables ; les 

(1) Xénopbon, Entretiens de Sacrale^ JII, 6, 12: AéyeTat ^apù to /o>ptov ; 
Plntarque, Comparaison de Nicias et de Crassus, 1. 



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54 LES MINES DU LAUR10N DANS l'ANTIQUITÉ 

risques croissent avec retendue des excavations. Dans les 
grands gisements, dont la puissance dépassait plusieurs mè- 
tres, les mineurs du Laurion avaient adopté une méthode de 
soutènement, dont on retrouve encore de nombreux exemples. 
Que l'abatage se fit de haut en bas ou en sens inverse, ils 
se gardaient bien d'extraire indistinctement tout le minerai : 
au contraire ils laissaient en place, de distance en distance, de 
gros piliers de minerai (fig. 16), qui vont du toit au mur de la 
cavité. C'est ce qu'ils appelaient les ^pfiioiou [jL€<Toxpiveïç(l). Ce sont, 
dit un lexicographe (2), les colonnes intérieures que l'on trouve 
dans les mines d'argent à la place des bois de soutènement. La 
définition convient très exactement à ces énormes piliers que 
l'on rencontre en si grand nombre dans les chantiers impor- 
tants. Ils sont toujours massifs et trapus, affectent parfois la 



Fig. 16. 
Piliers de soutènement. 

forme de deux troncs de cônes reposant l'un sur l'autre par 
leurs petites bases. Parfois aussi ils sont tout à fait irréguliers. 
La hauteur en varie suivant l'écartement naturel du toit et du mur 
de la cavité, et atteint souvent huit et dix mètres. Ce mode de sou- 
tènement s'adaptait parfaitement à la méthode d'abatage suivie 
par les anciens, et celle-ci correspondait très exactement à ce 
que l'on appelle aujourd'hui « la méthode par piliers et galeries ». 



(1) Pollux, III, 87: Oô; Se xatéXiTcov (JLeaouç xiovaç ot [leTaXXeTç àvé/eiv 
TT^v YT|v. Cf. VII, 98; Anecdota graeca de Bekker, I, p. 205 ; Vies des dix ora- 
teurs, Lycurgue, 34 ; Vitruve, Vil, 7, 8, 9. 

(2) PhoUus: MedoxptveTç ol àvrl ffT7ipiY{AolT(ov èv toi; epyoïç àpyopetoiç 
07coxe({Â.svoi. 



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ABATAGB BT EXTRACHON DU MINBRAl 55 

C'est de toutes la plus simple lorsqu'on exploite des miDe- 
rais pauvres; Les Athéniens, en effet, prennent soin de ménager 
leurs piliers dans les masses les moins riches, autant du moins 
que le permettent les nécessités du soutènement. Si le minerai 
est de belle teneur, ils se bornent au nombre de colonnes stricte- 
ment indispensables ; parfois même, et cela arrive dans les 
excavations les plus étendues, ils poussent l'audace jusqu'à s'en 
passer complètement. En général les piliers qui subsistent sont 
taillés dans les parties les plus pauvres du gisement : les minerais 
qui les composent ne contiennent guère plus de 8 à 12Vode 
galène argentifère. Par suite la masse abandonnée ne repré- 
sentait qu'une perte assez faible, au moins pour les anciens qui 
ne pouvaient utiliser que des minerais riches. D'ailleurs nous 
savons que, même dans ces conditions, la cupidité des mineurs 
les poussait parfois à abattre les piliers de soutènement, et la 
loi dut intervenir pour arrêter ces tentatives imprudentes (1). . 

A côté de ce procédé très fréquent, nous en trouvons d'autres 
plus rarement mis en pratique. Si l'amas exploité n'avait pas 
une grande épaisseur, mais une teneur élevée de plomb, les 
Athéniens avaient recours pour soutenir le toit des chantiers à 
des muraillements en pierre sèche. A mesure qu'ils faisaient un 
vide suffisant dans le gîte, ils élevaient rapidement, avec les 
fragments les plus gros de leurs débiais, de grossiers piliers 
qui supportaient le toit du gîte. Parfois aussi ce sont des rem- 
parts qui soutiennent les parements des filons qui menacent 
de crouler. L'appareil de ces massifs ou de ces murs est toujours 
petit et très irrégulier, puisqu'il se compose uniquement des 
déblais stériles fournis par l'abatage. Il ne semble pas que les 
mineurs aient jamais employé des niatériaux spéciaux et venus 
du dehors pour construire ces ouvrages : ils se servaient de ceux 
qu'ils avaient sous la main. 

Enfin, les ouvriers du Laurion n'ont pas ignoré la méthode 
de soutènement par boisage. Le fait ne saurait être contesté. 
D'abord, nous savons par les auteurs que les mineurs anciens 
connaissaient l'emploi des colonnes de bois (2). Ensuite on a 
retrouvé dans des galeries antiques du Laurion des fragments 



(1) Vies des dix orateurs, Lycurgue^ 34. 

(2) PUne, Histoire naturelle, XXXIII, 4,6S : u Tellus ligneis columnis suspen- 
dltnr ». Cordella, Laurion, p. 82. Boeckh, Laur. Silb., p. 101. 



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56 LES MINES DU LAURION DANS L' ANTIQUITÉ 

de bois (fig. 17) qui ont manifestement servi à boiser des pas- 
sages dangereux. Ce soDt des montants qui s'ajustaient en 
queue d'aronde à leur extrémité supérieure avec le chapeau ou 
linteau du cadre. Les pièces ainsi assemblées étaient calées 
dans des entailles du mur et soutenaient à la fois le toit et 
le parement des grandes galeries. Les fragments découverts jus- 
qu'ici dans les travaux de Camaréza étaient en bois d'olivier. 
Je ne crois pas cependant que le boisage, non plus que les 
muraillements en pierre sèche, aient été constamment et par- 
tout employés dans les mines du Laurion : les anciens ne se 
résignaient à les exécuter que dans les cas de nécessité, lorsqu'il 
leur était impossible de procéder autrement. Il n'y a point à s'en 
étonner, puisque le boisage ne peut être utilisé que dans les 
galeries, et nous savons que dans la plupart d'entre elles, il n'eût 
été qu'un luxe inutile. Il ne faut donc pas croire que les Athé- 
niens aient jamais mis en œuvre, pour le boisage des galeries 
ou des puits, une grande quantité de bois : ils n'en consom- 
maient beaucoup que pour le traitement 
fo-^-r^^^^ métallurgique des minerais. 

,^ C'est ainsi qu'ils arrivaient, par des 

moyens très simples et très économiques, 
à assurer la sécurité de leurs exploitations, 
même les plus considérables. Après seize 
ou dix-huit siècles d'abandon total, il est 
curieux de constater qu'elles n'ont presque 
^'^ *^* pas souffert des éboulements. Puits, galeries, 

chantiers, tout est encore debout et solide, en dépit du temps et 
des tremblements de terre : c'est là la meilleure preuve de 
l'habileté des mineurs Athéniens. 

D. Triage et extraction. — Le minerai abattu dans le3 chan- 
tiers était recueilli par les ouvriers. Mais avant d'être trans- 
porté hors de la mine, il était soumis à un premier triage. 
Il eût été en eflet fort inutile d'extraire le bon comme le mauvais. 
On procédait donc dans la mine à un premier choix. Tous les 
morceaux dont la teneur était manifestement pauvre, étaient 
jetés de côté, et c'est ce que l'on appelait les exSoXaSeç (1). Les 
gangues et les fragments de calcaire ou de schiste étaient écar- 



(1) Strabon, IX, 1, 23. 



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ABATAGE ET EXTRACTION DU MINERAI 57 

tés de même ; ces matériaux toujours abondants servaient, tantôt 
à remblayer les chantiers où Ton avait besoin d'exhausser le sol 
pour atteindre le minerai en place, tantôt à combler les galeries 
inutiles ou nuisibles à Taérage, tantôt à construire les piliers 
artificiels de soutènement. S'il en restait encore, on les entassait 
dans les parties abandonnées de la mine. 

Quant au minerai riche, il était ramassé dans des paniers et 
amené audehors par les galeries de sortie et par les puits. Le 
transport se faisait soit à dos d'hommes, soit par de légères 
machines élévatoires. Les deux procédés ont été en usage au Lau- 
rion. Le premier était très répandu, et les auteurs anciens y font 
souvent allusion (1). Le second est plus rare et nous n'avonsaucun 
texte écrit qui en fasse mention. J'imagine que les machines 
consistaient en un simple treuiU sur lequel s'enroulait une corde 
qui allait chercher au fond du puits les paniers chargés ; nous 
voyons un appareil de cette espèce figuré sur un bas-relief 
romain, qui représente les fameux travaux de dessèchement 
du lac Fucin (2). Deux hommes font tourner un cabestan sur 
lequel on a enroulé en sens inverse deux câbles d'égale lon- 
gueur. Lorsque le premier monte, le second descend, et de la 
sorte, le travail d'extraction ne subit aucun retard. Chaque 
câble porte une benne ou un panier, vide ou plein, qui va et 
vient de bas en haut et de haut en bas. Je ne doute pas que 
les Athéniens n'aient connu ce système, ou quelque chose d'ana- 
logue. Une première preuve, c'est qu'ils donnaient à leurs puits 
des dimensions beaucoup plus grandes qu'il n'eût été nécessaire 
de le faire, si ces puits avaient dû servir uniquement à la montée 
et à la descente des ouvriers. Au contraire, on comprend que les 
puits aient eu une section de deux mètres carrés et' plus, s'il 
fallait y ménager à la fois la place d'une échelle ou d'un escalier 
tournant, et celle d'un panier volumineux. D'autre part on relève 
à l'orifice de beaucoup de puits des entailles qui pouvaient 
retenir le cadre du treuil (3). Nous ignorons quelles étaient la 



(1) Pline, XXXIII, 4,71 : « Egeruotqae bumeris noctlbus ac diebus per tene- 
bras proximis tradf^ntes. » Voir les textes cités, p. 9i. 

(2) Geflroy, V Archéologie du lac Fucin, Revue Archéologique, 1878, 2, 
pi. XIII, p. 4. 

(3) Gorceix, Les Mines du Laurion, Bulletin de l'Ecole Française d* Athènes 
1870, p. 173 : « A roriflce de certains puits verticaux, quelques vestiges indi- 
quent l'emploi d'un treuil ou de machines analogues pour le service de la mine ». 



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58 LES MINES DU LAURION DANS L'aNTIQUITÉ 

forme et la capacité des bennes qui complétaient ces machines 
élémentaires. 

Telles sont les méthodes d'abatage et d'extraction mises en 
pratique dans les mines du Laurion. On ne saurait douter que les 
Athéniens n'y aient apporté, de même que dans la recherche des 
gisements, une intelligence et une habileté remarquables. Si 
Ton remarque dans leur exploitation trois ou quatre particula- 
rités, qui semblent d'abord dues à l'ignorance ou à la mala* 
dresse, on s'aperçoit à la réflexion qu'elles s'expliquent aisément 
par d'excellentes raisons. Si les galeries sont exiguës, si elles 
s'obstinent à suivre toutes les irrégularités des contacts, par 
suite si le transport nous paraît incommode et mal compris, 
c'est que les entrepreneurs avaient sans doute à leur disposition 
une main-d'œuvre,dont le bon marché et l'abondance leur permet- 
taient d'employer un nombreux personnel. De même s'ils aban- 
donnaient, pour soutenir leurs chantiers, des masses impor- 
tantes de minerai, c'est que le minerai de faible teneur ne con- 
venait pas à leurs travaux métallurgiques. Ce qui serait aujour- 
d'hui regardé comme une erreur ou un inconvénient dans les 
exploitations modernes, n'était en réalité qu'un avantage et 
qu'une preuve de réflexion dans les exploitations antiques. 
La mine au Laurion forme donc un ensemble parfaitement 
organisé; puits^ galeries, chantiers, tout y est combiné et mesuré 
pour concourir à une fin déterminée. C'est comme un édifice 
immense, caché sous la terre, dont les rues, les puits, les places, 
les carrefours, les ateliers sont tracés et installés selon un plan 
logique et rationnel. 



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CHAPITRE IV 



TRAITEMENT MÉTALLURGIQUE DU MINERAI 



Le minerai de plomb, extrait de la mine, était transporté dans 
les usines (èp-fatm^pia) où il était soumis d'abord à une prépa- 
ration mécanique, ensuite à un traitement métallurgique. 
L'usine se divisait donc en deux parties distinctes : i^ ïatelier 
de broyage et de lavage ; 2° Vatelier de fusion. 



Broyage et lavage du minerai 

Il était très rare que le minerai du Laurion, au sortir de la 
mine, fût dans un état physique tel qu'il pût immédiatement subir 
un traitement métallurgique. 

La galène est toujours accompagnée de blende ou de pyrite 
qui se mélangent plus ou moins intimement avec elle ; de plus, 
elle est souvent revêtue d'une couche de gangue, qui varie de 
nature suivant les régions. Ces substances étrangères, souvent 
en forte proportion dans une masse de minerai, en baissent la 
teneur de plomb, ou, comme l'on dit, l'appauvrissent. Pour 
l'enrichir, il faut les éliminer. L'opération ne peut pas se faire 
à la main : le moyen serait infiniment trop lent et trop coûteux ; il 
ne peut convenir qu'à des corps très précieux comme le diamant. 
Pour les minerais ordinaires, on a de bonne heure inventé des 
méthodes plus économiques et plus rapides. Si on brise le 
minerai en très petites parcelles, on arrivera à le diviser en 
grains contenant presque uniquement du minerai utile et en 
grains contenant presque uniquement de la gangue. Tantôt il 
sera suffisant, pour atteindre ce résultat, de le réduire en gravier -, 



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60 LES MINES DU LAURION DANS L'ANTIQUITÉ 

tantôt il faudra le pulvériser. Telle sera l'œuvre du broyage. Il 
coDvieot ensuite de séparer exactement les grains métalliques 
des grains de gangue, et on y parviendra par un lavage. Ce der- 
nier procédé est fondé sur la résistance inégale qu'opposent les 
roches de densité différente à un courant d'eau qui les arrose, 
et sur la vitesse inégale de leur dépôt dans un liquide quelconque. 
On conçoit par exemple que les grains de galène, d'un poids 
spécifique très lourd, ne seront pas entraînés par un courant 
qui emportera des grains de blende ou de pyrite, de quartz 
ou de spath fluor qui auront même grosseur (1). On peut 
donc, au moyen d'un appareil bien combiné, séparer mécanique- 
ment et avec une exactitude suffisante, les parcelles lourdes des 
parcelles légères : les unes seront celles du plomb ; les autres 
seront celles des gangues à rejeter. 

Au Laurion, on soumettait tout d'abord le minerai extrait de 
la mine à un second triage, qui complétait le premier choix fait 
dans la mine même. On éliminait alors tous les morceaux qui 
n'avalent pas une teneur suffisante, c'est-à-dire inférieure à 10 
ou 12 Vo, et Ton classait le reste en deux catégories : d'une part, 
les fragments, peu nombreux, assez riches et assez purs pour 
pouvoir passer directement au four ; d'autre part, les fragments 
pauvres, qu'il était nécessaire de préparer avant de les fondre. 
Les résidus sans valeur de ce second triage étaient rejetés aux 
alentours des puits et des galeries d'extraction : ils formaient 
ces monceaux de déblais, les exêeêXTjfx^voi copot, dont parle Xéno- 
phon (2). Entraînés par les pluies, ils se sont depuis étalés en 
nappes épaisses sur de vastes étendues. Cubée et mesurée approxi- 
mativement en 1869, la quantité de ces minerais de rebut fut 
évaluée à près de sept millions de tonnes (3), et depuis cette 
époque, on en a retrouvé des amas nouveaux qui doublent à peu 



(1) 



Plomb : Galène, poids i 


spécifique : 


7.4 à 7 6 


Carbonate, 




» 


6.5 


Plomb mélalliq 


ue, 


» 


11. "37 


Zinc : Blende, 




» 


3.9 à 4.2 


Calamine, 




» 


4.» à 4.5 


Fer : Pyrite, 




V 


6.0 à 6.5 


Fer carbonate, 




» 


3.85 


Spath Fluor. 




» 


3.18 


QuarU, 




)» 


2.18 


Calcaire, 




» 


2 73 



(2) Xénophon, Revenus, IV, 2. 

(3) Rapport de la Commission d'enquête : Journal du Gouvernement Hellé- 
nique^ du 3 février 1871. 



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BROYAGE ET LAVAGE DU MINERAI 61 

près la première estimation. Or, il est remarquable de constater 
que la teneur moyenne de ces rejets ne dépasse jamais 12 ^/o, 
et se tient plus souvent entre 8 et 10 %• Les Athéniens ne rete- 
naient donc des minerais extraits que tout ce qui avait une 
valeur supérieure. 



A. Mortiers et Meules. — Les Athéniens se servaient, pour le 
broyage des minerais, de mortiers et de meules. 
Les mortiers (àfyeia Xtôtva, oX[xot Xiôtvoi) (1) qu'ils employaient 

nous sont connus par plusieurs spé- 
cimens (fig. 18) retrouvés sur l'em- 
placement des usines antiques. Ils 
sont taillés dans un trachyte extrê- 
mement dur, provenant sans doute 
de l'île de Milo : la forme en est 
celle d'un dé à coudre aux parois 
épaisses, au fond arrondi et profond 
ESSS BL Tg- J^ ?^ de 40 à 60 centimètres, avec une 

^^SaSŒSMSSaEMS^y largeur un peu plus grande. Ils 

Fig. 18. étaient munis parfois d'un cou - 

vercle en pierre de même nature, percé au centre d'un trou 
destiné à laisser pas- _^ 

ser le pilon. Celui - ci ^^ 

(uTrepoç) (2) était en fer. j" ""i 

Les ouvriers écrasaient ' • ^ '"' 

à coups de pilon le mi- 
nerai qu'on leur appor- 
tait de la mine, réduit 
déjà par l'abatage à 
l'état de fragments assez 
menus, et ils s'arrê - 
talent lorsqu'ils leur 
avaient donné la gros- 
seur voulue. 

On le passait ensuite 
à la meule (|xuXoi) (3). Fig*»- 

Celle-ci (fig. 19) ressemble aux meules à farine retrouvées à 

(1) Théophraste, Pierres, VIII, 58; Diodore, III, 13. 

(2) Diodore, III, 13. 

(3) Théophraste, loc, cil, ; Diodore, loc. cit. 



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62 LES MINES DU LAURION DANS L'ANTIQUITi 

Pompéi. Elle se compose d'un noyau central, dont la forme est 
celle d'un tronc de cône. II reposait à terre sur sa grande base 
scellée daos le sol et restait immobile. Au-dessus venait s'em- 
botter un anneau circulaire, mobile, dont la forme intérieure 
épouse dans le bas le noyau fixe, et s'évase vers le haut en 
cuvette. Le noyau fixe portait, scellé sur sa petite base, un 
axe en fer, vertical, muni à la hauteur convenable d'un man- 
chon sur lequel est suspendu et peut tourner l'anneau mobile. 
Celui-ci est en effet saisi par deux crampons scellés dans son 
rebord inférieur, qui viennent s'adapter à un arbre de soutène- 
ment, lequel repose en son milieu sur le manchon. En outre, 
l'anneau porte à l'extérieur quatre mortaises où l'on fixait un 
cadre en bois, muni de barres (xoJTrai) (1) que Ton saisissait pour 
faire tourner Tanneau autour du noyau central. Anneau et noyau 
sont faits l'un et l'autre d'un trachyte granitoïde extrêmement 
dur, à grain fin, qui provient aussi de l'Ile de Milo. 

On versait le minerai à broyer dans la cuvette de réception, 
et saisi entre le noyau et l'anneau, il s'écrasait sous l'effort de 
rotation imprimé à la machine. A sa sortie, le minerai est réduit 
en fragments, doot la grosseur est déterminée par l'espace qu'on 
aura laissé subsister entre le noyau- et les parois de l'anneau. Il 
est à supposer que le manchon pouvait être levé ou baissé à 
volonté, et par cette simple manœuvre, la même meule donnait 
des grosseurs variées. 11 est encore possible que l'on ait fait 
passer le minerai par des meules de calibre différent. L'appareil 
était mû à la main par les esclaves, dont le nombre variait 
suivant la dureté du minerai ou les besoins de la production. Je 
suppose que d'ordinaire quatre ou six hommes suffisaient à la 
manœuvre. On estime à quatre tonnes environ la quantité de 
minerai que pouvait broyer une meule de ce modèle en vingt- 
quatre heures. 

Par ces deux opérations, le minerai était réduit à la grosseur 
d'un grain de millet (xsY^rpoç) et de là était venu l'habitude 
de désigner sous le nom de xeYypewv (2), l'endroit où l'on 
manœuvrait les pilons et les meules, et par suite l'atelier 
tout entier. En réalité, les résidus de lavage que l'on recueille 
aujourd'hui sur l'emplacement des usines anciennes, sont 



(1) Ibid. 

(2) Démosthène, XXXVII, 28. Harpocration, au mot Key^'pecov ; Aneedota 
graeca de Bekker. p. 271 ; PuUux, Vil, 90. 



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BR0YA6R ET LAVAGE DU MINERAI 63 

extrémemeDt ténus, et forment un sable ou une terre dont le 
poids seul dénote la nature métallique. De même» dans les 
mines ^*or d'Egypte, on commençait par piler les quartz 
aurifères d*abord à la grosseur d'une graine de vesce, pour 
les pulvériser ensuite à la meule à la grosseur de la fleur 
de froment (1). Le minerai ainsi préparé passait alors à la 
laverie. 



Fig. iO. 



B. Laveries. — Les laveries (xey/psojv, xaôapi(rTY)piov) (2) bien 
conservées sont assez nombreuses au Laurion (fig. 20), pour 



(1) Diodore, III, 13 : *Ev oÀaoïç Xiôivoiç tutctoikti (TiSTjpoTç uTtépotç, a^pi àv 
opoêou TO {A^yedoç xaTepyàffCDVTat, Ilapà Se toutcdv tov opoêiTT^v X^ôov al 
Yuvaïxe; xal oe TrpeaêuTepoi twv àvôpwv IvSej^ovTat, xal [jluXojv 6$t\ç 
TcXet^vtov ovTwv k-ki toutouç i:tiêàXXoii<Ttv, xal ^tapaoràvreç àvà tpeîç 'r^ Suo 
Tcpoç T7JV xaiTCT^v àXrj6ou(Tiv, £(oç av elç (xetxiSàXewç rpo^tov to Soôev (xeTpov 
xaTepyàaiavTai. » CeUe description s'applique de point en point à Topération 
analogue que Ton exécutait au Laurion. 

(2) Harpocration, au mot Key^^peaiv. 



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64 LES MINES DÛ LAURION DANS l'aNTIQUITÉ 

qu'on puisse en étudier les dispositions et reconstituer la 
méthode de lavage. Un appareil de ce genre (1) est essentiel- 
lement composé d'un réservoir, d'une aire inclinée, d'un circuit 
de canaux et de bassins de décantation. Le réservoir surélevé 
au-dessus de tout le reste, laisse échapper Teau par de petits 
orifices, de forme conique (coupe suivant g A), et les jets vien- 
nent arroser Taire inclinée en table de lavage. L'eau s'y étale 
et se jette dans un canal qui se prolonge tout autour d'une 
grande aire en passant par trois bassins. La pente est ménagée de 
telle façon que le courant s'établisse dans un sens continu, et 
que l'eau vienne, au bout du circuit, s'amasser dans le dernier 
bassin, d'où elle sera puisée et rejetée dans le réservoir. 

Ces constructions varient de l'une à l'autre dans le détail, 
suivant les effets que les métallurgistes veulent produire. On en 
trouve de très grandes comme de très petites : les unes auront 
quinze mètres et plus de côté, les autres auront à peine quatre 
mètres, et toutes les tailles intermédiaires se rencontreront. De 
même les dispositions de détail changent à l'infini. Le réservoir 
et les orifices d'écoulement seront placés plus ou moins haut 
au-dessus de l'aire inclinée ; le nombre et les dimensions des 
robinets varient aussi ; le circuit du canal peut être modifié, 
rendu plus long ou plus court. La pente sera ici plus forte, là 
plus douce; des barrages, de hauteur et de dimensions varia- 
bles, arrêteront le courant en un certain nombre de points. 
Les bassins auront aussi selon les cas une profondeur diffé- 
rente ; l'arrivée ou la sortie de l'eau courante sera aménagée 
de mille manières. L'aire de lavage, enfin, aura des inclinaisons 
variées. Mais quelles que soient ces multiples modifications de 
détail, le principe de toutes les laveries reste le même. 

Elles sont généralement construites en maçonnerie : l'appareil 
est composé de petites dalles de calcaire ou de schiste, reliées 
par du mortier, et rappelle, par sa disposition tout au moins, 
celui des édifices privés de Délos. Parfois aussi les bassins et 
les canaux sont creusés dans le schiste, plus rarement dans le 
calcaire. Mais toujours et partout, les laveries sont revêtues d'un 
mortier imperméable, qui recouvre uniformément canaux, aires 
et bassins, voire môme les murs d'enceinte. La couche de mortier 



(i) Cest M. Negris, ancien élève de FEcoIe des Mines de Paris, et aujour- 
d'hui directeur de la Société Hellénique des Mines du Laurion, qui a expliqué 
le premier la aiarcbe des laveries antiques {Annales des Mines, 1881, pp. S-7). 



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Rini. DES Éc. Fr. d'Atiiknes et de Romr. 



F ASC. LXXVII. 




A. Fontemoing, Edileur-Pnris. 



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BROYAGE ET LAVAGE DU MINERAI 65 

a une épaisseur de deux à dix centimètres. La pâte est composée 
de chaux dans laquelle on a noyé une forte proportion de gra- 
vier fin, dont la nature varie suivant les lieux. Dans la vallée 
Botzaris, par exemple, on se servait du spath fluor, qui forme la 
gangue principale des galènes dans les gisements voisins de 
Souréza et d'Agriléza. Ailleurs on employait le schiste micacé, 
ou le marbre, ou le quartz (1). Pour appliquer cet enduit, les 
ouvriers préparaient d'abord les parois de la laverie, en y ména- 
geant les rugosités et les creux nécessaires pour bien le soutenir. 
Deux couches successives étaient d'ordinaire déposées Tune sur 
l'autre, et l'adhérence était assurée entre les deux par des stries 
profondes et tracées daos la première. Enfin, on appliquait 
encore une couche très mince de ciment, dont l'épaisseur ne 
dépasse presque jamais trois millimètres, et se réduit souvent 
à une simple pellicule. De couleur brun foncé, et taché de points 
rouges, cet enduit a une dureté remarquable. Il a été partout 
appliqué avec un soin minutieux. Sur de vastes surfaces, on 
n'observe pas la moindre inégalité ni la plus petite boursouflure. . 
De là, la conservation presque parfaite d'un très grand nombre 
de laveries du Laurion, que l'on retrouve intactes et prêtes 
encore à servir. 

Pour fournir à ces appareils l'eau nécessaire à leur fonction- 
nement, les Athéniens avaient eu à vaincre une grosse difli- 
culté. Le pays est, de par les conditions mêmes du sol et du 
climat, sans nappes phréatiques, sans sources et sans ruis- 
seaux. Il a donc fallu lutter contre la nature, et de grands 
travaux font foi des efiorts accomplis par les Athéniens. Ils 
recueillaient avec soin les eaux de pluie qui tombent pendant la 
saison d'hiver, d'octobre en avril. A cet effet, ils installaient de 
vastes citernes (lv8o/eTov, uizohoyr^) en des points judicieusement 
choisis, sur les pentes de ruissellement déterminées par la 



(1) Analyse d'un mortier à grainâ quarizeux, donnée par M. Négris, loc. cit. : 

Eau 1.52 

Acide carbonique 25.00 

Acide silicique 24.70 

Alumine 6.16 

Oxyde de fer 2.75 

Ciiaux 26.40 

Oxyde de manganèse .... 5 . 10 

Fluor non dosé 

b 



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66 LES MINES DU LAURION DANS L' ANTIQUITÉ 

nature elle-même, c'est-à-dire sur les versants des ravins et des 
vallées. Ces citernes jalonnent le flanc des ravins à des inter- 
valles calculés de telle manière que la surface de ruissellement 
attribuée à chacune en assure le remplissage. Au besoin, des 
caniveaux et des ruisselets artificiels étaient chargés de conduire 
à la citerne les eaux qui pouvaient s'égarer. Nous en avons 
retrouvés à Syntérini comme dans la vallée Botzaris. 

De ces citernes, les unes sont établies dans un creux naturel 
de la roche (généralement du calcaire), les autres sont cons- 
truites en maçonnerie, en totalité ou en partie. Les premières 
sont rares, et, comme on peut s'y attendre, n'ont pas de 



Fig. 21. 

forme régulière ; la capacité en est généralement assez petite. 
Les secondes témoignent d'une habileté professionnelle, dont 
les Grecs n'ont pas été assez loués (1). 

Voici la description d'un certain nombre de citernes types : 
1. Vallée Botzaris. Citerne à parois polygonales (fig. 21). Forme 
de trapèze. Grande base : 7^,35; petite base: 5™; côtés : 7^,65 et 
9«»,10. Les murs sont épais de 2™,50 environ. Les murs sont en 



(1) Voir Heuzey» Le Mont Olympe et l'Aciirnanie, p. 329. Daremberg- 
Saglio, Dict. des Antiquités, art. Cisterna. 



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BROYAGE ET LAVAGE DD MINERAI 67 

gros appareil polygonal, irrégulier, dont les blocs en calcaire du 
pays ont de grandes dimensions : l'un d'eux mesure 2^,80 de lon- 
gueur sur 2"^. de largeur, et 88 c. de hauteur. Ce travail est certai- 
nement d'une date beaucoup plus reculée que toutes les autres 
citernes du Laurion. La capacité du réservoir est de 160 mètres 
cubes environ. A 130 mètres dans le Sud de cette citerne, on en 
trouve une autre inachevée; mais l'appareil encore polygonal 
en est beaucoup plus soigné. Les assises sont horizontales. Ce 
travail rappelle de tous points le mur de soutènement de la 
Pnyx à Athènes. 

2. Vallée de Mégala Pevka. Citerne dont une moitié est taillée 
dans le schiste, l'autre formée par un mur polygonal, épais de 
2®,10. Forme rectangulaire. Dimensions: 10^90 et 8™, 30. Profon- 
deur : 5™,40. Capacité : 579 mètres cubes. 

3. Syntérini. Citerne à escalier droit de 18 marches taillées 
dans le roc. Epaisseur des parois : 1™40. Forme circulaire. Dia- 
mètre : 6™,95. Profondeur : 6™, 75. Capacité : 239 mètres cubes. 

4. Syntérini. Citerne à escalier circulaire, marches taillées 
dans le roc. Forme circulaire. Diamètre : 9%25. Profondeur : 
6™,50. Capacité : 421 mètres cubes. 

Dans ces deux dernières citernes, les parois sont construites 
en bloc irréguliers noyés dans du mortier ; c'est le système 
généralement suivi au Laurion. D'un autre côté, tous ces 
réservoirs, de quelque dimension ou de quelque forme qu'ils 
soient, sont uniformément accompagnés d'un petit bassin de 
décanta tion»(l) d'une contenance de deux à cinq mètres cubes, 
où les eaux de pluie déposent les terres et les graviers qu'elles 
ont entraînés : un caniveau, placé à la partie supérieure du 
bassin, conduit dans la citerne principale les eaux clarifiées. 
Tous ces appareils étaient recouverts d'un toit en planche, sup- 
porté tantôt par une colonne centrale, tantôt par un bandeau qui 
court autour de la paroi supérieure. Cette précaution était néces- 
saire pour éviter la forte évaporation des eaux pendant l'été. Les 
soins les plus minutieux étaient apportés à la construction de ces 
réservoirs pour les rendre absolument imperméables. Les parois 
intérieures sont revêtues d'un mortier, tout à fait analogue à 
celui qui recouvre les laveries, mais l'épaisseur de la couche 



(I) Pline, XXXVI, 23, 173 : « UtUius geminas cisternas esse, ut priore vitia 
considant, atque per colum in proximam transeat pura aqua. » 



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68 LES MINES DU LAURION DANS l' ANTIQUITÉ 

imperméable est plus forte pour mieux résister à la pression 
des masses d'eau retenues. Dans les angles des côtés ou du 
fond, ce revêtement forme toujours une courbe arrondie, qui 
cache et recouvre les plans de Assure où Teau pourrait s'infiltrer. 
Ces citernes étaient parfois remplacées parde simples barrages, 
qui arrêtaient les eaux de pluie d'un ravin. Nous remarquons 
enfin, dans les grandes agglomérations de laveries et de citernes 
qui couvrent des vallées entières, deux murs puissants, qui, 
parallèlement l'un à l'autre, enferment le thalweg. Ils sont 
construits, dans la vallée de Mégala Pevka, par exemple (pi. I), 
en appareil polygonal à assises horizontales ; les blocs soigneu- 
sement assemblés sont en calcaire du pays. Ce sont à la fois des 
murs de soutènement et de véritables digues, qui dirigent, par 
les grandes pluies d'orage, les torrents qui se répandraient sur 
les laveries ou les citernes. En temps ordinaire, le lit du ruis- 
seau ainsi encadré constitue une véritable voie qui remonte 
à travers les ateliers. On voit des portes et des entrées ménagées 
de loin en loin le long de ces couloirs. 



C. Marche des laveries. — Le lavage (icXuveiv, 7cXu<r[xa) (1} des 
minerais dans les appareils que nous venons de décrire est aisé 
à comprendre. Il s'agit de faire passer sur du minerai broyé à 
la même grosseur, un courant d'eau assez fort pour entraîner 
les particules légères, assez faible pour laisser sur Taire inclinée 
les matières lourdes. L'effet du lavage sera de séparer les uns 
des autres les grains de poids inégal. Faites varier la force et la 
rapidité du jet d'eau, vous enlèverez à votre gré, d'abord les 
grains de quartz et de calcaire, puis ceux de pyrite ou de 
blende, et enfin ceux de galène. 

La condition essentielle de ce classement par densité, c'est 
de ne présenter au courant d'eau que des parcelles d'un 
volume sensiblement égal ; il nécessite donc un classement 
préalable par grosseur. Pour l'obtenir, nos métallurgistes, 
non contents d'avoir passé leurs minerais dans des moulins, 
les tamisaient dans des cribles (fig. 22) qu'ils appelaient (ràXaxsç 
ou xô(Txtva (2). Ces instruments ne ressemblent pas à ceux dont 



(1) Théophrasle, Pierres, VIII, 58. 

(2) PoUux, VII, 97 ; 1, 149 : SaXaxa Se tô twv jXÊTaXXéwv xdaxivov. 



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BROTAGB ET LAVAGE DU MINERAI 



69 




-**'^ ^ 



on 8e sert aujourd'hui : ils sont composés d'une dalle rectan- 
gulaire et plate, de même nature que la pierre des meules. 
On y a ménagé une cuvette, dont le fond étroit est percé d'une 
fente de largeur variable. Dans le grand axe central de la dalle, 
sur les petits côtés, on scellait deux anneaux de fer, qui ser- 
vaient à suspendre l'appareil à deux piquets verticaux, de telle 
Rorte qu'il était facile de lui imprimer un mouvement d'oscil- 
lation. Versant le minerai pilé et moulu dans la cuvette, on 
balançait le tout, et la rainure ne laissait passer que les frag- 
ments de taille inférieure. On remettait à la meule tout ce qui 
dépassait la grosseur voulue. 

Le minerai tamisé est étalé en couches peu épaisses sur l'aire 
inclinée de la laverie, qui sert de 
table de lavage. On débouche les 
orifices du réservoir et Topération 
commence. Que se passe t-il? Les 
parcelles de minerai qui sont trop 
légères pour résister à l'eau qui 
coule, sont entraînées et vont se 
jeter dans le canal. Au contraire 
les parcelles lourdes restent sur la 
table, et il suffit qu'un ouvrier 
muni d'un râteau les remue et les 
fasse repasser sous les jets d'eau, 
pour qu'elles soient bientôt isolées 
de toutes celles qui n'ont pas le 
même poids. Or, quels seront ces 
fragments les plus pesants ? Ceux 
du minerai de plomb, dont le poids 
spécifique dépasse de beaucoup celui des matières qui l'accom- 
pagnent. Ainsi, la plus grande partie du minerai de plomb 
restera sur la table de lavage. Quant aux matières entraî- 
nées de la table de lavage dans le premier^anal, les plus lourdes 
tomberont au fond, les plus légères flotteront à la surface, et 
emmenées par le courant dans les divers bassins, elles se dépo- 
seront au fur et à mesure, selon leur poids respectif, dans les 
parties du circuit où elles trouveront la tranquillité convenable. 
Les diverses parties du canal, surtout s'il est muni de barrages 
qui ne laissent échapper que l'eau superficielle, et les divers 
bassins forment une série de caisses de débourbage, où se 
déposent, suivant leur éloignement du point de départ, des 




Fig. 22. 



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70 LES MINES DU LAURION DANS L'ANTIQUITB 

matières de plus en plus légères et de moins en moins riches. 
Od trouvera, à la fin d'un lavage, plus de plomb dans le premier 
canal que dans le second et ainsi de suite, et enfin si la pente 
est bien ménagée, si les barrages sont judicieusement placés, 
l'eau qui arrivera dans le dernier bassin sera débarrassée en 
grande partie de toutes les impuretés qui la souillaient. Sur 
ce bassin, on a disposé une planche, qui repose sur deux 
mortaises ménagées à cet effet. Un esclave placé sur cette plan- 
che puise Teau du bassin, mais au lieu de la verser directement 
dans le réservoir, Pétale sur une table en maçonnerie (coupe 
suivant a b) placée à Textrémité et presque toujours à droite 
du réservoir. Cette table, par une courbe très douce, ramène 
Teau dans le réservoir, sans agiter les matières ténues qui 
peuvent s'y être déposées. De la sorte, Teau qui sort du réser- 
voir, par les trous d'échappement, sera toujours suffisamment 
claire. 

Le lavage une lois terminé, il fallait recueillir le minerai qui se 
trouvait naturellement classé par densité. On mettait d*abord de 
côté tout ce qui était resté sur l'aire inclinée (1), et qui constituait 
la partie la plus riche du minerai. 11 fallait eusuite épuiser l'eau 
des canaux et des bassins, pour y prendre les dépôts qui s'y 
étaient formés au cours de Topération, La laverie mise à sec, on 
procédait avec soin à Tenlèvement de ces couches, dont les plus 
riches en plomb étaient au fond de chaque canal, et les plus 
épaisses dans le canal de réception. On faisait de ces divers 
résidus des tas distincts que l'on mettait à sécher sur Taire qui 
occupait le milieu de la laverie. De la sorte, l'eau qui en découlait, 
revenait vers les canaux et n'était pas perdue pour la laverie. 
C'est pourquoi les aires de séchage, qui sout à proprement 
parler les xe^/oeoivsç (2), sont toujours soigneusement inclinées, 
de préférence vers le quatrième canal. Si les laveries sont 
petites, on disposera à côté des aires de séchage supplémen- 
taires, mais tout autour règuera un caniveau qui ramènera 
les eaux à la laverie. 

Telle est la marche suivie dans l'opération du lavage, telle 



(1) Dans les mines d'or de la Haute-Egypte, ce plan incliné en maçonnerie 
était remplacé par une espèce de table dormante : Diodore, 111, 14 : ^EtzX TrXa- 
T6ia; (javt'Boç [xixpbv eYXSxXiuLÉvrj; TOiêo'jfftv, uotop eTrtyéovTs;. 

(2) Harpocration : KeY/petoV to xaOa&i(mrjptov, ottou ty,v ex twv |i.ÊTàXX(i>v 
xéY;(pov SiÊ'l'u^^ov, toç 67ro<TT,|i.a(vei (ï)60(pûa<TT0ç ev roi Tiepl (jLexàXXwv. 



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BROYAGE ET LAVAGE DU MINERAI 71 



Fig. 24. 
Vue des ateliers de Méjrnln-Pevkn. 



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72 LES MINES DU lAÛHrOK t)ANS L'âNTIQUITÉ 

qu'on peut la reconstituer par l'étude d'une laverie, et c'est pré- 
cisément celle que décrit trop brièvement Strabon, à propos des 
mines d'Espagne. « Après avoir pilé le minerai argentifère, on 
» le passait au crible au-dessus de l'eau ; les résidus étaient 
» piles de nouveau et lavés encore à grande eau après un 
» second tamisage ; puis J 'on recommençait à piler les résidus 
)) de la seconde opération et ainsi de suite. Enfin, à la cin- 
» quième, on faisait fondre le dernier résidu (1). » Ce que ce 
texte ajoute à notre explication, c'est qu'en Espagne on recom- 
mençait cinq fois l'opération, et que Ton procédait à cinq 
broyages suivis de cinq lavages successifs. On arrivait ainsi à 
obtenir une poudre, ou plutôt un gravier très fin dont on 
avait éliminé à peu près complètement les matières impures. 
On procédait de même au Laurion, car les laveries, par la 
différence même de leurs dimensions et de leurs dispositions, 
prouvent qu'elles servaient à traiter des minerais de grosseur 
diverse. La hauteur de la chute d eau au-dessus de la table 
inclinée, la forme des trous d'échappement, la pente des 
canaux, la hauteur des barrages, la profondeur des bassins, 
ce sont là autant de conditions à combiner pour produire 
un certain effet sur un minerai d'une grosseur donnée, et 
qui doivent varier dans des proportions déterminées si la 
grosseur du minerai varie. Une laverie de minerai fin, comme 
l'une des mieux conservées de Berzéko, sera munie de trois 
barrages dans le premier canal, ce qui le divisera en trois 
compartiments de débourbage. Un barrage amortira encore le 
courant à l'entrée de chaque bassin. Dans le quatrième canal, 
un barrage supplémentaire, à ouverture plus étroite, à niveau 
plus élevé, arrêtera toutes les matières en suspension, et ne 
laissera arriver au dernier bassin qu'une eau débarrassée de 
tous ses dépôts. Dans une laverie de gros, au contraire, on 



(1) Strabon, III, 2, 10 : Ttjv àpyopiTiv ^7)<rt x^Tcrecôai xal xoaxivoiç el; u8a>p 
BiaxTacôai' xorfTeaOai §6 iràXiv xàç OTroorà^ieiç xai iraXiv SiTQÔoujxevaç aTio- 
5^eop.évto)V Toiv OSctTwv xoTrTCTÔai'TTiv 8è TcéjXTTTTrjv u7:6TTaffiv ^'coveuÔeiffav. » 
M.Tardieu traduit avec raisoo et; liScop par sur l'eau. Mais je traduis Oir^oraffiç, 
par résidu et non par sédiment. Sédiment veut dire matière déposée dans 
Veau. Ce serait donc, stolon M. Tardieu, les matières déposéeK dans les canaux 
qu*on pilait et lavait à nouveau, ce qui n'est pas vraisemblable. Nous venons 
de voir que les matières entraînées par l'eau étaient forcément les plus légères 
et les plus pauvres. Le mot OTrôcrracti; désigne le résidu qui reste sur la table 
de lavage. 



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BROYAGE BT LAVAGE DU MINERAI 73 

verra le diamètre des robinets d'écoulement s'agrandir, et la 
peote des canaux sans obstacle devenir plus forte. De plus une 
laverie ne va jamais seule : il y en a toujours deux ou trois 
ensemble qui appartiennent au même groupe, et où Ton peut 
observer des difTéreoces qui manifestent que la matière traitée 
dans chacune d'elles n'était pas identique aux autres : la pre- 
mière lave le gros minerai, la seconde le menu, et la troisième 
le fin. Cette adaptation de l'appareil à un certain résultat déter- 
miné d'avance n'est pas sans exiger une habileté pratique, qui 
témoigne de l'intelligence des métallurgistes. 

Un groupe de laveries est toujours accompagné d'une ou de 
plusieurs citernes ; le nombre et la capacité des réservoirs 
varient selon l'importance de l'atelier. Il fallait avoir de l'eau 
sous la main et en abondance, pour mettre en marche les appa- 
reils. Chacun d'eux exige une masse d'eau asssez considérable : 
uoe laverie de dimensions ordinaires, à Mégala Pevka, demande 
par exemple seize mètre cubes et demi d'eau pour fonction- 
ner. Dès lors on comprend la nécessité qui poussait les anciens 
à construire des citernes de vaste capacité, contenant dix et 
vingt fois ce qu'il fallait à une laverie. A ce prix seulement 
le travail était possible toute l'année; encore fallait-il prendre 
des précautions pour parer au manque d'eau, dans les années de 
sécheresse. Qu*on songe en effet que l'on puisait encore dans 
les citernes l'eau nécessaire aux nombreux ouvriers de la mine 
et des ateliers ; on ne saurait donc s'étonner du nombre et de 
la grandeur des citernes lauriotiques : c'était la condition pre- 
mière et essentielle de l'industrie du pays. Aussi bien, la 
laverie du Laurion est la mieux adaptée que l'on puisse imagi- 
ner, aux conditions naturelles du pays: elle n'use en eflet qu'un 
minimum d'eau, puisque c'est le même liquide qui travaille et 
tourne dans le circuit fermé des canaux. L'évaporation seule 
en fait perdre une partie ; on essayait de la réduire autant que 
possible, car la plupart des laveries étaient recouvertes d'un 
toit qui les garantissait des rayons solaires ; les murs assez 
élevés qui les entourent en sont la preuve. De même, l'imper- 
méabilité parfaite des surfaces mouillées s'oppose à l'infiltration 
de l'eau, si chichement fournie par la nature. 

Les groupes de laveries et de citernes sont, en règle générale, 
réunis en nombre considérable dans les vallées et les ravins du 
Laurion (pi. lU). Le choix de ces emplacements était imposé aux 
métallurgistes par la nécessité d'établir les citernes sur les points 



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74 LES MINES DU LAURION DANS L' ANTIQUITÉ 

OÙ les eaux de pluie se rassemblent naturellement. De là, de lon- 
gues files d'ateliers, qui ont plusieurs centaines de mètres de 
développement. Cette disposition est particulièrement remar- 
quable dans le val Botzaris et dans le val Agriléza. Dans le pre- 
mier, les laveries elles citernes sont toutes installées dans le fond 
du thalweg, depuis la naissance du ravin jusqu'à son débouché 
dans la vallée Noria : on n'y compte pas moins de vingt-deux 
groupes distincts. J'en ai relevé vingt-huit dans levai Agriléza, 
douze à Mégala Pevka, et un nombre à peu près égal à Synté- 
rini. Ce n'est certainement pas tout, car il est hors de doute 
que nous ne connaissons encore qu'une petite partie de ces 
établissements. En efiet, les résidus stériles de lavage que les 
anciens déposaient sur les flancs des vallées, sont redescendus, 
sous l'effet des pluies, dans les thalwegs, et, mêlés à mille débris, 
ont recouvert tous les ateliers antiques d'une nappe épaisse 
d'alluvions. On enlève aujourd'hui, pour les laver à nouveau et 
les fondre, toutes ces terres meubles,et l'on a mis ainsi à décou- 
vert un certain nombre d'usines. Mais bien d'autres encore 
sont cachées aux yeux, que l'on mettra au jour les unes après 
les autres. 

Le groupe-type le plus répandu dans tout le Laurion com- 
prend une citerne et deux laveries. J'imagine que telle était la 
composition d'un atelier ordinaire, de l'epyadT/ipiov (1) de chaque 
concessionnaire. Les groupes sont d'ailleurs d'importance iné- 
gale. Quelques-uns comportent jusqu'à six et sept laveries, 
avec trois citernes. On observe parfois les vestiges des murs de 
clôture qui les séparaient les uns des autres. Mais en général 
l'examen de ces grands établissements laisse l'impression très 
nette qu'ils étaient formés par la réunion d'un grand nombre de 
petits ateliers, ayant chacun leur indépendance et leurs moyens 
propres, appartenant chacun à un propriétaire distinct ; il n*y 
a pas de vastes ensembles organisés, sous une môme direction 
et par un seul maître, pour traiter en grand des masses énor- 
mes de minerais : on sent que l'industriel antique restait pres- 
que toujours un petit induslriel. 



(1) Démoslhène, XXXVIII, 4 et 25; Eschine, T, 101. 



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PRODUCTION DU PLOMB d'GEUYRB 75 

n 

Fours de fusion et de coupellation. 

A. Production du plomb d'œuvre. — Le minerai enrichi par 
le lavage, venait rejoindre aux fours le minerai brut, que le 
second triage avait jugé bon pour la fusion, sans préparation 
préliminaire. L'un et l'autre devaient être foodus pour produire 
le plomb d*ceuwe^ et celui-ci à son tour, par une nouvelle opé- 
rition,dite(( coupellation », abandonnait l'argent qu'il contenait. 

La première fusion est simple : elle a pour but d'éliminer des 
minerais plombifères le soufre qui entre dans la composition 
des galènes (sulfure de plomb), l'acide carbonique des carbo- 
nates de plomb, le fer, le zinc, le cuivre, la silice, le carbonate de 
chaux, le spath fluor, qui se mêlent plus ou moins intimemeut 
au minerai,et que le lavage n'a pas pu en séparer complètement. 
La chimie nous enseigne que pour extraire le plomb de la galène, 
on peut suivre deux méthodes. L'une d'elles consiste à fondre la 
galène avec du fer. Il se forme du sulfure de fer et du plomb, qui 
entrent en fusion l'un et l'autre, et qui se séparent par suite de 
la différence de leurs densités, le plomb étant plus lourd. C'est 
la (( méthode par réduction » ; on l'emploie pour le traitement des 
minerais impurs, à gangue siliceuse. L'autre méthode, qu'on 
nomme « méthode par réaction >>, consiste à griller préalablement 
la galène, de manière à la transformer partiellement en oxyde et 
en sulfate : on donne ensuite un coup de feu, après avoir bouché 
les ouvertures du fourneau. Le sulfure en excès réagit alors sur 
l'oxyde et le sulfate, il se dégage du gaz sulfureux et il se forme 
du plomb métallique, qu'on nomme plomb d'œuvre (i). 

Telle est la théorie : comment les anciens la mettaient-ils en 
pratique? Il nous est difficile de répondre autrement que par des 
hypothèses, puisque les fours antiques au Laurion n'ont p^s laissé 
de ruines assez complètes pour nous permettre de les recons- 
tituer d'une manière certaine. C'est à peine si, çà et là, nous 
retrouvons dans les amas de scories anciennes quelques maté- 
riaux qui ont pu appartenir à ces appareils. Cependant, l'examen 
des scories antiques, dont on a retrouvé des amas considérables, 

(1) Joly, Cours de chimie, Métaux^ p. 144-145. 



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76 LES MINES DU LAURION DANS l' ANTIQUITÉ 

et la oature des minerais du Laurioa peuvent nous fournir 
quelques indices sur le mode de traitement qu'ils subissaient 
dans les ateliers de fusion. Tout d'abord, la présence de gru- 
meaux de quartz et même de globules de galène que l'on retrouve 
empâtés dans les scories antiques, nous donne à penser que la 
température des fours n'était pas très élevée. En second lieu, la 
gangue des minerais se compose de matières très variées : ici, 
elle est siliceuse, là ferrugineuse ou manganésifère. Par suite, 
il est à croire que les métallurgistes anciens employaient 
concurremment l'une et l'autre méthode, sans se rendre compte 
exactement des différences chimiques de leurs opérations. 

Aussi quelques auteurs ont-ils conclu pour la méthode de 
réaction, d'autres pour celle de réduction. M. Gorceix, par 
exemple, décrit ainsi les détails delà fusion : « Sur la sole 
d'un four ordinaire étaient entassés, d'un côté le bois qui ser- 
vait de combustible, de l'autre le minerai. Des outres pleines 
d'air, analogues à celles employées de nos jours par les forge- 
rons de campagne, rangées autour du four et comprimées 
alternativement, servaient de machines soufflantes. Les Turcs, 
dans leur exploitation de galène en Caramanie, ont conservé la 
même disposition et le même procédé. Le fondeur réglait le 
vent de manière à griller le minerai ; puis en donnant un coup 
de feu, il amenait la réaction des sulfates formés sur les sul- 
fures, réaction qui donnait du plomb métallique » (1). M. Gor- 
della n'est plus du même avis (2). Enfin, M. Cambrésy, moins 
affirmatif, nous dit que le traitement métallurgique des minerais 
du Laurion est complètement resté dans l'obscurité (3). 

On peut se faire quelque idée de la disposition des fours du 
Laurion, bien qu'ils aient, à l'heure qu'il est, totalement dis- 
paru, si l'on rapproche des données de M. Cordella, qui a vu, à 
l'époque où la région minière était inhabitée, des restes de fours 
antiques, les ruines analogues trouvées en divers pays. L'ingé- 
nieur grec nous apprend que les fours employés étaient des fours 
à manche très peu élevés, de forme ronde et d'environ un mètre 
de diamètre : ils étaient construits avec le micaschiste du Lau- 
rion et avec des trachyles réfractaires importés de Milo. Divers 

(1) Bulletin de l'Ecole française (T Athènes, 1870, p. 173-174. 

(2) Cordella, Laurion, p. 98. 
(3> Cambrésy, Laurion, p. 50. 



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PRODUCTION DU PLOMB D*OEUVRE 77 

fourneaux ont été trouvés sous les amas de scories anciennes ; 
mais d'autres, au contraire, se trouvaient élevés sur l'amas môme : 
ce qui semblerait prouver que la fusion a été interrompue, puis 
reprise après un certain temps (i). S'il en est ainsi, ils devaient 
donc ressembler aux fours romains qu'on a retrouvés en France 
et en Angleterre, et qui étaient aussi destinés à fondre les mine- 
raisde plomb(2). L'un aété découverte ArIes-sur-Tech( Pyrénées- 
Orientales), l'autre à Wandsford (Northamptonshire). Le premier 
a la forme d'un grand creuset de 3'"20 de profondeur sur 2"50 
de largeur. Le second n'a qu'un mètre de profondeur sur un mètre 
de largeur. Hoffmann, cité par Blùmmer (3), explique l'opération 
de la manière suivante : « Le four est tout entier dans la terre. 
» On le remplissait successivement d'une couche de bois et d'une 
» couche de minerai. Le métal fondu coulait avec les scories par 
» une rigole en pente dans le fond du haut fourneau en forme de 
» récipient, d'où, lorsque les scories étaient écumées, on le 
» transvasait dans un creuset pour la séparation des deux 
)) métaux ». De même, en Espagne, à Tharsis et à Carthagène, 
on a retrouvé sur l'emplacement des mines antiques des traces 
nombreuses de fours. D'après Carranza, qui visita les mines 
de Rio-Tinto en 1620, on pouvait y voir les ruines de fours qui 
pouvaient contenir de 400 à 500 quintaux de minerai. <( Ils 
» étaient assez analogues aux bas-foyers catalans et aux fours 
» également employés avant la conquête par les indigènes du 
» Pérou (4) ». 

Nous savons aussi que les fours étaient munis de cheminées 
élevées. C'est ce que Strabon (5) nous dit des fonderies espa- 
gnoles, et il n'est pas douteux que celles du Laurion ne fussent 
installées de même. « On donne, dit-il, en « général une grande 
» élévation aux cheminées des fours à argent, pour que la fumée, 
» qui se dégage du minerai et qui de sa nature est lourde et 
)) délétère, se dissipe plus aisément en s'échappant plus haut 
» dans l'air ». Cette précaution est nécessaire : encore au- 



(li Conlella. Lauritm, p. 98. 

(2) Blûmner, Technologie der Gewerbe und Kunste, IV, p. 151- 152. 

(3) Ibid. 

(4) De Launay, Annales des Hines, XVI, p. 434. 

|5) StraboD, III, 11, 8 : Tàç Se tou àpyopoi» xa(JLivOL>ç Tcoioudtv u'^TjXxç. 
''Û<rr6 T7JV ex tcSv puiXtov Xiyvùv [leTéwpov êçaipei^af ^apeta yàp l<m xal 
oXéOpioç. 



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78 LES MINES DU LAURION DANS L'ANTIQUITÉ 

jourd'hui,et malgré rélévation très considérable des cheminées, 
les fumées de plomb font le désert sur un vaste périmètre; 
ni oiseaux, ni insectes, ni plantes même ne peuvent vivre dans 
cet air infecté. Telle était la cause qui faisait considérer par les 
anciens Tair du Laurion comme des plus malsains. Xénophon 
y voit même une raison de la décadence de l'activité des 
mines (1). 

Les matériaux employés pour la construction des fours à 
plomb étaient le schiste et le trachyte, qui sont également des 
roches réfractaires. Le trachyte ne se trouve pas au Laurion ; 
il était apporté de Milo, du cap Vani (2). Le schiste inférieur du 
pays était aussi très employé, soit à l'état naturel sous forme 
de dalles, soit à l'état d'argile sous forme de briques (3). On 
retrouve sur l'emplacement des ateliers antiques bon nombre 
de moellons de l'une ou l'autre espèce, régulièrement taillés. 
Les dimensions en sont petites (O'^Sô de largeur sur O'nlO 
d'épaisseur), ce qui nous explique sans doute la ruine complète 
des fours. La chute des cheminées a dû démolir les voûtes, et 
les débris ont depuis servi, comme dans tous les sites antiques, 
à l'édification des villages qui se sont élevés dans le pays. 

Chaque four était muni d'une soufflerie, nécessaire à la venti- 
lation du foyer. C'est à l'un de ces appareils, dont nous ignorons 
d'ailleurs les dispositions (4), qu'appartenait une tuyère qui a été 
retrouvée dans un amas de scories. Enfin le fond des creusets, où 
s'opérait la fusion du minerai, était muni de trous (5), que l'on 
débouchait à volonté pour recueillir le métal fondu. 

Dans ces fours, on disposait alternativement une couche de 
minerai et une couche de combustible, bois ou charbon de pin, 
si commun en Orient. 11 en fallait une très grande quantité pour 
alimenter ces fourneaux, qui n'avaient pas les dispositions très 
économiques des appareils modernes. Il est par suite hors de 



(1| Xénophon, Entretiens de Socrate, III, 6, 12. Pline, histoire naturelle, 
XXXIV, 18,167 : v Alioqui plumbi fornacium balltus noxius senUtur et pesti- 
lens et canibus ocissime. » 

(2) Cordella. Laurion, p. 98. 

(3) Cambrésy, Laurion^ p. 50-51. 

(4) Blûmner, ^Technologie, IV, p. 140, pi. II, fig. 5 et 6. ReprésentaUon 
d*appareUs de soufflerie égyptiens. 

(5) Hésychius, au mot Tappoc XiOoç ô xxto) xiôéjjLevoç ev t<o ittvo) Iv toTç 
jxeTaXXeuŒiv. 



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TRAITEMENT MÉTALLURGIQUE DU MINERAI 79 

doute que les forêts de pins du Laurioo ne purent suffire 
longtemps aux besoins des travaux métallurgiques, et Ton fut 
dans la nécessité de demander le bois de chauffage à d'autres 
contrées : c'était là une des principales marchandises d'impor- 
tation dans la région minière (1). 

Avec le minerai et le bois, les anciens mélangeaient enfln, selon 
la nature des minerais à fondre, des matières minérales qui ont 
pour objet de faciliter la fusion. Celle-ci est en effet plus ou moins 
difficile à obtenir, si les gangues qui accompagnent forcément le 
minerai, même après la meilleure des préparations mécaniques, 
sont rebelles à l'action du feu. Si l'on ajoute alors des corps dits 
fondants^ la fusion est beaucoup plus prompte et plus com- 
plète. Si les quartz, les argiles, les silicates lui font obstacle, 
le carbonate de chaux et le spath fluor, au contraire, l'activent 
très fortement. Ce caractère physique de certaines substances 
minérales n'avait pas échappé aux anciens. Diodore, d'après 
Agatharchide. nous donne la formule des fondants employés en 
Egypte pour le traitement des minerais d'or (2). En bien des 
passages, Pline l'Ancien mentionne aussi l'emploi des fon- 
dants. Au Laurion, le minerai de plomb argentifère varie 
singulièrement de composition. La gangue dans les minerais 
des districts septentrionaux est ferrugineuse ; au centre, elle est 
calcaire ; au Sud, elle est le plus souvent composée de spath 
fluor ; elle est beaucoup plus rarement siliceuse. C'était un 
avantage pour les métallurgistes : fer, carbonate de chaux, 
spath fluor sont, en proportions modérées, d'excellents fondants. 
Si le minerai était siliceux, il était toujours possible d'en faci- 
liter la fusion par l'addition de minerais ferrugineux abondants 
dans le pays. Les métallurgistes du Laurion durent arriver 
par empirisme à une connaissance assez précise des quali- 
tés et des défauts de leurs minerais, et ils savaient sans doute 
s'en servir ou les corriger. 

Lorsque les lits de fusion étaient ainsi préparés, on y mettait 
le feu, et, au moyen de la ventilation artificielle, on activait la 
combustion du bois et du charbon. Sous l'action de la chaleur. 



(1) Pllae, Hiit. nat, XXXIII, 5, 94 : « Pineis opUrue lignis aes ferrumque fun- 
ditor. » Cf. Cordella, Laurion, p. 98. Oq esUme à 41 kil. de bois et 113 kil. de char- 
bon la qaaoUté de combustible nécessaire pour le traitemnot d'une tonne de 
minerai : Wurtz. Dictionnaire de Chimie, Métallurgie du Plomb, p. 1093. 

(2) Diodore, III, 14. 



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80 



LES MINES DU LAURION DANS L'ANTIQUITÉ 



les fondants entraient en fusion, entraînaient celle des galènes, 
et le plomb métallique se dégageait. En vertu de son poids 
spécifique, celui-ci descendait dans le fond du fourneau, et les 
corps étrangers plus légers surnageaient au dessus. Lorsque 
les fondeurs jugeaient que l'opération était assez avancée, ils 
ouvraient les trous de coulée et le plomb s*écoulait dans les 
récipients prêts à le recevoir. On pouvait alors ajouter du minerai 
et du combustible ; l'opération se poursuivait ainsi à volonté, si 
Ton avait soin de retirer de temps en temps les scories qui se 
formaient en abondance à la surface du bain de fusion. Ce 
procédé, si Ton eu juge par les résultats obtenus de nos jours 
par la méthode du bas-foyer, permettait aux ouvriers de passer 
de trois à quatre tonnes de minerai par vingt-quatre heures, ce 
qui correspond assez bien au rendement des laveries. 

Les résultats de ce traitement métallurgique sont faciles à 
apprécier. Il est certain que les anciens devaient perdre, en 
procédant avec le bas-foyer, une notable quantité de métal utile; 
les fumées, les scories en entraînaient ou en retenaient une 
bonue part; Ton peut sans crainte estimer la perte subie à 12 
ou 15 pour Vo, puisqu'aujourd'hui elle n*est pas moindre de 
10 pour o/o pour des minerais dont la teneur s*élève à 74 
pour V* (!)• L'analyse des scories montre en tous cas très clai- 
rement que les fondeurs du Laurion se souciaient peu ou 
n'étaient pas capables d'obtenir un meilleur rendement. Voici 
par exemple l'analyse do deux scories antiques (2) : 



Silice 30.50 

Oxyde de plomb . ... 12 

Oxyde de fer 23.43 

Oxyde de zinc 8 

Chaux 15.21 

Alumine Traces 

Sulfure d*antimoine . . 0.05 

Magnésie Traces 

Acide phospborique . . 2.40 

91.59 



Oxyde de fer 27.40 

Alumine 29 

Chaux 4.60 

Oxyde de plomb .... 20 

Acide arsénique .... 3.30 

Acide carbonique ... 14.60 



98.90 



On voit donc que l'oxyde de plomb abandonné dans ces deux 
fragments varie entre 12 et 20 pour o/o. La teneur moyenne en 
plomb métallique des scories antiques est estimée en gros à 10 
ou 10,67 pour o/o« Ainsi le premier traitement des minerais de 

(1) Wurtz, Dielionnaire de Chimie, Métallwrgie du plomb,, p. 1093. 

(2) La première analyse est empruntée à Cambrésy , Lav/rion, p. 136 ; la 
seconde à Rangabé, Laurion, p. 48, note 2. 



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PRODUCTION DE L'ARGENT 81 

plomb argentifère n'était pas effectué avec beaucoup de soin ; 
cela tenait à des procédés imparfaits, à une fusion incomplète, 
à un écumage trop hâtif des scories. Mais Ton est tenté de croire 
que ces imperfections n'avaient pas pour les Athéniens Timpor- 
tance que nous y attacherions aujourd'hui. Leur unique préoccu- 
pation était en effet d'extraire des minerais, non pas tout le 
plomb qu'ils contenaient, mais seulement le plomb le plus pur 
et le plus riche, et ils arrivaient à leurs Ans en ne recueillant 
que les meilleurs produits de la fusion. Telle fut du moins, 
selon nous, la méthode suivie à l'époque la plus prospère du 
Laurion, lorsque les mines fournissaient en abondance des 
galènes de première qualité. Ce n'est que plus tard, lorsque les 
minerais devinrent plus rares, que l'on s'ingénia à recueillir le 
plus possible du métal utile, et Strabon nous dit que de son 
temps les industriels du Laurion avaient eu l'idée de remettre 
à la fonte les déblais et les scories des premières exploitations 
et réussissaient ainsi à en extraire encore une certaine quantité 
d'argent (2). Cette fusion postérieure a été faite avec habileté, et 
c'est à cette opération, qui date des derniers temps du' Laurion 
antique, qu'il faut attribuer des amas de scories beaucoup plus 
pauvres en plomb que les autres : la teneur en descend parfois 
jusqu'à 3 et !iS pour Vo de plomb. Le bénéfice consistait donc à 
extraire des scories anciennes de 8 à 10 Vo du plomb qu'elles 
contenaient (3). 

Cependant, même pour la fusion du plomb d'Œuvre,il semble 
que les ouvriers du Laurion soient arrivés à une perfection 
relativement plus grande que partout ailleurs. Les scories 
d'Espagne et de Sardaigne sont encore plus riches en plomb 
que celles de l'Âttique : (4) elles ont une teneur qui va jusqu'à 
25 et 30 pour % de plomb. 

B. Prodtiction de l'argent. — Le plomb d'œuvre, obtenu par 
la fusion des minerais bruts, devait subir une seconde opéra- 
tion, par laquelle il se séparait de l'argent qui l'accompagnait. 
On arrive à ce résultat par le procédé dit coupellation. 



(1) Curdella, Laurion, p. 100. 
(2} Strabon, IX, 1, 23. 

(3) Le tra^aU des scories a été repris en 1864, et depuis lors on n'a encore 
épuisé les stocks de scories et de déblais antiques. 

(4) De Launay, Annales des Mines, 1892, p. 520. 



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82 LES MINES DU LAURION DANS L^ANTIQUITÉ 

(( Dans toute sa simplicité, la coupellation n'est autre chose 
» qu*une simple flltration de l'argent sur le fond poreux d'une 
» coupelle. La coupelle est une sorte de capsule faite d'une 
» matière poreuse, généralement cendres d'os ou certaines mar- 
» nés ; on y charge le plomb argentifère que l'on chauffe à une 
» température supérieure à celle de sa fusion et en présence 
» d'une dose considérable d'oxygène, fournie ordinairement par 
)) un courant d'air amené par des tuyères Sous cette double 
» influence d'une température éleyée et d'un excès d'oxygène, le 
)) plomb fondu s'oxyde et se transforme en litharge, tandis que 
» l'argent reste comme résidu. Mais, et c'est en cela que consiste 
)) le caractère particulier de ce mode de traitement, à une tem- 
» pérature assez élevée, comprise entre 800 et 900 degrés, les 
)) litharges sont fondues et possèdent la propriété d'être absor- 
» bées par les pores de la coupelle ; la séparation des litharges 
» et de l'argent s'effectue donc d'elle-méme,et le globule d'argent 
>) ne retient que des traces de plomb... Quand il s'agit de la 
)) coupellation iodustrielle, la coupelle, faite en cendres d'os ou 
» de fougères, ou en marnes, a des dimensions considérables. 
» Une partie seulement des litharges, celle dans laquelle baigne 
» le globule d'argent, est absorbée dans la coupelle poreuse ; le 
» reste gagne la partie supérieure et s*écoule au dehors, par une 
» rigole ménagée dans le bord de la coupelle (1). )> 

Il est incontestable que c'est par un procédé semblable que 
les fondeurs du Laurion arrivèrent à extraire l'argent du 
plomb. Les preuves positives de ce fait ne font pas défaut: tout 
d'abord, on a retrouvé sur l'emplacement des usines antiques 
de nombreuses plaques de litharges ou oxydes de plomb, qui ne 
sauraient provenir d'une autre opération (2) ; en second lieu on a 
découvert dans des amas de scories une véritable coupelle (3) 
en terre, analogue à celles que l'on emploie de nos jours 
dans les laboratoires. Quoique les dimensions fort petites de 
cet objet donnent à penser qu'il ne servait qu'à des essais 
préliminaires, nous pouvons conclure que la coupellation s'effec- 
tuait comme de nos jours et par les mêmes procédés. 

Mais quelles étaient les dispositions de détail adoptées par 



(1) Frémy, Encyclopédie chimique, t III, Argent et composés^ p. lSS-189. 

(2) GordeUa, Lawrion, p. 108. 

(3) Ibid. 



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PRODUCTION DE L'ARGENT 83 

nos fondeurs pour extraire en fortes quantités l'argent du plomb? 
Les coupelles étaient sans doute en marne, de cette espèce 
d'argile blanche très réfractaire que les Romains appelaient 
tasconium (1), et qui servaient à la construction des fours. 
D'autre part, il semble, d'après le témoignage des auteurs, que 
les fours de fusion et de coupeliation étaient installés l'un au 
dessous de l'autre. En effet, Strabon. pariant des mines d'argent 
d'Espagne, dit d'après Posidonius a qu'on faisait fondre le 
)) résidu du lavage et que sous l'action de la chaleur, le plomb 
» se séparait et dégageait en même temps l'argent complètement 
» purifié (2) ». Pline l'Ancien nous apprend de même que « par 
» une seule et même action du feu, une partie du minerai se 
)) précipitait en argent et que le plomb surnageait comme l'huile 
» sur l'eau (3) ». 

Ces deux textes ne sauraient signifier que la séparation du 
plomb et de l'argent se faisaient simultanément dans Ja fusion 
du minerai brut. H n'est guère admissible qu'au moment où le 
plomb métallique se dégageait des scories, la coupeliation 
commençât aussitôt et dans le même récipient. Si par impos- 
sible, l'opération avait été conduite de cette manière, on 
retrouverait aujourd'hui les scories chargées de litharge, et il 
n'en est rien. Je suppose donc qu'il faut entendre autrement 
l'expression « eodem opère ignium » de Pline. Précisément le 
même auteur, expliquant la fabrication des litharges, s'exprime 
en ces termes : « Les litharges se forment alors que le métal 
fondu coule du creuset supérieur dans le creuset inférieur ; on 
les retire au moyen de ringards en fer et on les brûle ensuite 



(1) Pline^ Hist. nat.,XXXIII,4,69: «Catini flunt ex tasconio.Hoc est terra alba 
similis argillae. Neque enim alia flatum igDemqueetardentem materiam tolérât.» 

(2) Strabon, HI, 2, 10 : Tt|V Be TcéfiTUTiriv 67r<i(rra<Jtv ywveuôeïdav, aTuoj^uôevToS 
Tou (jLoXùêBou, xaôapbv tov àpyupov k^iytiy, 

(3) Pline, Hùt. >iat., XXXI II, 6, 98 : « Eodem opère ignium descendit pars in 
plumbum, argentum autem superne innatal, ut oleum aquis. >> 

Tel est exactement le texte de Pline :on remarquera que nous renvcrsons,dans 
notre traduction, Tordre des mots plumbum et argentum. En effet, le passage, 
sans cette correction, ne signifie rien. Dans aucune des phases de la coupella- 
Uon, le gâteaa d'argent ne surnage sur le plomb. Au contraire, ce sont les 
litharges en formaUon qui flottent au-dessus du bain de plomb argentifère, et à 
mesure que ropération se poursuit et que le plomb s'oxyde, Targeut reste tou- 
jours dans le fond de la coupelle sous la nappe de litharge. Je crois donc que si 
Ton veut donner à la phrase de Pline un sens exact et satisfaisant, il faut lire : 
«r Descendit pars In argentum, plumbum autem. . . », etc. 



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84 LES MINES DU LAURION DANS l'aNTIQUITÉ 

dans les flammes du four (1). » Nous pouvons, grâce à ce 
renseignemeot, imaginer un four composé de deux creusets, 
placés l'un au-dessus de l'autre. Le creuset supérieur est 
celui où Ton entassera le minerai et le combustible pour obtenir 
le plomb métallique; le creuset inférieur servira à la coupella- 
tion. Le premier portera à sa base un ou plusieurs orifices, par 
où le plomb métallique, au fur et à mesure de sa formation, 
découlera dans le second. C'est dans celui-ci que le métal en fusion, 
fortement chauffé et soumis à un courant d'air, s'oxydera en 
litharge, en laissant dans la coupelle l'argent qu'il contenait. De 
la sorte, ce sera bien dans le même four et par l'action du 
môme foyer que les deux opérations seront exécutées (2). 

Cette méthode ofirait évidemment un avantage, à savoir d'éco- 
nomiser le combustible, et pour les métallurgistes du Laurion 
obligés d'acheter le bois à l'étranger, la question n'était pas 
sans importance. Aussi ne serait-il pas surprenant qu'ils aient 
employé le four à deux étages, dont on se servait en Espagne, 
au second siècle avant J. C. Cette hypothèse permettrait en 
outre de comprendre plus aisément le terme d'àpY^pTriç (3) qui 
désigne toujours, dans les auteurs attiques, le minerai de plomb 
argentifère du Laurion. 11 est tout à fait invraisemblable qu'ils 
se soient trompés au point de considérer ce minerai comme 
un rainerai d'argent natif. S'ils l'appellent àpyupîTiç, c'est que 
d'abord le métal précieux renfermé dans le' plomb avait seul 
une très grande valeur pour les Athéniens ; mais de plus, si 
l'opération était conduite comme nous venons de la décrire, il 
est clair que pour le vulgaire, qui ne se rendait pas compte de la 
double transformation du minerai, ce minerai mis dans le four 
ne produisait que de l'argent. Il y avait là une sorte de transmu- 
tation, qui avait beaucoup frappé les profanes, ignorant le 
secret de la véritable manipulation. L'apparence leur donnait 



(1) Pline, XXXIIL 6, 107 : « Omnis autem fit excoctasua materia ex superiorl 
catino deduens in inferiorem, et ex eo sublala verucalis ferreis atque in Ipsa 
flamma convoluta... » 

(2) De nos jours la coupellatlon de 10 tonnés de plomb demande environ 
72 heures de travail, et Ton procède par charge de 10 tonnes. II est certain que 
les fondeurs du Laurion n'opéraient que sur des quanUtés beaucoup moindres. 
Ils devaient être arrêtés par la difficulté de construire des coupelles de grande 
dimension, travail qui, auJourd*hui encore, ne laisse pas d^étre très délicat. 

(3) Voyez en particulier Xénopbon, Revenus ^ I, 5; IV, 2; Démosthène, 
XXXVII, 28. 



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PRODUCTION DE L* ARGENT 85 

doDC raison, quaDd ils désignaient le minerai sous le nom de 
terre d'argent. 

De celte coupellation résultaient deux produits : l'argent et 
la litharge. 

On n'a pas encore retrouvé au Laurion de gâteaux d'argent 
provenant directement de la coupellation, et nous ne pouvons 
pas estimer exactement dans quel état de pureté était obtenu le 
métal précieux. De nos jours on évalue à 10 pour % la quan- 
tité de métaux étrangers, or, plomb, cuivre, etc., que retient 
l'argent brut (1). Or, l'analyse des pièces d'argent d'Athènes dé- 
montre que le titre en fia en était beaucoup plus riche : on cite 
un tétradrachme qui donna 983 millièmes de fin (2) et la 
moyenne des pièces de bonne époque est d'environ 978 milliè- 
mes (3). Il faut donc admettre que les Athéniens raffinaient, 
après la première coupellation, l'argent destiné au monnayage. 
L'opération s'appelait xaXXuv£iv to k^yùç,iow, et était exécutée par 
les fondeurs de la monnaie d'Athènes (àpyu^ioxoTccïov) (4). Elle 
consistait à faire fondre le métal, en petites quantités, dans des 
coupelles faites de cendres ou de poudre d'os ; sous l'action d'une 
ventilation active, les derniers vestiges de plomb, qui subsistaient 
après la première coupellation, s'oxydaient et s'absorbaient com- 
plètement dans les parois des coupelles. Cet affinage était fait 
avec un soin minutieux, puisque le métal des monnaies athé- 
niennes ne porte pas trace de plomb. Il était alors IxxexaOapfiévov, 
àxparov, cL\ufiç (5). 

Certaines observations des anciens prouvent l'attention extrême 
qu'on apportait à cette seconde coupellation. Les fondeurs 
avaient par exemple observé avec précision un phénomène qui 
n'a été signalé depuis qu'en 1819 par un essayeur de la Monnaie 
de Londres : c'est le phénomène connu sous le nom de rochage. 
(( Lorsqu'on laisse refroidir lentement l'argent fondu, on cons- 
» tate presque toujours qu'au moment où le bouton se solidifie 
» complètement, il se produit à la surface une sorte d'ébullition 
» accompagnée d'un dégagement d'oxygène, et, après refroi- 



(1) Fréray, Encyclopédie chimique, t. III, Argent et composée, p. 195 et 227. 
|2) Hultsch, Oriechisehe und Romisehe Métrologie, p. 223 (2« édil.) . 

(3) T. Reinacb, Revue des Etudes grecques, 1888, p. 173. 

(4) Aristote. Problèmes, p. 936 b, 23 et suiv. 

(5) PoUux, m, 87. 



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86 LES MINES DU LAURION DANS L'aNTIQUITÉ 

» dissement, on trouve que celte surface est couverte de petites 
» végétations d'argent. Le métal, à Tinstant où le gaz s'est 
» dégagé, a été projeté violemment et quelques gouttelettes 
» peuvent même se répandre au dehors. Les essayeurs disent 
» alors que le bouton d'argent roche, végète ou s'écarte (1) ». 
Cette propriété physique du métal en fusion avait été remar- 
quée à Athènes, a Pourquoi », lisons-nous dans un problème 
d*Aristote(2), « Teau bouillante ne produit- elle pas de boursou- 
» flures en projetant des gouttelettes ? C'est ce que fait l'argent, 
» quand il est purifié. Aussi les ouvriers de l'àpYupoxoTcerov trou- 
:) vent-ils profit à recueillir les gouttelettes d'argent projetées 
» quand ils raffinent le métal précieux ». Il va sans dire que le 
phénomène n'a pas été expliqué par les anciens, mais l'ob- 
servation n'en est pas moins précise et exacte. 

De môme Strabon (3) dit à propos des mines du Lauriou que 
l'argent le meilleur est celui de TAttique, parce qu'il est produit 
sans fumée, et qu'on l'appelle ixà7rvi<xTo;. Ce terme dénote que 
les fondeurs s'étaient rendu compte que dans la coupelle il fallait 
faire attention à ne pas trop élever la température du métal : 
celui-ci ne doit pas fumer, mais présenter seulement les irisa- 
tions caractéristiques. L'oubli de cette précaution, recommandée 
encore aujourd'hui aux ouvriers qui dirigent une coupellation, 
amène une volatilisation du plomb (4)^ qui entraîne avec lui de 



(1) Fréray, Encyclopédie chimique, t. IIT, Argent et composés, p. 243. 

(2) Problèmes, p. 936 &, 23 : Atà ti to (xev uBcop Çéov oùx exwacpXctÇei ; 
TuoieT Se xal tô àpyopiov Taùtb, xoà touto xa6aipô[xevov Siô ol ev tw 
ipYupoxoTreio) xaXXuvovxeç xepSatvouffiv to yàp SiappiTCTOujjiEvov (Tufxoik'- 
XuvovTEç Xa(xêàvo'j(Ti rà Xei^ava. 

(3) Slraboa, IX, I, 23 : Tou Se àpyopiou àp((TTOu twv TràvTtov ovtoç toîÎ 
'Attixou, -KoXij péXtio-Tov (jpadi to ev toTç àpyopeioiç, o xai àxaTcviorov 
xaXou(Tiv oLTzo TOU Tp^TTOu TT^ç (Txeuatxiaç. Le texte de Straboo porte au lieu de 
àpYupiou àpterrou, {xéXtTOç àp(ffTou. Mais si les manuscrits portent [xéXiTOç, 
le sens est bien peu satisfaisant, et la suite du paragraphe 23 peu rigoureuse. 
L'argument le plus sérieux contre cette lecture, c'est qu'il n*y a jamais eu et 
qu*il ne saurait y avoir de ruches d*abeilles dans les mines d'argent du Laurion. 
Les fumées de plomb qui sortent des fourneaux sont éminemment toxiques 
pour tous les insectes. D'autre part le mot ^xeuavia appliqué à la cueillette 
du miel me semble aussi déplacé. Enfin la correction proposée me semble 
donner un sens beaucoup plus plein au passage de Strabon. Boeckh, Laur, Silb., 
p. 100, avait déjà avancé la conjecture. 

(4) Wurtz, Dictionnaire de Chimie, article Chalumeau, p. 841. 



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PRODUCnON DE L^ARGENT 87 

raient. En même temps l'oxydation s'arrête et par suite 
le métal précieux contient une plus grande quantité d'impuretés. 
Ces remarques des auteurs anciens, si rares qu'elles soient, 
nous démontrent que ces opérations délicates de la coupellation 
et de l'affinage étaient conduites avec une attention et une 
habileté remarquables. 

Les fondeurs du Laurion ne produisaient pas seulement un 
argent extrêmement pur, mais ils savaient aussi n'en perdre 
dans la coupellation qu'une très petite proportion. L'analyse 
<ies litharges antiques en fournit la preuve. M. Cordella affirme 
qu'elles ne contiennent en général que neuf grammes d'argent 
pour 100 kilogrammes de plomb, soit 9/100 000 (1). Mais un 
saumon de plomb antique, retrouvé dans les scories de Cama- 
réza, et qui provient de la revivification des litharges, possède 
19 grammes d'argent sur 100 kilogrammes de plomb, soit 
19/100.000(2). Admettons comme moyenoe ce dernier chiffre. Si 
nous supposons que la tonne de plomb d'œuvre du Laurion ne 
contient que deux kilogrammes d'argent, ce qui n'est pas 
exagéré, on voit que les fondeurs ne perdaient qu'un dixième 
environ du métal précieux. Us arrivaient à tirer de cette tonne 
de plomb près d'un kilogramme et 900 grammes. Ce résultat 
remarquable de la coupellation est très supérieur à celui de la 
fusion des minerais, puisque dans celle-ci les métallurgistes du 
Laurion ne perdaient pas loin d'un tiers du plomb métallique. 
Cette différence très sensible prouve, je crois, qu'il ne faut pas 
attribuer l'imperfection de la première fusion à l'ignorance ou 
à l'incapacité des ouvriers; c'est plutôt la conséquence d'un 
laisser-aller voulu et réfléchi. Il leur suffisait d'obtenir ïp» 
meilleur et le plus pur du plomb contenu dans le minerai : la 
qualité du métal leur importait beaucoup plus que la quantité. 

Les litharges qui découlaient des creusets pendant la coupel- 
lation n'étaient point perdues : on les « revivifiait » en les 
repassant au four avec du charbon. L'oxygène s'échappait; le 
plomb redevenu métallique coulait dans des moules de marbre 
ou de terre; c'était le plomb marchand {plumbum nigrum, 
|iLoXu68o<;). Cette opération faisait dire aux anciens que le plomb 
provenait de l'épuration de l'argent, et le mot XiôâpYupoç ne veut 



(1) Cordella, Laurion, p. 116. 
ii) Rangabé, Laurion, p. 84. 



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88 LES BflNES DU LAURION DANS L' ANTIQUITÉ 

pas dire : pierre qui fournit de l'argent, mais au contraire 
« pierre qui provient de l'argent (1). » 

Outre ces deux produits principaux, les fondeurs du Laurion 
recueillaient encore dans leurs fours divers corps secondaires. 
En particulier les suies qui se déposaient au cours de la fusion 
et de la coupellation, soit sur la voûte du fourneau, soit sur les 
parois des cheminées, n'étaient pas rejetées au hasard. On en 
ramassait de trois espèces, qui s'appelaient : cadmie, spodos 
et molybdène (2). La cadmie était sans doute un oxyde de 
zinc, et la spodos un acide antimooique ; l'un et l'autre se 
produisent toujours dans les parties supérieures des fours : ils 
proviennent de la présence du zinc et de l'antimoine, que la 
plus habile des préparations mécaniques ne saurait séparer 
complètement de la galène. Le molybdène était probablement 
un sulfate ou un carbonate de plomb. Ces substances sont gé- 
néralement entraînées dans un état de division extrême et tel 
qu'il est très difficile de les faire déposer. Aujourd'hui on ins- 
talle, entre les fours et les cheminées, des chambres de conden- 
sation où on essaie par divers moyens de les arrêter. Je ne sais 
si les anciens sont allés jusque-là. Toujours est-il qu'ils 
raclaient avec soin les parois et les voûtes des cheminées et des 
fours (3); on distinguait les dépôts d'après la place qu'ils occu- 
paient, et selon leurs couleurs. 

Telles étaient les diverses manipulations par lesquelles pas- 
saient les minerais de plomb argentifère, extraits des mines du 
Laurion. Nous connaissons assez exactement, grâce aux ruines 
des ateliers antiques, celles qui constituent la préparation méca- 
nique de la matière première ; nous sommes beaucoup moins 
renseignés sur les procédés métallurgiques proprement dits. 
Aussi est-il permis de regretter la perte de ces traités spéciaux 
que certains auteurs avaient écrits sur l'art des mines. Théo- 
phraste, entre autres, avait composé un livre intitulé Ilepl 



(1) CjrUle d'Alexandrie, Comm. sur le prophète Zaeharias, V. p. 696 (Pafro- 
logie grecque de Migne, t. LXXII, p. 85) : napaXafxêàveTat 6 fi.<JXu68o<; irapà 
TÛv àpYi»po)^06Ïv elcoôÔTcov, elç àiroxxÔapvtv tûv ^(oveuofxévcov. 

(2) Dioscorlde, V, 84. 85 (éd. Kuhn) : Pline, XXXIV, 22, 34. 53. 

(3) Pline, XXXIV. 13. 128 ; « Spodon derasam parietibusfornacium».XXXlV, 
10. 101 : « Fit autem egesta flammis atque flatu tenuissima parte materias et 
cameris lateribusve fornacium pro quantitate levitatis applicata. » 



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PRODUCTION DK L' ARGENT 89 

[xeTOAXwv (1), qui aurait sans doute comblé plus d'une lacune 
regrettable. Cependant nous en savons assez pour constater que 
la métallurgie n'a pas été inférieure à l'exploitation de la 
mine. En particulier la méthode de lavage et celle de la cou- 
pellation dénotent un esprit de sagacité et d'observation réelle- 
ment digne d'éloges. Enfin, il convient de remarquer que le 
traitement métallurgique dans son ensemble exigeait pour 
l'exécution des divers travaux un personnel très nombreux. 
Par suite, on peut se demander si la production industrielle 
du Laurion n'était pas grevée de irais excessifs de main-d'œuvre. 



(1) Théophraste, Pierres, h 1 ; Diogèoe Laerce, V,2, 44; HarpocraUon, hq 
mol Key^pecov ; PoUux, Vil, 99, X, 149. — Diogène Laerce, V, 3, 59, dit que 
Straton avait composé un traité « Ilepl tcov {i.£TaXXixo)v {i.7iyav7j{i.àT(i>v ». 
— Athéoée, vil, p. 322 a, rapporte que Philon avait écrit « Tb MeTaXXix<iv ». 



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CHAPITRE V 



ORGANISATION DU TRAVAIL £T MAIN-D'ŒUVRE 



Les travaux de mine et de métallurgie au Laurion étaient 
exécutés par des esclaves. Les hommes libres, citoyens ou étran- 
gers, se bornaient à les diriger ; souvent même ils remettaient ce 
soin à des intendants. Cependant, il arrivait que des Athéniens, 
peu fortunés, travaillaient de leurs propres mains dans leurs 
concessions. Un client de Démosthëne déclare qu'il a gagné 
beaucoup d'argent, eu payant de sa personne dans l'exploitation 
des mines (1). Un autre Athénien, nommé Callias, inventa lui- 
même un procédé pour fabriquer du cinabre avec un sable 
qu'il extrayait de sa mine (2). 11 semble que ces exemples 
ne soient pas des exceptions. Xénopbon nous apprend qu'il y 
avait 4 Athènes une foule de gens qui avaient vieilli dans le 
métier (3). Il est en effet probable que les petits industriels, qui 
louaient des parts de mine à 150 ou 160 drachmes par an (4), ne 
se contentaient pas de surveiller leurs ouvriers, mais maniaient 
eux-mêmes le pic et le marteau. Il en était de même pour les 



(1) Démosthène, XLII, 20. 

(t) Théophraste. Pierres, 58 (édlt. Wimmer). Les termes de Théophraste, 
KaXXiav Tivà 'AÔTjvaTov, ne noas permeUeat pas de croire qu'il s'agisse ici 
de Callias, fils d'Hipponicos, qal possédait des mines au Laurion. Ce personoage 
était de famille assez illustre pour être connu au siècle suivant, et Théophraste 
n*eût pas manqué de désigner plus clairement le Dadouchos, s'il avait été l'au- 
teur de la découverte. — CL Pline, XXXIIJ, 7, 113, qui a copié Théophraste. 

(3) Xénophon, Revenus, IV, 22 : *'AXXoi 'AÔYivaïot xe xal Sévoi oî t(3 
(ToijiLaTi (iLev oïÎTe pbuXoivT'otv outc Suvaivr' av epYaÇecrôai. 

(4) Voir plus loin. ch. VIII. 



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ORGANISATION DU TRAVAIL ET MAIN-D'GEUVRE 91 

étrangers : l'un se glorifie d'avoir été un véritable artiste en 
métallurgie (1) ; un autre se donne le titre de maître fondeur (2). 
Mais il faut remarquer que ces hommes libres étaient toujours 
les concessionnaires de leurs mines ou propriétaires de leurs 
usines : ils travaillaient donc à leur propre compte. Nous 
n'avons en tous cas aucun indice qui nous laisse supposer qu'on 
trouvât au Laurion des ouvriers libres embauchés et salariés 
par autrui. Il n'y avait guère place, à côté des maîtres, que 
pour des esclaves (3). 

Les uns et les autres portaient le nom de [xeTaXXeic (4), qui 
s'appliquait indifféremment à tous ceux qui étaient employés 
dans les mines, quelle que fût l'occupation spéciale à laquelle 
ils se livraient. Ainsi le mineur et le fondeur peuvent égale- 
ment s'appeler aeTaXXeuç. A côté de cette désignation, on 
en trouve d'autres, qui ont uu sens plus limité. Ainsi le 
(lETaXXeun^ç et le SiopuTTa)v(5) sont essentiellement des mineurs; le 
xi68a)X(Jç (6) est plus spécialement un fondeur. 

Dans la mine commo dans l'usine, on peut distinguer diverses 
catégories d'ouvriers. Dans le {isTaXXov, chaque chantier com- 
portait un certain nombre d'hommes qui avaient chacun leurs 
fonctions. Tout d'abord venaient les mineurs proprement dits, 
ceux qui maniaient la pointerolle et le pic; derrière eux, les por- 
teurs, que les auteurs comiques désignaient sous le sobriquet 
de ôuXaxocpdpot (7), parce qu'ils portaient sur leurs épaules les 
sacs (ôùXaxov) remplis de minerais ou de déblais. Enfin, il y 
avait des trieurs, chargés de séparer les minerais riches des 
gangues stériles. On choisissait pour le premier métier les 
hommes adultes les plus robustes; les jeunes gens et les enfants 
étaient employés au transport; je suppose que les femmes et les 
vieillards étaient occupés au triage (8). 

(1) Bull. corr. hell., 1888, p. 246 - CIA, II. 3, 3260 b (add.). 

(2) mtlheil, Arch. Inst. von Athen, 1894, p. 243. 

(3) Mauri, I ciUadini lavoratnri delV Attica (Milan, Hoepli, 1895), p. 34, a 
tort, je crois, d'afûrmer que les esclaves seuls prenaient part aux travaux de 
mines. 

(4) PoUux, lir, 97. 

(5)Slrabon,IX, 2, 18.-r ©opixtoir, AtopuTTwv, tel est le titre d'une comédie 
d^AnUphane {Comicorum atticorum fragmenta, il, p. 53, édit. Kock). 

(6) Pollux, VII, 99. 

(7) PoUux, VU, 100; X. 149; Hésychiusau mot OuXaxocpôpoi. 

(8) Cf. Diodore de Sicile, III, 13, touchant les mines d'Egypte. 



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92 LES MINES DU LAURION DANS L* ANTIQUITÉ 

De même dans repYacm^ptov, il y avait trois classes d'ouvriers : 
les esclaves des mortiers et des meules, les laveurs et les fondeurs. 
Selon leur vigueur, leur âge, leur sexe, les esclaves étaient 
affectés à des tâches différentes. Ce sont des adultes qui 
maniaient le pilon; ce sont des vieillards et des femmes qui 
tournaient la meule (1). Il est clair que les mineurs et les fon- 
deurs formaient le personnel de choix : tous les autres pouvaient 
n'être que de simples manœuvres. 

Au-dessus des ouvriers, epyàTai, il y avait des contre-maîtres 
et des surveillants. Les premiers, nommés iTzaniTon (2), avaient la 
direction des travaux techniques, et ils étaient estimés très haut : 
nous savons, par exemple, que le riche Nicias avait dépensé un 
talent (5,689 francs) pour l'achat d'un bon e7ri(rràT7|ç(3). L'épistate 
était tantôt un maître mineur, tantôt un maître fondeur. C'est 
lui qui conduit les recherches, l'abatage, l'extraction ; c'est lui 
qui préside aux lavages des minerais, qui véritie les teneurs, qui 
indique la composition à donner aux lits de fusion et veille à la 
coupellation. Il s'appellera alors Vr^K-*»*^ '^^^ k^yoLf^zr^^iou (4) ou 
àpyixajxtveuTTjç (5). Outre les épistates, il y avait des gardiens 
(«puXaxe;) (6) qui surveillaient l'exécution des travaux, stimulaient 
les ouvriers paresseux et prévenaient émeutes et désertions. 



Dans la mine, on travaillait jour et nuit. C'est du moins ce qui 
se passait dans les mines d'or de la Haute-Egypte et dans les 
mines d*Espagne (7), et nous n'avons pas de raison de supposer 
qu'il ^n fût autrement au Laurion. Par suite, pour ne pas inter- 
rompre la besogne, il était bon de remplacer les équipes à cer- 
taines heures : il y avait des postes qui se succédaient réguliè- 
rement. Certains détails de travail, que nous avons relevés dans 
les galeries anciennes, nous permettent d'établir quelle était à 

(1) Diodore, III, 13. 

(2) Xônopbon, Éconamiques, XXI, 9; VII, 183; Hésychlus au mol *Ewi<r- 

TCtTTJÇ. 

(3) XénophoD, Mémorables^ II, 5, 3. 

(4) EschÎDe, I, 37. 

(5) MittheiL Àrch. InsL von Àthcn, 1894, p. 243. 

(6) Posidonius, cité par Athénée, VI, p. 272 e. 

(7) Diodore, V, 38 : MeÔ' Tjjxépav xal vuxTa xaTa^atv6[i.evoi Ta (rwjjLaTa. 
Pline, Hist. nat, XXXlïI, 6, 97 : « Diebus noclibusque egerunt aqaas lucer- 
narum ooensara. » 



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ORGANISATION DU TRAVAIL ET MAIN-D'ŒUVRE 

peu près la durée de chaque veille. Nous avons reman 
pour percer leurs galeries, les ouvriers procédaient par 
régulièrement verticales et strictement limitées. Cette r( 
et cette précision, qui ne sont pas nécessaires à la raj: 
travail, permettent en revanche de constater si le n 
accompli sa tâche exactement. Il doit mettre deux heures 
à tailler une mortaise : d'un seul coup d'œil, Tépista 
gardien peuvent donc vérifier s'il n'a pas perdu son tem 
autre côté, je crois que l'on relevait toutes les deux h 
mineur du front de taille : si Ton considère l'étroit 
galeries et la chaleur considérable qui s'y développa 
paraîtra pas surprenant que l'ouvrier le plus vigoureu 
avoir, durant ce laps de temps, manié la pointerolle et 
teau, ait éprouvé le besoin, sinon de se reposer, du b 
changer d'occupation. Il est clair que deux ouvriers, se si 
dans ce pénible labeur, devaient produire un résultat si 
à celui d'un homme qui serait resté seul à la besogne 
quatre heures. Quoi qu'il en soit, chaque front de taille, 
centimètres de largeur en moyenne, exigera environ di; 
de travail, à raison de cinq mortaises de 12 centimètres; 
longueur de temps correspond assez exactement à 1 
d'éclairage des lampes ordinaires retrouvées dans les c 
anciens. Il est donc probable que les équipes se succéd 
dix heures en dix heures. Cette donnée est confirmée 
passage de Pline TAncien, qui nous dit que, dans les mil 
pagne, c'est la durée des lampes qui sert de mesure aux 
« Cuniculis per magna spatia actis, cavantur montes a 
narum lumina. Eadem mensura vigiliarum est : m 
mensibus non cernitur dies » (1). Ces détails d'orga 
devaient être communs à toutes les mines antiques; 
d'ailleurs étonnant qu'au Laurion le rapport que noui 
vous entre la durée des lampes et celle du travail d'avai 
ne soit dû qu'à une coïncidence fortuite. Si tel était 1 
ment des équipes de mineurs, deux équipes devaient 
desservir un chantier. Dix heures de repos suivaient di: 
de fatigues ; il est peu probable que les anciens aieni 
accordé à leurs esclaves un régime plus indulgent. 

Quelques auteurs anciens déplorent le sort des escla 
vivaient dans les mines. Plutarque reproche à Nicias d 

(1) Pline, Hisl. Nat., XXXIII, 4,70; Cf. XXXIII, 6,97. 



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94 LES MINES DU LAURION DANS L*ANTIQUITÉ 

employé des esclaves ordinaires. « Il n'y a personne, dit-il, qui 
puisse approuver le travail que Nicias faisait faire dans ses 
mioes, où l'on n'emploie ordinairement que des scélérats et des 
barbares dont la plupart sont enchaînés et périssent tôt ou tard 
dans ces cavernes souterraines où l'air est toujours malsain (1).» 
L'historien Diodore fait une peinture pathétique de leurs souf- 
frances dans les mines d'Egypte et d'Espagne. « Tout le monde 
est saisi de commisération à Taspect de ces malheureux, qui se 
livrent à ces travaux pénibles sans avoir autour du corps la 
moindre étoffe qui cache leur nudité. On ne fait grâce ni à 
l'infirme ni à l'estropié, ni au vieillard débile, ni à la femme 
malade. On les iorce tous au travail à coups redoublés, jusqu'à 
ce que, épuisés de fatigue, ils expirent à la peine.C'est pourquoi 
ces infortunés,ployant sous les maux du présent, sans espérance 
de l'avenir, attendent avec joie la mort, qui leur est préférable à 
la vie (2). )> 

Il convient, je crois, dé faire la part de la vérité et de l'exagé- 
ration. Le travail était sans doute fort pénible. L'étroitesse des 
galeries est telle par endroits, que la posture de l'esclave qui y 
travaillait devait être très fatigante à garder longtemps ; règle 
générale, dans toutes les galeries menées à travers la roche stérile, 
on doit se tenir à genoux et plus souvent à plat ventre. De plus, 
dans ces culs-de-sac si resserrés, où la ventilation est difficile, où 
la chaleur du corps et de la lampe élèvent très rapidement la tem- 
pérature, l'air devient rapidement irrespirable. Mais il n'y a 
rien là que Ton ne retrouve encore de nos jours dans certains 
charbonnages du Nord. Remarquons dans le récit de Diodore 
un trait d'exagération : il regrette que les malheureux soient si 
peu vêtus, mais il est clair que dans les galeries de mines, il 
eût été cruel de leur imposer un vêtement quelconque ; il y fait 
trop chaud pour que cela soit possible. De plus, nous savons 
qu'en Attique les esclaves étaient beaucoup mieux traités 
qu'ailleurs (3). Ce n'est pas que les mauvais sujets fussent 
ménagés : plus d'un était enchaîné et l'on a retrouvé au Laurion 
les anneaux de fer qui servaient à les entraver. Mais il est 
naturel de penser que l'intérêt même commandait aux maîtres 
d'en user moins rigoureusement avec leurs esclaves que ne le 



(1) Plutarque, Comparaison de Nicias et de Crassv^, 1. 

(2) Diodore. 111,13; V, 38. 

(3) XénophoD, République d* Athènes, I, 10 et suiv. 



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ORGANISATION DU TRAVAIL ET MAIN-D'ŒUVRE 95 

dit Diodore. Toute mort et tout accident de personne se tra- 
duisaient par une perte sèche, surtout pour ceux qui prenaient 
des esclaves en location. Aussi Xénophon conseille-til de traiter 
les esclaves avec bonté si l'on veut se les attacher et en obtenir 
un meilleur travail. 

Une preuve assez forte que les esclaves ne subissaient peut- 
être pas dans les mines du Laurion le sort de leurs semblables 
d'Espagne et d'Egypte, c'est la rareté des révoltes dont Thistoire 
nous a conservé le souvenir. Curtius remarque qu'il n'y eut 
pas la moindre défection parmi les esclaves de l'Attique pendant 
toute la durée des Guerres Médiques (1). Le premier mouvement 
de ce genre date de 413, et il s'explique tout naturellement, sans 
qu*on ait besoin de supposer que les esclaves furent poussés à 
fuir par leur condftion intolérable. Lorsque les Spartiates 
s'emparèrent de Décélie, près de vingt mille esclaves^ la plupart 
ouvriers et sans doute occupés au Laurion, passèrent dans le 
camp de l'ennemi (2). Or, on sait qu'il était d'usage en temps de 
guerre, d'encourager la défection des esclaves de l'adversaire, en 
les alléchant par l'espoir de la liberté ; et nous voyons Archidamos 
empressé à favoriser la défection des esclaves,lors de la seconde 
invasion de l'Attique (3). 11 est donc naturel que lors de l'occupa- 
tion permanente de Décélie par les Lacédémoniens, bon nombre 
d'esclaves aient choisi ce moment pour recouvrer la liberté. Les 
historiens nous font connaître encore une seconde révolte des 
esclaves du Laurion. Athénée (4) rapporte, d'après Posidonius, 
que les esclaves des mines, après avoir tué leurs gardiens, 
s'emparèrent de l'Acropole du Sounion, et ravagèrent pendant 
longtemps les campagnes de l'Attique ; il fallut que le préteur 
Heraclitus marchât contre eux pour les soumettre (5). Mais cette 
insurrection est contemporaine de la seconde guerre servile de 
Sicile, et il est naturel de penser qu'elle ne fut qu'un des épi- 
sodes du grand mouvement séditieux qui travailla toutes les 
provinces (6). Du reste, au Laurion, le nombre des révoltés ne 

(1) Curtias, Histoire Grecque, II, p. 284 (trad. Bouché-Leclercq). 

(2) Thucydide, Vil, 27. 

(3) Thucydide, 11,55. 

(4) AUiéDée, VJ, p. 272 e. 
(5)ftiulOro8e,V,9. 

(6) Orose, loc» eit.,-, Mommsen, Rômische Geschichte, II, p. 134. Boeckh, Laur. 
Silb,, p. 123, veut à tort, selon nous, confondre cette révolte de 104 avec 
la défecUon de 413. 



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9(> LES MINES DU LAURION DANS l'aNTIQUITÉ 

fut pas très grand : Diodore nous dit qu'il était d'environ mille 
esclaves (1). On ne peut donc pas voir ici une preuve directe des 
mauvais traitements dont les ouvriers du Laurion auraient été les 
victimes. Le fait d'une grève ou d'une révolte survenues au temps 
où les mines attiques étaient en pleine prospérité et sans l'inter- 
vention d'une cause étrangère serait bien plus probant, mais les 
écrivains anciens n'ont jamais fait une seule allusion, même 
fugitive, à un semblable événement. En somme, la population 
ouvrière du Laurion, si nombreuse qu'elle ait été, ne parait pas 
avoir secoué son joug trop souvent, soit que les Athéniens aient 
su lui faire accepter sans trop de répugnance son malheureux 
sort, soit qu'ils aient su en temps ordinaire prendre leurs 
précautions. Â la vérité, le contraire serait étonnant. On ne peut 
guère, en effet, rêver de cachot plus sûr qu'une mine antique. 
Le relèvement d'une échelle, l'obstruction d'une galerie, étaient 
des moyens bien faciles pour emprisonner des esclaves révol- 
tés et arrêter la propagation d'un mouvement séditieux : 
les malheureux auraient été sans peine à la merci de leurs 
maîtres. 



L'examen détaillé des travaux de mine et de métallurgie 
fournit la conviction que le personnel du Laurion était très 
nombreux. En effet, si l'on essaie de se rendre compte pratique- 
ment de l'exploitation d'une concession, on s'aperçoit qu'elle 
nécessite un minimum d'ouvriers qui ne laisse pas d'être assez 
élevé. Supposons qu'un Athénien ait dans sa mine cinq chantiers 
d'abatage : il lui faut tout d'abord, pour tenir le pic et la pointe- 
rolle,cinq mineurs. Si la distance à parcourir entre le chantier et 
rentrée de la mine est très courte, quinze porteurs suffiront à 
assurer l'extraction du minerai jeté à terre. Il n'est pas exagéré 
d'avancer qu'un piocheur habile fournit de la matière à trois 
porteurs, dont l'un s'occupe à remplir les paniers avec une sape. 
Augmentons la distance à parcourir : immédiatement le nombre 
des porteurs croîtra dans une forte proportion. Vingt porteurs 
ne seront pas de trop,s'il y a seulement 200 mètres de galeries à 
suivre entre les chantiers et la base du puits. Ajoutons mainte* 
nant à ces trente ouvriers, cinq trieurs pour séparer le minerai 
des fragments stériles : nous obtenons dé suite, sans compter 

(l)Dlodore,XXXIV,2,19. 



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ORGANISATION DU TRAVAIL ET MAIN-D'OEUVRB 97 

Tépistate et les gardiens, un minimum de 35 esclaves. Or, il est 
certaio que les exploitations de cette espèce n'étaient pas rares 
au Laurion, car elles n'exigeaient pas un grand développement 
pour en arriver à celte importance. Il faut songer que quelques- 
unes étaient bien autrement considérables : un certain Sosias de 
Thrace n'occupait pas moins de mille esclaves. Aussi pput-on 
admettre, sans invraisemblance, qu'aux grandes époques de 
prospérité, les concessions, qui employaient une trentaine 
d'ouvriers, dépassaient de beaucoup la centaine. 

De même, les ateliers de lavage demandaient un grand nombre 
de bras, dont le calcul est assez facile à établir. Sans parler des 
porteurs qui transportent le minerai de Toriflce du puits à 
l'atelier, et des trieurs qui éliminent les fragments pauvres, il 
faut admettre : i"* une équipe pour le travail des meules et des 
mortiers ; 2" une équipe pour approvisionner les laveries de 
minerai et d'eau ; 3° une équipe pour diriger le lavage. Pour un 
groupe de deux laveries, à quatre robinets chacune, c'est-à-dire 
de dimensions moyennes, avec trois meules et cinq mortiers, 
nous arrivons au tableau suivant : 

1* Trois meules à quatre hommes 12 

Cinq mortiers à un homme 5 

2° Approvisionnement de deux laveries en eau et en minerai . 4 

3* Deux laveries à six hommes 12 

Total 33 

Ainsi, admettons en chiflres ronds une trentaine d'ouvriers 
pour un atelier ordinaire. Si nous acceptons ces données, je 
trouve que, dans les établissements du val Botzaris (1), qui ne sont 
pas les plus importants, il n'y avait pas moins de 840 esclaves 
occupés dans 28 groupes de laveries. Pour le travail des fours, 
enfin, il est hors de doute qu'il en fallait encore un certain 
nombre : mais ici les éléments d'une évaluation , même 
approximative, nous manquent absolument. Ces calculs suffisent 
cependant à montrer que l'industrie du Laurion avait besoin 
d'une main-d'œuvre très abondante. 

Peut-on estimer, à différentes époques, le total des esclaves 
qu'elle occupait? On a tenté à plusieurs reprises de le déter- 
miner, mais les divers résultats des auteurs, qui se sont occupés 

(1) Voir le plan du val Botzaris, pi. 111. 



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98 LB8 MINBS DU LAURION DANS l' ANTIQUITÉ 

de la question, me paraissent purement chimériques. Boeckh, le 
premier, estima à 60.000 hommes la population ouvrière du 
Laurion (1); il ne donne de son avis aucune raison, et c*est de 
son plein gré qu'il attribue un peu plus d un dixième des 
500.000 âmes qui habitaient TAttique à la région des mines. 
Letnonue tente de prouver que les esclaves du Laurion n'ont 
pas dépassé le chiffre de 10 à 12.000 (2). Les deux arguments qu'il 
emploie me paraissent très insuffisants. Xénophon dit dans 
les Revenus (3) qu'en cas de guerre il serait bon d'avoir une for- 
teresse intermédiaire entre Thoricos et Anaphlystos pour y ren- 
fermer les travailleurs. Letronne conclut de ce passafçe que 
le nombre des esclaves devait être assez faible pour qu'il fût 
possible de les réunir dans une même forteresse. A cela, il est 
aisé de répondre que nous n'en savons rien : il est clair 
qu'on pouvait donner au fort des dimensions suffisantes pour en 
loger plus de 10.000 s'il était nécessaire. Le second argument 
n'est guère plus solide (4). Par un calcul, dont nous discu- 
terons plus loin les éléments qui nous paraissent peu exacts, 
Letronne établit que chaque esclave devait produire par an 
4 marcs 2/3 d'argent. « C'est, dit-il, le minimum de la pro- 
duction. Ainsi dix mille esclaves donneront 40.000 marcs. 
Supposons, ajoute-t-il, que la production égale 14 marcs 2/7 par 
homme, comme à Himmelsfurst en Saxe, on obtiendra avec 10 
ou 12.000 esclaves 171.400 marcs, c'est-à-dire les 3/4 de tout ce 
qu'on exploite dans les mines entières de l'Europe (en 1822). » 
Ce rendement est tout ce que peut accepter Letronne. Qui ne 
voit combien est fautif un pareil raisonnement? Acceptons un 
instant comme probable la production totale de 171 .400 marcs : 
Letronne y arrive en multipliant 10.000 ou 12.000 ouvriers par 
14 marcs 2/7. J'y arriverai aussi par la multiplication 20.000 ou 
24.000 ouvriers par 7 marcs 1/7; si je prends maintenant sa 
première donnée de 4 marcs 2/3 par homme, il nous faudra 
37.000 ouvriers environ pour obtenir la production totale. Dans 
ces conditions, on ne voit pas pourquoi l'on tiendrait pour un 



(1) Boeckb, Staatshaushaltung der Athener, I, p. 52 (éd. Frânkel). 

(2) Letroooe, Mémoire sur la population de l'ÀUique. p. 209 (Mémoires de 
l'Académie des InscriplionSf t. VI, 1822). 

(3) Xénophon, Revenus, IV, 43 et suiv. 

(4) Letronne, ifrid., p. 211-214. 

<5) Voir le plan du val Botzaris, pi. III. 



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ORGANISATION DU TRAVAIL ET MAIN-D'CBUVRË 99 

chiffre plutôt que pour un autre. Le nombre de 10.000 esclaves' 
est donc de pure fantaisie. 

M. Wallon l'adopte, mais le confirme par une raison nouvelle. 
(( Ce nombre », dit-il, « est attesté selon nous, par Xénophon 
lui-même, lorsque substituant l'Etat aux particuliers dans la 
possession des esclaves, il semble l'accepter comme suffisant 
aux besoins du moment (1) ». C'est interpréter le passage de 
Xénophon d'une manière bien inexacte. D'abord l'auteur des Reve- 
nus ne dit nulle part que l'Etat doive se substituer complètement 
aux particuliers dans la possession des esclaves : il s'agit sim- 
plement d'imiter les particuliers et de réaliser, comme ils le 
font, de beaux bénéfices. D'autre part, il est manifeste que Xéno- 
phon,en prenant le chiffre de 10.000, le considère comme imagi- 
naire, aussi bien que celui de 1,200 ou de 6.000 qu'il donne plus 
haut. « Si donc, dit-il, on réunit d'abord 1.200 esclaves, on peut 
calculer qu'un accroissement successif, au bout de cinq ou six 
ans, n'en donnera pas moins de six mille. Or^ ce nombre rappor- 
tant, tous frais payés, une obole par jour et par tête d'esclave, le 
produit annuel sera de soixante talents. De ces soixante talents, 
qu'on en mette vingt à acheter d'autres esclaves. . .: le nombre 
de 10.000 une fois complété^ on aura un revenu de cent 
talents (2) ». Je ne vois pas que Xénophon veuille arrêter à 10.000 
le chiffre des esclaves à louer: il a dit plus haut qu'il fallait en 
acheter jusqu'à ce que chaque Âthéuien en ait trois, ce qui, au 
bas mot, nous donne un chiffre de 50.000 esclaves (3). Quand 
bien même Xénophon aurait fixé à 10.000 le nombre des esclaves 
que TEtat devrait louer aux concessionnaires de mines, il y aurait 
toujours lieu d'y ajouter le nombre inconnu des esclaves qui 
étaient déjà employés par les particuliers. 

M. Beloch (4), enfin, accepte les mêmes chiffres en se fondant 
sur le même argument ; mais pour lui donner plus de force, il 
prétend que les mines du Laurion n'auraient jamais pu occuper 
les 40.000 esclaves qui, selon Polybe (5), travaillaient aux mines 
de Carthagène. Nous n'en savons rien, et nul ne peut le dire. Il 
ajoute qu'au milieu du IV« siècle, il ne pouvait y avoir plus de 



(1) WaUoD, Histoire de V Esclavage dans Vantiquité, I, p. 249. 

(2) Xénophon, Revenus, IV, ^24. 

(3) Ibid., 17. 

(4) Belocb, Die Bevolkerung der Griechisch-Rômischen Welt, p. 94. 

(5) Cité par Strabon, III, 2, 10. 



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l^X) LES MINES DU LAURION DANS l'aNTIQUITÉ 

5.000 esclaves au Laurion et que deux siècles plus tard ce chiffre 
était réduit à 1.000. De la première de ces données, M. Beloch 
ne nous fournit pas les preuves ; de la seconde, celle qu'il nous 
apporte est très mauvaise. Diodore de Sicile (1) nous dit qu'au 
moment des guerres serviles de Sicile, le mouvement insurrec- 
tionnel s'était étendu dans toutes les provinces, et que le nombre 
des esclaves des mines qui se révoltèrent en Attique dépassa 
mille. Est-ce là une raison pour que le total des esclaves du 
Laurion se soit borné à ce chiffre? Il y en eut mille qui prirent 
les armes, et voilà tout. Rien ne prouve qu'on ne réussit pas à 
en retenir un plus grand nombre dans l'obéissance. 

Ainsi tous les chiffres qui nous sont proposés sont aussi peu 
certains que possible, et je ne crois pas que dans l'état de nos 
connaissances, on puisse avancer un nombre précis. Les textes 
nous manquent et rien ne saurait les remplacer. Thucydide nous 
dit bien qu'en 414, après l'occupation de Décélie par les Spar- 
tiates, plus de vingt mille esclaves, dont la plupart étaient 
artisans, passèrent à l'ennemi (2). Il est probable, comme Boeckh 
l'a pensé (3), que l'historien fait allusion à des esclaves fugitifs 
du Laurion, mais il serait vain d'en tirer une conclusion tou- 
chant la population servile des mines. Ce que nous pouvons 
affirmer, c'est qu'avant cet événement, les esclaves étaient beau- 
coup plus nombreux au Laurion qu'ils ne l'étaient au moment 
où Xénophon écrivait, et que leur total dépassait alors 10.000. 
Cela ressort de la suite du passage de Xénophon que nous citions 
plus haut. (( Le nombre de 10.000 une fois complété, on aura un 
revenu de cent talents. Mais, continue-t-il, pour prouver que 
l'Etat recevra plusieurs fois autant, je prendrai à témoin, s'il 
en existe encore, ceux qui se rappellent quel revenu produi- 
saient les esclaves avant l'affaire de Décélie (4). » Telle est la 
seule indication positive que nous puissions tirer des textes. 
D'autre part, si Ton considère la population qui habite de nos 
jours le Laurion et l'importance des travaux en cours, on arri- 
vera à une conclusion analogue à celle qui se dégage du texte de 
Xénophon. Il y avait en 1889 au Laurion une population totale 



(1) Diodore, XXXIV, 2, 19. 

(2) Thucydide, VU. 27. 

(3) Boeckh, Laur. SUb., p. 123. 

(4) Xénophon, Revenus, IV, 26 ; IV, 3. 



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ORGANISATION DU TRAVAIL ET MAIN-D'ORUVRB 101 

de 11.356 âmes (l). A supposer que les travaux, à la fin du 
V* siècle, n'aient pas eu plus d*extensioo et d'importance qu'ils 
n'en ont aujourd'hui, ce qui est peu probable, nous sommes, je 
crois, en droit d'affirmer qu'à l'époque de Périclès, la population 
du Laurion dépassait le chiffre de 20.000 âmes ; car ce n'est 
pas tomber dans l'exagération que de doubler les chiffres actuels, 
si l'on songe que le travail, accompli de nos jours par de nom- 
breuses machines à vapeur, était alors exécuté par des hom- 
mes (2). 

Au IV« siècle, le total des ouvriers avait certainement baissé, 
Xénophon le fait entendre clairement (3). Ce n'est point cepen- 
dant que les esclaves fussent devenus plus rares de son temps 
que soixante ou quatre-vingts ans plus tôt. L'auteur des Revenus 
pense, en effet, que les achats d'esclaves qu'il conseille à ses con- 
citoyens n'offriraient aucune difficulté. « Il est évident, dit-il, que 
le gouvernement est plus en état que les particuliers de se 
procurer des hommes à prix d'argent. 11 est facile au Sénat de 
faire crier que quiconque veut peut lui amener des esclaves 
et d'acheter ceux qu'on lui amène (4) ». Athènes fut de tout 
temps un marché important d'esclaves, qu'elle tirait principa- 
lement de Thrace et des côtes de la mer Noire (5). Il y en avait 
un aussi au Sounion (6). Au V« siècle, en particulier, le marché 



(1) Recensement de la population de la Grèce en 1889 (Ministère de Tloté- 
rieur, AUiènes, 1890). Je vais, à la rifi^ueur, un peu au-delà de la vérité, en 
cono prenant dans la population du Laurion celle de Kératéa. Mais l'écart est 
peu considérable et Ton doit d*aiileurs faire rentrer Kératéa dans le district des 
mines. 

(2) Le théâtre de Tiioricos pouvait contenir 5,000 personnes. Voir Pampers 
Amer. School at Atkens, iV, 1885, p. 10; Dôrpfeld-Reisch, Uas Griecfiische 
Theater, p. i09-lll. 

(3) Voir les textes cités plus haut. 

(4) Xénophon. Revenus, IV, 18 

(5) Démosthène, XXXIII, 9-11; XXXIV. 10; Strabon, XI, 2,3; VII. .3,12; 
Poiybe, IV, 38; Pollux. VII. 14; Suidas, au mot *AXujvr|TOv. Cf. Biicbsen- 
schutz, Besitz una Erwerbe im GriecMschen Alterthum, pp. 117-123. 

(6) Térence, Phormion, 837. Nous ne possédons malheureusement pas de 
noms d^esclaves qui nous éclairent sur la provenance exacte de ceux qu'on 
employait aux mines. Les listes, qui nous sont parvenues, sont d'une époque assez 
basse, du II* siècle de notre ère (listes d'esclaves voués au culte de Mén Tyrannos), 
et les mines étaient alors, sinon abandonnées, du moins sans aucune esfiècc 
d'activité. Cependant il est permis de penser que la provenance des esclaves n'a 
pas beaucoup changé,et qu'avant l'époque romaine, c'étaient aussi les provinces 
d'Asie qui fournissaient aux concessionnaires du Laurion la majorité de leurs 
ouvriers. Cf. C/4, ill, 1, 73 et 74; IV, 2, 1328 c; Foucart, Associations reli- 
gieuses chez les Grecs, p. 119 et suiv.; hulL Corr. BelL, XX, p. 84-85 (article 
de M. Perdrizet sur Mên). 



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102 LES MINES DU LAURION DANS L'ANTIQUITÉ 

était abondamment fourni. D'abord les expéditions militaires pro- 
curaient toujours bon nombre de prisonniers. AuV^ siècle, Cimon, 
dans sa campagne de TEurymédon. avait mis la main sur plus de 
vingt mille captifs (1). Ensuite, la paix, en faisant prospérer 
Tagriculture, l'industrie et le commerce d'Athènes, dut remplir 
d'esclaves le pays tout entier ; un auteur remarque que c'est là 
une des cooséquences ordinaires de la paix (2). A la fin du 
IV*' siècle, enfin, l'historien Ctésiclès, cité par Athénée (3), dit 
que lors du recensement de la population attique sous Démétrius 
de Phalère (309 av. J. C), il n'y avait pas moins de 400.000 
esclaves en Attique. On peut donc croire que les coocession- 
naires du Laurion trouvèrent toujours à se fournir aisément 
d'ouvriers. Si l'industrie des mines périclita, ce ne fut pas par 
défaut de main d'œuvre, mais par absence de capitaux ou de 
débouchés commerciaux, et aussi par Tarrôt de la vie politique 
d'Athènes. 



Les esclaves qui travaillaient aux mines étaient soit la pro- 
priété des concessionnaires qui exploitaient directement leurs 
parts, soit la propriété de particuliers qui les louaient aux 
concessionnaires. 

Beaucoup d'entrepreneurs avaient des esclaves qui leur appar- 
tenaient. Ainsi, Pantainétès, adversaire de Nicoboulos, avait une 
mine et un atelier (4), et il y faisait travailler des esclaves qui 
ne semblent pas avoir été loués. On le voit veodre les trente 
esclaves de son usine et emprunter de l'argent sur leur tête. Plu- 
sieurs inscriptions hypothécaires nous apprennent aussi que les 
esclaves étaient vendus avec les ateliers (5) : ils étaient donc le 
bien du vendeur; par exemple, un certain Pheidon d'Aixoné 

(1) Diodore, XI, 62. En 422 et 421, les Athéniens vendent la population de 
Torone et de Scione : Thucydide, V, 3 et 32. 

(2) Diodore, XI, 72. 

(3) Ctésiclès, dans Athénée, Vi, p, 272 B. Ce chifitre a été taxé d'exagération. 
Letronne en parUculier s'élève contre un pareil nombre qu'il trouve infiniment 
trop considérable : Mém. de l'Académie des inscriptions, VI, 1822, pp. 192 et 
suiv.; mais il n*y a pas de raison sérieuse pour le rejeter. Cf. Guiraud, Pro- 
priété foncière en Grèce, p. 148. 

(4) Démosthène, XXXVII, 4,22,26. 

(5) ClAf II, 1122. 1123* ''Opoç £pYa<rr7|piou xoà àv8pa7r(i8(ov Tus^pafiévtov ini 
Xucrei 4>6i8a)vi AiÇwvet, T. — Voir Calllemer, Le contrat de louage à Athènes, 
p. 26 et suiv. 



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ORGANISATION DU TRAVAIL ET MAIN-d'OBUTRE 103 

achète à réméré pour un talent un epyaffTTiptov et des àvBpdiuoBa. 
Les esclaves représentaient alors pour les concessionnaires 
une partie du capital engagé dans leur entreprise. On 8*est préoc- 
cupé de savoir ce que pouvait valoir en moyenne chaque tête 
d'esclave. Boeckh est d'avis que le prix courant d'un esclave de 
mines, au IV® siècle, était de 150 drachmes (145 francs) (1). Au 
dire de M. Wallon, il faudrait hausser légèrement ce chiffre 
jusqu'à 200 et 250 drachmes (2). Il est peut-être téméraire d© 
vouloir préciser de la sorte, et surtout, il serait imprudent de 
généraliser. Rien de plus naturel que la valeur des esclaves ait 
varié aux différentes époques, et dans une même année, elle 
était sujette à la hausse ou la baisse, selon la loi de l'offre et de 
la demande (3). De plus, chaque esclave suivant son âge, son 
sexe, sa provenance, ses aptitudes, avait son prix spécial. Dans 
les ventes d'esclaves de 415 av. J.-C, les prix les plus souvent 
répétés oscillent entre 200 et 300 drachmes (4). Mais un Messe- 
nien descend à 130 drachmes, un Eléenen vaut 180, et un Cépha- 
loniote 195. Des Syriens sont vendusjusqu'à quatre et cinq mines. 
Aussi les chiffres que l'on peut trouver dans les auteurs n'ont- 
ils qu'une valeur relative. Quand, selon Démosthène, Pantainétès 
emprunte sur son atelier de Maronée et les trente esclaves qui y 
sont attachés, 10,500 drachmes, nous savons que les esclaves 
représentent en bloc 4,500 drachmes (5). Mais il se pourrait 
qu'un autre groupe de même force fût évalué très différemment. 
Disons donc que les esclaves de Pantainète valaient Tun dans 
l'autre 150 drachmes, et non point que tous les esclaves de mines 
coûtaient la même somme. Cependant un passage de Xéno- 
phon nous fournit une donnée plus sûre (6). Il dit qu'avec le 
revenu de 1,200 esclaves, loués à une obole par jour, l'Etat pour- 
rait au bout de cinq ou six ans en acquérir 6,000. Il est aisé de 



(1) BoecJch. Laur. Silb,, p. 124 ; Staatshaushaltung der Athener, p. 86 (éd. 
Fraenkel). 

(2) Wallon. Histoire de VEsclavage^ i, p. JtO'È. Oo ne saurait admettre, avec 
M. WalloD, le calcul fondé sur la valeur du revenu des esclaves (àirocpopà). 
Un esclave rapporte 60 drachmes par an ; supposons que Tintérêl soit de 24 p. 
iOO : nous concluerons alors que Tesclave coûtait 250 drachmes. Mais qu'est-ce 
qui nous prouve que l'intérêt était de 24 p. 100 plutôt que de 10 ou de 30 p. 100 ? 

(3) Xénophon, Revenus, IV, 36. 



(4) CIA, I, 275. 277; IV, 274. 

{5) Démosthène, XXXVII, 4 et 21. 

(6) Xénophon, Revenus, IV, 23. Cf. Boeckh, loc. cit. 



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104 LES MINES DU LAURION DANS l' ANTIQUITÉ 

voir, par un simple calcul, que si l'on peut en réunir 6,000 en 
cinq ans, c'est qu'ils auront coûté l'un dans l'autre 122 ou 123 
drachmes. S'il faut six ans, le prix de chacun s'élèvera à 194 
drachmes environ. La moyenne serait donc de 158 drachmes 
(15S francs), ce qui concorderait assez bien avec la valeur des 
esclaves de Pantainétès. Mais il faut songer que Xénophon, pour 
être plus persuasif, a pu rabaisser quelque peu les prix au-dessous 
delà réalité. Quelques esclaves, enfin, étaient payés beaucoup plus 
cher.Nicias, fils de Nicératos,avait donné un talent (5,894 f.), pour 
un conducteur de travaux (eTrttrràTTjç twv àpYupeiwv) (1). Cepen- 
dant et à tout prendre, on voit qu'au IV« siècle, les esclaves 
n'atteignaient pas en général un prix très élevé. L'équipe de 
trente esclaves de Pantainétès ne représente que 43 «/o du prix 
total de l'àpYaaTT^ptov et cependant ils sont dressés et savent 
travailler. Il est à croire que desimpies manœuvres, porteurs 
ou hommes à la meule, n'étaient pas payés 150 drachmes par 
tête. 11 en est qui ne coûtaient guère que le tiers de cette 
somme (2). 

Les concessionnaires de mines n'avaient pas tous des capitaux 
suffisants pour acheter les nombreux esclaves nécessaires à 
leurs exploitations : ils avaient alors recours à de riches parti- 
culiers qui louaient les leurs à des conditions déterminées. 
C'était là une pratique commune à Athènes, non seulement 
dans l'industrie, mais aussi dans l'agriculture (3), et elle 
s'explique fort bien, surtout dans le travail des mines. En 
effet, lorsqu'un entrepreneur ouvrait une mine nouvelle, en 
creusant un ou plusieurs puits, un petit nombre d'ouvriers 
lui suffisait : ce travail était long. Dès lors, il eût été très 
coûteux, dans bien des cas, d'entretenir le grand nombre 
d'esclaves, qui ne devaient être utiles qu'une fois l'exploitation 
mise en train. La perte aurait été très grave si l'attaque, 
mal conduite, avait manqué le gisement métallifère. De 
même, la variation dans le rendement des chantiers rendait 
avantageux et indispensable l'emploi d'esclaves loués. Si les 
amas sont riches, abondants, il y a intérêt à multiplier le 
nombre des travailleurs; s'ils s'appauvrissent et diminuent 

(1) Xénophon, Mémorables^ il, 5,2. 

(2) Xénophon, ibid,. 

(3) Guipaud, Propriété foncière en Grèce, p. 454. 



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(1) Xénophoa, Revenus, IV. 14-15. Voir Caillemer, Le contrat de louage à 
Athèiieê, p. 19. 
(â) XénopboD, Revenus, IV, 14; Hypéride, fragm. 165 (éd. Didot). 

(3) XénophoD, Revenus, IV, 14 : 'OêoXbv {xèv àreXTi éxà<rrou tt^ç vi(Ji.épaç 
àicoStSdvat, Tov S'àptô^jibv Tffouç àel ^apé/£tv. 

(4) XénophoD, ibid.. 

(5) Eschîne, 1, 97. 



4 



ORGANISATION DU TRAVAIL ET MAIN-D'CEUVRE 105 .;J 

d'ampleur, Il faut ralentir la marche du chantier. Aujourd'hui -1 

encore, on procède de même; selon les besoins de la mine, on 

élève ou Ton diminue le nombre des ouvriers à embaucher. 

Ainsi, il est très probable que tous les concessionnaires, autour 

d'un noyau d'esclaves bien dressés qui leur appartenaient, 

groupaient, selon les nécessités du'moment, un nombre variable \>p 

de manœuvres qu'ils louaient à des particuliers 

Les conditions de la location nous sont bien connues. 11 semble A 

d'abord qu'elles restèrent les mêmes pendant longtemps, et "^ 

qu'il s'était établi un taux fixe de loyer. Ce taux était, au V® et au 
IV© siècle, d'une obole par jour et paresclave(16 centimes). C'était 
ce qu'on appelait l'àiro^opà. Ainsi Nicias, fils de Nikératos, à la fin 
du V® siècle, louait à Sosias de Thrace mille esclaves qui lui 
rapportaient 166 drachmes par jour; Hipponicos gagnait 100 
drachmes avec 600 esclaves et Philémonidès touchait 50 drachmes 
pour 300 esclaves (1). Au IV® siècle, le taux de l'dtTto^opà était resté 
le même : cela ressort de plusieurs passages desitei7^nt^.Hypéride 
aussi nous dit qu'un certain Théomnestos louait des esclaves de 
mines à une obole (2). — Le prix de location était un bénéfice net 
pour le maître des esclaves. L'obole était k-ceX-f^ç (3), c'est-à-dire 
qu'il n'y avait rien à en défalquer pour la nourriture et l'entretien 
des esclaves : ces frais étaient à la charge de la personne qui les 
louait. En troisième lieu, l'entrepreneur s'engageait à rendre 
toujours le même nombre d'esclaves au propriétaire (tôv 8'àpiOfibv ::^ 

Iffouç àel irapé/£iv) (4) : par conséquent, les pertes résultant de la 4 

mortalité, des maladies, des accidents, ne grevaient que le 
budget du premier. L'iTuo^opà de chaque esclave loué aux mines, 
représentait donc un gain de 60 drachmes par an. Sans doute, 
si l'on compare ce bénéfice à celui que rapportaient certains 
esclaves artisans, on le trouvera assez peu considérable. Les 
ouvriers corroyeurs de Timarkhos (5), par exemple, représentaient 
un gain de 100 drachmes chacun ; le chef d'atelier rapportait à 
lui seul 125 drachmes. Mais il est clair que des esclaves loués aux 



î*^ 



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106 LES MINES DU LAURION DANS l'aNTIQUITÉ 

mines o'étaieot pas nécessairement d'habiles ouvriers : beaucoup 
d'entre eux n'étaient que des manœuvres. De plus, rien 
n'empêche de penser qu'à côté d'hommes faits, le propriétaire ne 
louait des femmes, des jeunes gens, des vieillards, et le taux 
d'une obole représentait ainsi une valeur moyenne : parmi les 
mille ouvriers de Nicias, plus d'un aurait pu gagner plus d'une 
obole, plus d'un aussi n'aurait peut-être rapporté que la moitié. 

A tout prendre, c'était donc pour les capitalistes d'Athènes un 
placement avantageux que de louer ainsi leurs serviteurs. Si le 
bénéfice n'était pas très élevé, il était du moins très sûr, et l'on 
évitait ainsi tous les ennuis et les risques d'une exploitation per- 
sonnelle. La seule chance à courir, c'était de garder pendant un 
temps plus ou moins long ces nombreuses bandes inoccupées et 
improductives : mais il est probable que les contrats prévoyaient 
une durée miuima de location et des dates fixes de résiliation ; 
les esclaves devaient être loués au mois ou à l'année ou pour 
une durée encore plus longue ; malheureusement nous n'avons 
aucun renseignement sur ce point. On comprend donc que 
Xénophon ait été séduit par les t)eaux côtés d'une vaste opération 
de ce genre, et en ait conseillé l'expérience aux Athéniens (1). 
Ce système de location parait avoir été en vogue particulièrement 
au V« siècle, et il était encore très suivi au milieu du IV siècle. 
Nous voyons dans Hypéride (2) deux personnages chercher à se 
procurer des esclaves pour les louer dans les mines ; l'un d'eux, 
Ariston, extorquait de l'argent à des citoyens, en les terrifiant 
par une menace de délation ; l'autre, Théomnestos, avec les 
bénéfices du chantage, achetait des esclaves, les louait au Lau- 
rion, et les deux complices se partageaient les profits. 

Si la location des esclaves était avantageuse pour le maître, le 
concessionnaire y trouvait-il aussi son compte? Il avait à sup- 
porter les frais de nourriture, d'entretien, à prévoir les pertes 
d'esclaves qui pouvaient survenir. Letronne, dans son Mémoire 
de la population de t'Attique (3), a dressé un état de dépenses qui 
mérite d'être discuté, parce qu'il pourrait en imposer par un 
semblant d'exactitude. Il prend l'exemple de Sosias de Thrace, 
qui avait loué 1.000 esclaves à Nicias, et voici le tableau de ses 
dépenses pour une année : 



11) Xénophon, Revenus, IV. 

(2) Hypéride, fragm, 165 (édit. Didol.) 

(3; Mémoires de l'Académie des Inscriptions, VI, 1822. 



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ORGANISATION DU TRAVAIL ET MAIN-D'fEUVRE 107 

10 Pour 1.000 esclaves à une obole. 360.000 ob. 60.000 dr. 
2® Pertes causées par les maladies et 

les morts 50.000 8.350 

3® Achat des combustibles, des outils. 

Entretieu général. Impôt de25 p. ^ 

des dépenses 200.000 333.50 

40 Nourriture d'entretien à une obole 

par jour et par esclave. ... 360.000 60.000 

970.000 ob. 162.000 dr. 

Le deuxième et le troisième chapitre des dépenses reposent 
l'un et l'autre sur des calculs chimériques. Letronne évalue à 
3 p. % du capital la perte causée par les maladies et les morts dans 
des lieux si malsains. Aucun indice ne nous permet d'adopter ce 
chiffre : il n'y a pas à en tenir compte. Et, quant à compter 
25 p. % de toutes les dépenses, pour faire face à la redevance 
annuelle, à l'achat des combustibles, à celui des substances 
nécessaires pour l'afTinage et Tentretien des outils et des ate- 
liers, il va de soi que ce calcul est purement imaginaire. Il faut 
nous résigner à ne pas connaître avec une telle précision le pas- 
sif de Sosias de Thrace. Pour ce qui est de la nourriture des 
esclaves, nous sommes mieux renseignés, et ne compter de 
ce chef qu'une obole par jour et par personne, c'est rester en 
dessous de la vérité. Voici, en effet, des données qui ne nous 
permettent pas d'hésiter. Les comptes de dépenses du temple de 
Délos (1) nous fournissent les chiffres suivants : 

En 300. Un esclave reçoit par an pour 

sa nourriture . . . . 120 dr. soit 2 ob. par jour. 

269 180 » )) 3 » » » 

248. (Année intercalaire) . . 130 » » 2 » » » 

201 120 » » 2 » » » 

179 120 » » 2 » » )) 

De plus, en 179, nous savons que l'esclave reçoit de 15 à 25 oboles 
pour l'habillement. Mais ce dernier chiffre est trop incertain, et 
il vaut mieux ne pas le considérer. Les deux oboles de nourriture 
représentent le prix de roj^wvtov et du blé ou de la farine d'orge. 
Nous savons que la ration journalière de l'ouvrier et sans doute 
aussi de l'esclave était d'un chénice et demi de blé par jour ou 

(1) Homolle, BulL Corr. Heli., XIV, pp. 480-483. 



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108 LES MINES DU LAURION DANS L'ANTIQUITÉ 

de trois chénices de farine d'orge (1). L'ofojviov était payé à 
raison d'une obole par jour et par tête. Reste donc une obole 
(0,16 centimes) pour le blé ou l'orge. Sans doute la valeur du 
chénice de blé a varié du V« au 11I« siècle. Mais si l'on prend les 
chiffres du cours du blé qui nous sont à peu près connus, à la fin 
du V® siècle et au commencement du 111®, on verra que le chénice 
1/2 de blé n'a varié que de onze centimes à seize centimes (2). Il 
résulte de là qu'il faut majorer les chiffres de Letronne de près 
de deux oboles par jour pour se rapprocher de la vérité. 

Nous ne devons pas d'ailleurs nous dissimuler que ces chiffres 
n'ont qu'une valeur très relative, et l'on ne saurait répondre que 
les choses se passaient exactement de même à Athènes au V^ et 
au 1V« siècles, et à Délos cent ans plus tard. Cependant, ils nous 
permettent tout au moins d'apprécier le bon marché remar- 
quable de la main-d'œuvre. Chaque esclave coûte au conces- 
sionnaire une obole de location; deux oboles de nourriture; et, 
si nous ajoutons deux oboles pour l'entretien et l'amortisse- 
ment (nous sommes certes en-dessus de la vérité), nous arrivons 
au total de cinq oboles par jour, soit 80 centimes de notre 
monnaie. Je suis d'ailleurs convaincu que ia moyenne dans une 
grande exploitation était loin d'être aussi élevée, pour cette 
raison que la nourriture des enfants, des vieillards, des femmes 
coûtait moins cher que celle des adultes. Cependant en conser- 
vant ce chiffre, on voit que les concessionnaires de mines et les 
chefs d'usines pouvaient aisément avoir quatre ouvriers pour un 
que l'on emploierait aujourd'hui. 

Le bon marché de la main-d'œuvre laissait donc une grande 
liberté aux industriels du Laurion : ils pouvaient occuper 
beaucoup d'esclaves sans compromettre leurs bénéfices. Leurs 
frais généraux n'étaient pas très élevés, et le revenu net de 
leurs travaux était pour eux moins éloigné du revenu brut, 
qu'il ne l'est pour les modernes. En même temps la faculté de 
disposer d'un chiffre d'hommes presque illimité a exercé une 
influence réelle sur les méthodes d'exploitation suivies par les 
anciens dans leurs travauxde mines. Quand on veut juger certains 
de leurs procédés techniques, il convient de ne pas oublier ce 
point important. Lorsque nous voyons, par exemple, les mineurs 
s'obstiner à donner à leurs galeries les dimensions les plus 

(1) Uomotle, loc. cit. 

(2) (luiraud, Propriété foncière en Grèce, pp. 559-560. 



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ORGANISATION DU TRAVAIL ET MAIN-D'ŒUVRE 109 

exiguës, nous sommes tentés de les accuser de maladresse ou 
d'inexpérience. Que o'ont-ils creusé, dira-t-on, des galeries à 
grandes sections, horizontales, assez larges pour permettre le 
transport par roulage? Â la vérité, s'ils n'ont pas agi de la sorte, 
c'est qu'ils trouvaient avantage à suivre une autre méthode. En 
effet, le concessionnaire, qui n'avait que quelques années devant 
lui pour exploiter son lot, avait tout intérêt à atteindre le plus 
vite possible les gisements qui devaient l'enrichir. Une galerie 
étroite l'y menait en trois mois, alors qu'une galerie plus large 
aurait demandé six ou huit mois à ses ouvriers. C'eût été, à son 
avis, perdre un temps précieux à un ouvrage inutile ; mieux 
valait exploiter trois mois plus tôt un amas de belle galène, et 
faire les frais de dix porteurs de plus, que d'y arriver trois mois 
plus tard et de faire la maigre économie de dix esclaves. La 
main-d'œuvre ne coûtait pas assez, pour qu'on se préoccupât de 
l'épargner par des procédés plus parfaits. Telle est, je crois, une 
des raisons qui firent adopter par les mineurs du Laurion le 
type de la galerie étroite. Pour le même motif, ils ont toujours 
manœuvré à bras leurs meules de broyage ; pour le même motif, 
ils n'ont commencé qu'assez tarda installer des treuils d'extrac- 
tion à l'orifice de leurs puits. C'est ainsi que Tabondance de la 
main d'œuvre, fournie à si bon compte par l'esclavage, a nui 
dans une certaine mesure, non pas au rendement des mines, 
mais aux progrès des méthodes d'exploitation. 



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CHAPITRE VI 



PRODUITS ET COMMERCE DU LAURION 



Les produits fabriqués au Laurioo se divisent en deux classes 
distinctes: d'une part, Vargent et le plomb, d'autre part, des 
substances diverses employées en médecine et dans les arts 
industriels , telles que la cadmie et la spodos , Vocre et le 
minhim. Toutes ces marchandises d'inégale valeur constituèrent 
le fonds d'un commerce d'exportation, qui n'a pas été sans 
influence sur le développement économique d'Athènes. 



L'argent, au sortir des fours de coupellation, était coulé dans 
des moules de formes variées. Les lingots portaient primiti- 
vement le nom d' ôêeXwxoi, ôSeXoi (1). C'étaient alors des barres, 
plus étroites d'un bout que de l'autre (2). C'est sous cette forme 
que l'argent fut mis, à l'origine, en circulation, et l'on sait que 
Pheidon d'Argos, après avoir frappé les premières monnaies 
grecques, avait consacré des opeXoù; dans le temple d'Héra. On 



(1) \r\s\oie, fragment 481 (Ed. Rose, Leipzig, 1886); Etym. Magnum, au 
mot *OêeXi<Txoç : tt^oîto; oè TtàvTOJv <ï>£{8tov 'ApysToç w6\t.i(T\t.0L exo^cv cv 
Aly^vT) xal 8ta8oùç to v<^{jLi(r(jLa xal àvaXàptov toùç o^slifTxouç àvéÔYjxe ev 
TTi ''Aoyei "Hpa. Voir Pollux, IX, 83. Cf. Hullsch, Griechische und Romisehe 
Métrologie, p. 133, (2« édiUon); Brandis, Munz-Massund Getcichlssystem Vor- 
derasiens, p. 133, 1. 

(2) Scbliemann a retrouvé, à Troie, des barres d'argent en forme de lame de 
ciseau, qui pesaient de 171 à 174 grammes. Voir Scbliemann, llios, pp. 591-593. 
Trois de ces barres sont représentées dans Touvrage de Scbucbbordt, Schlie- 
mann's Ausgrabungen, p. 82, fig. 45-47. 



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PRODUITS ET COMMERCE DU LAURION 111 

trouve aussi le mot AeXcp(ç (1) employé pour désigner un lingot 
qui rappelait sans doute vaguement la forme du dauphin : c'est 
l'équivalent de notre expression française « saumon ». Le plus 
souvent, les gâteaux d'argent s'appelaient simplement yyxs.oL'^oL (2) : 
c'est le morceau de métal obtenu par fusion et sans forme déter- ' 
minée. Quant aux dimensions et au poids (3) de ces lingots, nous 
n'en pouvons rien dire. Il est probable que les moules de terre 
cuite ou de marbre, où ils étaient coulés, avaient une capacité 
déterminée et contenaient un poids de métal connu d'avance. On 
essayait les lingots provenant d'une môme fusion pour en déter- 
miner le titre, et chaque série était accompagnée d'un échantillon 
d'essai (BoxtjjLstov) (4). Cet essai se faisait soit au feu, soit à la 
pierre de touche : au feu, les couleurs du métal en fusion déce- 
laient les alliages; au frottement, la nuance de l'empreinte révé- 
lait aussi la présence des corps étrangers. Théophraste prétend 
même que, par cette dernière méthode, un orfèvre habile pouvait 
apprécier la quantité d'alliage contenue dans une pièce de 
monnaie (5). Ainsi préparé et éprouvé, le métal était mis en vente 
et quittait le Laurion. 

L'argent avait un double emploi : il servait au monnayage et à 
la fabrication d'objets précieux. 

Comme métal monétaire, l'argent du Laurion avait à Athènes 
un débit considérable. Il est clair que l'État n'allait pas acheter 
à l'étranger le métal que lui fournissaient en abondance les 
mines de l'Attique, et l'on peut affirmer que, dès lorigine, 
toutes les monnaies d'Athènes furent frappées avec de l'argent du 
pays. 11 était d'usage courant de désigner les drachmes d'Athènes 



(1) AeX(p(ç, dans une inscripUon de Délos : Bull, Corr. Bell., XIV, 1890, 
p. 403. Cf. HomoUe, ibid.^ XV, 1891, p. 128. 

(i) HomoUe, BuU, Corr. BelL, VI, 1892. p. 134. C. I. Grœciœ Septen- 
trionalis, I, 303. 1. 102. 

(3) M. Daubrée (Revue Archéologique, XVII, 1868, p. 299), parle de gâteaux 
d'argent trouvés en Espagne dans les mines antiques, mais ne donne aucun 
détail à ce sujet. A ma connaissance, on n*en a pas encore découvert au 
Laorion. 

(4) Tliéophraste, Pierres, VII, 45-47 (éd. Wimmer). Pollux, III, 86. BuU. 
Corr. Hell , XIV, 1890, p. 404 ; VI, 1882, p. 134 : pacraviCeiv, Boxifià^eiv, 
Soxi{jLa(r(a, àpYupiov Bôxi^iiOv. 

(5) Théophraste, loc. cit. : "UcTe tôv xatx^^aXxov ypuorbv xal apvupov 
YvwpiÇeiv xal Tidaov eEç xbv ffTarrjpa [i.é[i.txTai. 



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112 LES MINES DU LAURION DANS L'aNTIQUITÉ 

SOUS le nom de a chouettes lauriotiques », ^Xauxeç Xaupicorixat (1), 
ce qui oe veut pas dire qu'on les frappait au Laurion, mais 
seulement qu'elles étaient faites avec le métal lauriotique (2) 11 
suit de là que la prospérité des mines était liée à celle de la 
politique et du commerce d'Athènes. Quand la Cité exerçait son 
hégémonie sur la Grèce et quand son commerce était florissant, 
on peut être sûr que le Laurion jouissait d'une grande activité. 
Les mines devaient alors subvenir aux besoins de la frappe 
monétaire, qui augmentait en même temps que Tinfluence et les 
relations d'Athènes (3). Au contraire, lorsque la République fut 
déchue de son rôle politique et commercial, les travaux se ralen- 
tirent et finirent par s'arrêter. Outre la clientèle d'Athènes, le 
Laurion eut aussi celle de la plupart des villes grecques, qui 
venaient s'y approvisionner du métal nécessaire à l'émission de 
leur propre monnaie. Lorsque les mines de Thasos et de Siphnos 
eurent cessé, au commencement du V* siècle, de faire concur- 
rence à celles de l'Attique (4), celles-ci restèrent pendant près de 
deux siècles la source principale de tout l'argent qui circulait en 
Grèce. 11 fallut de grands changements dans le monde hellénique 
pour leur ravir ce monopole. 

A Athènes, l'argent destiné à la frappe des monnaies était porté 
dans l'atelier public, appelé ipYupoxoTueTov (5), situé près d'une 
chapelle dédiée au héros Stéphanophoros, et placé, à la fin de 
la République, sous la surveillance du stratège lirl ta 5irXa (6) : 
c'était l'hôtel des monnaies. Avant la frappe, le métal précieux 
subissait, comme nous l'avons vu, un dernier affinage (7). 11 était 
ensuite coulé dans des moules de la grandeur voulue pour 
obtenir le flan des différentes pièces. Le poids de chaque flan 

(1) Aristophane, Oiseaux, 1106 : FXauxeç 6[iaç outcot' eiriXe^^ouffi Xauptu)- 
Ttxa(. Scholies d'Arislophaae, Chevaliers, 1091. Cf. Suidas, au mot EXauÇ 
T^TttTai ; Hésychius. 

(2) Boeckh, Laur. Silb,, p. 109. 

(3) Cf. Th. Reioach. Revue des Études grecques, 188S, p. 176. 

(4) V. plus loin, Ch. Vil. 

(5) Scholies d'Aristophane, Guêpes^ 1007, to àpYupeîov to Birifiôaiov ; Har- 
pocration, au mot 'ApYupoxoTretov : « 'Avti^oSv ev Tui icpbç NixoxXéa OTtou 
xoiTTETai TO v(JfjLi(r[i.a. ''Ovuv <T7)[jiavTY5pi(JvTiv£ç xaXoîîffiv. » PoUux, VII, 103; 
Aristote, Problèmes, p. 936 b, 23 et suiv. 

(6) CIA, 11,476; Ci, BoeclLh, Staatshaushaltung der Àthener, II, p. 324- 
325. Th. Relnach, Revue des Étv4es grecques, 1888, p. 172. Lenormant, La 
Monnaie dans Vantiquité, III. p. 237 etsulv. 

(7) Voir plus haut, p. 85. 



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PRODUITS ET COMMERCE DU LAURION il3 

était légèrement supérieur à celui de rémission définitive, et 
par suite, on était obligé de rogner chaque pièce : les parcelles 
recueillies étaient remises à la fonte. Enfin le flan était livré au 
marteau du monnoyer qui y frappait les empreintes convenables 
(x6irceTai to v6[j(,i<r{jLa) (1). C'est le soin apporté à ces trois manipu- 
lations qui donnaient aux pièces de monnaie d'Athènes la 
finesse de titre, le poids el les types, qui leur ont valu, dans 
l'antiquité, une si belle réputation. 

La finesse de titre, en particulier, est très remarquable : les 
fondeurs de ràpYupoxoirecov étaient passés maîtres dans leur art. 
Un tétradrachme ancien a donné 986 millièmes de fin et un 
autre 983 (2). Les monnaies de frappe plus récente ne con- 
tiennent que 966 millièmes d'argent (3). Celles enfin qui datent 
des derniers temps du monnayage autonome d'Athènes n'ont 
plus que 919 millièmes (4) d'argent. Il semble donc que les 
Athéniens aient augmenté de plus en plus la proportion de 
l'alliage, à partir du V^ siècle. Je crois pourtant qu'il n'y a rien 
là qui soit le fait d'une volonté bien arrêtée. En efiet, il est à 
remarquer que les alliages, de quelque époque que soient les 
pièces analysées, ne se composent jamais que de cuivre et d*or. 
L'absence complète de plomb dans les monnaies des dernières 
séries, prouve donc que, même au premier siècle, on procédait 
avec soin à la seconde coupellation. Le cuivre et Torse retrouvent 
partout, mais n'ont pas été ajoutés à l'argent par la main des fon- 
deurs : ils s'y trouvent naturellement, car telle est la composi- 
tion du minerai d'argent au Laurion (5). Ces deux métaux n'ont 
pas pu disparaître totalement, même des meilleures monnaies, 
parce que l'opération à la coupelle ne peut rien contre eux. Une 



(1) HarpocraUon, au mot 'ApYupoxemetov. Hérodote, III, 56 ; Aristophane, 
Guêpes, 723 ; Aristole, Economiques, p. 1349 a, 2, 20. 

(2) Hullscb, Grieckische und Rbmxsche Métrologie, p. 233 (2« éd.). 

(3) ma., p. 234. 

(4) Ihid., p. 233. Ce chiffre est exceptionnel. Les tétradracbmes d'ArisUon- 
Philon frappés vers 88 av. J.-C. ont U24 millièmes de fin alors que les bonnes 
séries en comportent 978. Mais j'ai choisi le Utre le plus bas que J'ai pu 
trouver, comme le moins favorable à mon hypothèse. Cf. Th. Reinach, Revue 
des Études grecques^ 1888, p. 173; Barclay V. Head. Catalogue of Greek 
Coins, Attica, p. XLVII. 

(5) C'est un fait constaté partout que l'argent contient toujours une petite 
quantité d*or. Il en est de même au Laurium. Voir De Launay, Traité des 
gisements métallifères, II, p. 729. Cambrésy, Laurion, p. 74; Blûmner, 
Technologie der Gewerbe und Kiinste, IV, p. 151, note 3. 



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114 LES MINES DU LAURION DANS L* ANTIQUITÉ 

preuve de ce fait, c'est que Tor reste toujours dans une propor- 
tion constante, de 2 millièmes environ; et ce n'est qu'un hasard 
qui fait que cette valeur d'or compense dans les monnaies de la 
2^ série les 32 millièmes d'alliage pauvre qui l'accompagnent. 
Quant au cuivre, de 32 millièmes dans les tétradrachmes de la 
t série, il passe dans ceux de la troisième, à 78 millièmes. Faut-il 
croire que les fondeurs, à cette époque, aient ajouté du cuivre ? 
C'est peu probable, et le fait peut s'expliquer sans cela. Il est 
fort possible, en effet, qu'après plusieurs siècles d'exploitation, 
les mineurs du Laurion aient été obligés de recourir à des 
minerais moins purs que ceux qu'on trouvait précédemment ; ou 
bien, par la décadence même de l'industrie minière, le premier 
traitement métallurgique des minerais n'était plus exécuté avec 
le même soin qu'auparavant ; dès lors, le plomb d'œuvre conte- 
nait une plus forte proportion de cuivre qui, à la coupellation, 
demeurait avec l'argent. On ne voit pas, en effet, pourquoi les 
Athéniens, pour abaisser le titre de leur monnaie, auraient 
commencé par éliminer complètement le plomb pour ajouter 
ensuite le cuivre : il eût été plus simple et plus économique de 
laisser l'argent dans l'état imparfait de la première coupellation. 
Il est donc naturel de penser que la présence en quantité crois- 
sante d'un alliage dans Tangent monnayé d'Athènes, à mesure 
qu'on se rapproche de l'ère chrétienne, est due plutôt à la déca- 
dence des travaux métallurgiques du Laurion, qu'au désir de 
réaliser un bénéfice sur le métal précieux (1). Aux pires raomeots 
de leur histoire, dans les embarras financiers les plus graves, 
les Athéniens ont battu monnaie avec de Tor, avec du cui- 
vre (2). On ne nous dit jamais qu'ils aient altéré leur monnaie 
d'argent. 

Aussi de tout temps dans le monde grec, les monnaies 
d'Athènes ont-elles fait prime sur les marchés. Aristophane 
déclare qu'elles sont considérées comme les meilleures de 
toutes (3). Xéoophon indique clairement qu'elles ont cours à 
l'étranger : a Au Pirée, dit-il, on peut faire tous les échanges 



(1) Huitsch, Griechische und Romische Métrologie, p. 234, est du même 
avis, mais sans donner de raison. 

(t) ScboUes d'Arlstoptiane, Grenouiites, vers 720 (éd. Didot, p. 296) Cf. 
Babelon, La Monnaie d'or d'Athènes, Revue des Etudes grecques, 1889, 
p. 124-148 Barclay V. Head, Catalogue of (ireek Coins, Attica, p. XXVI-XXX. 

(3) Aristophane, Grenouilles, 720-726 : KaAX{9T0iç à^xvT<i>v, ok Soxeî, 
vop.i(r[jLâTu>v. 



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PRODUITS ET COMMERCE DU LAURION 115 

» possibles d'objets utiles, et si Ton ne veut pas de cargaison, 
» on peut emporter de l'argent, excellente marchandise : car où 
» qu'on le vende, les bénéfices dépassent les avances (1). » Plus 
tard encore, quand les Romains exigèrent des contributions de 
guerre des cités helléniques, ils eurent bien soin de spécifier 
qu'elles seront payées en argent attique et du ''meilleur (2). 
Lorsque, à l'époque macédonienne, Athènes cessa pendant un 
temps de battre monnaie, des peuples étrangers, qui étaient 
habitués aux chouettes du Laurion, ne crurent pouvoir mieux 
faire, pour subvenir à leurs besoins, que d'imiter la monnaie 
d'Athènes (3). 

Si tel a été le succès universel et constant de cette fameuse 
monnaie, Athènes a dû mettre en circulation une masse 
considérable d'argent. Nous ne pouvons pas l'évaluer exac- 
tement, mais certains renseignements nous permettent d'en 
estimer l'importance. Thucydide (4) rapporte qu'avant la 
guerre du Péloponèse il n'y avait pas moins de 9,700 talents 
(58 millions de francs) d'argent monnayé en réserve à l'Acropole; 
quelque temps auparavant, il y en avait eu jusqu'à 10,000. Il est 
tout naturel de penser qu'il y en avait autant en circulation 
dans le commerce, jsinon plus, après l'ère de grandeur politique 
et de prospérité commerciale qu'Athènes venait de traverser. 
D'ailleurs, la constitution des fonds de réserve favorise toujours 
la vente du métal, puisqu'il faut, par de nouvelles émissions 
d'espèces, compenser les sommes immobilisées, sous peine de 
gêner le commerce. Il appartenait au Laurion de satisfaire à 
toutes ces demandes ; et c'est ainsi que la prospérité du com- 
merce et celle des mines étaient étroitement liées entre elles. 

L'argent produit au Laurion n'était pas uniquement destiné au 
monnayage. Une bonne part en était vendu à l'industrie privée, 
qui l'employait de mille manières. Ce débouché avait son impor- 
tance, et était même la seule ressource des métallurgistes, quand 

(1) Xéoophon, Revenus, III, 2: 'AXXà ultiv xaî toïç ejjL7c6pot; ev p-èv xaïç 
xXeiaTŒiç TÛv TtoXewv àvTtcpooTiÇeffôa^ ti avdtYXTj, vouL^dfiLaffi yàp où ;^07j<ri(ioiç 
IÇo) ;^p(ÔvTaf Iv 8e tatç 'AÔYjvatç 7cXeT<rra [i.£v lort avTeSàvciv aiv av SecuvTai 
àv6pa)^oi, T^v Se (iTi poùXcovxai àvTi©opT(Çe(yôai, xaî ol apyùpiov l^aYOVTeç 
xaXïiv ejJLiroptav eÇàyouaiv. ''Oirou yap av TrwXwctv aùro, iravTaj^ou TcXeïov 
Tou oL^yaiou Xa^Jiêctvoudiv. 

(2) Polybe, XXI, 32, 8 ; 45. 19. 

(3) Barclay V. Head, Catalogue of Greek Coins, Àttica, p. XXXI-XXXIII. 

(4) Thucydide. II. 13. 



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116 LES MINES DU LAURION DANS l' ANTIQUITÉ 

les ateliers monétaires d'Athènes venaient à chômer, comme il 
arriva à la fin du IV* siècle. Le monde grec consomma, sous forme 
d'objets d'art, statues, vases, bijoux, armes, meubles, une 
quantité considérable d'argent, et l'on est particulièrement 
frappé de ce fait quand on parcourt les inventaires des trésors 
sacrés qui nous sont parvenus. Thucydide dit que l'argent et 
l'or, non monnayés, employés pour les offrandes publiques et 
particulières, avec les vases sacrés, servant dans les pompes et 
jeux publics, qui étaient à l'Acropole, ne valaient pas moins de 
50 talents (1), et que les autres temples renfermaient aussi des 
richesses considérables. Dans un inventaire du trésor d'Athèna, 
de 418-417, je relève 163 phiales d'argent d'un poids total de 
16653 drachmes, sans compter d'autres objets en argent d'un 
poids total de 13 228 drachmes (2). Vers 180 avant J.-C, dans le 
seul temple d'Apollon à Délos, il n'y avait pas moins de 1600 
phiales, la plupart d'argent,d'un poids moyen de 100 drachmes (3). 
Sans doute, rien ne prouve que cette quantité d'argent pro- 
venait uniquement des mines de l'Attique, mais il y en avait 
certainement une partie, et sans doute la plus forte, puisque le 
Laurion resta pendant deux siècles la source presque unique 
de tout l'argent qui circulait dans le monde grec, et nous pou- 
vons juger par ces chiffres de l'importante somme de métal 
qui était ainsi absorbée par les trésors sacrés. 

Les particuliers en consommaient aussi d'assez fortes quan- 
tités pour la fabrication des vaisselles et des meubles. Les 
àpYupa>[jt.aTa sont fréquemment mentionnés dans les auteurs (4). 
Démosthène reproche à Midias d'avoir une selle d'argent (5). Lui- 
même avait reçu en héritage des vases de même métal (6). Lysias 
se plaint d'avoir été dépouillé, entre autres objets précieux, de 
quatre coupes d'argent (7). Le riche Anitos a sa table garnie de 



(1) Thucydide, II, 13. 

(2) CIA, l 125. 

(3) Bull, Corr. Bell. y XV, p. 166; M. Homolle esUnoe que les offraodes 
et le matériel du culte, en argent, avaient en 279 une valeur de 127000 drachmes : 
Bull. Corr. HelL VI, p. 109 et suiv. 

(4) Strabon. XIII, 1, 67. Athénée, V, p. 202 F. ; p. 210 E; VI, p. 230 F. ; XII, 
p. 540, B, ... etc. 

(5) Démosthène, XX I, i::3. 

(6) Démosthène, XXVll, 10 et 13. 

(7) Lysias, contre Eratoêthène, 11 . 



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PRODUITS ET COMMERCE DD LAURION il7 

vaisselle d'argeDt (1). Quand les AthénieDs mettent à la voile pour 
l'expédition de Sicile, c'est dans des vases d'argent qu'ils font 
leurs libations (2). A partir de l'époque macédonienne, le goût 
des objets précieux alla en se développant. Les auteurs de la 
moyenne et de la nouvelle comédie y font des allusions très fré- 
quentes (3). On peut donc penser que les producteurs du Laurion 
trouvèrent de ce côté des débouchés pour le métal qu'ils fabri- 
quaient, même lorsque, à la suite des conquêtes d'Alexandre, il 
devint plus abondant en Grèce. Il ne semble pas d'ailleurs que, 
même à la fin du IV* siècle, il ait rien perdu de sa valeur. Si vers 
438, la valeur de l'argent en regard de celle de l'or est dans le 
rapport de 14 à 1 (4), elle s'est au contraire relevée, entre 320 
et 298, et se trouvait dans le rapport de 10 à i (5). Comme le 
remarque déjà Xénophon, vers 355, l'or devenant commun (6) 
perd de sa valeur et fait hausser le prix de l'argent. Il faut donc 
croire que si l'industrie du Laurion périclita, comme nous le 
verrons, à partir du III* siècle, cette décadence tint beaucoup 
plutôt à des événements politiques qu'à des raisons purement 
commerciales. 

L'importance capitale de l'argent a fait oublier que les mines 
du Laurion produisaient aussi du plomb. Le nom n'en est cité 
qu'une seule fois dans les auteurs. Il est cependant hors de 
doute que la valeur marchande n'en était pas méprisable et 
qu'Athènes était le principal marché de ce métal dans le monde 
grec. Elle en avait à sa disposition des masses considérables, 
300 fois plus que d'argent, puisque 3 kilogrammes d'argent sup- 



(1) Plutarque, Vie d'Àlcibiade, 4. 

{t) Thucydide, VI, 32. Cf. Daremberg et Saglio, Dict. des Antiquitéf, I, 
p. 409. 

(3) Alexis, fragm. 2 et 59 ; Diphilos, fr. 45, 19, 66; Ménaadre, fr. U, 141, 475 ; 
ÂpoUodoros Gelous, fr. 3 ; Philippidès, fr. 9, 27. 3 ', dans les Comicnrnm 
ÀUicorum fragmenta, tomes II et III (édit. Kock). 

(4) Bull. Cnrr, BelL, 1889, p. 172. 

(5) Th. Reinacb, Revue numismatique, 1893, p. 18. — Vers 250, à Délos, 
l'argent se maintient à 10 pour 1 : Bull. Corr, Heli, XV, p. 165. 

(6) Xénophon, Revenus, IV, 10. Je crois que ce texte à lui seul suffirait à 
enlever toute valeur à Thistoriette contée par Douris de Samos, et qui nous est 
rapportée par Athénée, VI, p. 231 B. PhUippe de Macédoine avait l'habitude de 
placer sous son oreiller une coupe d'or de 50 drachmes. Douris tire de là la 
conclusion que Tor et l'argent étaient très rares à cette époque. Or, dès le temps 
d'Alexandre I"*, flis d*Amyntas, les mines de Macédoine rapportaient déjà un 
talent par Jour : Hérodote, V, 17. 



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118 LES MINES DU LAURION DANS L'ANTIQUITÉ 

posent la coupellation d'environ 1000 kilogrammes de plomb. 
Les litharges provenant de cette opération étaient, nous l'avons 
vu (1), transformées en plomb marchand, et celui-ci entrait dans 
le commerce sous forme de saumons (fig. 25), où chaque fabricant 
58 ^ imprimait sa mar- 
que particulière. Ces 
saumons pesaient 
environ 15 kilo- 
grammes. 

Le prix du plomb 
à Athènes nous est 
connu au V« et au 
^-•'* "^ IVe siècles. D'après 

^''«- ^' les comptes de cons 

truction du temple d'Athèna Poliade (2), en 408, le plomb se 
vendait 5 drachmes le talent de commerce (36.150 gr.). soit 
environ 13 centimes le kilogramme. Suivant une inscription 
de 359, il ne valait plus que 2 drachmes 4 oboles le talent, soit 
un peu plus de 7 centimes le kilogramme (3). Cette dernière 
donnée s'accorde assez exactement avec celle d'un texte des 
Economiques d'Aristote (4), où il est dit qu'un Athénien, 
nommé Pythoclès, et il s'agit sans doute ici du personnage 
contemporain de Démosthène, conseilla à ses concitoyens 
d'acheter tout le plomb qu'ils pourraient trouver à 2 drachmes 
pour le revendre ensuite au prix de 6 dracimes (5). D'après cette 
évaluation, le plomb serait tombé au prix de 5 centimes le 
kilogramme. La différence entre les prix de 408 et les prix du 
temps de Démosthène s'explique aisément si Ion songe qu'en 
408 le Laurion était certainement dans une période de crise. 



(1) V. plus haut, p. 87 

(t) eu, I, 324, fragm. C. col- II, /. 38,-41 : 2 talents à 10 drachmes. 

(3) eu. Il, 834 b, coMI, /40. 

(4) Aristote, Economiques, p. 1353 a, 15 : IIuôoxXtiç 'AÔTivaioç 'AÔTjvatoiç 
auveêouXeuae tov [i<iXu68ov tov ix twv Aaup(wv 7capaXa[Jt.ëàv6iv ^apà twv 
l8ta)To>v T7JV 7c6Xtv, oî(r7cep eTroiXouv, Biopa^jxov, eîra Tx^avTaç auToùç 
TifXTjV éïa8pày[xou outo) TccoXeîv. Susemihl acce ite la correctioo tov èx twv 
Aauptwv, proposée par Boeckh,au lieu de ex toîv Tupiu)v. Cf. Boeckh, Laur. 
Silb., p. d5 tt suiv. 

(5) Boeckh, Staalthamhallung, I, p. 4i (éd. Fraenkel) est d'avis qu*il est 
question de Pythoclès, contemporain de Démosthène. Cf. Démosthène^ XVIII, 
285; XIX, 225, 314. On trouve aussi à la même époque mentionné dans les 
inscriptions un nuôoxX-fjç Souvteuç : CU, II, 172 ; 808 c, /. 94 ; 809 d, L 232. 



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PRODUITS BT COMMERCE DU LAURlOll 119 

après la défection des esclaves en 413 et les désastres de la 
guerre du Péloponèse (1). Les Spartiates occupaient toujours 
Décélie, et les mines étaient sans doute obligées de chômer. Je 
crois donc que les prix du IV* siècle représentent assez exacte- 
ment le cours normal du plomb à Athèoes : il est clair qu'il 
fallait que le métal fût très abondant pour être à si bon marché. 
D'autre part, le projet de Pythoclès nous montre qu'Athènes 
était le grand marché du plomb et qu'elle aurait pu, si telles 
avaient été ses habitudes en matière de commerce» établir à 
son profit le monopole de ce métal. Rien n'indique que la pro- 
position ait été acceptée. 

Le plomb était travaillé par des ouvriers spéciaux ((ioXu68o- 
/oeTv) (2) et servant à mille usages divers, a dû être consommé 
en grande quantité. La plus importante de ces applications 
était sans contredit le scellement des pierres d'édifices. Le fait 
que les Grecs ne se servaient pas de ciment et de mortier rendait 
nécessaire remploi de crampons de fer scellés au plomb ((i.oXu68ov 
Tceptycat) (3), qui reliaient entre eux les dalles de pavage, les tam- 
bours de colonne et, en général, toutes les pierres à grand appa- 
reil des édifices publics (4). Toutes les constructions de l'Acropole 
ont demandé une grande quantité de plomb. Les remparts du 
Pirée étaient ajustés de la même manière (5). Les tuyaux de con- 
duite deaux étaient aussi faits en plomb (6). On en retrouve 
à Délos par exemple, des fragments considérables encore en 
place, qui, dans les maisons de l'Ile, amenaient les eaux des 
toits dans les citernes ou dans les égouts des rues. En 
résumé, les Grecs, grands constructeurs, ont été amenés à 
dépenser des masses considérables de ce métal, et le Laurion 
pouvait satisfaire à toutes leurs demandes. Il faut ajouter 
que mille objets divers étaient faits aussi du même métal, que 
l'on a découvert dans les fouilles ou que l'on trouve mentionnés 



(1) La remarque est de M. Fraenkel (Boeckb, Staatshaush. d, Àth. Il, p. S. 
Anm., no66). 

(2) Pollux, VII, 108 : MoXuêBoxofiïv tov [lôXuêSov k^yil^ec^on. Cf. CIA II. 
834 b,col. Il, 1. 40. 

(3) CIA. IV. 1064, h, 1. 21, 29, 43, 106 ; 1054, c, l. 13. 

(4) CIA, 1. 319, 1. 4 . MôXuSSoç T(jj àvôé[xa> x.<x\ TOtç ôecrfiotç twv X(ô(t)v tou 

(5) Thucydide, I. 93. Cf. Hérodote, I. 186. Ai6oi (n5T,p(i> xal [ioXû6ûa> 
Scoefiévoi. 

(6) CordeUa, Laurion, p. 106. 



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120 LES MINÉS DU LAURION DANS l'aNTIQUITÉ 

dans les textes : vases, boites à onguents, lampes, poids, haltères, 
jetons d'entrée dans les théâtres, ancres de bateaux, crayons 
pour tracer des lignes (1), tout cela en absorbait encore de 
grandes quantités. Les fouets et les lanières, dont on battait 
les esclaves, avaient des grains de plomb à leur extrémité. 
Les machines de guerre et les balles des frondeurs en usaient 
également (2). On remployait aussi à des usages moins hon- 
nêtes : les pièces fourrées en plomb n'ont pas été rares dans 
l'antiquité (3), et nous savons qu'on vendait souvent comme 
argent ou comme or des objets de plomb recouverts d'une 
feuille mince de métal précieux. Cependant, quel que soit le 
nombre des usages auxquels le plomb pouvait servir, j'ima- 
gine que le Laurion en produisait encore plus qu'il n'était 
nécessaire. On a souvent retrouvé sur l'emplacement des ateliers 
antiques des masses abondantes de litharge, et c'est la preuve 
que les anciens n'étaient pas obligés, pour subvenir aux besoins 
du commerce, d'eu revivifier la totalité. Il y avait surabondance 
de métal et c'est ce qui nous explique le vil prix du plomb dans 
l'antiquité. 

Tels étaient les deux métaux essentiels que les Athéniens 
retiraient de leurs mines. On s'est posé la question de savoir 
s'il n'était pas possible, maintenant que les exploitations antiques 
du Laurion sont explorées et bien connues, d'évaluer la somme 
totale de plomb et d'argent que les Athéniens en avaient retirée 
au cours de leurs travaux. Il semble que si l'on connaissait par 
exemple la teneur moyenne des minerais traités par eux et la 
masse des scories qu'ils ont laissées sur le sol, « on pourrait 
» arriver par là à un calcul approximatif de la quantité d'argent 
» que les mines ont produite dans l'antiquité (4) )). C'est par une 
semblable méthode que M. Cordella, ancien directeur delà Com- 
pagnie Hellénique du Laurion, a cru pouvoir fixer à 100 francs 



(1) Théophraste, Odeurs, iX, 41 (édlt. W^lmmer); Aristophane, Nuées, 1065 et 
Schoiies: Cratinos, fr. 180. 181. dans Fragm. corn, Gr. (éd. Didot); Diodore, 
V. 36, 3; Catulle, XXII, 9. Cf. Dumont, De plumbeis apudGraecos Tes»eris\ 
CordeUa, Laurion, p. 105-107; Blûmner, Technologie dei' Gewerbe und Kûnste, 
IV, p. 374 et sq. Pernice, Griechische Gewichte, p. 5 et sq. (Berlin, 18W). 

(2) Xénophon, Anabase, III, 3, 17. 

(3) Hérodote, UU 56. 

(4) Rangabé, Laurion, p. 47. 



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PRODUITS ET COMMERCE DU LAURION 121 

près les bénéfices réalisés par les Athéniens (1). « En trois siècles, 
)) dit-il, avec 15,000 esclaves, les anciens ont extrait environ 
» 2.100.084 tonnes de plomb argentifère, d'une valeur de 
» 4.171.378.600 drachmes ». Je me hâte de dire que je n'accorde 
aucune confiance à de pareils calculs qui n'ont qu'une fausse 
précision. Tout d'abord, nous ne connaissons pas la masse totale 
des scories abandonnées par les anciens. J'en vois fixer le poids 
à un million et demi de tonnes : qui peut dire qu'on ne fera pas 
encore de nouvelles découvertes, et qu'il ne faudra pas aug- 
menter ce nombre? On a retrouvé en mer, au sud du cap Sounion., 
des amas de litharge et de scories antiques ; rien ne prouve que 
les anciens ne se soient pas ainsi débarrassés d'une bonne part 
des scories qui encombraient leurs ateliers. En second lieu, 
comment savoir la teneur des minerais que les métallurgistes 
passaient au four? Il est clair qu'un minerai à 75 p. Vo de plomb 
laissera, après fusion, moins de résidus qu'un minerai à 30 p. Vo. 
Or, nous ignorons complètement si le minerai, enrichi par la 
préparation mécanique, avait 30, 35 ou 40 Vo de métal utile. De 
plus, un autre élément nous échappe : nous ne sommes pas 
suffisamment renseignés sur la nature et la disposition des 
fours dont on se servait, pour apprécier les pertes de métal dues 
aux fumées (2) : une opération plus ou moins bien conduite peut 
faire varier ces pertes dans des proportions sensiblement diffé- 
rentes. Enfin, à supposer que l'on arrive jamais à fixer la somme 
de plomb d'œuvre obtenu par les anciens, il serait bien témé- 
raire d'en déterminer la valeur. Quelle était la teneur de ce 
plomb d'œuvre en argent? C'est ici surtout qu'il faut se méfier 
des moyennes. On ne saurait en conséquence admettre des 
calculs de cette espèce. Nous nous rendons parfaitement compte, 
en constatant l'immensité des travaux anciens, de la masse 
énorme de minerais qu'ils ont extraits, mais il est chimérique 
de vouloir la fixer en chiffres. Au surplus, supposons que nous 
arrivions à un résultat quelconque : on ne pourrait jamais que le 
considérer en bloc, et il serait vain de vouloir estimer le produit 
annuel des mines, le seul qui nous intéresserait pour certaines 
époques. Il nous serait enfin impossible de dire exactement la 

(1) Ces chiffres ont été donnés une première fois dans le livre de M. Cordella : 
La Grèce sous le rapport géologique et minéralogique, p. 109 (Paris. 1878). 
L'aateur les cite à nouveau comme diOnitivement exacts dans un article sur les 
antiquités du Laurion : MiUheiL Arch. Inst. von Àlfierif XIX, 4894, p. 238. 

(2) Voir plus haut, p. 80. 



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122 LES MINES DU LAURION DANS L' ANTIQUITÉ 

part qui en revenait à TEtat. Il faut donc se résigner à ne jamais 
connaître la valeur des métaux que les Athéniens ont retirés du 
Laurion. 

En même temps que le plomb et Targent, on fabriquait ou on 
recueillait au Laurion un certain nombre de substances, sur 
lesquelles nous manquons de renseignements précis. Tout 
d'abord, les fours de fusion et de coupellation fournissaient à 
la médecine antique des matières employées dans la composition 
de certains remèdes. Telle était la litbarge (1), dont une variété 
portait le nom de lauriotis ou lauritis et comptait parmi les 
meilleures. La cadmie et la spodos étaient également recher- 
chées pour la préparation des médicaments, dont Dioscoride 
et Pline nous ont laissé les formules (2). Il en est de même pour 
le molybdène (3) (sulfate ou carbonate de plomb). Mais il est 
probable que ces produits spicondaires des mines d'argent 
n'étaient utilisés qu'en petites quantités, et n'avaient par suite 
qu'un débit assez restreint. 

Il en était autrement de deux matières colorantes, le cinabre 
et l'ocre, qui étaient très usitées dans la peinture antique. Le 
cinabre, to xiwàêapt des Grecs et de Théophraste (4), n'était point 
le sulfure rouge de mercure, mais l'oxyde rouge de plomb, bien 
connu sous le nom de minium. On en fabriqua au Laurion, à 
partir de la fin du Y^ siècle, selon le procédé découvert par 
l'Athénien Callias. sous Tarchontat de Praxiboulos (5). Cet indus 
triel avait remarqué dans sa mine un sable dont l'éclat trompeur 
rappelait la poudre d'or. Il le recueillit et le traita par une série 
de broyages et de lavages. Mais en dépit de ses efforts, il n'obtint 



(1) Dioscoride, Matières médicales, V. 102 {Medicorum Graecorum opéra, 
t. XXV, édit. Kûhn) » Pline, XXXIII, 6,106. Pline traduit le XM^yu^oç des 
Grecs par rexpresslon Spuma argenti qui correspond exactement à l'idée que 
les anciens se faisaient de la litbarge. Voir plus haut, p. 88. 

(2) Voir la note 2 de la page 88. 

(3) Pline, XXXIV, 18,173. 

(4) Pline, XXXIII, 7^115 : aGraeci minium vocant cinnabarim. » Cf. Blûmner, 
Tech, der Gew. und Kiinste^ IV, p. 98. 

(5) Théophraste, Pierres, VIII, 59 : KaTaSet^ai 8é (pacri xal eupeTv tyjV 
èoyaciav KaXXiav Ttvà 'AÔTjvaTov ex twv àpYupeicov, Sç otdjjLevoç l;(^etv t-/jv 
à[ji.[xov j^puaiov Sià to Xa[X7cuptCeiv e7rpaY[i.aT£u6TO xoà auvéXcYsv. 'Etcsi 
8*'/i<jôeT0 ô'xt oùx e/si, to 8è ty|ç à[X[jt.ou xàXXoç I6au[ia(e 8ià ttjv xp<^^» 
ouTOiç IttI T7JV ipyaffiav tiXôê TauTirjv. Où TuaXaibv S'ecrrlv iXXà Tcepl 6T7| 
[XQcXiffT* 6V£vr|X0VTa eîç àpj^ovTa IXpa^têouXov 'AÔTQVTjcri. Cf. Pline» XXXIII, 
7,113. Voir Cambrésy, Laurion, p. 37-38. 



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PRODUITS ST OOMMBRGE DU LAURION 123 

jamais qu'une terre de très belle couleur, qui n était autre que 
le minium ou cinabre des Grocs. 

Le sil attique (1) était universellement réputé comme le meil- 
leur de tous les produits analogues. C'était de l'ocre. On voit 
encore au Laurion les bancs d'ocre ferrugineux qui fournis- 
saient aux Athéniens la fameuse couleur, n Dans la mine de 
Sakiri, on trouve des travaux très étendus circulant, sans raison 
apparente, dans un minerai ocreux, contenant 50 o/o de fer, que 
les anciens ne pouvaient utiliser dans leurs fonderies pour en 
retirer le peu de plomb qu'il contenait. On ne relève même 
pas dans les environs de cette exploitation les traces habituelles 
des ateliers de fusion, c'est-à-dire les tas des scories et des débris 
des fours. La pauvreté des minerais que l'on y constate a dû être 
pour les anciens un obstacle insurmontable à la fusion, de 
même que la composition essentiellement ocreuse ou ferrugi- 
neuse. Selon nous, ces travaux représentent une mine de sil 
attique, qui n'était qu'une ocre mélangée à un peu de céruse » (2). 

On s'en servait en peinture pour exprimer les clairs : Poly- 
gnote et Micon ont les premiers, au dire de Pline, employé le sil 
dans la peinture, mais seulement le sil attique (3). On en tirait 
aussi des couleurs jaunes (4). 

Enfin, Pline nous cite encore au nombre des douze espèces 
d'émeraudes connues des anciens, celles de Thoricos. « Au 
soleil, *elles sont claires et limpides, mais elles ne sont pas 
vertes. Ces défauts sont sensibles surtout dans les émeraudes de 
l'Attique. On les trouve dans les mines d'argent, dans un lieu 
nommé Thoricos. Elles sont toujours moins grasses et sont plus 
belles de loin que de près; elles ont surtout le plomb, c'est-à- 
dire qu'au soleil elles ont une apparence plombée. Une parti- 
cularité remarquable, c'est que quelques-unes vieillissent, per- 
dent peu à peu leur teinte verte, et s'altèrent au soleil (5) ». 
J'imagine que ces prétendues émeraudes n'étaient que des perles 
d'adamine, ou bien étaient taillées dans de petits mamelons de 



(1) Théophrasle, Pierres, VIII, 51-57; Dio?coride, V, 108; Pline, XXXIII, 
12,158: « OpUmum SU ex eo quod vocalar altlcum. » Vitpuve, VU, 7 : a Sil, 
quod graece ô>}^pa dicitur, sed quae fueralopUma attica. » 

(2) Cambrésy, Laurion, p. 39-40, p. 75. 

(3) Pline, loc. cit.\ 

(4) Pline, XXXV, 7,50. 

(5) Pline, XXXVII, 5,70. Cf Théophrasle, Pierres, IV, 25. 



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124 LES MINES DU L\URION DANS l'aNTIQDITÉ 

malachite (1) ; ces deux espèces minérales sont très fréquentes 
au Laurion. 



Ces divers produits constituaient les marchandises d'exporta- 
tion du Laurion. En retour, la région des mines devait acheter 
tout ce qui était nécessaire à Talimentation d'une nombreuse 
population ouvrière, et aussi Thuile, le bois et le charbon dont 
on avait besoin pour la marche des travaux de mines et de métal- 
lurgie. Pour le blé et l'orge, on s'approvisionnait sur le marché 
d'Athènes, et on peut estimer qu'au temps de la prospérité du 
Laurion, la consommation de blé n'atteignait pas moins de 72.0(X) 
hectolitres (2). L'huile était nécessaire pour la nourriture des 
esclaves, mais surtout pour l'éclairage de la mine. Chaque homme 
avait sa lampe, et comme le travail ne s'arrêtait ni jour ni nuit, on 
peut penser qu*on en consommait une assez forte quantité. Quant 
au bois, il est incontestable que la région des mines, à supposer 
qu'elle ait été jadis plus riche en forêts qu'elle ne l'est aujour- 
d'hui, ne pouvait suffire à alimenter tous les fours en activité (3). 
Il fallait donc en demander au dehors, et cette importation du 
bois au Laurion faisait l'objet d'un commerce lucratif. Démos- 
thène reproche à Midias d'avoir manqué à ses devoirs de citoyen 
pour aller porter des bois aux mines d'argent (4). Comme le 
boisage des galeries de mines ne consommait jamais beaucoup 
de matériaux, il est vraisemblable que Midias avait vendu un 
chargement de bois de chauffage. On le tirait sans doute des 
grandes régions forestières de la Grèce, de TEubée, de la Thes- 
salie, de la Macédoine, de la Thrace, et aussi du Péloponèse (5). 

Ainsi, l'agglomération populeuse et l'industrie du Laurion 
donnèrent lieu à un gros mouvement d'affaires, dont les cen- 
tres principaux étaient Thoricos et Sounion, et après eux 
Anaphlystos. Ces trois points étaient les meilleurs ports de 
la région minière, et il n'est guère douteux que le transport de 
toutes les matières lourdes, vendues ou achetées par les négo- 



(1) Cf. Berthelot, Origines de l'Alchimie, p. 222. 

(2) Je calcule à raison de 20.000 habitants au Laurion. Voir plus haut p. 101. 

(3) LMIe de Chypre fut déboisée par suite de Texploitation des mines de cuivre: 
Strabon, XIV. 6, 5. 

(4) Démosthène, XX!, 167 : SuXa elç xà Êpya Ta àpyupeia èxofxi^Ig. 

(5) Guiraud, Propriété foncière en Grèce, p. oOi r>05. 



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PRODUITS BT COMMERCE DU LAUHION 125 

ciants du Laurion, métaux, blés ou bois, ne se soit toujours fait 
par voie de mer. 

Les produits des mines étaient une des ressources essentielles 
du commerce d'Athènes. On sait que TAttique ne suffisait pas à 
nourrir ses habitants : les Athéniens étaient donc tenus d'acheter 
à l'étranger une très grande quantité de blé, qu'ils payaient soit 
en argent, soit en objets manufacturés. Le Laurion faisait préci- 
sément d'Athèoes le plus important marché d'argent et de plomb 
du monde grec. Métal monnayé, métal en barres, métal travaillé 
sous mille formes, substances pharmaceutiques, matières colo- 
rantes, étaient autant de marchandises sûres de trouver preneur. 
Avec les poteries et les armes, c'étaient là les principaux pro- 
duits de l'industrie nationale et les meilleurs éléments du com- 
merce d'exportation. Athènes ne pouvait être un grand pays 
agricole ; si elle a été un grand centre d'industrie et de négoce, 
elle le doit pour une bonne part aux mines du Laurion. 



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SECONDE PARTIE 



CHAPITRE VII 



HISTOIRE DES MINES DU LAURION 



Origines 

Les mines du Laurion n'apparaissent dans l'histoire d'Athènes 
qu'au commencement du V* siècle, et ce n'est qu'à cette époque, 
au dire des historiens de l'antiquité, que les revenus qu'on en tira 
firent, pour la première fois, bonne Ogure dans le budget de la 
République (1). Il ne faut point croire cependant que la décou- 
verte des gisements ne remonte pas au-delà. Sur ce point nous 
avons un témoignage formel, celui de Xénophon. » Que ces mines, 
dit-il, aient été exploitées dès une haute antiquité, c'est ce que tout 
le monde sait, et nul n'essaie même de dire depuis quand on y a 
mis la main (2) ». Il est évident que si les richesses minérales 
du Laurion n'avaient été mises au jour que dans les premières 
années du V® siècle, Xénophon, qui écrivait moin^e 450 ans 
après, n*aurait pas ignoré la date d'un événement si important 
pour son pays. Au contraire, il s'étonne qu'il n'y ait ni légendes, 
ni traditions qui se rapportent aux origines de l'exploitation, et 
n'en voit d'autre motif que l'ancienneté même du travail. U 
convient, pour d'autres raisons, d'ajouter foi à sa parole, et l'on 
peut s'expliquer pourquoi les mines du Laurion, dont la décou- 

(!) Héro4lote, Vn, 144; Aristote, Constitution (TAthènest, 47. 

(2) Xénophon, Reoenns, IV, 2 : Oùxouv ôrt aev Trdtvu TraXaià cvepY* ^^^ 



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PREMIÈRES EXPLOITATIONS 127 

verte remonte à une époque reculée, n*ont acquis qu'assez 
tard une notoriété, que d'autres mines possédaient déjà depuis 
longtemps. 

La région fut habitée de très bonne heure, comme le reste 
de l'Attique et de la Grèce, par cette mystérieuse population 
que les anciens désignaient sous le nom de Pélasges, et à 
laquelle la science moderne attribue la civilisation dite Mycé- 
nienne. Voilà un premier point acquis aujourd'hui par des décou- 
vertes récentes. On a trouvé, en 1890, sur le pic de Thoricos, des 
édifices et des tombes qui ne laissent aucun doute à ce sujet. 
L'une de ces tombes, avec couloir et coupole, rappelle, par 
son plan et sa construction, les monuments de la ville haute à 
Mycènes. Les vases et les objets divers en or, en plomb, en 
ivoire et en pierre, qui y furent recueillis, confirment cette 
manière de voir, et nous avons là une preuve matérielle qu'à la 
seconde époque de la civilisation Mycénienne, des Pélasges 
étaient établis sur le bord de la baie de Thoricos (1). Plus loin 
dans le Sud, j'ai retrouvé dans le haut de la vallée Botzaris, un 
fragment de mur polygonal, dont l'appareil est le même que celui 
du rempart pélasgique de TAcropole (2). J'ajouterai que dans les 
environs immédiats de cette ruine, sur une plate forme recouverte 
depuis par les alluvions, on peut relever les vestiges de cons- 
tructions plus considérables (8g. 26) et à peu près du même âge. 
Ce n'est pas qu'il puisse venir à l'esprit de comparer ces restes 
modestes aux monuments grandioses de Mycènes et de Tyrinthe. 
A coup sûr, les chefs et les tribus, qui occupèrent le Laurion, 
n'avaient point la puissance ni le nombre des seigneurs et des 
peuples de l'Argolide, mais ils n*en étaient pas moins de la 
même race, et vivaient à la môme époque. Or, on se demande, 
à la vue de cette contrée aride, de ces pentes ou de ces plateaux 
stériles, où une chétive végétation naturelle lutte pour vivre, ce 
qui pouvait y attirer cette population. Sans doute, les troupeaux 
des bergers primitifs trouvaient là, comme ceux des Vlaques de 
nos jours, de maigres pâturages,des ea;^aTta{ qui n'avaient d'autre 
valeur que leur étendue. Cela suffit-il à expliquer la présence 

(1) Staîs, dans les IIpaxTixx de la Société Archéologique d'Athènes, 1893 
(parus en 1S95), p. 12-17. M Staîs affirme (p. 15) même qu'il a retrouvé sur 
le sommet de la colline les ruines d'édifices plus anciens encore que les édifices 
Mycéniens. Voir aussi du même auteur, dans r'E^7|[jt.eplç 'Ap;^aioXoYix7] de 
1^5, pp. 221-234, une beconde étude sur les ruineR de Tborlcon. 

(2) Voir ûg. 21. 



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128 LES MINES DV LAURION DANS L*ANTIQUITË 

de deux groupes au moins de Pélasges dans un pays peu propice 
à une occupation permanente? 

De même, si Ton ne considère que les ressources agricoles de 
la région, il y a quelque difficulté à comprendre que les Phéni- 
ciens s*y soient établis, sinon à demeure, du moins passagèrement, 
pour y faire le commerce.De cette venue des peuples navigateurs 
au Laurion, les preuves, sans doute moins positives que celles 
que les Pélasges ont laissées derrière eux, sont encore assez 
fortes pour qu'on y puisse ajouter foi. A quelques lieues à peine 



Fig. 26. 

dans le Nord, se trouve Marathon (1), dont le nom est celui de 
tant d'autres établissements phéniciens ; plus près encore, c'est 
Brauron, où Ton adorait Artémis Brauronia, culte dont l'ori- 
gine phénicienne n'est point contestée (2). Sur le rivage occiden- 
tal, à deux kilomètres des collines lauriotiques, à l'entrée du 
golfe Saint-Nicolas, se dresse l'île Éléoussa, où l'on place une 
Astypalée dont la fondation remonterait aux Phéniciens (3). 
Au Sud, le dème de Sounion avait pour héros patronymique 
Sounios, père de Siphnos (4). Or, Siphnos, dont Tétymologie 

(1) V. Bérard, De Voriginedes Cultes Arcadiens, p. 18; Annales de Géogra- 
phie, 15 luiUet 1895, p. 419. 

(2) Bérard, loc, cit., p. 132. 

13) Bérard, Annales de Géographie, 15 avril 1895, p. 281-282. 

(4) Stéphane de Byzaace : oltzo Sicpvou tou Souvfou. Cf. Bérard, ibid. p. 2S4. 



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PREMIÈRES EXPLOITATIONS 129 

sémitique est admise, avait vu ses mines d'argent exploitées dès 
le début par les Phéniciens (1) ; ce lien de parenté mythologique 
entre Siphnos et Sounios ne semble-t-il pas indiquer qu'au 
Sounion aussi les mômes hommes s'étaient établis? Enfin, « si la 
légende d'Hélène sur les côtes de Laconie rappelle le souvenir 
d'un temps où l'île de Cranaé, avec son temple d'Aphrodite, était 
un entrepôt où les Phéniciens cachaient les femmes enlevées 
avec les autres produits de leurs trafics et de leurs rapines (2), )> 
n'en pouvons- nous pas dire autant de l'Ile d'Hélène (aujourd'hui 
Makronisi), située à deux milles de la côte orientale du Laurion ? 
C'est dans cette lie que les anciens faisaient passer Pâjris et 
Hélène dans leur fuite rapide loin de Lacédémone (3). D'après 
ces indices, il semble difficile de ne pas admettre que les 
Phéniciens, au temps où leurs navires sillonnaient tous les para- 
ges de la mer Egée, débarquèrent sur les rivages du Laurion. 

Si les Phéniciens s'étaient ainsi établis au Nord et au Sud, à 
l'Est et à rOuest du Laurion, ce n'était pas sans doute pour tra- 
fiquer d'objets quelconques avec les indigènes. Cette partie de 
l'Attique ne saurait défrayer un commerce de quelque importance 
avec les rares et médiocres produits de ses champs ou de ses 
pâturages. Quelques sacs d'orge, quelques douzaines de chèvres 
ou de moutons ne pouvaient suffire à alimenter des marchés 
aussi nombreux et aussi rapprochés les uns des autres. Il faut 
donc supposer que les Phéniciens avaient quelque raison parti- 
culière de multiplier leurs comptoirs sur un si petit espace. 

J'aurais quelque peine à imaginer que les hommes qui décou- 
vrirent ou connurent toutes les mines du monde méditerranéen, 
des rives du Pont au détroit de Gadès (4), aient laissé échapper 
celles du Laurion,si voisines du rivage et sur un passage aussi fré- 
quenté de tous les marins qui naviguent dans l'Archipel. Pareille 
négligence serait incroyable de la part de gens si avisés et si 
âpres au gain, qui surent garder si longtemps le monopole 
du commerce des métaux. Voyez-les à l'œuvre en Espagne. On 
raconte qu'en dépit des masses considérables d'argent natif que 
la nature semblait â plaisir étaler sous les yeux des Celtibères, 
ceux-ci en ignoraient la valeur. Les Phéniciens, à leur arrivée 



(1) H. Lewy, Die semisiiche Fremdwôrter im GriechUchen, p. 147. 

(2) Curtius, Histoire Grecque^ 1, p. 17 (traduct. Bouché- Leciercq). 

(3) StrtboD, IX, 1, 22. 

(4) Meyer, Geschichle des AUerthums, 1, p. 232-235, 339. 



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130 LB8 MINES DU LAURION DANS l'aNTIQUITÉ 

dans le pays, firent leur profit de cette heureuse ignorance, et ils 
achetèrent à un prix dérisoire des quantités considérables du pré- 
cieux métal. Ce trafic dura longtemps, et Diodore, qui nous rap- 
porte cette histoire (1), y voit le point de départ de la richesse et 
de la puissance phénicienne. Mais, à si bonne école, les Celtibères 
ne manquèrent pas d'apprendre le prix de l'argent, et se mirent 
à l'exploiter en forme et régulièrement. Il semble que les faits 
viennent confirmer le récit de l'historien. On a retrouvé dans la 
région d'Huelva, les traces d'une exploitation très primitive de 
l'âge de la pierre polie (2). Dans les lits des scories anciennes, 
an dessous de la couche romaine datée par des médailles, on 
retrouve la couche carthaginoise, qui repose elle-même sur un 
fond plus ancien, où l'on a découvert des outils de pierre polie. 
Ailleurs, les Phéniciens travaillent de leurs mains. Dans l'Ile de 
Thasos, au dire des anciens, ils furent les premiers qui mirent 
en exploitation les mines d'or qu'elle renfermait. « Les mines 
phéniciennes sont dans l'île même, entre les lieux qu'on appelle 
Ainyros et Koinyras.vis-à-vis Samothrace: c'est une haute mon- 
tagne bouleversée par les fouilles (3). » De là, ils passèrent dans le 
continent, fondèrent un comptoir à Galepsos, et tirèrent du 
Pangée des métaux précieux. Ainsi en Espagne, ils apprennent 
aux habitants la valeur des métaux et la méthode pour les trai- 
ter ; à Thasos, ils exploitent directement les gisements aurifères. 

Pourquoi leLaurion aurait-il échappé à leurs investigations? 
De la mer même, la présence des gisements métallifères cachés 
dans les flancs des collines devait frapper leur œil expérimenté: 
elle se trahit trop visiblement par les tons rougeâtres qui tein- 
tent les lignes d'affleurement des contacts, partout où elles appa- 
raissent. Il se peut aussi que les Phéniciens aient trouvé entre 
les mains des indigènes du pays, des fragments de minerais ou 
même de métaux qui attirèrent leur attention sur le voisinage 
des mines. Mais à coup sûr, il serait très surprenant qu'ils ne 
les eussent point connues. 

Maintenant, qu'ils aient, comme à Thasos, découvert eux- 



(1) Diodore, V, 35. Le récit de l*historien, bien qu'entaché de détails fantai- 
sistes, a un fond de vérité fort intéressant. La méthode commerciale des Phéni- 
ciens y est décrite avec précision et beaucoup de vraisemblance. 

(2) De Launay, Annales des mines, Vlll* série, t. XVI. p. 428. 

(3) Hérodote, II, 44, VI. 46-47 ; Cf. Pausanias, V, 25. Conze, Reise aufd, Ins, 
d. Thrakischen ÊÊeeres, p. 29-30. 



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PREMIÈRES EXPLOITATIONS 131 

mêmes les gisements du Laurion, ou qu'ils aient, comme en 
Espagne, profité du labeur des premiers habitants, c'est ce que 
l'on ne saurait décider (1). L'examen des travaux de mines nous 
a montré les traces d'une exploitation très primitive et très gros- 
sière : les fossés, les trous et les cavernes qui sillonnent les col- 
lines Lauriotiques sur toute la longueur du versant oriental, 
nous apparaissent comme l'œuvre de mineurs très ignorants et 
très inhabiles. A n'en pas douter, il y faut reconnaître la main 
d'ouvriers qui ne connaissaient ni la nature des minerais, ni 
les méthodes d'une exploitation quelque peu savaute. Mais rien 
ne nous indique que ces tentatives maladroites de la première 
heure soient dues aux Pélasges ou aux Phéniciens. Nous ne 
pouvons pas ici, comme on l'a fait en Espagne, étudier les 
couches superposées des scories antiques; un pareil examen 
n'aurait aucune valeur, puisque nous savons de source certaine 
que ces scories ont été reprises et refondues par les anciens eux- 
mêmes (2). Je n'ai point entendu dire qu'on ait jamais trouvé 
sur un point quelconque du pays des instruments de pierre 
analogues à ceux d'Espagne. Enfin, la science des mines 
antiques n'est point assez avancée pour qu'on puisse de l'examen 
des travaux tirer des conclusions aussi précises. Ce qu'on peut 
affirmer, c'est que les travaux de cette première période sont 
fort anciens, et que la longue série des travaux ultérieurs oblige 
à les reculer très loin dans le passé. Et si l'on admet que les 
Phéniciens ont dû passer au Laurion, il n'y a pas de raison pour 
nier que cette exploitation primitive ne soit contemporaine de 
leur séjour dans le pays. Si chère qu'ait été dans la suite aux 
Athéniens la tradition de leur autochtonie et l'originalité de leur 
civilisation, il est très probable que leurs ancêtres ont appris 
des étrangers l'art des mines et de la métallurgie, comme ils en 
avaient reçu des cultes et des divinités. 

C'est aux Phéniciens de préférence que j'attribuerais sinon 
la découverte, au moins la première utilisation des mines 
du Laurion. Il semble, par tout ce que nous savons d'eux, qu'ils 
soient désignés pour cette œuvre, beaucoup mieux que les 
marins Cretois, Ioniens et Lyciens qui débarquèrent après eux 
sur la côte orientale de TAttique (3). Ces étrangers, dont nous 



(1; Meyer, Gesch, des Aller thums, II, p. 156. 

(2) Slrabon, IX. 1, 22. 

(3) MûUer, Dorier, 1, p. 230. 



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132 LES MINES DU LAURION DANS L'aNTIQUITÉ 

ne connaissons guère Thistoire, s'établirent-ils plus ou moins 
longtemps dans ces parages, et prirent-ils la succession commer- 
ciale et industrielle de leurs devanciers? Nous Tignorons, et 
pour de longs siècles, tout ce que l'on peut dire du Laurion, 
c'est qu'il ne fut point abandonné. Parmi les douze villes qui se 
partageaient l'Âttique avant le <( synoecisme » de Thésée, on 
relève le nom de Thoricos (1); cette occupation permanente de 
la région des mines permet de supposer que la seule richesse 
véritable du pays ne tomba pas dans l'oubli. Après la constitu- 
tion de l'Etat Athénien, il en fut sans doute de même, et l'exploi- 
tation du Laurion se poursuivit lentement, pauvrement, sans 
donner encore les brillants résultats qui devaient plus tard en 
établir la renommée parmi les Grecs. 



11 n'y a pas à s'étonner que les anciens ne disent rien de ces 
obscurs commencements du Laurion, alors qu'ils nous font 
connaître ceux des mines de Thasos ou d'Ibérie. Il est clair 
qu'ils n'ont conservé de souvenir que des mines qui, par l'abon- 
dance de leur production en ces siècles lointains, avaient frappé 
leur imagination. Que les poèmes homériques relatent le nom 
de la ville d'Halybé, « qui donne naissance à l'argent (2) m et ne 
fassent pas mention du Laurion, je ne vois rien là de surprenant, 
si, comme le donne à penser une heureuse hypothèse, il s'agit 
ici des mines d'Espagne (3). Pendant longtemps, le Laurion ne 
pouvait pas non plus lutter de richesse avec les mines de Lydie, 
qu'Hérodote considère comme TEldorado de sou temps (4), ni 
même avec celles de Thasos ou de Siphnos qui, au VI® siècle, 
étaient en plein développement (5). 

Il y avait d'ailleurs de cette infériorité momentanée des mines 
attiques une raison positive qui nous explique le silence des 
anciens à leur sujet. La disposition des gisements est telle que 
les plus riches ne sont pas ceux qui pouvaient être atteints les 
premiers. La règle au Laurion, à de très rares exceptions près, 

(1) StraboD, IX, 1, 20. Cf. Kuhn, Ueberdie Entstehung der StadU der AUen, 
p. 1®. 

(2) Iliade, II, 857 : Tr,Xô6ev kl 'AXiiê-rj;, oôev 7.^y6^orj 6<rri yevéOXTj. 

(3) Sur celte interpréUoD du texte homérique, v. Th. Reioach, Revue celtique^ 
XV, 1894 p. 209-215. 

(4) Hérodote, VII, 28. 

(5) Hérodote, II, 44 ; III, 57-58 ; VI, 46. 



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PREMIÈRES EXPLOITATIONS 133 

est que les gisements du premier contact, c'est-à-dire les plus 
apparents et les moins profonds, sont beaucoup plus pauvres 
que ceux du troisième. Songeons que les amas les plus abon- 
dants gisaient au cœur même de la région minière, sous une 
couche de terrain dont Tépaisseur dépasse en certains points 
100 mètres, bien plus, qu'ils étaient dissimulés sous une série de 
strates dont la succession et le nombre ne pouvaient être déter- 
minés qu'à la longue, par des observations multipliées. Il fallut 
donc des siècles de recherches et d*efforts pour en soupçonner 
l'existence et en atteindre le niveau. Ce que les Phéniciens ou 
les Pélasges connurent et exploitèrent de ces mines, et ce qui 
après eux défraya le travail des mineurs jusqu'à la fîn du VI® 
sièclç, ce sont les minerais du premier contact, minerais très 
mélangés, très impurs et à faible teneur d'argent. Les travaux 
que nous avons classés d'après leur aspect technique dans 
la première et dans la seconde période de Texploitation , 
n'ont certainement pas fourni une masse considérable de métal 
précieux, d'autant plus que la métallurgie du plomb et de l'argent 
ne devait pas encore avoir atteint une grande perfection. La pro- 
duction des mines attiques pendant les premiers siècles ne jeta 
donc pas dans la circulation une quantité d'argent qui pût riva- 
liser avec les riches revenus des mines d'Asie ou d'Espagne. 
Dans ces conditions, on s'explique le silence que les anciens ont 
gardé sur le Laurion, peu connu en dehors du cercle étroit des 
populations qui Texploitaient. Qui donc aujourd'hui, sinon les 
spécialistes, cite comme mines d'argent celles de Chalanche, dans 
risère, ou celles de Konsberg en Norwège? Ces noms ont ils la 
notoriété du Mexique ou du Nevada? 

Il y a plus : non seulement le Laurion n'eut point la renommée 
de Thasos ou de Siphnos, mais encore la rivalité de ces mines 
gêna le développement des mines attiques. Une infériorité écono- 
mique vint s'ajouter à la pauvreté première de ces gisements. A 
Thasos, les mines découvertes et exploitées par les Phéniciens, 
furent reprises par les Pariens qui vinrent s'établir dans l'île à 
la fin du VIIl® siècle (I). On considère comme un témoignage 
de la prospérité de l'île aux Vil* et VI« siècles, la foule de 
monnaies antiques que l'on retrouve si nombreuses dans toute 
la Thrace (2). De même Siphnos, dès le VI« siècle, retirait de ses 

(1) Hérodote, II, 44 : VI. 46 ; Strabon. X, 5, 7 ; Pausanias, X, 28. VoirG. Ferrot, 
Mém. sur Thasos, p. 12. 
(i) Perrot, Ibid., p. 21. 



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134 LES MINES DU LAURION DANS L'aNTIQUITÉ 

mines d'or et d'argent de tels bénéfices, que ses habitants éle- 
vèrent à Delphes un magnifique trésor avec la dtme de leurs 
revenus. Cette richesse leur attira môme vers 524 une mauvaise 
affaire : des flibustiers samiens leur imposèrent une amende de 
100 talents (1). 

Ces deux tles furent donc, pendant deux siècles environ, les 
actives pourvoyeuses du monde grec en argent ; d'autre part, 
le commerce très prospère des cités Ioniennes, d'Egine, de 
Corinthe, de Chalcis» allaient en chercher dans des parages plus 
lointains. C'est ce qui nous explique la préférence que les 
villes grecques,presque dès les débuts de leur monnayage,mani- 
f estèrent pour l'argent. Mais en môme temps, cette redoutable 
concurrence ne pouvait que nuire au Laurion, dont la production 
plus lente, plus coûteuse, le mettait vis à-vis de ses rivales dans 
une infériorité marquée. De même de nos jours, l'énorme pro- 
duction des mines des Etats-Unis déprécie l'argent, et, sans 
parler des autres inconvénients de cet afflux de métal précieux, 
gène ou arrête la marche des mines moins favorisées. Pour ces 
raisons, il est aisé de comprendre que les mines de l'Attique 
n'aient livré qu'assez tard les richesses qu'elles recelaient, et 
Ton peut dire que ce relard fut heureux pour Athènes, qui y 
trouva, à une époque critique, des ressources inespérées. 

Je crois cependant qu'en dépit de ces difficultés à la fois maté- 
rielles et économiques, le Laurion, vers la fin du VI« siècle, 
entra dans une période d'activité jusqu'alors inconnue. Diverses 
raisons nous le donnent à penser. D'abord, il est impossible que 
l'emploi de plus en plus répandu de la monnaie d'argent n'ait 
pas exercé à la fin une heureuse influence sur le développement 
de l'industrie minière en Attique. Si, avant les réformes de Solon, 
Athènes laissa circuler chez elle les monnaies d'Egine à étalon 
d'argent, et, après cette date, des monnaies d'Eubée, d'argent ou 
d'électrum, il n'en est pas moins probable que Solon fît frapper 
des monnaies nationales (2), et plus tard Hippias, le dernier 

(1) Hérodote, IH, 57-58. 

(2) Voir sur cette question controversée des premières monnaies à Athènes, 
Gilbert, Neue Jarbiicher f. Philologie und Paedagogik^ 1896, pp. 5*^7-544. 
Diverses opinions ont été soutenues par Barclay V. Head, Greek coins, Attica^ 
p. XV etsuiv. — Friize,Zeitsch. Num, von Salût, 1895, p. 142 et suiv.— Hulstch, 
GriechiscUe und Rômische Métrologie, p. 220. — Imboof-Blùmer, MonaUb, d. 
Berl. Akad., 1881, p. 656. Voir E. Meyer, GescMchtedesAlterlhums^ (I, p. 651. 



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PREMIÈRES EXPLOITATIONS 135 

des Pisistratides, introduisit de nouveaux types dans le mon- 
nayage d'Athènes. Pour ce monnayage ofliciel et national, l'Etat 
devait, au VI« siècle, se procurer aux meilleures conditions pos- 
sibles le métal nécessaire à la frappe. Si abondant qu'il fût dans 
le commerce, si productives qu'aient été pendant le VI* siècle 
les mines de Thasos et de Siphnos, Athènes n'en devait pas 
moins l'acheter aux prix et cours reçus en Grèce à cette 
époque, si elle ne pouvait pas se le procurer autrement. Dans 
ces conditions, le Laurion devait acquérir une valeur nouvelle, 
et attirer fattention de tous les citoyens. Il y avait désormais un 
intérêt tout particulier à pousser l'exploitation des mines avec 
ardeur, puisque l'on avait sous la main le métal que l'on était 
jusque-là obligé d'acheter à des étrangers, et dont l'importance 
augmentait chaque jour avec le développement du commerce et 
de l'industrie. L'usage de la monnaie d'Etat ne put manquer de 
favoriser la recherche des gisements argentifères. 

Il semble qu'on trouve dans les textes anciens la trace de 
l'importance nouvelleprise par lesminesdu Laurion. Les anciens 
donnent eu eflet à entendre qu'au temps de Pisistrate les revenus 
du Laurion constituaient déjà une ressource considérable pour 
la tyrannie. Hérodote dit que Pisistrate « assura son autorité 
grâce aux mercenaires et aux sommes d'argent qu'il tirait soit 
de l'A ttique, soit du Strymon (1) ». Aristote rapporte aussi queie 
tyran s'était enrichi au Mont Pangée (2). On a vu dans le premier 
de ces passages une allusion aux revenus que le Laurion pouvait 
fournir à Pisistrate ; et cette hypothèse serait confirmée par 
ce fait que sous le tyran la dîme fut diminuée, au dire de Thu- 
cydide, et tomba de 10 % à 5 "/« (3). Les produits des mines, 
autant que l'accroissement des revenus du sol par suite de la 
protection accordée à l'agriculture, auraient permis ce dégrève- 
ment sans porter préjudice au trésor. A Thasos, de même, les 
habitants étaient exempts d'impôts, les revenus des mines suffi- 
sant à payer toutes les dépenses de l'Etat (4). 

11 serait cependant imprudent d'affirmer, sur d'aussi vagues 

(1) Hérodote, I, 64 : n6i<Tt<TTpaT0; IppiÇwde t'/jv Ti>pavv(8a eirixoupoKTt re 
7:oXXoTot x(xi ypYjjJiaTwv <ruv(58oi<Ti, tcov p.ev àuTÔOev^ twv S'aTrb STpujjLÔvoç 
TcorafjLOλ (xuviovraiv. 

(2) Aristote, Const. d'Athènes, 15 : nap-rjXOev et; toÙç Trepl riayYa^o^ 
TOTiouç, 56ev ;^pTr|p.aTi(jà{jt.6vo; xal aTpaTtwTa; [jii(JÔ(D(xà|Aevoç. 

(3) Thucydide, VI, U. 

(4) Hérodote, VI, 46. 



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136 LES MINES DU LAURION DANS L'aNTIQDITÉ 

indices, que le Laurioa, dans la seconde moitié du VP siècle, 
jotia le même rôle à Athènes; nous ne savons rien de tout cela 
d'une façon précise, et tout ce que l'on peut avancer avec certi- 
tude, c'est que l'exploitation des mines participa aux progrès 
généraux de l'industrie et du commerce qui caractérisent à 
Athènes la fin du VI« siècle. 



II 



Grande époque du V et du IV siècles. 



II est en effet hors de doute que la prospérité des raines du 
Laurion avant les guerres .médiques, ne fut que la récompense 
de longs eflorts et le résultat des progrès décisifs précédemment 
accomplis. Poursuivant leurs laborieuses investigations, les 
mineurs avaient exploité le premier contact sur une grande éten- 
due; petit à petit, ils y avaient pénétré en profondeur et trouvé 
des gisements de plus en plus abondants. D'un autre côté, leurs 
procédés techniques se perfectionnaient ; le puits vertical ajouté 
aux galeries, devenait pour la mine un organe essentiel, et faci- 
litait les recherches nouvelles. Enfin, la connaissance des lois de 
gisements se précisait; le moment vint où l'idée qu'au-dessous du 
calcaire moyen pouvaient se rencontrer un autre schiste et ensuite 
un autre calcaire se fît jour dans les esprits. Les mineurs décou- 
vrirent ainsi les indices d'un contact nouveau, dans les districts 
de Mégala Pevka et de Berzéko. Leur curiosité une fois attirée de 
ce côté du Laurion, où leurs prédécesseurs, uniquement préoc- 
cupés de suivre des affleurements si apparents du versant orien- 
tal, n'avaient jamais soupçonné l'existence de richesses miné- 
rales, ils s'avancèrent vers le Nord, et chaque jour amena des 
trouvailles plus productives. 

Si nous croyons que ces progrès décisifs del'exploitation datent 
du temps des Pisistratides, c'est qu'à notre avis il faut attribuer 
au commencement du V« siècle la découverte des grands gise- 
ments du troisième contact, et que, par conséquent, il convient de 
placer avant cette date les travaux qui, sans doute, préparèrent 
la découverte, a Sous l'archontat de Nicomédès (484-483 av. 



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DÉCOUVERTE DES GISEMENTS DE MARONÉE 137 

J.-C), nous dit Aristote, on découvrit les mines de Maronée et 
l'Etat relira cent talents des travaux (1). » Cet événement impor- 
tant est confirmé par le témoignage d*autres auteurs, qui, sans 
être aussi précis, nous apprennent qu'avant la guerre d'Egine, 
les Athéniens tirèrent de très forts revenus du Laurion, et les 
consacrèrent, sur le conseil de Thémistocle, à la construction 
d'une flotte (2). C'est la première fois que le nom du Laurion 
apparatt dans l'histoire d'Athènes. Il convient donc de détermi- 
ner exactement la portée des renseignements qui nous sont 
fournis à ce sujet. 

Ecartons d'abord une hypothèse qui pourrait se présenter à 
l'esprit de quelques-uns et qui ne nous paraît point fondée. Je ne 
crois pas que, dans la phrase d'Aristote, le nom de lieu Maptoveta 
soit l'équivalent de Aaupiov, et qu'on puisse dire par conséquent 
que c'est en 484 que furent découvertes les mines du Laurion. 
Pour accepter cette opinion, il faudrait d'abord rejeter le témoi- 
gnage de Xénophon sur la haute antiquité de l'exploitation des 
mines (3). Est-il admissible que cet historien se soit trompé si 
gravement sur un fait de cette importance, et qu'il ait ignoré 
un événement auquel ses concitoyens attribuaient l'origine delà 
grandeur maritime d'Athènes? Si défavorable que soit le juge- 
ment qu'on puisse porter sur la moralité politique de Xénophon, 
rien ne nous autorise à lui imputer une si grossière ignorance. 
D'un autre côté, à supposer môme que l'histoire des origines du 
Laurion, telle que nous venons de l'esquisser, ne soit qu'une 
hypothèse dont il n'y ait pas à tenir compte, il est impossible 
que les mines aient produit du premier coup la masse de métal 
précieux que suppose la somme de cent talents encaissée en 484 
par le Trésor public (4). Pour quiconque a visité la contrée, 
il est invraisen^lable qu'une telle production soit le fait de 
gisements quelconques et spécialement de ceux du premier 
contact. La quantité de minerai , dont les anciens avaient 



(1) Aristote, Const. d'Athènes, 22 : «"Exei Se rptro) {xcrà xaura NtxofiT^Boi»; 
àpyovTOç, o)ç ècpxv7| rà [xÉTaXXa rà ev Mapcoveix xaî TrepieY^vETO rr, ttoXei 
TXÂavTa éxarov Ix t(ov Ipytov, TUfjLpouXeuovxwv Ttvûv tw Sv^fJico BiaveiuLadOai 
To àpY^piov, BsfjLKTToxXï^ç èxwXudcv. » 

(2) Hérodote, VII, 144. Thucydide, 1, 14. Diodore, XI, 41, 43. Polyen, I, 30, 5. 
Plutarque, Vie de Thémistocle^ 4. Cornélius Nepos, Vie de Thémistocle, 2. 

(3) Xénophon, Revenu.<, IV, 2. 

(4) Voir plus loin, p. 190. 



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138 LES MINES DU LAURION DANS L'ANTIQUITÉ 

besoin pour arriver à des recettes aussi fortes dans une seule 
année, ne se rencontre pas ailleurs que dans le troisième contact. 
On ne peut nier d'autre part, à étudier les travaux sur le terrain, 
que ceux qui ont eu pour objet Texploitation de ce troisième 
contact, ne soient les derniers en date, et Ton se rend compte 
que tous ceux qui les précédèrent ont demandé, pour leur exé- 
cution, un laps de temps considérable. Enfin, ce serait accuser 
Aristote d'une imprécision de langage dont il n'est pas coutu- 
mier, que de croire quMl ait écrit sans raison Maronée à la place 
de Laurion. Nous savons, en effet, par ailleurs, qull existait au 
Laurion un bourg qui portait ce nom ; par exemple, un Athénien, 
nommé Pantainétès, avait au dire de Déraosthène,vers 347, un ate- 
lier de 30 esclaves à Maronée ( I ). 11 faudrait admettre qu'Aristote 
prend la partie pour le tout, et désigne la région entière par le nom 
d'un village particulier : ce serait le seul exemple d'une semblable 
anomalie. Pour ces raisons, il faut entendre par « découverte 
des mines de Maronée », la découverte d'un groupe spécial de 
gisements situés à Maronée et, en conséquence, il est impossible 
de fixer à l'année 484 la date de la découverte du Laurion, qui 
est certainement d'un âge beaucoup plus reculé. 

Pouvons-nous préciser davantage et retrouver sur les lieux 
mêmes l'emplacement de Maronée? Remarquons d'abord que 
les cent talents (590.000 francs), que l'Etat recueillit sous l'ar- 
chontat de Nicomédès, semblent avoir été une aubaine inattendue 
et qui dépassait de beaucoup les revenus ordinaires d^ mines ; 
telle est du moins l'impression qui se dégage des textes. Le rap- 
prochement que fait Aristote de la mise au jour des gisements de 
Maronée et de la eomme totale des revenus en est une première 
preuve. Le fait que Thémistocle détourna ses cqncitoyens de se 
partager ce bénéfice, le donne aussi à penser : si ce n'était pas 
là une plus-value exceptionnelle, pourquoi aurait-il choisi cette 
année plutôt qu'une autre pour proposer de consacrer les revenus 
des mines à la construction des vaisseaux de guerre? Voilà donc 
une production abondante et inespérée, qui suppose l'exploi- 
tation d'amas très riches et très étendus. Or, on ne voit guère au 
Laurion, dans les travaux anciens, de gisements qui aient eu 
plus d'importance que ceux de la région de Camaréza. Il y a là, 
à la base de puits antiques très nombreux (aujourd'hui Puits 

(1) Démosthène. XXXVII, 4. 



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LES GISEMENTS DE MARONÉE 139 

Serpieri, Puits Francisque, Puits Jean-Baptiste) d'énormes vides 
creusés par les mineurs Athéniens. Ces cavités, ménagées dans 
le calcaire inférieur du troisième contact, ont des dimensions 
considérables : certaines d'entre elles pouvaient contenir, à sup- 
poser môme qu'elles n*aientpointété complètement remplies par 
la minéralisation, plus de 100.000 mètres cubes de minerai. Elles 
ont été parfaitement vidées par les anciens, qui semblent les 
avoir attaquées par différents points à la fois. Déplus, au-des- 
sus, dans ce qu'on appelle le contact subordonné, les mineurs 
ont très soigneusement exploité des veinules de galène argen- 
tifère, enclavées dans les feuillets du schiste et du calcaire 
schisteux. Encore aujourd'hui, en dépit du travail acharné 
de l'antiquité, c'est dans cette région qu'on a trouvé les 
masses de galène les plus abondantes et les plus pures. (( Dans 
» ce troisième contact, les minerais de plomb sous toutes les 
)) formes se rencontrent abondamment et sont riches en argent, 
» leur teneur s'abaissaut rarement au-dessous de 2 kilogrammes 
» à la tonne de plomb (1) ». S'il y a eu au Laurion des gisements 
capables de donner à i'improviste des revenus très considérables, 
ce sont à coup sûr ceux-là qui, par leur qualité et leur puissance, 
l'emportaient sur tous les autres. Aussi, suis je convaincu que 
c'est dans ces amas de premier ordre que débouchèrent les 
mineurs en Tan 484. Ainsi s'expliquerait l'accroissement subit 
des revenus du Laurion sous l'archontat de Nicomédès. 

Pour confirmer cette manière de voir, il n'est pas impossible 
de démontrer par les textes, que Maronée devait être située 
quelque part dans cette partie centrale de la région minière. 
Xénophon, dans les Hevenus, conseille aux Athéniens, pour arrê- 
ter en cas de guerre les incursions des ennemis, d'élever entre 
Anaphlystos et Thoricos, au milieu de l'espace qui les sépare, 
une troisième forteresse (( sur le point le plus élevé de Bésa (2). » 
Nous pouvons conclure de là que le dème de Bésa était placé 
entre les dèmes d'Anaphlystos et de Thoricos, et que la ville se 
trouvait à peu près dans le district désigné aujourd'hui sous le 
nom de Syntérini. C'est bien là en effet que se croisaient dans 
l'antiquité comme aujourd'hui les diverses routes qui parcou- 
raient le Laurion ; c'est là que se dressent les hauteurs culminan- 
tes du pays, et le choix de ce point comme forteresse était judi- 

(i) fluet, le Laurion^ dans les Mémoires de la Société des Ingénieurs 
civils, 1879, p. 745. 
(2) Xénophon, Revenus, IV, 44. 



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140 LES MINES DU LAURION DANS l' ANTIQUITÉ 

deux (1). L'aspect des lieux confirme cette identification. Sur le 
plateau, au pied du versant occidental du petit Ripari, se cache 
un vallon circulaire, qui communique aisément avec Camaréza et 
avec la région du Nord, à mi chemin exactement d'Anaphlystos 
et de Thoricos; on y relève les traces nombreuses d'édifices an- 
tiques, ruines d'ateliers, vestiges de maisons, entrées de mines, 
orifices de puits; c'était à coup sûr un centre important d'activité 
minière et métallurgique, et je ne doute pas qu'il n'y faille 
reconnaître l'emplacement de Bésa. Le dème s'étendait au 
sud, au moins jusqu'à Camaréza, comprenant ainsi les grands 
vides dont nous parlons; on a retrouvé en effet à Camaréza la 
borne d'une concession, dite 'H;pai<TTtaxov,qui appartenait, d'après 
un fragment des registres des polètes, au dème de Bésa (2). Or, 
nous savons que Maronée, que l'on désigne aussi sous le nom 
de "Eirl^paaûXXco (du nom d'un monument élevé en l'honneur d'un 
certain Thrasyllos),faisait également partie du dème de Bésa (3). 
On peut donc sans invraisemblance placer Maronée à Camaréza, 
d'autant que l'on retrouve là aussi les restes d'établissements 
métallurgiques très importants. 

Ce seraient donc les gisements si vastes et si riches de la région 
de Camaréza que l'on aurait découverts en 484. Le premier 
mineur qui s'avisa de creuser un puits en ce point du plateau 
donna à Athènes le plus beau des trésors. Si telle est la vérité, 
il faut placer, avant le commencement du V« siècle, les premiers 
travaux d'approche du troisième contact, rejeter en arrière tous 
ceux qui par leur technique sont d'une époque encore plus 
reculée et dater des guerres médiques la troisième phase de l'ex- 
ploitation, caractérisée par l'exécution accomplie des puits et 
des galeries et en même temps par une intelligente sagacité 
dans la recherche des gisements. 



A partir de cette époque, le Laurion devint une ressource 
inépuisable pour le trésor d'Athènes et entra certainement 
dans une période de brillante prospérité. Ce n'est pas que 
nous puissions apporter les preuves précises de l'activité des 

(1) Voir plus loin. p. 213. 

(2) CIA, 11. 782 6, 1. 14. 

(3) Démoslhèiie, XXXVll, 4 et 25 : Cf. HanseD, De metallis Atticis, p U. 
Eschine, 1, 101. CIA, II, 780, 1. 5. Harporration, au mot kizX 0pa<ruXXa). 



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LES MINES AU V* SIÈCLE 141 

mines pendant le cours du V* siècle, en citant le chifire de 
quelques-uns des revenus annuels ; il ne nous est pas donné de 
dire s'ils restèrent longtemps ce' qu'ils avaient été sous Tar- 
chontat de Nieomédès. Les historiens se taisent et nous ne 
retrouvons de traces du Laurion dans les textes qu'à la fin 
même du V*^ siècle, au moment où une crise redoutable va 
commencer. Mais il n'est guère douteux que les mines n'aient 
suivi l'exemple du com merce et de l'industrie, qui tirent d'Athènes 
au temps de Cimon et de Périclès la plus riche des cités grecques. 
Quand Athènes eut un puissant empire et régna sur l'Archipel, 
les mines furent à coup sûr activement exploitées, parce qu'alors 
l'argent qu'elles produisaient trouvait partout de faciles débou- 
chés. Mais d'abord, l'ardeur patriotique qui anima les Athé- 
niens après les guerres médiques, communiqua aux travaux 
de mines une grande activité. Comme le remarque un histo- 
rien, « c'était faire œuvre de patriote que d'avoir des chan- 
tiers en exploitation, depuis que de la quantité d'argent ainsi 
extraite dépendait directement la grandeur croissante de la ville 
natale » (1). Une première flotte de cent trières avait été cons- 
truite avec les cent premiers talents de 484 (2). Il est probable 
que pendant les années suivantes, les revenus des mines 
furent encore consacrés, au moins en partie, à l'augmenta- 
tion de la flotte, et cela même après la bataille de Salamine. 
Diodore mentionne, pour l'année 477, un décret qui inscrivit 
parmi les dépenses régulières, la construction de 20 trières 
par an (3). Il est vrai qu'on croit généralement à une erreur 
de date de la part de cet historien (4). A tout prendre, cepen- 
dant, il est fort possible qu'il ait raison. En effet, les grands 
armements de 480, l'évacuation de l'Attique par ordre de 
l'Aréopage, l'invasion des Perses sous Xercès, et, après la 
bataille de Salamine, le séjour de Mardonius en Grèce, et 
la seconde occupation d'Athènes en 479 arrêtèrent certai- 
nement la marche de l'exploitation au Laurion. Il ne semble 
pas, il est vrai, que les Perses soient descendus au-delà 
de la Mésogée et qu'ils aient ravagé la région des mines ; 



(1; CurUos, Biitoire grecquey II, p. 261 (trad. Bouché-Leclercq) . 

(2) Hérodote, Vil. 144; Aristote, Constitution d*Athènes, 22; PiuUrque, 
Thémistocle, 4 ; Polyen, I, 30, 6: Cornélius Nepos, Thémistocle, 2. 

(3) Diodore, XI, 43. 

(4) CurUus, Histoire Grecque, p. 261, notel (Irad. Bouché-Leclercq). 



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142 LES MINES DU LAURION DANS L'aNTIQUITÉ 

mais la vie normale, par la présence de l'ennemi dans le 
pays, était suspendue là comme ailleurs. On remarque que 
les esclaves restèrent tranquilles pendant cette guerre (1). 
Ne serait-ce pas précisément un indice que les Athéniens 
les avaient retirés des mines et emmenés peut-être avec eux à 
Salamine et à Trézène? Lorsque les Athéniens rentrèrent chez 
eux, les travaux interrompus furent repris, mais par le fait de 
cette interruption forcée de plusieurs années, les revenus ne 
furent pas sans doute tout de suite aussi élevés que par le passé. 
C'est pourquoi on dut se borner à construire 20 trières. Il est 
encore possible qu'une partie des revenus ait été consacrée soit 
à la reconstruction des édifices publics et des temples que les 
Perses avaient détruits, soit aux fortifications du Pirée. 

Les années qui suivirent la guerre médique sont marquées par 
la fondation de l'empire d'Athènes et par l'organisation de la 
ligue maritime. C'est le moment où Athènes arrive à l'apogée de 
sa puissance et impose son autorité à l'Archipel. Mais il ne faut 
pas croire que les efforts des Athéniens n'aient pas eu d'autre 
but et d'autre résultat qqe de satisfaire leur orgueil et leur 
instinct de domination. Ils aspiraient non seulement à la supré- 
matie politique, mais encore à la suprématie commerciale (2). 
« Notre République, dira plus tard Périclès, par l'étendue de sa 
domination, reçoit tous les trésors du monde; nous ne pro- 
filons pas moins, pour notre jouissance, des productions des 
contrées étrangères que de celles de notre sol (3). » Grâce à 
l'empire de la mer, ce qu'il y avait de plus précieux en Sicile 
ou en Italie, les marchandises de Chypre comme de l'Egypte, de 
la Lydie comme du Pont, tout abondait à Athènes, et ce com- 
merce international lui valait des bénéfices considérables. C'est 
pour en acquérir le monopole, c'est pour s'assurer les débou- 
chés les plus vastes et les plus sûrs, que les concitoyens de 
Cimon et de Périclès imposèrent leur hégémonie à toutes les 
cités de la mer Egée, et débarquèrent sur tous les rivages de 
la Méditerranée occidentale. Après la Thrace et Thasos, c'est 
l'Egypte qui reçoit la visite intéressée des flottes athéniennes ; 
un peu plus tard, c'est l'Eubée et Samos qui sont obligées de 



(1) Curlius, Histoire grecque^ II, p. 284 (trad. Bouché-Leclercq). 

(2) Guiraud, De l'importance des questions économiques dans l'antiquité. 
Revue Intern. de VEnseig., XV, 1888, p. 225 et suiv. 

(3) Thucydide. II, 38. Cf. Isocrate, IV, 42; Xénophon, Rép. d'Athènes, II, 11. 



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LES MINES AU V** SIÈCLE 143 

se soumettre, et toutes ces expéditions, toutes ces conquêtes sont 
en partie faites pour satisfaire les intérêts des marchands du 
Pirée et d'Athènes. Le grand mouvement d'échanges qu'amenait 
un commerce aussi développé, exerça à coup sûr la plus heu- 
reuse influence sur l'activité du Laurion, pendant les cinquante 
années qui suivirent les guerres médiques ; l'argent en pre- 
mière ligne, si apprécié comme objet de trafic, le plomb et tous 
les autres produits des mines trouvaient partout un placement 
facile, d'autant que, par suite de circonstances diverses, le 
Laurion se trouva vers cette époque la seule mine où l'abon- 
dance des gisements pût répondre à l'ardeur des travailleurs : 
débarrassée de toute concurrence, elle eut à peu près le mono- 
pole de la production de l'argent dans le monde grec. 

En efifet, des deux groupes principaux de mines à métaux 
précieux qui avaient précédemment gêné les progrès du 
Laurion, l'un avait cessé de produire, l'autre était tombé entre 
les mains des Athéniens. Pausanias nous rapporte que les 
Siphniens avaient élevé au dieu de Delphes un riche trésor 
avec la dîme des revenus qu'ils retiraient de leurs mines • 
mais, ajoute t-il, emportes par leur cupidité, ils négligèrent 
par la suite de payer le même tribut, et Apollon les punit 
en faisant pénétrer la mer dans leurs travaux ; c'est ainsi qu'ils 
furent privés de cette source de richesses (1). Ce conte revient à 
dire qu'à un moment donné les Siphniens, en poursuivant le 
minerai argentifère en profondeur, avaient atteint le niveau de 
la mer. Or, dans leurs mines comme dans celles du Laurion, les 
calcaires très fissurés laissent pénétrer les eaux de la mer, sur- 
tout au voisinage du littoral : il eu résulte que lorsque les 
gisements plongent au-dessous de ce niveau hydrostatique, il 
n^est plus possible de les exploiter. A quelle époque se produisit 
le ralentissement, sinon l'arrêt déflnitif, des travaux de mines à 
Siphnos, nous ne le savons pas exactement. Cependant Pausa- 
nias laisse supposer qu'il n'y eut pas un grand intervalle de 
temps entre la construction du trésor de Delphes et l'accident 
qui priva les Siphniens de la plus belle de leurs ressources. 
De plus, dans les listes des tributs payés au V» siècle par les 
villes de la Ligue Athénienne, Siphnos n'est portée que pour une 
somme assez faible: une première fois, elle est inscrite pour 3 
talents (17.700 francs) ; une seconde fois, en 425, pour 9 talents 

(1) Hérodote, ill, 57-58; Pausanias, X, 11, 2. Cf. Xénopboû, Revenm, 1, 5. 



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144 LES MINES DU LADRION DANS l'aNTIQUITÉ 

(53.000 francs) (1). Ces taxes ne sont ni Tune ni l'autre très élevées, 
et ne correspondent pas à ce qu'on pourrait attendre d'une île, qui 
avait passé pour la plus riche de TArchipel. Il est permis de con- 
clure de là qu'au V* siècle, les mines de Siphnos avaient beau- 
coup perdu de leur valeur, si elles n'étaient pas encore totale- 
ment épuisées. A supposer que les tributs n'aient représenté 
que les revenus des mines, ce qui est peu probable, on voit 
qu'elles ne pouvaient guère rivaliser, par le chiffre de leur pro- 
duction, avec le Laurion. On remarque même que le souvenir 
des anciennes richesses de l'Ile s'eflFaça bien vite ; Xénophon 
semble ignorer qu'il y ait jamais eu des gisements argentifères à 
Siphnos (2), et plus tard, l'tle devint de si mince importance 
qu'on la traitait, au temps de Strabon, de simple osselet (3). 

Pour les mines de Thrace et celles de Thasos, les Athéniens se 
préoccupèrent de bonne heure de s'en assurer la possession. En 
472, s'ils s'emparent de la ville d'Eion, c'est avec l'intention 
arrêtée de mettre la main sur la région du mont Pangée; ils 
s'enfoncent dans l'intérieur du pays, tentent de cerner le district 
des mines, et s'avancent jusqu'à Drabescos, où ils sont arrêtés 
par les Thraces réunis (4). De tout temps, les Thasiens avaient 
considéré toute cette côte de la Thrace opposée à leur île comme 
une dépendance naturelle de leur empire ; ils virent donc d'un 
mauvais œil l'installation des Athéniens sur un territoire qui 
leur appartenait. Toujours est-il qu'en 465, ils se détachèrent 
de la Ligue à l'occasion d'un différend qui s'était élevé au sujet 
des mines et des comptoirs qu'ils avaient sur le rivage Thrace(5). 
Après un siège de trois ans, Thasos dut capituler et livrer à 
Athènes les villes, les territoires et les mines qu'elle possédait en 
terre ferme ainsi que tous ses vaisseaux (6). Ces dures conditions 
montrent que les Athéniens surent profiter de l'occasion qui se 
présentait pour confisquer le commerce de la Thrace et les mines 
d'or du Pangée. Bien plus, il paraît démontré que les Thasiens 
furent même dépouillés de la propriété et de la jouissance des 
mines que renfermait leur île. En effet, d'après la liste des tri- 



(i) Boeckb, Staatshaush. der At^ener, 11^ p. 79 etsuiv. (ôdll. Fraenkel). 

(2) Revenus, I, 5. 

(3) Slrabon. X, 5, 1. 

(4) Thucydide, I, 98. 

(5) Thucydide, 1, 100; Plularque, Cimon, ii; Diodore, XI, 70. 

(6) Thucydide, I, iOl. 



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LE LAURION AU V« SIÈCLE 145 

buts du V« siècle, Thasos ne paya d'abord qu'une contribution 
de 3 talents. Vers 440, le tribut fut élevé à 30 talents. Boeckh, 
frappé par cette augmentation, a supposé qu'à la soumission de 
rile révoltée, Athènes s'était attribué les droits que l'Etat avait 
sur les mines, et qu'elle ne les rendit à Thasos qu'au bout de 
trente ans (1). On a prétendu que cette augmentation du tribut 
thasien s'expliquait simplement par le fait que les Athéniens 
avaient rendu aux Thasiens une partie de leurs anciennes posses- 
sions sur le continent Thrace. Mais alors, si la République de 
Thasos, après la capitulation de 462, avait conservé la libre 
jouissance de ses mines propres, il faudrait admettre, en présence 
de ce chiffre de 3 talents, que ces mines étaient épuisées et ne 
rapportaient pjus les sommes considérables du siècle précédent : 
la production en aurait baissé de 100 talents environ vers Tan 
500 à moins de 3 talents en 462 (2). Dans un cas comme dans 
l'autre, que les mines de Thasos aient cessé de produire autant 
que par le passé, ou qu'elles soient tombées, comme celles du 
Pangée, entre les mains des Athéniens, elles ne pouvaient plus 
faire concurrence au Laurion. Ainsi parla décadence de Siphnos 
et de Thasos, la situation économique se trouva heureusement 
modifiée pour les mines attiques : elles n'eurent plus de rivales 
à redouter dans le monde grec. Leur prospérité s'en accrut 
d'autant, et la suprématie commerciale et politique d'Athènes 
assura partout à leurs produits une prépondérance marquée. 

Enfin, nous avons une preuve de l'activité du Laurion dans l'acti- 
vité générale de l'industrie sous toutes ses formes à l'époque de 
Périclès. Cet homme d'Etat, on le sait, pensait que le régime 
démocratique était incompatible avec l'oisiveté, et s'était efforcé 
de procurer à tous les citoyens des ressources par le travail. Il 
disait que « s'il est honteux de ne pas avouer sa pauvreté, 
il est encore plus honteux de ne pas faire effort pour en 
sortir (3). » Aussi le voit-on, dans ses grandes constructions, 
réserver tout le travail aux hommes libres; pour la construction 
de l'Erechtheion, par exemple, on constate qu'il n'y a que des 
citoyens et des métèques qui y prennent part (4;. Dans cescondi- 



(i) Boeckh, Staats/uiush. der Alhener, il, p. ^^ et suiv. Guiraud, Lapre^ 
mière Confédéralion Athénienne, Annales de la Faculté de Bordeaux, 
1883, p. 216. 

(2) Hérodote* VI, 46. 

(3) Thucydide, II, 40. 

(4) Ciil, I, 321,324. 

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146 LES MINES DU LAURION DANS L* ANTIQUITÉ 

tioDs, il est probable que Périclës ne négligea point le Laurion 
qui offrait un champ si vaste aux entreprises des Athéniens. A 
cette époque, précisément, les gisements les plus productifs 
étaient mis en exploitation. La plus riche des régions minérali- 
sées, celle du centre, s'étalait presque intacte sous le pic du 
mineur, protégée, comme elle Tavait été, contre toute attaque 
par des couches épaisses de terrains qui n*en laissaient pas 
soupçonner l'existence. Ce que Xénophon disait au milieu du 
IV* siècle de la richesse du Laurion, s'appliquait eucore plus 
justement au Laurion de Périclès. « Les gisements argentifères, 
bien loin de diminuer, paraissent s'étendre toujours davan- 
tage (1) )). Il y avait donc là des ressources presque inépuisables 
pour les travailleurs, si nombreux qu'ils fussent, et Xénophon 
ajoute, faisant sans doute allusion à l'époque où nous sommes : 
(( Dans le temps où il y avait aux mines le plus grand nombre 
d'hommes, nul n'a jamais manqué d'ouvrage, et, au contraire, 
la besogne excédait la proportion des ouvriers » (2). De même, 
quand Plutarque mentionne toutes les industries que l'heureuse 
ardeur de Périclès encourageait à prospérer de leur mieux, il n'a 
garde d'oublier celle des mineurs (3). Sans doute, la grosse 
besogne était faite par les esclaves, mais les hommes libres 
n'hésitaient pas à se livrer eux-mêmes aux rudes labeurs de la 
mine. Ils avaient d'ailleurs, à côté du labeur manuel, ample 
matière à occupation. Ne fallait-il pas guider les recherches des 
esclaves, surveiller leurs équipes, éviter par une attention cons- 
tante les dommages et les pertes qu'une exploitation mal dirigée 
ne peut manquer d'amener à sa suite? A côté de la mine, l'ate- 
lier, les laveries, les fours : là encore, la présence du maître est 
nécessaire pour assurer la marche normale du travail. Enfin^ 
pour tirer parti des produits de la mine, n'y a-t-il pas sans cesse 
à étudier, à chercher, à perfectionner ? 

Une pareille activité ne pouvait être sans effet sur les progrès 
de la richesse publique. Nous ne savons pas, il est vrai, pour 
quelle part les revenus des mines entrèrent dans la constitution 
du trésor d'Athènes et de la forte réserve métallique que Péri- 
clès avait amassée à l'Acropole (4). En revanche, nous consta- 



(1) Revenus, IV, 3. 

(2) Revenus, IV, 3. 

(3) Plutarque, Périclès, 12. a. Diodore, XI, 70. 

(4) Thucydide, II, 13. • 



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LE LAITJAION SÔUS PéRICLÈS l41 

tODs que, parmi les grandes fortunes du temps, plusieurs ont 
été faites au Laurion. Caliias II, dont la fortune était évaluée à 
200 talents (1.179,000 francs), avait gagné beaucoup d'argent 
dans l'exploitation des mines (1). Son fils Hipponicos louait à un 
entrepreneur de mines 600 esclaves, qui lui rapportaient cent 
drachmes (96 fr. 50) par jour, soit un bénéfice annuel de 
6 talents (35,350 fr.) (2). Nîcias, le général de l'expédition de 
Sicile, qui passait pour n'avoir pas moins de 100 talents 
(590,000 fr.), s'était aussi enrichi au Laurion; il louait 1000 
esclaves à l'entrepreneur Sosias de Thrace. et faisait aussi 
travailler pour son propre compte (3). A la même époque, un 
certain Philémonidès était également connu pour les gros intérêts 
qu'il avait dans les mines (4). Il est clair que l'exemple de ces 
grosses fortunes était pour les Athéniens un encouragement per- 
manent à se porter au Laurion, et que plus d'un citoyen s'engagea, 
à la suite de ces riches capitalistes, dans des exploitations qui 
pouvaient rapporter autant que le commerce maritime. Ainsi, 
il est hors de doute qu'au temps de Périclès, et surtout pendant 
les années de paix qui précédèrent la guerre du Pélopouèse, le 
Laurion jouit d'une brillante prospérité; les circonstances maté- 
rielles comme les conditions économiques, tout s'accordait pour 
assurer à l'industrie des mines un magnifique développement. 



La guerre du Péloponèse vint modifier cette situation. Tout 
d'abord, le mouvement des affaires ne fut pas complètement 
suspendu. En effet, les invasions de l'Attique par les Spar- 
tiates ne furent pas toutes aussi désastreuses qu'on pourrait le 
croire. La première, qui se produisit au mois de juin 431, 
n'atteignit pas la région des mines (S), et les travaux, en dépit 
du voisinage des ennemis, purent continuer. La seconde, en l'an 
430, fut plus grave : les Péloponésiens, sous la conduite d'Archi- 
damos, pénétrèrent jusqu'au Sounion et ravagèrent toute la 
Paralie et le Laurion (6). Les dommages qu'ils causèrent aux 

(1) Plularque, Aristide, 25; Lysias, Biens d'Aristophon, 48. 

(2) Andocide, 1,130; Xénophon, Revenus, IV, 15; PluUrque^ Àlcibiade, 8. 

(3) Thucydide, VII, 87 ; Xénophon, Mémorables, II, 5, 2 ; Revenus, IV, 14. 
Plutarque, Nicias, 4 ; Lysias, Biens d'Aristopkon, 47. 

(4) Xénophon, Revenus, IV, 15. 

(5) Thucydide, II, 19. Diodore, XIl, 42. 

(6) Thucydide, II, 55; Diodore, XII, 45. 



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148 LES MINES DU LAURION DANS L* ANTIQUITÉ 

mines sont faciles à comprendre. Non seulement les ouvriers des 
chantiers souterrains durent se disperser, mais les constructions 
extérieures furent sans doute ruinées. Villages, logements d'es 
claves, ateliers, tout dut se ressentir du passage des ennemis. 
Delà troisième invasion (1), qui eut lieu en 428» nous ne savons 
que peu de chose. La quatrième, celle de 427, laissa, au contraire, 
les plus mauvais souvenirs. « Les Pèloponésiens dévastèrent dans 
» TAttique ce qui avait été déjà ravagé, toutes les nouvelles pro- 
» ductions et tout ce qu'ils avaient épargné dans leurs premières 
» courses. Cette invasion fut la plus fâcheuse qu'eussent éprouvée 
» les Athéniens, depuis la seconde (2). » Pour comble de mal- 
heur, de grands tremblements de terre, qui provoquèrent d'ail- 
leurs le départ des ennemis, vinrent jeter le trouble dans les 
mines et y produisirent des éboulements, comme ceux que l'on 
remarque dans les travaux anciens et ceux que l'on observe 
de nos jours à la suite de ces cataclysmes (3). Deux ans après, 
en 425, eut lieu une nouvelle invasion des Spartiates sous les 
ordres d'Agis, mais elle fut de courte durée, et n'eut sans doute 
aucune conséquence grave pour le Laurion (4). 

Cependant, malgré toutes ces incursions ennemies, le travail 
se continuait pendant les mois de répit qui les séparaient les 
unes des autres. Thucydide remarque en efiet qu'Athènes, avant 
l'occupation de Décélie, avait subi des invasions de courte 
durée, qui ne l'empêchaient point tout le reste du temps de tirer 
parti de son territoire. Il y avait un intérêt évident à exploiter 
les mines autant que faire se pouvait, pour procurer à TEtat les 
ressources qui commençaient à lui manquer. C'était un moyen 
de combattre cette pénurie financière, dont la création de rel<y<popoc 
en 428 et l'élévation des tributs en 425 sont les témoignages. 
Aussi dut-on profiter avec ardeur des douze années qui, de 425 à 
413, se passèrent sans invasion, pour donner une nouvelle 
activité aux travaux. En 424, Aristophane» dans sa comédie des 
Chevaliers, fait dire à un charcutier qu'il fera son possible, à 
force de privations, pour acheter une concession de mines (5). 
Dix ans plus tard, dans la comédie des Oiseaux, le poète présage 

(1) Thucydide, III, 1. 

(2) Thucydide, III, 26; Diodore, XII, 59. 

(3) Diodore, XII. 59. 

(4) L'élévation des tributs est de 425. Je ue sais si la crise de riodustrie 
minière n*y est point pour quelque chose. 

(5) Chevaliers, 362. 



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LE LAURION ET LA GUERRE DU PéLOPONÈSB 149 

aux juges qui couronnerout la pièce que les chouettes du Lau- 
rion ne leur feront jamais défaut (1). De même, Xénophon 
rapporte que, jusqu'à la prise de Décélie, les locations d'esclaves 
aux entrepreneurs de mines ont toujours été fructueuses (2). 

L'occupation de Décélie porta un coup funeste au Laurion. 
Alcibiade l'avait prévu, et s'était servi de cet argument pour 
décider les Spartiates à s'établir solidement en Attique. « Vous 
serez maîtres, leur dit-il, de la plupart des richesses du pays. . . 
Du même coup, les Athéniens seront privés du produit de leurs 
mines d'argent et de tout ce que leur rapportent et le territoire 
et les tribunaux (3). » En conséquence, le roi Agis arriva au prin- 
temps de 413, et fortifia Décélie. Cette occupation permanente 
des Spartiates produisit les désastreux effets que redoutaient les 
Athéniens : ils furent privés de toute leur campagne, et, chose 
plus grave, plus de 20.000 esclaves, presque tous artisans, déser- 
tèrent et passèrent dans le camp ennemi (4). 11 est fort probable 
qu'un grand nombre de ces fugitifs provenaient du Laurion; 
séduits par le voisinage des Lacédémoniens, ils tentaient de 
se dérober aux rudes labeurs des mines. En effet, on ne voit 
pas comment, en temps de guerre, un si grand nombre d'ou- 
vriers serviles aurait pu être répandu en Attique. Ce fut à 
n'en pas douter un véritable désastre pour les propriétaires 
de mines qui, d'un seul coup, perdirent presque tous leurs 
ouvriers, et c'est pourquoi, à la fin de la guerre, les bras autant 
que les capitaux manquèrent au Laurioo. Les Athéniens 
essayèrent d'atténuer autant que possible les conséquences de 
cette défection et tentèrent de reprendre pied au Laurion en 
fortifiant trois points bien choisis, le cap Sounion en 413 (5), 
Thoricos en 408 407 (6), et Anaphlystos (7), sans doute à la même 
date. Ces fortifications eurent seulement l'avantage d'assurer 
l'arrivée des subsistances à Athènes : il ne semble pas, en effet, 
qu'elles aient pu arrêter les razzias des Spartiates sur le terri- 
toire Lauriotique. Les partis ennemis pouvaient aisément se 
glisser entre Thoricos et Anaphlystos qui sont distants de 60 

(t) Oiseaux, 1106. Pour les ^Xailxeç Xaupewxixat, voir plus haut, p. 112. 

(2) Revenus, IV, 25. 

(3) Thucydide, VI, 91 . 

(4) Thucydide, VII, 19 et 27. Cf. Boeckh, Laur. Si76., p. 123. 

(5) Thucydide, VIII. 4. 

(6) XèoophoD, Helléniques^ 1, 2. 

(7) Xénophon, Bevenus, IV, 43. Scylax, Périple, 57. 



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150 LES MINES DU LAURION DANS l'aNTIQUITÉ 

Stades (11 kilomètres). Aussi Xénophon conseillera-t-il plus tard 
à ses concitoyens de coustruire une troisième forteresse au 
milieu de cette trouée, au centre du Laurion, sur un point élevé 
du dème de Bésa (1). Cette interruption des travaux contribua à 
rendre plus sensible la pénurie financière vers 407 ; les réserv s 
d'argent monnayé ou en lingots étaient épuisées : depuis six ans, 
les mines ne donnaient plus rien, et Ton fut obligé, en 407, de 
battre monnaie avec les Victoires en or de l'Acropole ; un peu 
plus tard, en 406, d'émettre, pour la première fois, des monnaies 
de cuivre (2). Il est clair que si le Laurion avait fourni de l'argent, 
on n'aurait point eu recours à ces mesures extraordinaires. 
Ainsi la guerre du Péloponèse avait eu les plus tristes consé- 
quences pour le Laurion : l'abandon des chantiers, la dévastation 
des ateliers,la fuite des esclaves,et la perte énorme qui en résultait, 
pour tous ceux qui avaient des intérêts engagés dans les mines, 
avaient amené la misère et la dépopulation dans une région qui 
avait été avant la guerre si riche et si bruyante. 

Le gouvernement des Trente, qui suivit la chute d'Athènes, 
n'était pas fait pour rendre au Laurion l'activité d'antan. On 
sait que, pour se pi'ocurer de l'argent autant que pour frapper 
des adversaires politiques, Critias et ses collègues s'attaquèrent 
aussi bien aux propriétés privées qu'aux propriétés publiques. 
Les sycophantes se multiplièrent et les assistèrent dans cette 
spoliation. Biens fonciers et mobiliers, tout tentait leur cupi- 
dité (3). On confisqua les ateliers comme les terres; Nicératos 
et son frère Eucratès, fils de Nicias, perdirent leur héritage (4). 
Les métèques ne furent pas plus à l'abri de ces mesures 
iniques que les citoyens : soixante des plus riches d'entre eux 
furent choisis comme victimes. Lysias fut dépossédé de son 
atelier darmes (5). Un régime aussi arbitraire ne pouvait guère 



(1) Revenus, IV, 43-44. 

(2) Scfwlies d*Ari8lophane, Grenouilles, 720, p. 296 (édit. Didol). Voir Foucart, 
Les Victoires de l'Acropole, dans le Bull. Corr. HelL, 1888, p. 283 et suiv. 
Babelon, La Monnaie d'or d'Athènes, Revue des Etudes grecques, 1889, 
p. 137-138. 

(6) Lysias. 1, 19 et 40 ; XII, 48 ; Diodore, XIV, 4, 4 ; 5, 5-6. Clerc, Métèques 
AthénienSy p. 427 el suiv. 

(4) Lysias, I, 8. 

(5) Lysias, I, 6 ; XVIIl, 4-6. Cf. Xénophon, Helléniques, II, 3, 2 ; Aristote, 
Constitution d^ Athènes, ;i5. 



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LE LAURION SOUS LK8 TRENTE 151 

encourager les Athéniens ou les étrangers, que la guerre n'avait 
pas complètement ruinés, à jeter leurs dernières ressources dans 
les entreprises de mines. Incertains du lendemain, sous le 
coup des dénonciations et des confiscations en cas de réussite, 
étaient-ils dans des conditions favorables pour travailler au 
relèvement d'une industrie ébranlée? Beaucoup de citoyens, 
bien loin de se préoccuper de reprendre les affaires, placèrent 
leur argent à l'étranger. Les capitaux aussi bien que les 
hommes manquèrent aux mines, et voilà pourquoi en ce temps-là 
il sortit beaucoup moins d'argentduLaurion qu'autrefois. En 389, 
on se plaignait encore à Athènes de la rareté de l'argent (1), et le 
gouvernement démocratique, pour parer à la pauvreté du Trésor, 
eut recours à toutes sortes d'expédiçnts. La crise dura longtemps 
et il est à croire que le Laurion en subit le contre-coup.De môme, 
quand les affaires reprirent, vers 378, avec la nouvelle grandeur 
politique d'Athènes (2), on peut supposer que les mines parti- 
cipèrent à ce relèvement. Mais la guerre vint encore une fois 
entraver le Hbre essor de l'activité industrielle et commerciale, 
et cela pendant près de vingt ans. 

S*il faut en croire les partisans de la paix, tout le monde se 
plaignait de la misère, et l'on désirait la fin des hostilités pour 
pouvoir s'adonner librement à l'agriculture, au commerce mari- 
time et à toutes les autres occupations que la guerre avait fait 
délaisser (3). Xénophon, qui écrivait son Traité des Reveniis 
précisément à cette époque, vers 355, constate que l'exploitation 
du Laurion est loin d'avoir retrouvé sonaucienne prospérité On 
se contente de continuer le travail dans les chaotiers anciens 
sans essayer par des recherches nouvelles d'augmenter la produc- 
tion. « Pourquoi, dira-ton, ne voit-on plus s'ouvrir comme 
autrefois de nouvelles mines? C'est que les entrepreneurs sont 

trop pauvres, ô'ti Tcevéatepoi [i.év eldtv ol Tiepi rà jxÉTaXXa (4). » 

A l'entendre, il n'y a plus de comparaison à faire entre le 



0) Lysias, XIX, 11. 

(2) Cnrlius. Histoire grecque, III, p. 353 et suiv. (trad. Bouché-Leclercq). 

(3) Isocrale, VIIJ, De la Paix, 19. 20 et 124 : ''Hv 8e tyjv slpi^vTiv 7roi7i(To>- 
f&£Ôa... xaO'6xàaTT,v7){i.6pav icpo; eÙTtopsav 67ci8a>(TOjjLev , àSecoç YecopYOuvTsç 
xal T'ïjv ôàXaxTav TcXéovreç xaî Taiç àXXatç IpY^^^ai; e7ri;^etpouvT6ç, ai vuv 
8ià TÔv 7coX6{i.ov exXeXoiTcadiv. 

(4) XéDophoD, Bevenus, IV, 28. 



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{5S LES MINES DU LAURION DANS L'aNTIQUITÉ 

Laurion d'avant Décélie et le LaurioD de son temps (1). En 
somme, une longue crise n'avait cessé de sévir sur les mines 
pendant une cinquantaine d'années environ ; l'exploitation 
végétait, sans grand profit ni pour les particuliers ni pour l'Etat ; 
le Laurion n'était plus pour le Trésor public la source inépui- 
sable de richesses qui l'avait alimenté au Y* siècle. 

Xénophon voit le mal et propose deux réformes pour y porter 
remède : il faut d'abord que l'Etat augmente ses revenus en 
louant des esclaves aux entrepreneurs de mines ; on devra 
ensuite, par l'association des dix tribus ou par celle des particu- 
liers, chercher à réunir les capitaux suffisants pour ouvrir de 
nouveaux chantiers. En eSet, s'appuyant sur des faits connus de 
tous, l'auteur des Revenus s'étonne que l'Etat ne pense point à 
suivre l'exemple des particuliers, qui se sont fait et se font 
encore de très beaux bénéfices en louant des esclaves. Chaque 
esclave rapporte une obole par jour ; que l'Etat achète donc 
petit à petit un grand nombre d'esclaves, jusqu'à 10,000, qu'il 
louera ensuite aux concessionnaires des mines : 10,000 esclaves 
rapporteront au Trésor 100 talents, et du coup, les revenus du 
Laurion, qui ne consistent jusqu'ici que dans la totalité des 
fermages, seront doublés (2). D'un autre côté, les travaux de 
recherches exigent des avances considérables ; les frais en sont 
souvent dépensés en pure perte et les entrepreneurs sont trop 
pauvres pour en courir les risques. Qu'on ait alors recours à une 
association des tribus; que l'État accorde aux dix tribus un 
même nombre d'esclaves et qu'elles tentent l'entreprise en com- 
mun. De cette manière, ce qui sera trouvé par une seule fera le 
profit de dix: si deux, ou trois, ou quatre tribus réussissent dans 
leurs fouilles, l'avantage augmentera proportionnellement ; 
quant à voir manquer toutes les recherches à la fois, c'est là ce 
que le passé ne permet pas de craindre. Au besoin, les parti- 
culiers devraient aussi recourir à l'association pour arriver à de 
meilleurs résultats (3). 

Xénophon répond par avance aux objections qu'il prévoit. 
Les mines, pourra-t-on lui dire d'abord, ne seront-elles pas 
épuisées par cette exploitation à outrance? Non, répond-il; 
quoique le minerai soit abattu et extrait depuis tant d'années, 



(1) XéQophon, Revenus, [V, 25. 

(2) Ihid., 17-25. 

(3) Ibid., .-iO^. 



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PROJETS DE RÉFORMES DB XÉNOPHON 153 

coDsidérez le peu d'importance des déblais de ces coteaux 
OÙ s'engendre l'argent. Les gisements, loin de tarir, sont de 
plus en plus abondants ; on ne trouve la lin des filons ni en 
profondeur ni en longueur (1). Et, de fait, Xéuophon avait raison ; 
non point que les gisements fussent inépuisables, mais leLaurion 
était encore assez riche pour récompenser les frais d'une exploi- 
tation intense. Aujourd'hui même, les amas sont productifs et 
paraissent devoir l'être longtemps encore. D'un autre côté, on 
pouvait objecter à notre auteur qu'une surproduction d'argent 
amènerait une dépréciation du métal. Xénophon répond à cet 
argument qu'il n'en est pas de la production des métaux pré- 
cieux, comme de celle du cuivre ou des fruits de la terre : « Qu'il 
y ait abondance, dit-il, de blé ou de vin, et ces denrées sont 
réduites à vil prix, et quand on a ce qu'il faut d'ustensiles pour 
son ménage, rarement fait-on de nouvelles acquisitions en ce 
genre. Mais l'argent, jamais on n'en possède assez pour n'en 
plus désirer, et le luxe intervient après le nécessaire pour exiger 
de nouvelles dépenses. » De plus, le rival de l'argent, l'or, est 
devenu commun, il baisse de valeur, en faisant hausser le prix 
de l'argent (2). Xénophon redoutait enfin que les particuliers ne 
fussent irrités de voir l'Etat entrer en concurrence avec eux pour 
la location des esclaves; à plusieurs reprises, il affirme que les 
entrepreneurs de mines ont un tel besoin d'ouvriers que les 
particuliers et l'Etat ne sauraient trop leur en procurer, (f Que 
Ton ne craigne point, dit-il, que l'Etat nuise aux particuliers ou 
les particuliers à l'Etat; plus il y aura d'entrepreneurs dans les 
mines, plus aussi on tirera d argent, et plus Ton paiera d'impôts 
à l'Etat (3). )) 

Il ne semble pas qu*on ait jamais mis en pratique le premier 
conseil de Xénophon; du moins, il n'en parait rien dans les 
textes. Les Athéniens pensèrent sans doute que la concurrence 
de l'Etal, que celui-ci pouvait rendre victorieuse à son gré, 
ne manquerait pas de nuire aux intérêts des particuliers : l'Etat 
n'aurait eu qu'à baisser le prix de location de ses esclaves pour 
ruiner ses concurrents. D'autre part, le Trésor public ne se trou- 
vait pas vraisemblablement en mesure d'acheter les esclaves 
nécessaires. 



(i) Xénophon, Revenus, IV, 3. 5, 26, 27. 

(2) Ibid,, 5, a. 

(3) Ibid., 32. 



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154 LES MINES DU LAURION DANS L* ANTIQUITÉ 

La seconde réforme que proposait Xénophoa eut au contraire 
un meilleur sort : Tassociation des particuliers était un moyen 
sage et économique, qui devait réussir. Il est étonnant et 
Ton ne s'explique guère que les avantages de ce système n'aient 
pas frappé plus tôt les entrepreneurs de mines ; et cependant, 
avant le IV® siècle, il n'en est pas question. Xénophon parle 
de Tassociation comme d'une chose qui n'existe pas de son 
temps, et qui n'a jamais existé, et s'il ne le dit pas formel- 
lement, c'est bien là Timpression qui se dégage de la lecture 
de son livre (1). L'Etat s'opposait-il, en principe, à la formation 
de sociétés et de compagnies industrielles ? Je ne le crois pas 
et rien dans les auteurs anciens ne nous autorise à le penser. 
C'est bien plutôt un caractère de l'industrie et du commerce grec, 
dans l'antiquité, que d'avoir été extrêmement divisés ; les entre- 
prises sont toujours et partout particulières et individuelles. Ce 
n'est précisément qu'après Xénophon, et dans la seconde moitié 
du IV« siècle, que nous relevons la trace d'associations dans 
l'exploitation du Laurion. Les auteurs et les inscriptions font, à 
cette époque, mention de citoyens qui traitent en commun une 
affaire (xoivwvsîv): telle est la société d'Hypéridès, d'Eschylidès et 
du fils de Dicaeocratès qui exploitent à frais communs une con- 
cession du Laurion (2). Ainsi Ton peut croire que le conseil de 
Xénophon fut suivi, et ce ne serait d'ailleurs pas le seul avis 
que ses concitoyens auraient trouvé bon : je pense même que 
c'est à cette institution féconde que l'on doit attribuer en partie 
le relèvement de l'industrie minière dans la seconde moitié du 
1V« siècle. 



On a prétendu cependant que les projets de réforme de Xéno- 
phon n'avaient eu aucune efficacité. « Bien que l'auteur du livre 
des Revenus, écrit M. Curtius (3), fasse tous ses efforts pour 
démontrer que les mines d'argent sont inépuisables, on devine 
pourtant en voyant les combinaisons artificielles qu'il propose 
pour encourager l'industrie minière en Attique, que les citoyens 
n'avaient plus une entière confiance dans cette affaire et qu'ils 

(1) XénophoD, Revenus, IV, 32. Les autres contrats de société étaient connus 
depuis longtemps : (]aiileiner, Le Contrat de société à Athènes, p. 2. 

(2) CIA, 782. Cf. Hypérlde, pour tuxénippos, col. XLIV-XLV (édit. Blass). 
Andocide^ 1.133. Démosthène, XXXVII, 38. Voir plus loin, p. 183. 

(3) Curtius, Histoire Grecque, V, p. 328 (trad. Bouché-Leclercq). 



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PROJETS DB RÉFORMES DE XÉNOPHON 155 

se promettaient peu de bénéfices du percement de nouvelles 
galeries d'exploitation en dehors de la région fouillée par les 
«neètres : l'événement leur donna du reste bientôt raison. » Que 
faut-il penser de cette opinion ? Voyons si les faits et les textes 
s'accordent avec cette manière de voir. 

Tout d'abord, on peut se demander comment et pourquoi les 
mines du LaurioU n'auraient pas suivi le mouvement général des 
affaires qui reprennent si vivement sous l'administration d'Eu- 
bnle. Nous savons que cet homme d'Etat, partisan de la paix, sut, 
à défaut d'une politique très élevée, rétablir les finances d'Athènes 
et augmenter les revenus publics, au point d'obtenir, dès la 
première année de sa gestion, des plus-values qu'il distribua 
aux citoyens. C'est l'époque où les Athéniens réparent leurs 
ports de guerre, construisent le grand arsenal du Pirée. — On 
peut également admettre que, précisément au moment où la 
seconde ligue maritime se séparait en lambeaux, où Chios, 
Rhodes et Byzance faisaient défection, où les navires athéniens 
n'étaient plus maîtres de la mer, où le commerce souffrait, l'on 
tenta de suppléer, par de nouveaux efforts et une ardeur plus 
grande dans les recherches minières, aux ressources qui dispa- 
raissaient. Ainsi, à première vue, il est peu probable que les 
mines aient été délaissées et qu'elles aient langui au moment 
même où les besoins de l'Etat étaient les plus pressants. 

En second lieu, tout ce que nous savons de l'histoire des 
mines, dans celte seconde moitié du IV« siècle, tend à prouver 
que, bien loin de s'arrêter, les affaires au contraire étaient très 
prospères. Ainsi, de 345 à 323, nous ne connaissons pas moins de 
cinq discours (1) qui avaient rapport aux mines (fxexaXXtxol X6^oi), 
D'autre part, les faits que nous y trouvons mentionnés laissent 
supposer que le Laurion était très activement exploité et avec 
grand profit dans la plupart des cas. Ainsi, en 345-344, Démos- 
thène nous apprend que Pantainétès ne payait pas moins d'un 
talent et demi (8.850 francs) pour le fermage annuel de sa con- 
cession (2). 

(1) Ed 345/4, Déroosthène, Plaidoyer contre Paniainétès. 

341, Dinarque? — contre Pliilippos, 

— • contre M écythos,. 

Après .340, Démosthèae, — contre Phénippos, 

327? Lycurgiie, — contre Dipliilos, 

CVsl en 324/3, qu'Hypéride prononce son Discours pour Euxénippos^ où il 
csl à plusieurs reprises question des mines du Laurion. 

(2) Uémoslh^ne, XXXV il, 22. 



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156 LES MINES DU LAURION DANS l'aNTIQUITÉ 

Dans le plaidoyer que le même orateur écrivit, après 340, con- 
tre Phénippo8,il semble au premier abord qu'il soit fait mention 
d'une crise de Tindustrie minière. « J'ai subi, dit le plaignant, 
la commune infortune de tous les entrepreneurs de mines : 

rà {i.èv TTi; xoiv-rj; àTu;r(a; fi.eTa<yyo>v toÏ; àXXoi; toi; epyaÇofJLevoiç Iv 

Toî; epYoïç (1) ». Démosthène ne nous explique pas autrement les 
causes et la durée de cette crise. Est-ce un accident passager 
dont se plaint son client, ou une situation dont les causes loin- 
taines se font encore sentir ? A la vérité, nous ne devons guère 
ajouter foi à cette allégation, et ce n'est là qu'un moyen 
oratoire dont il se sert pour attendrir ses juges. Le cas du 
plaideur est peu clair et son témoignage nous parait sujet à 
caution. Il nous apprend qu'il a hérité de son père d'une for- 
tune de 4500 drachmes, maigre capital avec lequel il n'est guère 
aisé de vivre (2). Or ce modeste héritier, à quelque temps de là, 
se trouve sur la liste des liturges, à la tète d'une association 
pour l'exploitation des mines, et finalement il doit à l'Etat trois 
talents. Evidemment, entre la mort de son père et le jour où il 
paraît devant le tribunal, il a dû s'enrichir pour être inscrit 
parmi les trois cents ; il nous avoue lui-même qu'il a fait d'ex- 
cellentes affaires (3) et que sa fortune a été bien gagnée, car 
il a travaillé de ses propres mains (4). A l'entendre, il est 
maintenant ruiné :<( vuvl 8è icXifiv oXf^wv aTravx' aTioXwXexa. » Aussi 
demande-t-il l'échange des biens contre Phénippos. Dès lors, 
sous peine de passer pour un maladroit, n'est-il pas obligé d'in- 
voquer, pour excuser le mauvais état présent de ses affaires, 
une prétendue crise qui aurait sévi sur le Laurion ? Ce sont là 
de ces arguments propres à émouvoir, comme on sait en trouver 
à toutes les époques, en pareille circonstance. Je ne doute pas 
que le personnage ne soit ruiné, mais est-ce bien là le sort 
commun de tous les entrepreneurs de mines ? C'est ce qui n'est 
pas certain (5). 

On peut objecter qu'il faut prendre à la lettre le témoignage 
de Démosthène, puisque son client fait formellement allusion à 

(1) Démosthène, XLII, 3 et 21. 
{2)Ibid., 22-23. 

(3) Ihid.y 3. 

(4) Jl»id., 20. 

(5) Il me semble d'ailleurs que le passage de Démosthène peut se comprendre 
autrement : « J'ai, dit le plaignant, éprouvé la mauvaise chance que connaissent 
» tous ceux qui travaillent dans les mines. » 



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PROSPÉRITÉ DU LAURION 157 

des mesures d'assistance prises par TEtat en faveur des indus- 
triels du Laurion : « De môme que vous accordez aide et protec- 
tion à tous ceux qui travaillent dans les mines, venez aussi 
maintenant à mon secours » (1). Il faut avouer d'abord que ces 
termes sont bien vagues, et ne nous indiquent guère la nature 
de ces secours. On suppose qu'il y eut à cette époque remise de 
Tatimieetque Ton accorda des délais pour le paiement des im- 
pôts ou des prix de vente (2). Cette hypothèse est peu vraisembla- 
ble. En effet, Tatimie ne frappait que les débiteurs insolvables: en 
faire grâce à un débiteur sans lui faire, du même coup, la remise 
des dettes non payées qui la provoquent, ne se comprend guère. 
Or, cette remise de dettes n'a pas lieu, puisque le client de Démos- 
thène est précisément frappé de fortes amendes, et ne demande 
pas qu'on l'exempte de ces amendes (3). D'autre part, il est bien 
difficile de proposer une autre conjecture sur la nature de l'assis- 
tance de l'Etat, dans le cas d'une crise de l'industrie minière. 
A la vérité, il n'est pas besoin de chercher : il suffit de voir 
dans le passage de Démosthène un appel à la protection 
générale, dont les lois favorisaient l'exploitation du Laurion. 
En somme, les affirmations du plaideur tendent à nous faire 
supposer qu'il n'est pas véridique, et des faits certains nous prou- 
vent que, vers 330, le Laurion, bien loin de souffrir d'une crise, 
avait recouvré une prospérité qu'il ne connaissait pas depuis 
longtemps. 

On y faisait précisément à cette époque de très grosses fortunes, 
comme celles qui avaient enrichi des personnages connus un 
siècle auparavant. Les sommes gagnées dans l'industrie minière 
étaient telles qu'elles excitaient trop souvent la cupidité des 
délateurs. Un certain Teisis d'Agrylé dénonce au peuple le cas 
de Philippos et de Nausiclès, qui se sont illégalement enrichis 
en exploitant des mines qu'ils n'ont pas déclarées. Un autre 
délateur, Lysandros, dénonce à son tour Épicratès de Pallène,qui 
a gagné, lui et ses associés, trois cents talents en trois ans (4). A 
peu près dans le même temps, Diphilos, qui s'était enrichi en 
abattant le minerai des piliers de soutènement, fut condamné à 



(l)Déino8thèDe, XLII. 32. 

(2) Schaefer, Demosthenes und seine Zeit, III, p 285. 

(3) Démosthène, XLIX, 3 et 32. 

(4) Hypéride, pour Euxénippos, Col. XLllI-XLV (éd. Blass.) 



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158 LES MINES DU LAURION DANS l' ANTIQUITÉ 

mort sur Tordre ou à rinstigation deLycurgue; sa fortune, qui 
fut distribuée au peuple, s'élevait à 160 talents (1). 

La conclusion, qui se dégage de tous ces faits, s'accorde bien 
d'ailleurs avec ce que nous savons de l'histoire financière d'Athè- 
nes à cette époque. 

Lycurgue avait pris la direction des finances en 338 et la garda 
douze ans, jusqu*en 326. Tout le monde est d'accord pour 
reconnaître les remarquables résultats qu'il sut obtenir durant 
sa gestion (2). Grâce à ses efforts, les recettes annuelles montè- 
rent à 1200 talents» et ces ressources servirent à restaurer la 
marine, à reconstituer le trésor sacré d'Athèna, à achever la 
construction d'édifices destinés aux jeux et aux représentations 
dramatiques. On s'étonne môme que Lycurgue soit parvenu à 
augmenter les revenus d'Athènes dans de telles proportions. Le 
réveil de la prospérité des mines ne pourrait-il pas expliquer 
dans une certaine mesure le relèvement de la fortune 
publique? A en juger par la conduite qu'il tinta l'égard de 
Diphilos, ce concessionnaire malhonnête, Lycurgue a favorisé 
l'exploitation du Laurion. Peut-être même a-t-il pris des mesu- 
res spéciales que nous ignorons pour attirer dans les mines un 
plus grand nombre de travailleurs, au profit des finances d'Athè- 
nes ; s'il en était ainsi, ce serait un nouveau mérite à attri- 
buer à cet homme que Boeckh appelle <( le seul financier de 
l'antiquité (3). » Tout nous porte donc à croire que dans la 
seconde moitié du IV® siècle, l'industrie minière avait repris une 
vigueur nouvelle ; sans doute, dans ce grand mouvement d'af- 
faires, il pouvait se rencontrer des entreprises malheureuses qui 
aboutissaient à la faillite ; mais, malgré ces accidents, le Laurion 
était encore, à n'en pas douter, dans ses beaux jours : c'étaient 
malheureusement les derniers. 

(1) Vies des X Orateurs, Lycurgue, 34. 

(2) Durrbach, V Orateur Lycurgue, passim. Boeckh, Staatshaush. d.Àtkener, 
l, p. 511 et suiv. 

(3} Loc, cit. 

(4) Boeckh, loc, cit. 



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DÉCADENCE AU lll« SIÈCLE 159 

III 

Décadence 

Combien de temps dura celte prospérité, nous ne le savous 
pas ; il ne semble pas d'ailîeurs qu'il y ait eu brusque arrêt 
dans le travail du Laurion. C'est petit à petit sans doute que, le 
nombre des chantiers diminuant, la production décrut. Pendant 
près de trois siècles, les mines allaient végéter, avant de s'étein- 
dre définitivement. Si l'histoire môme de cette décadence nous 
est peu connue dans ses détails, tout au moins est il aisé d'eu 
soupçonner les causes. Les unes sont d'ordre économique, et 
les autres d'ordre politique. 

L'entrée en scène de fa Macédoine au IV® siècle n'ioaugura 
pas seulement une ère nouvelle daos l'histoire politique de la 
Grèce. Elle amena à sa suite une transformation économique 
radicale, dont les effets se manifestèrent plus ou moins vite. 
D'abord le stock de métaux précieux du monde grec s'accrnt 
assez brusquement. En 355, le pillage du trésor de Delphes par 
Philoménos avait déjà jeté en circulation, dans la Grèce, 4.000 
talents d'or, 6.000 talents d'argent, soit environ 59 millions de 
francs (1). L'année précédente, en 356, Philippe avait annexé à la 
Macédoine tout le territoire de la Thrace jusqu'au Nestos et 
fondé sur l'emplacement de Crénides une forteresse qui devint 
le centre de tout le district minier du Pangée : ce fut la ville de 
Philippes, bientôt florissante ; le roi de Macédoine sut si bien 
mettre à profit les mines de la Thrace, qu'elles lui rapportèrent 
mille talents (5.894.000 francs) par an (2), soit dix fois plus que 
le Laurion n'avait donné à Athènes à l'époque de Thémistocle. 
Cette production considérable frappa à ce point Timagination des 
Grecs, qu'ils crurent que l'or, dans ces gisements privilégiés, 
se régénérait à mesure qu'on le recueillait. Jusqu'à la mort 
d'Alexandre, les mines de Philippes fournirent donc à la Grèce 
environ 30.000 talents d'or. En 330, enfin,les trésors de Persépolis 
et de Pasargade fournirent à Alexandre et à son armée des 
sommes énormes (3), dont une partie au moins pénétra en 

(1) Diodore. XVI, 30-31, 5&-57 ; Polyen. V, 45; Strabon, IX, p. 421. 

(2) Diodore, XVI, 3 et 8 ; Strabon^ VII, fragm. 34; Appien, IV, 106; Pline, 
Histoire naturelle, XXXVII, 15. 

(3) Strabon, XV, 3, 9; Arrien, III. 3 ; JusUn, XI, 14. 



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160 LES MINES DU LAURIOiN DANS l'ANTIQUITÉ 

Grèce de diverses manières. Harpale, par exemple, apporte 
700 talents à Athènes (1). 

En second Heu, cette masse de métal précieux fut en grande 
partie transformée en monnaie. Philippe et après lui Alexandre 
créèrent un système monétaire si bien adapté à leurs projets et à 
la situation nouvelle, que la monnaie Macédonienne se substitua 
rapidement dans les relations commerciales du monde grec à la 
monnaie d'Athènes, qui jusqu'alors avait fait prime sur tous les 
marchés. On sait en effet que Philippe avait frappé de l'or au 
poids des dariques et en même temps de l'argent au poids qui se 
rapportait le mieux à la valeur commerciale de l'or. De la sorte, 
il mit la monnaie d'or « non pas à la place, mais à côté de la 
monnaie d'argent qui jusque-là avait été seule en usage dans 
le monde grec, et il introduisit de cette façon dans son royaume 
le bimétallisme (2). » De son côté, Alexandre continua de 
frapper des monnaies d'or du même poids et du même type que 
les (( philippes », mais sa monnaie d'argent fut exactement 
conforme au système attique. Celte réforme fit revenir du bimé- 
tallisme de Philippe à la monnaie d'argent unique des Hellènes, 
mais en même temps les tétradrachmes et les drachmes 
d'Alexandre devinrent, en moins d'une génération, la monnaie 
universelle du monde grec (3). 

On comprend que ces changements ne pouvaient être que très 
nuisibles, à la longue, à la prospérité du Laurion. Car si l'ar- 
gent, par l'augmentation du stock de métaux précieux, avait été 
déprécié, ses frais de production en Attique n'avaient pas diminué 
et l'exploitation en devint moins rémunératrice. De plus, comme 
Targeut venu d'ailleurs abondait dans le commerce, les débou- 
chés du Laurion se restreignirent. D'un autre côté, l'importance 
prise par la monnaie d'Alexandre, qui n'était sans doute pas 
frappée avec Targent attique, diminua d'autant le cours de la mon- 
naie athénienne. Les mines du Laurion ne pouvaient donc pas 
se soutenir longtemps dans des conditions aussi défavorables. 
Et c'est ainsi que vers le commencement du III* siècle, la déca- 
dence irrémédiable commença. Nous relevons cependant çà et là 
quelques traces d'activité, qui prouvent qu'on luttait encore pour 
se maintenir. On a des fragments de registres de polètes datant 



(1) Diodore, XVII, i08 ; Hypéride, 1, III,S10 (éd. Blass). 

{%) Brandis, Das Mûnz- Mass- und Gewichtwesen in Vorderasien, p. 250. 

(3) Droysen, Bist. de l'Hellénisme, l, p. 154-155 (trad. Bouché-Leclercq). 



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DÉCADENCE AU III® SIÈCLE 161. 

d'une époque postérieure à 323, de 312, de 307. Les auteurs 
anciens nous rapportent aussi un mot de Démétrios de Phalère 
sur l'ardeur des mineurs Athéniens. « A voir ces hommes creuser 
la terre avec autant d'ardeur, ne dirait-on pas qu'ils espèrent en 
extraire Ploutos ou Pluton lui-même (1) ? » Mais ce sont là les 
derniers efforts dont le souvenir nous ait été conservé, et à partir 
de ce moment, le Laurion vit au jour le jour; ce n'est plus le riche 
trésor où l'État et les particuliers avaient puisé à pleines mains, et 
sa propre décadence est l'image de la décadence même de la Cité. 

En effet, la vie nationale à Athènes n'a plus à partir du III* 
siècle cette vigueur et cette intensité qui sont nécessaires pour 
solliciter et soutenir le travail des citoyens. Du moment que 
l'Etat n'a plus qu'un semblant d'existence, à quoi bon peiner 
pour lui procurer des ressources dont il ne saurait plus que 
faire ? Par instants l'ardeur de la vieille cité semble se 
réveiller : mais elle passe, au gré du plus fort, de l'esclavage 
à la liberté pour retomber dans l'esclavage ; elle languit et 
assiste impuissante aux dernières tentatives de la race grecque 
pour former une nation digne de ce nom. Cette passivité 
découragée explique la décadence du commerce et de l'in- 
dustrie ; c'est assez que les ressources soient à la hauteur des be- 
soins de chaque jour. Plus de réserve à mettre de côté, plus de 
trésor à constituer, plus de flotte à construire, plus d'édifices à 
élever ; il suflSt de vivre. Les successeurs d'Alexandre avaient 
ruiné et anéanti ce qu'il pouvait y avoir encore d'activité à 
Athènes. Les garnisons macédoniennes se succèdent au Pirée et 
la ville est privée du droit de frapper monnaie (2). D'un autre 
côté, le centre du commerce s'est déplacé vers Corinthe, Rhodes 
et Alexandrie. L'affaiblissement d'Athènes est complet. Les 
citoyens ne peuvent plus arrêter les courses de piratesde Chalcis 
ni celles de la garnison de Corinthe. En l'année 200, quelques 
bandes d'Acarnaniens mettront impunément l'Attique à feu et à 
sang (3). Dans les ports de guerre, il n'y aura bientôt plus que 
trois navires non pontés (4). 

L'histoire des monnaies athéniennes, en ces derniers siècles 



(1) Posidonius, cité par Strabon, III, 2. 9. 

(2) Barclay V. Uead, Catalogue of Greek Coins, Attica, p. XXI. 

(3) Polybe, XXXV, ^6. 

(4) Tite-Uve, XXXI. 22. 



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162 LES MINES DU LAURION DANS l'aNTIQUITÉ 

d'existence politique, fournit une preuve sensible de cette chute 
de la République. (( La frappe des monnaies athéniennes de nou- 
veau style a été très intermittente, très irrégulière. Elle com- 
mence très probablement en 296, époque où Démétrius Poliorcète 
rétablit Atbènes dans ses droits politiques et finit à l'époque 
d'Auguste quand les mines du Laurion sont épuisées. C'est 
donc une période de trois siècles ; or, elle n'est représentée que 
par i06 séries, dont un tiers appartient aux premières années... 
On voit qu'en moyenne les Athéniens ont frappé monnaie tous 
les deux ou trois ans seulement. Aux époques où le commerce 
languissait, où les finances de l'Etat étaient en souffrance, les 
ateliers monétaires chômaient. Aux époques de prospérité, on 
frappait abondamment, non seulement tous les ans, mais même 
tous les mois (i).» Dans ces conditions, l'industrie du Laurion ne 
pouvait que dépérir. Si les mines ne furent pas abandonnées, 
du moins le nombre des concessions diminua fortement, à sup- 
poser même que les Macédoniens aient obligé les Athéniens à y 
travailler, pour recueillir le métal nécessaire à la frappe de 
leur propre monnaie. 

Cependant, en 166, la victoire de Rome sur les Macédoniens eut 
d'heureuses conséquences pour Athènes. L'Ile de Délos, qui avait 
hésité entre les deux adversaires, fut remise aux Athéniens, ses 
anciens mattres,qui rentrèrent en même temps en possession de 
Lemnos et d'Haliarte (2). A la suite de l'émigration des Déiiens 
en Achaïe, des clérouques Athéniens s'installèreut dans l'île, et 
les Romains décrétèrent la franchise du port. Délos devint pres- 
que immédiatement une place de commerce considérable, au 
grand détriment des Rhodiens qui perdirent vite leur suprématie. 
La prospérité s'y accrut encore en 146, après la ruine de Corin- 
the. (( Rhodes abaissée, Carthage rasée, Corinthe détruite, Déios 
n'avait plus de rivalité à craindre ; sa fortune allait prendre un 
essor merveilleux. C'est vraiment le monopole du commerce 
oriental qui échoit à son port, à ses entrepôts (3). » Sans doute, 
les négociants Italiens durent recueillir les profits les plus consi- 
dérables dans ce grand mouvement d'affaires, mais les Athéniens 
en eurent certainement leur part. Par contre-coup, le Laurion 



(t) T. Reinach, Les Stratèges sur les monnaies d'Athènes, dans la Revue des 
Etudes Grecques, 1888, p. 176. 

(2) Polybe, XXI, 7. Cf. Homolle, Bull. Corr. Hell,, VUl, p. 92. 

(3) Homolle, loc, cit., p. 97. 



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DÉGAUENCE DU LAURION , 163 

reprit aussi quelque chose de son ancienne activité. Il fallait en 
eSetfournirlenumérairenécessaireaux échanges. On a remarqué 
que la frappe des pièces athéniennes de la période qui va de 146 
à 87 av. J.-C. est peu soignée, et on explique cette négligence par 
l'obligation où se trouvaient les Athéniens de frapper vite beau- 
coup de monnaies (1). Enfin, nous avons une autre preuve que 
les travaux ne chômaient point à cette époque au Laurion. L'his- 
torien Posidonius, cité par Athénée (2), raconte qu'au moment 
du second soulèvement des esclaves en Sicile, des esclaves des 
mines, au nombre de mille, tuèrent leurs gardiens, s'établirent 
sur l'acropole du Sounion, et dévastèrent les campagnes de 
l'Attique. A Délos, les esclaves se révoltèrent également, et il 
n'est pas impossible que le mouvement insurrectionnel se soit 
propagé de l'île au Laurion, à la laveur des relations commer- 
ciales qui devaient exister entre les deux localités. 



Cette reprise des affaires fut brusquement arrêtée. Le pillage 
de Délos par Ménophanès, en 88, et la chute d'Athènes, prise par 
Sylla en 86, ruinèrent à tout jamais le commerce athénien (3). 
Si la frappe de l'argent ne fut pas prohibée par le vainqueur (4), 
elle se restreignit singulièrement. Dans Athènes, désormais 
réduite au rôle d'une ville de province sans possessions exté- 
rieures, sans rôle politique, sans activité commerciale, l'Hôtel des 
Monnaies ne fonctionna plus que rarement. D'autre part, les 
Romains, qui avaient à leur disposition les riches gisements 
d'Espagne, dont ils tiraient en abondance le métal de leur numé- 
raire d'argent (oj, n eurent pas besoin d'en demander aux mines 
appauvries de l'Attique. Nous n'avons aucun indice qu'à cette 
époque ou plus tard, ils aient songé à s'en emparer ou à les faire 
exploiter pour leur propre compte, ce qui indique sans doute que 
le rendement en avait beaucoup baissé. Dès lors, les travaux au 
Laurion s'éteignirent petit à petit. Au temps de Strabon, les gîtes 
métallifères ne fournissant presque pas de minerai, les derniers 
mineurs se bornèrent à traiter une seconde fois les scories lais- 



(1) Barclay V. Head, op. dt., p. XLVI. 

(2) AUiénée, VI, p. 272 E. 

(3) HomoUe, loc. cit., p. 140 etsq. 

(4) Barclay V. Head, op, cit., p. LV. 

(5) Strabon, 111, 2, 10, d*après Posidonius. 



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164 LES MINES DU LAURION DANS L*ANTIQU1TÉ 

sées par leurs prédécesseurs. Ils les refoodirent ave'^ les déblais 
des anciennes exploitations, et réussirent à en retirer un métal 
utilisable (1). Nous savons en effet que les Athéniens, au V^ et au 
IV« siècles, ne s'étaient point attachés à extraire des minerais 
bruts tout le plomb qu'ils contenaient, et que les scories de 
leurs fours de fusion en retenaient une assez forte proportion. 
C'est ce plomb argentifère des scories que les fondeurs du pre- 
mier siècle de notre ère recueillirent avec soin et qui leur four- 
nit quelques bénéfices. Ainsi les travaux de recherches et d'aba- 
tage avaient cessé, et seuls, les ateliers métallurgiques, sans 
doute en petit nombre, fonctionnaient encore au commencement 
de l'Empire. C'est la décadence définitive, celle qui annonce la fin 
prochaine du Laurion, et, en effet, au II^ siècle, Pausanias (2) 
parle de l'industrie des mines attiques comme d'un passé mort 

et déjà lointain : « Aaupiciv té èanv, evÔa TUOTÈ *A67|vatotç -^v àpyupou 

(XÊTaXXa. » Cependant, le pays ne fut pas voué tout de suite à la 
solitude: on y a retrouvé des traces d'une occupation postérieure 
au iV® siècle ap. J.-C, par exemple des monnaies impériales 
de 432 et quelques inscriptions chrétiennes (3). Mais rien ne 
prouve que l'industrie minière ait vécu aussi longtemps, et 
que le renseignement de Pausanias soit erroné. 



En résumé, l'histoire d'Athènes et celle du Laurion ont suivi 
la même évolution : nous retrouvons ici et là les mêmes périodes 
successives de formation, de pleine activité, de crise et de déca- 
dence.L'une ne s'explique point sans l'autre. Si la grandeur de la 
cité a favorisé l'essor des mines, celles-ci en retour furent un des 
plus fermes soutiens de la puissance athénienne. Une fois même, 
le rôle en fut capital : en 484, Athènes, sans les revenus du 
Laurion, aurait-elle pu construire sa première ûotte de guerre ? 



(1) StraboD, IX, 1. 23: Ta Z'oLùy\jç,iïoL xà ev rr^ 'Attixt; xax'àpyàç jxèv tJv 
àSidXoya, vuvl S'exXetTuef xoû. 8y) xat ol âpvaÇofjievoi, t/jç [/.eTaXXeia; 
àffôevcoç uTcaxouoûtDqç, ttjv TcaXatàv exêoXàBa xal axcDpiav àva^wveuovreç, 
eupidxov ext iÇ aÛT7|ç aTroxaôaipdjjievov àpyopiov, tûv àp;^ai(ov àirstpcoç 
xafxiveiiovTcov. 

(2) Pausanias, 'Arrtxa, 1, 1. Pomponius Mêla, II, 3 : « Thoricos et Brauronia 
ohm urbes, jam laotum nomma. y> 

(3) Cordeila, Laurion^ p. 22, 32 et suiv. 



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HISTOIRE DES MINES DU LAURION 165 

et peut-on dire que sans la victoire de Salamine, il y aurait eu 
un siècle de Périclès ? Dans la suite, l'industrie minière, grâce à 
Tabondance et à la pureté de Tarçent qu'elle jetait en circulation, 
grâce aux produits variés qu'elle fournissait aux marchés de 
Pirée, compta pour beaucoup dans la supériorité commerciale 
d'Athènes. Eo même temps les ressources financières qu'elle 
mettait à la disposition du trésor assurèrent à l'État des réserves 
longtemps inépuisables. Enfin elle contribua, pour une bonne 
pari, au développement de la richesse mobilière parmi les 
citoyens et par suite au progrès de la démocratie. Pour ces 
raisons, n'est-il pas légitime de répéter avec Eschyle (i), que, 
par un heureux destin, les Athéniens ont possédé une 
source d'argent, véritable trésor de la terre ? 



(1) Eschyle, Perses, 238. 



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CHAPITRE VIII 



RÉGIME LÉGAL DBS BilNES A ATHÈNES 



Le régime légal des mines à Athènes nous est peu connu et il 
ne saurait en être autrement. Les documents que nous fournissent 
les anciens sont rares et insuffisants, quoi qu'on en puisse 
croire au premier abord. Il semble qu'un chapitre de Xéno- 
phon (le quatrième du Traité des He\)enus), que deux discours 
de Démosthène (Plaidoyers contre Pantainétès et contre Pkénippos) 
soient une mine suffisamment riche de textes et de renseigne- 
ments; il faut en rabattre. Xénophon parle beaucoup plus de 
ce qui, à son avis, devrait se faire que de ce qui se fait; Démosthène, 
pour les besoins de sa cause, reste trop souvent dans le vague. 
Quelques lignes du chapitre 47 de la Constitution ^Athènes [Sur 
les Polètes) sont encore, pour notre sujet, ce que nous avons de 
plus précis. Il faut ajouter à ces sources quelques définitions de 
lexicographes et de grammairiens, plus ou moins sujettes à cau- 
tion et parfois évidemment erronées. Çà et là, des allusions au 
régime légal des mines dans divers écrivains ne comblent point 
les lacunes de nos connaissances. On attacherait beaucoup plus 
d'importance aux documents épigraphiques et, entre autres, aux 
contrats passés par les Polètes avec les acquéreurs de conces- 
sions. Malheureusement, ces actes sont en petit nombre, dans 
un état très fragmentaire, mal conservés, et laissent encore trop 
de place à l'incertitude. 

D'un autre côté, ces textes et ces inscriptions appartiennent à 
une même période et se rapportent tous, ou peu s'en faut, à la 
seconde moitié du IV® siècle. Le Traité des Revenus de Xénophon 



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RÉGIME LÉGAL DBS MINES A ATHÈNES 167 

est de 355 (1); la dernière de nos inscriptions est des premières 
années du III« siècle. Nous sommes donc tenus de nous renfermer 
dans des limites de temps très étroites. Ce que nous dirons de la 
propriété des mines à Athènes, des actes de concession, de la loi 
qui, par des mesures de protection spéciales, assurait la pros- 
périté du Laurion, n'est rigoureusement exact que pour les 
soixante ou quatre-vingts années entre lesquelles sont disséminés 
nos renseignements. On ne saurait, en aucune manière, pour la 
plupart des questions, remonter au delà du IV® siècle avec cer- 
titude; sur la législation des temps antérieurs et, à plus forte 
raison, sur les origines mêmes des institutions, il faut se con- 
tenter d'hypothèses. Il est infiniment regrettable d'être réduit à 
de si pauvres ressources en ces études qui touchent aux problèmes 
les plus intéressants du droit et de l'économie politique des 
Athéniens. 

I 

Droits de l'Etat 

Aristote, dans la Constitution d'Athènes, dit au chapitre 47 : 
(( Les Polètes font toutes les adjudications de l'Etat, ils vendent 
les mines avec le trésorier des fonds militaires et les adminis- 
trateurs du théorique, en séance du conseil, ils garantissent la 
ferme des impôts à celui à qui le conseil Ta adjugée par un vote 
à mains levées. De même, ils garantissent les mines, aussi bien 
celles qui sont en exploitation et vendues pour trois ans, que 
celles qui sont concédées et vendues pour dix ans (2) ». Parmi 
leurs attributions, les Polètes ont donc la vente des mines {izoyXoZtj'. 
xà jiéraXXa) et sont chargés d'en garantir la libre jouissance. Ce 
renseignement est exact : une inscription porte en effet ces mots : 



(1) Xénophoo, Revenus.Vf, 40; V, 9, 12. Cf. Zurborg» Zeitsch, f,d, Gym- 
luisxalw. Berlin, 1874. VIII, p. 955 : M. Schanz, Rheinische Mus., 1881. p. 215. 

(2) Aristote, Const. (V Athènes,^! : 01 TrwXiriTal... {jii<TÔou(rt Se xà fit<T6a)|jLaTa 
TcivTa xal xà fiexaXXa TuwXoudi, xal Ta téXt) [lexà tou Ta(x(ou twv 
aTpaxKOTixûv xaà tôv kid to ôewpixbv vjpTrKxévwv evavT(ov t7|ç PouXyj; 
xaTaxupoufftv Sto) àv t) ^ouXiq yeipoTOvrjOryj, xal xà Tcpaôévxa ^éraXXa xà 
T'epYâf<xifii.a, TOL elç Tpta eTTj TueTrpafxéva, xai xà ffuYxey^wpTijjLéva, xà elç i 
exTj TceTrpafxéva. » Nous empruntoDS à M. P. Foucart les corrections de texte 
et la traduction de ce passage difficile. Voir Revue de Philologie, XIX, p. 251. 



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168 LES BflNES DU LAURION DANS L'aNTIQUITÂ 

ricoXiriTai ol kid 'AvaÇtxpot[TOuç àpyovro; 
fiéxaXXa txSe aTCeSovTO (1). 

C'est avec raison qu'on a considéré comme des fragments 
des tables des polètes une série d'inscriptions retrouvées à 
Athènes, et portant mention du nom et de la qualité des fxéxaXXa, 
des limites qui leur sont fixées, des particuliers auxquels ils 
sont cédés, enfin d'une somme d'argent qui peut varier pour 
chaque mine. Ces actes étaient appelées S(aYpa(pa(. <( Ceux qui 
exploitaient des mines d'argent, lorsqu'il voulaient en ouvrir 
une nouvelle, en faisaient la déclaration aux fonctionnaires 
chaînés de ce soin par le peuple et étaient inscrits (k-Kiy^i- 
(povTo) (2). )) Comme tous les autres actes publics d'Athènes, ils 
étaient datés par le nom de l'archonte et de la tribu prytane et 
on les conservait à l'Acropole. 

Voici la teneur d'une Staypacpiq, et la liste des autres: 

I. CIA, II, 780 z= Boeckh, CfG, 162 = Hicks, Greek Fris- 
criptions of the British Muséum, I, XXXVl; 22 lignes incomplètes. 

.... txicDV, olç Ye{[T<i>v 

Tcapà To A7j[jL7jtpiaxb[v ^ 

ywv xaXoujievoç * a)V7|(T7j;) 'Ayvdôeoç 

5 'A^poBtataxbv M 0paffu(XX)a)* 'Ap[ xaivo- 

TO{jitav 'A^po(8i)aiaxbv cv toïç eSdt^cfftv xaXoû- 

(xevoç, Buofiévou to èp^aerr-iiptov to A[t^{X6iov xaXouuevov (?). . . . 

[3] vjpyàÇeTO TeXeaixX-riç KaXXiou *Apa(p[T(^ 

OopixoT A7j{nrjTpi[a]xbv, y) j^apdBpa xaXou(ié[vTri 

10 eicl TTj; 'EpeyÔTjiSo; BeuTepotç '7cpuTave[{ a< 

TO At^(Xeiov xaXo'jjievov» ô àTreypà^j/aTO 

a)v(7)TT,c) KaXXifxeSwv KaX^ixpxTou KoXX(uT6i>ç) evito 

'AvavctÇifia. 

[ 'AJjKpiTpoTrrjfTiv 'AÔTjvaiïxbv KcJvcdv K6va>[voç 

15 ( 'AJÔTjvauxbv xolX (ruvTOfxàç 'A(x<ptTpo7rif|[çi 

[6]Bo;, 7)X{ou Buofxévou oSbç, àvt<îvT[oç 

['ApT6|(i.i<iiaxbv 0opixoT* Eù^7|(i.(87|ç Kt). . . .' 



(1) CIÀ, IV, 7806. 

(2) Suidas et Zonaras : 'Aypîtf oy jjLeTaXXou S^xyi* Ol Ta àpY^peia [leTaXXa 
cpyaÇojievoi ô'ttou PouXoivto xatvou epyou àpÇaffOai, îpavcpbv fTTOioiîvTO 
Totç Itt' exetvoiç TeTay^ievotç utco tou 8i^[iou, àTCEypdcQovTO... Voir Harpe- 
cration, au mot Aiaysa^/j : le texte est cité plus loin, p. 180, note 4. 



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RÉGIME Léo AL DBS MINES A ATHÈNES 169 

[Ly Toî;] cSx^Êffi toîç ' ETrafxetvovoç 

* . . . K]Tfi(pi(To8(6pou *AÔfio(veuç)* HF 

20 V TrafXjaibv àva<Ta[Çt(iov 

oç \r^ Aaupefi 

XJVT 

II. Vers 312 av. J.-C. — CFA, II, 782*. Trouvée sur l'Acropole 
d'Athènes. Gravure (ttoi/tiôov; 15 lignes incomplètes (1). 

m. 307/6 av. J.-C. — CM, IV, 2« partie, 780*. Cf. Kouma- 
noudis, 'Ecp. 'Apy-» 1890, p. 222. Gravure a-cor/rfiCw; 4 lignes incom- 
plètes. C'est le fragment que nous avons cité plus haut. 

IV. Du commencement ou du milieu du III® siècle. — CIA , II, 
781, trouvée dans le Céramique extérieur; 18 lignes incomplètes. 

V. Date indéterminée. — CfA, II, 782, trouvée sur la pente 
méridionale de TAcropole ; 18 lignes incomplètes. 

VI. Date indéterminée. — CIA , II, 783. Provenance inconnue. 
Ce fragment est de tous le plus détérioré, et il n'y a rien à en 
tirer. 



Puisque ce sont des magistrats de TEtat qui procèdent à la 
vente des jiéxaXXa, et que les particuliers sont obligés de se faire 
reconnaître par TEtat le droit de les exploiter, il est clair que 
les mines faisaient, en principe, partie du domaine public. Et 
non seulement TEtat en est le propriétaire, mais il ne peut y en 
avoir d'autre, et les mines du Laurion constituent un patri- 
moine perpétuel et incessible. Il serait, en effet, erroné de croire 



(1) M. Hansen. De meiaUis Atticis^ p. ti, place ceUe inscripUon entre 340 et 
330, uniquement d'après le caractère épigraphique. Cette preuve ne suffit pas. 
Nous la plaçons vers 313/2 et voici nos raisons. Dans le fragment I, nous rele- 
vons la concession 'AcppoSi<r(ax6v comme concession nouvelle (xatvoTO[x(a) de 
Tannée, soit de3S3, d'après Boeckh. Or la même concession se retrouve dans le 
fragment II, comme àva<rQc^i{iov ou vieille concession. Comme rien nVmpèche 
de croire que ce soit, dans les deux inscriptions, la même concession, nous 
datons le fragment II de 313/2, c'est-à-dire de 10 ans après lo premier. Voir 
plus loin, p. 171. La gravure isroiyrfià^f n*est pas un argument irréfutable 
d'antériorité, puisque le fragment III, sûrement daté de 307/6, est également 
gravé OTOi/ïjôôv. 



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170 LES MINES DU LAURION DANS L'aNTIQDITÉ 

que les termes de vente et d'achat employés à propos des mioes 
en impliquent l'aliénation définitive. Aristote se sert des mots 
TcwXeïv et TctTTpàcxxeiv (1), les Orateurs disent TcptaorOat (2), les registres 
des polètes portent aTuoBiBôvai et désignent le particulier sous le 
nom de wvtjttq;. Mais il ne faut pas s'y tromper; il ne s'agit ici 
que d'une vente fictive. Dans la langue attique, ces diverses 
expressions sont souvent synonymes de donner ou prendre à 
bail ; on trouve, par exemple, ol Tcptauievot rh téXo;, irwXeTv to 
TeXoç (3). Cet abus apparent de langage a d'ailleurs sa raison 
d'être : le concessionnaire achetait, par adjudication et pour un 
prix déterminé, une part de mines. De plus, il ne pouvait être 
dessaisi de son lot que pour une raison majeure, par exemple 
pour l'inexécution d'une des clauses du contrat qu'il passait 
avec TEtat. S'il reste dans son droit, il est libre d'agir chez 
lui comme bon lui semble ; il travaille à sa guise et les béné- 
fices de son labeur sont pour lui. Il peut donc, dans une 
certaine mesure, se considérer comme acheteur et propriétaire 
temporaire. Les actes officiels acceptent ces titres. Mais l'Etat 
reste le vrai et perpétuel maître de toutes les concessions. 

Une première preuve, c'est qu'elles lui font retour après un laps 
de temps déterminé. Les particuliers, qui désiraient acheter des 
concessions, avaient le choix entre deux catégories de lots ; les 

uns dits xaivoTOfxtai, les autres dits àva<TâÇi(i.a ou TraXatà [leTaXXa. 

Ces mots s'expliquent aisément. Le premier s'applique aux con- 
cessions vierges de tout travail ; le second aux concessions aban- 
données pour une raison ou pour une autre par le premier 
acquéreur (4). Celles-ci ne demandent qu'un faible capital pour 
être reprises ; celles-là comportent des dépenses plus fortes, 
puisque le minerai est à trouver par des recherches préalables. 
Cette qualité de xatvoTOfjiia ou d'àva(ià5i(i.ov est soigneusement 
mentionnée deux fois sur chaque oiaypacp-^, d'tibord en tête du 
chapitre (fr. 1, 1. 13), ensuite après le nom de chaque conces- 
sion, de telle sorte qu'il ne puisse s'élever de contestation sur la 
classe de ladite concession. Toutes celles qui appartiennent à 
la même catégorie sont donc inscrites à la suite l'une de l'autre, 

(1) Aristote, Constilution d'Athènes, XLVII. 

(2) Démosthène, XXXVII, 22 et 37 ; Dinarque, contre Mécythos. 

(3) Eschine, I, 134; Démosthène, XXIV. 122, 146, LIX, 27. Cf. Hansen, De 
metalUs altieis, p. 15. 'ÛvfiTTjç signifie quelquefois fermier : Revue des 
Etudes GrecqueSy 1891, p. 363. 

(4) Voir Chapitre III, p. 43. 



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DROITS DE l'État 171 

et la seconde énumération ne commence qu'à la fin delà pre- 
mière. Si les Polètes prenaient ces précautions, c'est que selon 
la nature des lots, la durée de la coqcession était plus ou moins 
grande. Les fxsxaXXa àvaax^ifxa, celles qu'Aristote désigne sous 
le nom de TtpaôévTa (xsTaXXa Ta t' èpYctfftfjLa (1) étaient louées 
pour trois ans ; les xacvoTo^iiat, dites dans le même passage 
(ruYX6y(i)p7){iéva l'étaient pour dix ans (2). Il était donc nécessaire 
qu'il n'y eût aucun doute sur la qualité du fxéToXXov. Les 
entrepreneurs peu scrupuleux ne pouvaient pas arguer d'une 
rédaction douteuse pour réclamer une prolongation de bail 
au-delà du temps fixé par la loi. Ainsi tous les trois ans ou tous 
les dix ans, suivant les cas, les lots de mines revenaient à l'Etat, 
qui pouvait en disposer à son gré, soit en faveur de l'ancien 
concessionnaire, soit en faveur d'un nouveau preneur. Nous 
voyons, par exemple, apparaître dans les actes des Polètes la 
concession d'Aphrodite une première fois comme xatvoTojjLta, et 
un peu plus tard en qualité d'àva(rà5i(i.ov (3). Il n'y avait donc pas 
en réalité une vente véritable, mais une simple location. L'Etat 
déléguait aux particuliers un droit d'exploitation, et non pas un 
droit de souveraine propriété. 

En second lieu, le concessionnaire ne pouvait ni vendre sa 
part à un tiers ni la léguer par héritage. Boeckh, supposant, faute 
de renseignements certaius, que les concessions étaient données 
en bail à perpétuité, était ameué à admettre qu'elles pouvaient 
passer de main en main par héritage ou par vente, ou par tout 
autre mode de transfert légal (4). Il appuie cette théorie d'un 
exemple tiré de Démosthène, où Ton voit l'Athénien Pantainétès 
acheter une mine un talent et demi (5). Mais, dans ce passage, 
rien n'indique qu'il s'agisse d'un achat fait à un particulier : 
Pantainétès dit simplement qu'on l'a dépouillé de la somme qu'il 
envoyait au Trésor pour la mine qu'il avait payée un talent 
et demi. Ce texte n'apporte donc aucune confirmation à l'opi- 
nion de Boeckh. On a encore cité comme preuve de cette 
faculté de vente laissée aux concessionnaires un texte d'Eschine, 



(1) Aristote, Constitution d'Athènes, XLVII. 

(2) Voir plus loin. p. 177. 

(3) CIA, 780. 1. 6; 782 &. 1. 2. 

• (4) Boeckh, Liur. Silb,, p. 1H-H2; Staatsh. d. Ath,, ï, p. 378 (éd. 
Fraenkel). 
(5) Démosthène, XXXVII, 22. 



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172 LES MINES DU LAURION DANS L ANTIQUITÉ 

OÙ il est dit queTimarque, pour échapper aux liturgies, avait mis 
en vente deux epYa<TTTQpia (1). C'est confondre à tort r6pYa(mi^pîov 
ou l'usine avec le (xÉTaXXov, ou mine proprement dite. Cette erreur 
de traduction, trop souvent répétée, est inadmissible; les deux 
termes ont chacun leur valeur distincte et précise. On ne saurait 
les remplacer l'un par l'autre (2).Timarquea vendu ses deux ate- 
liers parce qu'il en était le maître, comme des domaines agricoles 
qu'il possédai t à Céphissa età Amphitrope.Nous connaissonsaussi 
plusieurs autres exemples d'ateliers vendus par les particuliers. 
Il ne s'agit donc aucunement démine dans le passage invoqué. Et 
il ne saurait en être autrement : puisque les fjiéTaXXa sont affermés 
pour un petit nombre d années, il ne pouvait être permis aux 
entrepreneurs de les vendre ou de les léguer à un tiers. Qui ne 
voit que la vente aurait jeté la confusion dans la comptabilité 
publique et que le legs eût exposé les lots de mines à un mor- 
cellement fâcheux? Le concessionnaire ne jouissait donc en réa- 
lité que d'un droit d'usufruit, et c'est de ce droit qu'il peut se 
considérer acheteur [Myyyzr^ç). Ainsi l'État demeure le seul mattre 
des mines qui constituent un domaine incessible. 

On a cependant essayé d'établir qu'il y avait au Laurion des 
mines qui étaient propriétés de TÉtat et des mines qui étaient 
propriétés particulières : tel est l'avis de M. Lipsius (3). Cette 
théorie repose uniquement sur un passage d'Hypéride dont 
nul ne s'était encore avisé de tirer une conclusion aussi inat- 
tendue. Hypéride dit qu'on avait dénoncé un certain Épicratès 
de Pallène, comme coupable d'avoir dépassé les limites de 
sa concession (èvroç twv fiéxpwv TÊfiveiv). Le Tribunal avait 
reconnu qu'il n'en était rien et que la mine, quÉpicratès exploi- 
tait, était bien la sienne, eYvwdav ISiov elvai to {jLexaXXov (4). 
En conséquence, les juges l'avaient confirmé dans la jouissance 
de ses droits pour le reste du temps qui lui restait. M. Lipsius 
fonde toute son hypothèse sur ces mots rSiov t^ {jLixaXXov et les 
traduit ainsi : (( les juges reconnurent que la mine était la 
propriété personnelle d'Epicratès de Pallène. » Tout d'abord, 
je remarque que c'est vouloir faire dire beaucoup à une phfase 

(1) Eschine, I, 121. 

(2) C'e8t à tort que M. Daresle, dans sa traduction du Plaidoyer contre Pan- 
taivétès, emploie indifféremment les deux expressions Tune pour l'autre. Voir 
la traducUon des Plaidoyers civils de Démostbène, I, pp. 253 et suiv. 

(3) Lipsius. dans YAttische Process^de iMeler et Schoeraann,p. 102(m023. 

(4) Hypéride, pour Euxénippos, col. XLIV et XLV (éd. Blass). 



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DROITS DE l'État 173 

qui s'explique très naturellement d'une autre manière. En second 
lieu, je ne vois nulle part aucun indice pour confirmer une 
pareille interprétation. Au contraire, je ne sache pas qu'Aristote 
fasse la moindre allusionà des propriétés privées, quand il dit que 
les Polètes étaient chargés de vendre les mines. Il est cependant 
bien vraisemblable que, s'il y avait eu matière à confusion, il 
aurait ajouté l'épithète de Sr,{jLc><;îa pour caractériser les mines de 
l'Etat. Aussi bien, Xénophon n'indique point qu'il existe des mines 
privées, lorsqu'il déclare que la ville permet aux étrangers 
comme aux citoyens d'exploiter les concessions (1). On pourrait 
multiplier ces exemples. Il suffit d'ailleurs de lire le passage 
entier d'Hypéride pour apprécier à sa juste valeur l'expression 
qu'invoque M. Lipsius. Epicratès n'est pas sorti de sa concession; 
il est resté dans les limites que lui avait imposées TEtat ; il y a 
déjà travaillé trois ans, et il s'en voit assurer la libre possession 
pour les sept années de bail qui lui restent. Je ne saurais donc 
accepter l'opinion de M. Lipsius qui est en contradiction avec le 
propre texte sur lequel elle repose, et qui n'est étayée d'aucune 
autre preuve. 



La propriété de l'État s'étend à toutes les mines et c'est en 
vertu d'un droit régalien, puisqu'elle ne s'applique qu'au 
tréfonds et non à la surface correspondante du sol. C'est du 
moins ce que nous croyons constater dans les documents du 
IV" siècle. Dans chacun des actes de concession qui nous sont 
parvenus, il y a une indication qui revient à plusieurs reprises: 
c'est la mention de r£5a9oç où le lot de mine se trouve situé. 
Par exemple, la concession KT7i<Tiaxov, acquise par Hypéridès, 
est (( 6v Toî; sôàcpsfft Tou 'E:ciy(xpou<; )) (2); de même, la conces- 
sion 'A(>T6[jLi(jiax(Jv est renfermée dans les èSàcpT) d'Epameinon (3). 
On a interprété ce mot IBa^o; d'une manière erronée. M. Hicks le 
définit ainsi : « Fondations, c'est-à-dire galerie poussée sous le 
niveau d'une autre (4) ». Il faudrait donc entendre que les 
concessions formaient des étages superposés les uns aux 



(1) Xénophoa, Revenus, IV, 12. 

(2) CIA, IL 782, 1. 8-9. 

(3) Ibid., 780. L 17-18. 

(4) Hicks. Ane. Greek inscriptions ofBr. Mils., 1, p. lOO-tOl:^ FoandaUons 
of some other miaes, i. e. it is a gallery driven under the floor of another ». 



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174 LES MINBS DU LAURION DANS L'aNTIQUITÉ 

autres. Or il n'en est rien. Ce mode de division, à la rigueur 
admissible dans nos mines modernes où Ton procède à 
l'abatage du minerai par étages distincts et à niveau hori- 
zontal, ne pouvait être appliqué aux mines du Laurion. Il 
est impossible de distinguer, dans les travaux anciens, les étages 
bien définis qui n'auraient pas manqué d'exister sur de vastes 
surfaces, s'ils avaient été les limites de partage des concessions. 
De plus, dans le bornage de chaque lot, il aurait fallu fixer 
répaisseur maxima de la tranche que l'entrepreneur était auto- 
risé à exploiter. Le mot eSacpoç ne peut donc avoir ce sens, puisque 
sur le terrain il ne correspond à rien. Selon une opinion plus 
vraisemblable, ce terme désigne simplement la propriété de 
surface opposée à celle de tréfonds. C'est l'explication qui se 
rapproche le plus de la signification ordinaire d'SBa^oç; les archi- 
tectes et les jurisconsultes y voient le sol brut sur lequel on 
construit, le sol qu'on possède (1). Dans nos inscriptions, c'est 
donc la surface sous laquelle une mine est concédée. Si telle est 
la véritable valeur de reSa<po;, il résulte des exemples que nous 
avons cités que le propriétaire du tréfonds ne se confondait point 
avec celui de la surface. Hypéridès et Epicharès, Euphémidès et 
Epameinon avaient chacun leurs droits distincts reconnus par 
l'acte de concession. D'autre part,il n'est jamais dit dans les docu- 
ments que nous possédons que les èSàp, aient appartenu à l'Etat. 
Un autre texte épigraphique établit aussi la distinction des 
deux propriétés d'une façon très nette. C'est une inscription 
trouvée en mars 1894, dans le district d'Agriléza et qui 
semble dater du IV* siècle av. J.-C. (2). Un certain Leukios, 
qui est probablement citoyen du Sounion, fait don à ce dème d'un 
terrain pour la construction d'un marché, de deux plethres de 
longueur sur un de largeur (61^65 X 30^80). Leukios est donc 
propriétaire de la surface dont il fait don. Or, à l'endroit même 
où a été trouvée la stèle, et elle était vraisemblablement en place, 
(oTTidai 6v rfjt àyopai) il se trouve des travaux de mines. A supposer 
que Leukios fût en même temps concessionnaire de la mine, il 
ne pouvait disposer de la surface qu'en vertu d'un droit per- 
sonnel : si les deux propriétés avaient été confondues en une seule, 
il aurait eu besoin pour sa donation d'une autorisation préalable 
de l'Etat qui vend la mine. Or, il n'en est pas question dans Tins- 



(1) CIA, II, 779; Isée. XI, 41 (édil. Scheibe). 

(2) Mittheil. Arch. Inst. ton Athen, 1894; pp. 241 et suiv. 



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DROITS DE L ÉTAT 175 

cription. Enfin, et pour confirmer ces exemples particuliers, on 
peut ajouter que les usines métallurgiques sont généralement 
situées au-dessus et dans le voisinage des chantiers de mines. Or 
ces usines sont vendues et achetées, au gré de leurs maîtres, 
sans intervention de l'Etat (1) : elles sont incontestablement 
propriétés privées, et la possession n'en e^^t pas liée à celle du 
sous-sol. Ainsi, la propriété du dessous et celle du dessus ne 
sont point confondues. L'Etat a Tune, les particuliers ont Tautre. 
Dans l'histoire de la législation des mines c'est le premier 
exemple authentique d'une semblable distinction : elle suppose 
un principe supérieur de droit régalien, ou plutôt la conception 
très nette d'un intérêt général qui domine les intérêts particu- 
liers. Si nous constations que TEtat possédait la surface en môme 
temps que le tréfonds,nous pourrions supposer qu'il s'était trouvé 
le maître de la mine, parce qu'il était déjà celui du sol superfi- 
ciel. Au contraire, puisque le sol superficiel est entre les mains 
des particuliers, et qu'il était de règle à Athènes que le dessous 
fût attribué à la même personne que le dessus, il faut bien 
admettre que c'est en vertu d'un droit supérieur que l'Etat s'est 
rendu maître des gisements du Laurion. 

On pourra dire que rien n'empêche que l'Etat, primitivement 
propriétaire de la surface, l'ait aliénée dans la suite. Celte hypo- 
thèse ne me satisfait point. En eilet, par l'étude des lieux, nous 
sommes fondés à penser que l'exploitation du Laurion a com- 
mencé de très bonne heure, avant la constitution de l'Etat 
athénien. A cette époque lointaine, les mines lauriotiques 
étaient-elles déjà considérées comme la propriété commune de 
tous les habitants de la contrée ? Ce serait là une exception 
entre toutes les mines dont nous pouvons saisir le régime primitif. 
11 faudrait admettre, ou bien que les terres, sous lesquelles 
elles étaient situées, n'avaient point encore trouvé de maîtres, ce 
qui serait étrange, étant donné la valeur très vite connue du 
sous-sol, ou bien que l'on avait distingué immédiatement entre 
la propriété du dessus et celle du dessous.Cette manière de voir 
ne s'accorde ni avec les faits, ni avec les sentiments naturels 
d'une population peu civilisée. En effet, «de par le droit naturel, 
)) les mines qui existent dans un terrain font partie du terrain 
» même, et il est libre au propriétaire du fonds d'en extraire les 
» substances minérales, comme il lui est libre d'en récolter les 

(1) CIA, II, 1122, 1123. 



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176 LES MINES DU LAURION DANS L^ANTIQUITÉ 

» fruits (1). » Partout les choses se passent ainsi : les mines 
commencent par être confondues avec le domaine privé, et la 
distinction du dessus et du dessous est toujours d'une époque 
postérieure. Diodore de Sicile nous apprend qu'en Egypte les 
rois s'étaient approprié de bonne heure les mines d'or du haut . 
pays : ils ne les possédaient donc pas de plein droit et dès 
l'origine (2). A Rome, les mines furent d'abord des propriétés 
particulières, et ce n'est qu'assez tard qu'on investit l'Etat de 
droits sur les richesses minérales du sol (3). Dans les temps 
modernes, aux Etats-Unis, avant 1866, on n'appliquait partout 
que la coutume, en vertu de laquelle les mines appartenaient 
aux propriétaires du sol qui les renfermait (4). Je serais donc 
porté à croire qu'il en fut de même à l'origine des mines du 
Laurion : les individus ou plutôt les familles se partagèrent de 
bonne heure la propriété du sol et celle du sous-sol qui ne faisaient 
qu'une. C'est plus tard, par une prise de possession dont le 
mode nous échappe complètement, que l'Etat athénien s'empara 
de la propriété souveraine des gisements minéraux. Tel fut du 
moins l'état des choses, à partir du V« siècle : nous savons en 
eflet qu'avant la bataille de Salamine le trésor public avait 
trouvé dans les revenus du Laurion des ressources inat- 
tendues (5). 

Ainsi les mines du Laurion se distinguaient au moins par 
deux caractères des autres domaines publics de la cité : la pro- 
priété n'en était point confondue avec la possession de la surface, 
alors que dans le reste de l'Attique, pour les biens publics et 
privés, le dessous et le dessus appartenaient au même maître (6). 
Elle était d'autre part immuable, et nul ne pouvait en distraire 
une parcelle à titre définitif. Nulle part, nous ne constatons 
qu'Athènes, même réduite aux derniers expédients pour relever 
ses finances délabrées, ait jamais cédé à perpétuité le moindre 



(1) Merlin, Question de droit, F» Mines, §§ I, p. 445. Aguillon, Législation 
des Mines, I, p. 7. 

(2) Diodore, III, 12. 

(3) Pline, Hist. Nal., III, 24 ; XXXIII, .31 ; Tacite, Annales, VI, 19; Tit^ 
Uve, XLV, 29; Diodore^ V, 36. Cf. Marquardt, Rômische Staatsverwaltung, 
II, p. 252. Héron de Villefosse, Richesse minérale, 1, p. 489eisuiv. 

(4) Merlin, loe, cit. Aguillon, lac. cit. 

(5) Aristote, Constitution d'Athènes, 2^. Voir plus haut, p. 137. 

(6) Guiraud, Propriété /oncière en Grèce, pp. 344-349. 



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DROITS DES CONCESSIONNAIRES 177 

lot de mines. Le Laurion est un domaine inaliénable et perpé- 
tuel, dont les Athéniens se sont toujours montrés très fiers et 
très jaloux. 

II 



Di«oit8 des Concessionnaires. 

Les concessions de mines mises par l'Etat à la disposition des 
particuliers se rangeaient, nous l'avons vu, en deux catégories : 
il y avait, selon Aristote, les xaivorojjLfai et les àva<ràît|jLa {téxaXXa. 
Les premières étaient affermées pour dix ans ; les secondes pour 
trois ans seulement. Pour la durée des baux des àva(rà^ii&a, il 
n'y a pas de doute à avoir, le texte d'Aristote est formel et la 
lecture elç Tp{a lzy\ est certaine. Une période triennale était suf- 
fisante pour reprendre un chantier abandonné, pour continuer 
une exploitation déjà en marche. Quelques semaines ou quel- 
ques jours de travail mettaient le concessionnaire à même de 
travailler avec profit, puisqu'il ne s'agissait le plus souvent que 
de poursuivre Tabatage d'un gisement connu. 

Pour les xatvoTO(jt.ta(, le texte d'Aristote est plus douteux et le 
manuscrit est difficile à déchiffrer. Les éditeurs de la Consti- 
tution d'Athènes ont lu, les uns : eU y etti iteîcpajtéva, les autres : 
Ta elç àet 7t67rpa|jL€va (1). Pour ce qui est de Ja première conjec- 
ture, elle est invraisemblable, parce que si le bail avait été 

de trois ans pour les xaevoTOjji^at comme pour les àvacrà^efia jjiéTaXXa, 

il n'y aurait pas eu lieu d'en faire l'objet d'une mention dis- 
tincte. Pour la seconde, elle est contredite par un passage 
d'Hypéride, qui implique que la durée des baux n'était pas 
indéterminée. Épicrate de Pallène avait déjà travaillé trois ans 
dans une xaivoro^xia, lorsqu'il fut accusé par un délateur d'être 
sorti des limites de sa concession. La dénonciation ayant été 
reconnue fausse, le Tribunal lui confirma la libre jouissance 
de sa mine pour le temps qui lui restait encore « xal ttjv 
uTtdXoiTtov i^yoifjioL^f Tou (jLETctXXou I6e6a{<i)ffav » (2). Il est donc certain 
que si le bail durait plus de trois ans, il n'avait pas cepen- 
dant une durée indéterminée ou perpétuelle. Au bout de com- 



(1) Aristote, Constitution d'Athènes^ ch.il : elç y eT7|,éd.Kenyon— elç àel, 
éd. van Leeuweo. 

(2) Hypéride, pour Euxénippos^ col. XLIV (Blaas). 

12 



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178 LES MINES DU LAURION DANS L' ANTIQUITÉ 

bien d'années prenait-il fin? M. Blass, après avoir revu le 
manuscrit de r'A07|va{a>v 7roXtTe(a, propose la restitution sui- 
vante : xà elç ( Ittj 7r£7tpa(xéva. Le bail des xaivoTO(jL(ai serait ainsi de 
dix ans (1). Aux raisons paléographiques qui peuvent justifier 
celte lecture nouvelle, nous ajouterons un autre argument. 
On sait que, pour les terres publiques et pour les domaines 
sacrés, la durée des baux était de dix années (2). Il n'y a pas 
lieu de croire qu'elle fût moindre pour les xaivoTO(ji(ai. En effet, 
on conçoit que la loi ait admis à jouir pendant longtemps 
du droit d'exploitation les concessionnaires qui se livraient 
aux travaux de recherches. Il fallait creuser les puits, percer de^ 
galeries; nous avons vu qu'avec toute leur habileté les mineurs 
pouvaient mettre plusieurs années à exécuter ces longs ouvrages . 
S'ils n'avaient eu que trois ans devant eux, dans bien des cas, ils 
auraient eu le temps de se ruiner, sans chances de rentrer dans 
leurs frais. Au contraire, une période décennale me parait con- 
venir parfaitement à la location des mines nouvelles. L'entre- 
preneur pouvait alors procéder à ses recherches, creuser ses 
puits, ses descenderies, sans craindre de manquer de temps pour 
recueillir le minerai des gisements qu'il pouvait découvrir. 

D'autre part, on peut se demander pourquoi, d'une manière 
générale, la durée des baux n'était pas plus longue. Nous 
remarquerons d'abord que rien ne prouve que le concessionnaire 
sortant n'ait pas eu la faculté de reprendre sa part de mines 
moyennant une inscription nouvelle dans la forme prescrite; le 
bénéfice d^uue exploitation plus longue n'était sans doute pas 
refusé aux mineurs persévérants. D'un autre côté, il faut se 
garder d'apporter dans l'étude de l'industrie antique nos idées 
modernes. Nous ne concevons guère aujourd'hui une exploitation 
minière sans gros capitaux associés et sans privilège indéfini. 
Sans doute la Grèce n'a pas ignoré l'organisation du travail des 
compagnies; le Laurion lui-même nous en fournit des exem- 
ples (3); mais ces sociétés antiques ne jouissaient pas de la pos- 
session perpétuelle : elles étaient en petit nombre et, en somme, 
ne constituaient qu'une exception. L'importance de l'industrie 
antique procède bien plutôt de la masse des efforts individuels. 



(1) 'AÔTjvaiojv TcoXtTeia, 2* éd. Blass. Cf. Foucart, Revue de Philologie 
1895, p. 2 H). 

(2) Aristole, Constitution d'Athènes, 47. 

(3) Voir plus bas, p. 186. 



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DROITS DES CONCESSIONNAIRES 179 

sans cesse répétés, que d'un petit nombre d'entreprises collec- 
tives et à longue durée. La législation s'adaptait aux mœurs et 
le renouvellement fréquent des baux de concessions permettait 
à un plus grand nombre d'individus d'avoir chacun leur tour. 
Enfin, l'exploitation même de la mine n'exigeait pas, si ce n'est 
en hommes, de grandes dépenses : les mineurs du Laurion igno- 
raient les coûteuses installations de nos puits modernes et, par 
conséquent, ne redoutaient pas l'immobilisation de capitaux 
considérables sur un terrain donné. Ils n'avaient pas besoin de 
longues années pour amortir leurs frais d'établissement. A la 
fin de leur bail, ils reprenaient leurs esclaves, leurs outils et 
les quelques pièces de bois de leurs treuils d'extraction : ils 
n'avaient rien à laisser derrière eux, ni machines ni édifices. Il 
est dès lors aisé de comprendre pourquoi les Athéniens restrei- 
gnaient à trois et à dix ans la durée des baux de mines. 

Les particuliers avaient le choix entre deux classes de 
concessions : à leur gré, ils se faisaient inscrire pour l'une ou 
pour l'autre sur les tables des Polètes. Celles-ci se divisent par 
suite en deux chapitres : le premier contient l'énumération des 
xatvoTOfxiae, le second celle des àvadàSifjia [JiéTaXXa(l). Cette disposition 
matérielle laisse supposer que le registre d'inscription n'était 
ouvert qu'à une certaine époque de l'année : jusqu'au délai fixé, 
les Polètes recevaient les déclarations et classaient d'avance les 
demandes. Le registre était clos sans doute à la deuxième pry- 
tanie de l'année (2). Pour la simplification de la comptabilité et 
la rentrée régulière des redevances, ce système était le meilleur. 

Chaque concession avait un nom particulier. Dans la liste des 
concessions que nous possédons, la plupart portent des noms de 
divinités : pour cinq d'entre elles, les noms sont ou bien des 
adjectifs patronymiques dérivés du nom de leur premier acqué- 
reur (3), ou bien une expression géographique indiquant le lieu 
où elles se trouvent (4). Les autres empruntaient leur nom à une 
divinité dont le sanctuaire était situé dans le voisinage, ou étaient 
placées sous le vocable d'un dieu ou d'une déesse. Par exemple, 

(i) CIA, II, 780, 1. 13. 

(2) CIA, II, 780, 1. 14. 

(3) Tb AKpiXeïov, CIÀ, II, 780, 1. 40; to AsuxiTTTreîov, ibid,, 781, 1. 13; to 
KT7|(Tiax(4v, ibid., 782, 1.8; to 4>tX7ijJL0viax(;v, Bull, Corr.Hell, 1894, p. 532. 

(4) Tbnpo(i7raXTiaxov,Cii,IV,1078d;Tb ^Ecnrepiaxov (?),C/.4,1I, 783,1.16. 



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180 LES MINES DU LAURION DANS L' ANTIQUITÉ 

il est naturel de penser que la mine IIoxrseBtovtaxdv, du dèroe de 
Sounion, était située près du temple de Poséidon (1). On a 
découvert dans une galerie antique de Camaréza une borne 
qui portait une dédicace (àvÉOv^xev) à une divinité dont le nom 
est indéchiffrable. — Quant aux noms de dèmes ou de villages, 
les inscriptions ne nous en donnent aucun qui ne soit connu par 
ailleurs (2j. Ils servent dans la description des parts de mine 
à fixer la localité où chacune d'elles se place. 11 est à remarquer 
que les dèmes d'Azénia et d'Anaphlystos ne sont jamais men- 
tionnés dans les documents : ils ne contenaient point de 
concessions, ce qui est naturel, puisque leur territoire, qui 
comprenait la plaine d'Anavyssos et le massif du Prophète Elias, 
est dépourvu de gîtes minéraux (3). 

Les tables des Polètes portaient à la suite des noms des 
concessionnaires et des mines, les limites exactes de chaque 
lot ; il ne suffisait pas de savoir qu*il appartenait à tel dème ; 
il fallait encore, pour éviter les contestations et les querelles 
entre voisins, que Tacte public fût garant de la surface qui était 
accordée à chacun. C'est cette description des limites qui 
portait, à proprement parler, le nom de Biaçpacprj (4). Elle 
consistait dans Ténumération précise de points pris aux quatre 
points cardinaux et sur le sol superficiel. Les plans verticaux, 
menés par ces différents points dans l'intérieur de la terre à une 
profondeur indéfinie, déterminaient l'étendue de la concession. 
Sur le terrain, des bornes et des contrebornes fixent à chacun 
son domaine. Nous lisons sur l'une : <JnX7i(jLoviaxbv |jLeTa>Xov ôjvtjtyjç 
IIoXup.TjXo; Aa|JL7rTpEuç(6) ; sur une autre, npo<r7raXTiaxbv jjLSTaXXov (6). 
Ici c'est un cippe de pierre qui porte l'inscription; là, on l'a 
gravée sur un roc (7). Très souvent la limite indiquée est un 
atelier (loyoL<j'cr^Qio>f, xàjtivoç) (8), une route, une concession ou une 



(1) Bursian, Géographie von Griechenland, I, p. 355, note 2. Voir plus loin, 
p. 216. 

(2) Voir la Notice sur la carte du Laurion, à la fin du volume. 

(3) Voir plus haut, p. 19. 

(4) Uarpocration, Suidas et Zonaras: AiaYpacpr/ y) 8taTU7caj(xtç twv TciTcpaa- 
xofjiévtov jjLETxXXwv OT,Xou(xa 8ià Ypa(ji.jJLàTtov kno itoictç àpyTjç H-^X?' Ttoaou 

(5) Bull. Corr, Bell., 1894. p. 532 - CIA, IV, 1078d. 

(6) CIA, IV, 1078 d; Cf. ibid.. 1078 b : [K]pa>7ri8'/jç xaTeXaêE [i]va«rQcii|jLOv 
{XETaXXov 'A^iSvaioç. Ibid. 1078 c : AioyÉvtjç xareXaêe (leTaXXov. 

(7) Cordella, Laurion, p. 113. 

(8) CIA, II. 780, 1. 7; 781, 1. 6 ; 782 b, 1. 6. 



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DROITS DES CONCESSIONNAIRES 181 

propriété déjà délimitées. On voit que le bornage était établi 
avec des précautions minutieuses. A ce bornage de surface, on 
en ajoutait un second dans le sous-sol, toutes les fois que les dis* 
positions de la mine le permettaient. Les piliers de soutènement, 
ménagés dans le minerai, servaient souvent à cet usage (1). 

En général, les limites des concessions correspondent simple- 
ment aux limites des propriétés de suriace situées au-dessus 
(eoi^Tj) (2) : c'est à celles ci que se rapporte le bornage. Il est 
assez naturel de penser que, dans ces conditions, les lots de 
mines variaient beaucoup d'étendue, comme les domaines fon- 
ciers dont ils occupaient le sous-sol ; il y en avait de grands et 
de petits. Dès lors, il était possible à des personnes médiocre- 
ment fortunées,comme aux riches,d*en louer à leur convenance. 
Ainsi s'expliquent à la fois Tambition du charcutier d'Aristo- 
phane (3), qui se promet d'acheter une concession avec ses petites 
économies, et les bénéfices considérables qu'Epicrate de Pallène 
retirait de la sienne (4). La multiplicité des travaux anciens, le 
nombre des puits, le réseau si serré des galeries, tout laisse 
supposer que le partage des terrains miniers était extrême et 
les concessions très morcelées; par suite, une foule de particu- 
liers de conditions très diverses pouvaient également prendre 
part à Texploitation du Laurion. 

D'autre part, puisque mine et propriété de surface ont les 
mêmes limites, il faut se demander comment étaient réglés les 
rapports et les charges des deux propriétaires mis en présence. 
Le possesseur de la surface a-t-il droit à une indemnité pour les 
dommages que le travail des mineurs peut faire subir à son 
domaine ? Les législations modernes ont adopté divers systèmes 
pour accorder les j ustes intérêts de chacun ; dans la loi athénienne, 
rien n'indique qu'on ait prévu le cas, et les textes sont muets 
sur ce point, il n'y a pas lieu de s'en étonner outre mesure. Là, 
comme en beaucoup de choses, les Athénien^ s'en rappor- 
taient au bon sens, sans légiférer sur les moindres détails. En 



(I) Anecdota Graena de Bekkor, I, p.S!05 : "Opuot 8é elcriv ('fW:r£p xiove; toO 
jjLeTxXXou, ouTOi S'Tj^av xai opot ttj; exioTT,; {i£p(5o;, TjV èjxiaOaidaTO -rrapà 
T7|; TcôXeoiç. 

{t) Voir plus haut, p. 173. 

(3) Arislophane, Chevaliers, 361. Cf. Andocide, 1.38 (édil. Blass). 

(4) Hypéride, pour Euxénippos, Col. XLIV, XLV (édil. Blass). 



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182 LES MINES DU LAURION DANS L*ANTIQUITÉ 

eflet, la question, au Laurion, ne pouvait avoir que peu d'im- 
portance : les terrains de la région n'ont pas de valeur agricole ; 
le sol, schisteux ou calcaire, est presque partout rebelle à la 
culture, et un propriétaire aurait eu mauvaise grâce à demander 
des dommages-intérêts pour des récoltes fictives. Que pouvaient 
rapporter ces champs ou ces bois clairsemés? Nous l'ignorons. 
Peut-être, les louait-on comme pâturages. En aucun cas, le revenu 
ne pouvait en être coitsidérable. D'un autre côté, il ne faut pas 
croire que les exploitations de mines antiques aient jamais 
nécessité la construction de nombreux bâtiments, chambres de 
machines, bureaux, magasins, hangars, comme ceux qui se 
pressent aujourd'hui autour d'un puits. Tout était plus simple 
dans l'antiquité : quelques mètres carrés pour le puits et pour 
les premières manipulations du minerai qui en sortait, quelques 
chaumières pour les esclaves, analogues aux xaXuêta de la Grèce 
moderne, suffisaient pour assurer les services d'une mine 
ancienne. 11 va sans dire que nous ne parlons pas ici des usines 
métallurgiques qui, au contraire, couvraient de vastes espaces; 
mais elles rentraient dans la catégorie des propriétés de surface, 
et le terrain,comme les appareils,en appartenait au même maître. 
Par conséquent, vu le peu de place exigé par les exploitations, 
vu l'infime valeur des terres, le règlement des indemnités entre 
les deux propriétaires, celui de la surface et celui de la mine, 
pouvait se faire à l'amiable : il se bornait sans doute à une 
simple location de terrains. On s'explique ainsi que la loi n'ait 
pas eu à intervenir pour concilier les intérêts des deux voisins, 
et que les textes ne nous en disent rien; il ne fut jamais néces- 
saire de fixer la procédure en semblable matière. 

La liste des concessionnaires, que nous pouvons dresser à 
l'aide des inscriptions et des auteurs, ne contient guère qu'une 
trentaine de noms dont la majorité représente des personnages 
inconnus. Quant à ceux que nous connaissons, il est aisé de voir 
qu'ils appartiennent à toutes les classes de la société athénienne. 
Les uns sont de familles riches et puissantes, comme Nicias, le 
général de l'expédition de Sicile ; comme Callias et Hipponicos, 
célèbres par la fortune de leur dynastie (l).De même Antimachos 



(t) Nicias dans Xénophon, Revenus, IV, 4 ; Plutarque, Vie de Nicias, 4 ; 
Comparaison de Nicias et deCrassus, 1 ; Callias et Hipponicos, dans Xénoption 
Revenus, IV, 4. Andocide, 1, 130 (édit. Blass). 



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DROITS DES CONCESSIONNAIRES 183 

d'Alopéké (l),est, selon M. Hansen, le fils d'un banquier connu, 
Archestratos, dont nous parle Démosthèoe, et fait aussi partie 
de cette bourgeoisie, enrichie dans les affaires, qui tient la 
première place à Athènes, au IV^ siècle (2). D'autres, au con- 
traire, sont sortis du peuple, comme cet adversaire de Phénippos 
qui travailla aux mines de ses propres mains (3). Les plus hum- 
bles citoyens consacraient leurs économies à acheter des conces- 
sions. Il y en avait qui ne disposaient que d'un seul esclave (4). 
Cette diversité de conditions parmi les acquéreurs de mines, 
porte à croire que TEtat offrait à ses citoyens des lots à la portée 
de toutes les fortunes : ni le prix d'achat ni les dimensions des 
parts de mines ne devaient exiger toujours de très gros capi- 
taux. L'exploitation n'était donc pas monopolisée à Athènes, 
comme elle Test d'ordinaire dans nos Etats modernes, par des 
compagnies peu nombreuses, ou par les seuls capitalistes. 

D'autre part, il est à remarquer que parmi ces trente conces- 
sionnaires dont nous avons les noms, il ne s'en trouve pas un 
qui ne soit citoyen des dèmes attiques, et pas un nom étranger 
n'y attire l'attention. Ce fait ne laisse pas d'étonner quand on lit 
dans Xénophon que c l'Etat accorde à tous les étrangers, soumis 
aux mêmes charges que les citoyens, le droit de travailler aux 
mines (5) », et il n'y a pas à s'y tromper : Texpression lpYxCe<rôai 
êv Totç (jieTxXXotc signifie bien » posséder une mine », c'est une 
locution souvent usitée dans ce sens. Bien plus, Xénophon nous 
fait connaître un certain Sosias de Thrace, à qui Nicias louait 
mille esclaves pour le travail des mines : Sosias était bien un 
concessionnaire, et non pas seulement un intendant; il travaillait 
à son compte, et c'est lui qui payait à Nicias mille oboles par jour 
pour la location de ses esclaves (6). 11 est donc avéré qu'à l'épo- 
que où l'auteur des Revenus écrivait son opuscule, c est-à- 
dire vers 355 (7), les étrangers avaient été et étaient encore admis 



(1) CI À. lî, 782b, 1. 8. 

(2) Hansen, De metallis ÀtUds, p. 42 ; Démosthène, XXXVI. 43-48. 

(3) Démosthène, XLII, 20. 

(4) Andocide. I. 38; 38. Cf. Aristophane, Chevaliers, 362. 

(5) Revenus^ IV, 12 : Flapé^^et kiû IdOTeXefa xoti twv Çivwv tcS pouXofxevto 
epYaÇeuôai Iv toTç ueTaXXotç. Plus loin, Xénophon dit encore (IV, 22) : 
IIoXXol Se xal 'A67|vaîoi xe xal Çévoi o? rCù au)|jLaTi... etc. 

(6) Revenus, IV, 14. 

(7) Voir la note 1, p. 167, 



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184 LES MINES DU LAURION DANS L* ANTIQUITÉ 

à Texploitation du Laurion. De ce que dans les tables des Polètes, 
qui sont toutes postérieures à cette date, il n'y a pas de nom 
étranger, faut-il conclure qu'on avait enlevé ce droit aux étran- 
gers? ou bien qu'ils étaient inscrits sur les listes séparées? 11 n'y 
a pas de raison spéciale de le croire : selon nous, les docu- 
ments sont trop incomplets pour qu'il soit permis, d'une simple 
coïncidence, de tirer des conclusions aussi absolues. Ce que 
nous possédons des registres de Polètes ne représente qu'une 
infime partie d'archives considérables, et par la découverte d'un 
compte plus long, mieux conservé, on pourra peut-être établir 
que, même après 355, les étrangers avaient le droit d'obtenir des 
concessions au Laurion. 

On s'est encore demandé comment il fallait entendre le texte 
de Xénophon : peut-on prendre le mot Çévoç dans son sens littéral, 
ou l'interpréter dans le sens de métèque? Pour soutenir cette 
dernière opinion, on pourrait s'appuyer sur l'expression kitl 
IcroTsXeia, qui l'accompagne; on se souviendrait aussi d'un passage 
d'Aristote (^) où Çévoç est évidemment pris pour {texoixoç, et Ton 
traduirait alors U^oi km boTeXei'a, par métèque isotèle : dans ce 
cas, Xénophon dirait que l'Etat n'admettait aux mines qu'une 
classe de métèques, celle des isotèles, ou donnait l'isotélie à 
tous les étrangers qui consentaient à travailler aux mines (2). 
En réalité, la loi n'avait pas besoin d'établir une pareille dis- 
tinction. En effet, admettons qu'elle autorisât les étrangers, quels 
qu'ils fussent, à devenir concessionnaires de mines. Une fois 
pourvus de leur lot, ces étrangers ne sont-ils pas obligés, par 
leurs occupations mômes, à résider en Attique? Dès lors ne 
sont-ils pas forcés de devenir métèques, c'est-à-dire de prendre 
un prostate, de payer le (xeroixiov et de s'acquitter du service mili- 
taire? Mais en même temps, ils étaient soumis pour leurs mines, 
aux mêmes redevances financières que les citoyens (1x1 l(TOTeXeta). 
Que se passait-il alors? Devant ces charges accumulées, leur 
intérêt immédiat était, s'ils le pouvaient, d'obtenir TlcroTéXeia 
proprement dite, pour échapper aux charges qui pesaient 
sur les métèques ordinaires. S'ils n'obtenaient pas ce privi- 
lège, ils étaient placés dans des conditions défavorables 
pour leur travail ; comment concilier, par exemple, la sur- 
veillance de leurs chantiers et les exigences du service mili- 



(1) Aristote, Politique, III, 1, 10. 

(2) Raogabé, Lawrion, p. 15; Clerc, Les Métèques Athéniens, p. 211. 



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DROITS DBS CONCESSIONNAIRES 185 

taire (1)? Par conséquent, si la loi n'interdisait pas en principe 
aux étrangers le droit d'acheter des concessions, dans la pratique, 
les métèques ordinaires ne pouvaient y prétendre sous peine de 
payer à la fois les revenus des mines et les impôts des étrangers. 
Ainsi donc, de quelque manière que Ton interprète le passage 
de Xénopfaon, on aboutira toujours au même résultat: les 
métèques isotèles seuls pouvaient se livrer au travail des mines, 
aux mômes conditions que les citoyens (2). 

Il ne faudrait pas non plus conclure du fait que les étrangers 
n'étaient pas admis à jouir de la propriété foncière,qu'ils n'étaient 
pas capables de devenir concessionnaires de mines. En effet, on 
ne saurait assimiler en aucune manière la possession d'une con- 
cession à celle d'un bien foncier. C'est le droit au travail que 
l'on possède et non le fonds môme. L'exploitation d'une con- 
cession est analogue à une affaire industrielle quelconque. Aussi, 
de môme que beaucoup d'étrangers devinrent à Athènes com- 
merçants, armateurs ou artisans (3), de môme dut-il s'en trouver 
qui se livraient, avec l'autorisation de la loi, aux rudes labeurs 
de la mine. Ils ne jouissaient en somme que de la propriété 
mobilière et ne sortaient pas du droit commun. En résumé, au 
moins avant 355, et rien ne prouve qu'il n'en fut pas de môme 
après 355, la législation athénienne, très large et très habile, 
admettait citoyens et étrangers à l'achat des lots de mines (4). 
Cette liberté était assez naturelle; n'était-il pas de l'intérêt de la 
République d'attirer au Laurion le plus de travailleurs possible? 
Certains étrangers, par l'expérience acquise dans leur pays d'ori- 
gine, pouvaient rendre de grands services à l'industrie minière. 



(1) Clerc, op. cit., p. 46etsuiT. 

(i) Rangabé, Laurion, p. 16, est plus absolu : <c Xénophon, diUil, ne dit 
pas que Sosias fût uq métèque ou que le droit d'exploitation lût bor^é à cette 
seule classe d'étrangers. » Mais alors, il faut admettre que le seul fait d'acquérir 
une concession de mines suspendait pour les étrangers l'application des lois 
ordinaires sur les étrangers domiciliés en Attique : Xénophon ne dit rien de 
semblable, et rien ne nous porte à croire qu'on ait fait en leur faveur pareille 
exception. Cf. Boeckh, Laur. Silb., p. 119 et suiv. 

(3) Clerc, op. cit., p. d90 et suiv. 

(4) On possède Tinscription funéraire d'un certain Atotas de Paphlagonie, qui 
est du m* siècle; c'était un jjLexaXXeu; du Laurion. Voir Bérard, Bull. Corr . 
Bell. 1888, p. 246. Au sujet de ce personnage, voir Th. Reinach, Revue des 
Etudes Grecques, 1889, p. 94. 



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186 LES MINES DU LAURION DANS l'aNTIQUITÉ 

La loi, qui accordait aux étrangers, comme aux citoyens, la 
faculté de louer des mines, ne gênait aucunement les particuliers 
dans Texercice de ce droit. Ainsi plusieurs parts peuvent 
être affermées par la même personne. C'est ce qui ressort des 
premières lignes d'une inscription : un certain Épicydès, fils de 
Philocydès, du dème d'Acharnés, inscrit comme acheteur d'une 
mine, appelée *Ep(jiaVxov, est porté comme acquéreur d'une autre 
concession, dont le nom n'est pas conservé (1). Mention distincte 
est faite des deux lots : il y a eu double déclaration et double 
enregistrement. Quel nombre de concessions pouvait-on réunir 
ainsi dans une seule main? Ce nombre était-il limité ou indéfini? 
C'est ce que nous ne savons point. 

De même, deux ou plusieurs particuliers pouvaient s'associer 
pour l'exploitation d'une concession. Nous relevons dans les 
actes de concession la compagnie d'Hypéridès, d'Eschylidès et du 
fils de Dicaiocratès (2).0n en peut citer d'autres : celle de Philippos 
et de Nausiclès; celle d'Épicratès de Pallène, dont faisaient partie 
les plus riches citoyens d'Athènes (3). Mais, dans ces sociétés 
(xoivtDvtai), tous les membres ne sont pas responsables devant la 
loi : l'un d'eux est considéré comme principal concessionnaire et 
répond pour les autres. Je crois pouvoir tirer cette conclusion 
d'un détail matériel de l'inscription 782 : Hypéridès est seul inscrit 
comme auteur de la déclaration préalable, et parmi les wvYjTai, 
son nom vient le premier. Mais dans cet exemple, on pourra 
objecter que le texte n'est pas assez nettement établi pour 
nous permettre de raisonner de la sorte. Cependant un texte 
d'Hypéride porte également trace du même usage. Quand il parle 
de la délation de Lysandros contre la compagnie d'Epicratès 
dePallène (4), il ne nous cite que ce personnage, comme si ce 
nom était la raison sociale de l'entreprise. Enfin, un passage de 
Démosthène éclaire selon nous ce régime de l'association (5). Un 
plaideur se plaint devant les juges des mauvaises affaires qu'il a 
faites dans les mines et a d'avoir à payer à TEtat, dit-il, trois 

talents, un taleot par part : Kal to TeXeuraïov vuvt (xe Seï tt^ tcAei 
Tpt'a TotXavTa xaTaOeîvai, TCtXavTOv xarà ty,v jjLeptoa {\Lezé(jyoy yàp xàyw TOiî 



(1) CIA, ]h 781, l. 1-8. 

(2) CIA, II, 782,1. 12-14. 

(3) Hypéride, pour Euxénippos, Col. XLIl-XLIV (éd. Blass). 

(4) Hypérlde, loc, cit, 

(5) DéroosUiène, XLII, 3. 



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DROITS DES CONCESSIONNAIRES 187 

S7i(jt€uÔ6VToç [XETQtXXou) ». M. Darcstc, dans une note de sa traduc- 
tion, comprend autrement la phrase : « 11 y avait eu, écrit-il, 
révocation de la concession et amende contre les concession- 
naires. Après quoi, Torateur avait racheté à l'Etat la même 
concession, au prix ordinaire d'un talent pour chaque part(l). » 

Cette opinion me paraît être en contradiction avec les textes. 
Quand il s*agit de ces trois talents à payer à TÉtat, il est toujours 
question d'amende, « (xeYocXatç ÎTip-tatç TtepiweTiTtoxwç, dit l'orateur 
un peu plus haut (2), et à la fin de son plaidoyer, il y revient 
encore : liteiSàv à7C0Ti<ro> xà Tp(a TdtXavô ' Op.Tv a wçXov (3). » Il n'y a 
donc pas rachat de concession, tant s'en faut, et nulle part dans 
le discours il n'est fait d'allusion à semblable opération, au 
contraire. En effet, le plaideur aurait-il bien lieu de se lamenter 
sur ses pertes d'argent, sur sa ruine totale, s'il avait encore 
trois talents pour acheter à l'État trois parts de mines? Par 
conséquent, je crois qu'il s'agit ici d'un particulier qui a trois 
talents d'amende à payer : c'est le principal associé d'une 
société de trois membres. Pour une raison ou pour une autre, 
ils ont été frappés d'une amende, et c'est lui, le principal asso- 
cié, qui répond devant la loi des amendes infligées à ses deux 
associés comme de la sienne propre. C'est lui qui est l'àp/wvTj; (4) 
de la compagnie ; c'est lui qui la représente devant les tribunaux 
et dans ses rapports avec le Trésor. 

Si nous pouvons supposer que telles étaient les relations des 
sociétés de mines avec l'Etat, nous ne savons rien en retour de 
leur constitution intérieure. Ce premier associé touchait-il dans 
les revenus une part un peu plus forte que les autres? c'est pro- 
bable, puisque en cas d'amende ou de contestation, il payait à 
lui seul tous les frais. Mais la loi intervenait elle pour réglej les 
conditions du contrat d'association? nous l'ignorons : il était 
possible que tout se passât à l'amiable entre les membres de la 
même société. S'il y avait matière à procès, la cause était rangée 
parmi les aeTaXXtxai Stxat (5). 

Quoi qu'il en soit, par le libre groupement des capitaux et des 
lots, comme par la libre admission de tous à l'exploitation des 

(1) R. Dareste, Plaidoyers civils de Démosthène, I. p. 195, note 4. 

(2) Démosthène, XLII, 3. 

(3) Ibid., 32. 

(4) Andocide, I, i:tô. 

(5) Voir plus bas, p. 205. 



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188 LES MINES DU LAURION DANS L ANTIQUITÉ 

giseïiients,pauvres ou riches,ciloyens ou étrangers, les Athéniens 
avaient tenté de donner un vif essor à l'industrie des mines, 
qu'ils considéraient à juste titre comme une des principales 
sources de leur richesse publique. D*un autre côté, il est hors 
de doute que dans cette industrie, dont les bénéfices étaient 
considérables, beaucoup de citoyens et de métèques purent aisé- 
ment s'enrichir; et au V* siècle, époque de la grande prospérité 
du Laurion, le développement de la fortune mobilière ne fut 
pas sans influence sur les progrès de la démocratie à Athènes. 



III 

Du fermage des mines. 

La question de la redevance payée par les concessionnaires est 
sans contredit la plus délicate et la plus obscure de toutes celles 
qui touchent à la législation minière des Athéniens. Les auteurs 
modernes, qui s'en sont occupés, varient d'opinion, car les ren- 
seignements fournis par les anciens sont si peu nombreux et 
quelques-uns d'une valeur si douteuse, qu'il est malaisé d en 
tirer des conclusions complètes et certaines. Boeckh et Rangabé 
s'accordent pour dire que les mines étaient soumises à une 
redevance proportionnelle; ils diffèrent d'avis sur l'existence 
d'une taxe fixe qui aurait en même temps frappé les concession- 
naires : Boeckh est pour, Rangabé est contre. Ainsi le premier 
admet deux impôts, le second n'en veut reconnaître qu'un (1). 
Sur ces points essentiels, je ne saurais en aucune manière par- 
tager l'avis de ces savants; si l'on peut affirmer quelque chose 
avec vraisemblance, c'est que les mines ne payaient ni un impôt 
proportionnel, ni une taxe fixe, mais un fermage convenu 
d'avance entre les entrepreneurs et les Polètes, représentants de 
l'État. 

La théorie de l'impôt proportionnel émise par Boeckh ne repose 
que sur un texte de Suidas : « Ceux qui exploitaient les mines d'ar- 
gent, lorsqu'ils voulaient en entamer une nouvelle, eu faisaient la 

(1) Boeckh, law, Silb., p. 112 et suiv. Die Staatshaush, d Athener, I, 
p. 377 et suiv. Rangabé, Laurion, p. 16 et suiv. 



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DU FERMAGE DES MINES A ATHÈNES 189 

déclaration aux fonctionnaires chargés de ce soin par le peuple, 
et ils prenaient inscription. Us payaient au fisc la vingt-quatrième 
partie du métal retiré (1). » Au premier abord, l'interprétation de 
cette phrase semble aussi aisée que possible et le sens en paraît 
satisfaisant. Cet impôt proportionnel, équivalant à la vingt- 
quatrième partie du produit des mines, est nettement défini. 
Comme c'est un mode d'impôt très rationnel en matière de mines» 
comme c'est celui qui a été adopté par les empereurs romains (2) 
et par la plupart des nations modernes, on n'est pas allé plus 
loin, et Ton a accepté à la lettre le renseignement de Suidas. Or, 
il est certain que si Ton doit l'entendre de la sorte, on se heurte 
à une série de difficultés inexplicables, et que l'on se trouve 
en contradiction avec des faits positifs. 

Tout d'abord, on est obligé de ne pas comprendre ou de 
rejeter comme apocryphes des textes du meilleur aloi. Par 
exemple, Démosthène, dans son plaidoyer contre Pantainétès, 
cite l'acte d'accusation porté contre son client, et nous y lisons 
ceci : « Nicoboulos, dit Pantainétès, a fait enlever par son esclave 
Antigènes Targent que mon esclave portait au Trésor public 
pour la redevance de la mine que j'ai achetée au prix d'un 
talent et demi (3). » Je sais bien que ce passage a été regardé 
comme d'une authenticité douteuse (4), comme tout le reste 
de l'eYxXrj^jLa. Mais, pour mol, la précision du langage techni- 
que et le sens satisfaisant de toutes les parties en mettent 
hors de doute la valeur. Pantainétès accuse Nicoboulos de 
l'avoir volé; que vient faire dans ce grief très net le prix 
d'achat de la concession? Que ne cite-t-il plutôt la somme que 
son esclave portait au Trésor et qu'Antigènes a détournée, c'est- 
à-dire le montant de l'impôt proportionnel ? Il y aurait là une 
incohérence, un manque de raisonnement très surprenant de 
la part d'un homme fort malin dans les aflaires, s'il était vrai 



{!) Saidas, 'AYpa<pou (leTaXXou Bixyj* ol rà àpy^psTa (xexaXXa i^^0L^6\Ltyoi 
....àitsYpàçpovTO Tou TeXeîv evsxa tw BtjJjlo) elxotrzr^v TexàpTTiv tou xatvou 
[xeTdXXou. Voir plus haut, p. I(i8. NousdooDODs ici la tradaction de M. Rangabû, 
mém. cit., p. 18-19. 

(2) Code Justinien, XI, 6. 

(3) Démosthèoe, XXXVll, 22 : "EêXa'le ^e Ntx(i€ouXoç ....à<peX6<rOai 
x6X£u(Ta; 'AvTiYevTjV xbv éauTOu olxérYiV to apyiipiov tou 6[xou olxerou, o 
Iflpepe xaTapoXTjv Tf\ TcoXeiTou jjLeTctXXou, o eyo) e7:piifjLT,v evevTJxovra {tvwv, 
xai a?Tioç è(xol yev^iJLevoç kyy^OL<fy\yoLi tô 8t:cXouv tw 8t,(jlo(xuo. 

(4) Schaeler, Demosthenes und seine Zeit, III, p. 208. 



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190 LES MINES DU LAURION DANS L*ANT1QUITÉ 

que la xaTaêoXYj dont il parle fût un impôt proportionnel. Enfin, 
ce texte étant le seul de l'antiquité qui fasse expressément allu 
sion à une redevance de mines, il serait surprenant de ne pou- 
voir le concilier avec ce que nous pouvons en savoir par ailleurs. 

On peut opposer à la théorie de Timpôt proportionnel un argu- 
ment d'une autre nature. Aristote, et d'autres avec lui, nous 
apprennent qu'en 484 les revenus des mines pour la Cité s*éle- 
vèrent à 100 talents (1). Je mets en fait que, si ces chiffres sont 
authentiques, et il serait difficile de les rejeter, ils ne sauraient, 
en aucune manière, représenter le montant d'un impôt propor- 
tionnel de la vingt-quatrième partie. Cent talents, versés dans 
les caisses de l'État, supposeraient une production totale de 
2.400 talents, soit plus de 62.000 kilogrammes d'argent, corres- 
pondant à 31.500 tonnes de plomb d'œuvre (2). C'est un ren- 
dement invraisemblable pour l'année 484, comme pour toute 
autre époque du Laurion. Il faudrait donc, pour soutenir 
l'hypothèse de l'impôt proportionnel, partager entre plusieurs 
années les revenus qu'Aristote affirme être ceux d'une seule 
année, ou bien encore admettre que la proportion de l'impôt 
au produit dépassait à cette époque la vingt-quatrième partie 
ou 4,16 Vo. C'est substituer gratuitement à des certitudes des 
hypothèses pour la défense de Suidas. 

Enfin, cet impôt était-il prélevé sur le produit brut ou sur le 
produit net des mines? Suidas ne le dit point. Dans un cas 
comme dans l'autre, si l'État ne veut pas être grossièrement 
frustré, un contrôle permanent et rigoureux de la production 
dans tous les chantiers est absolument nécessaire. Sans ce con- 
trôle, sur quelles bases reposera l'impôt? Quoi de plus aisé que 
de dissimuler le véritable produit brut ou de fausser le produit 
net ? Pas un gouvernement ne voudrait, je le suppose, s'en 
remettre uniquement aux concessionnaires intéressés pour l'ap- 
préciation de ces facteurs essentiels d'une redevance propor- 
tionnelle. Or, comme il n'est aucunement question pour Athènes, 
de contrôleurs officiels des mines, de magistrats analogues aux 
procurateurs des mines romaines (3), il faudrait en supposer 

(1) Aristote, Constitution d'Athènes, 22 ; Polyen, I, 30, 3; Hérodote, VII, 144. 

{i) 11 faudrait encore multiplier ce dernier nombre par 30 environ, pour 
obtenir la quantité de minerais bruts nécessaire à la production du plomb 
d'œuvre. 

(3) Bouebé-Leciercq, Manuel des Institutions Romaines, p. 232-233. 



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DU FERMAGE DES MINES A ATHÈNES 191 

TexisteDce et ajouter de notre propre autorité ud rouage à la 
machine administrative des Athéniens. Aristote, qui énumère 
toutes les magistratures de la cité ( i ), n'aurait point ou blié celle-là , 
qui aurait eu la plus grande importance. 

Pour ces diverses raisons, l'hypothèse d'un impôt propor- 
tionnel ne nous parait point acceptable. Quant à la taxe fixe, dont 
Boeckh suppose l'existence, elle n'a jamais été connue à Athènes. 
Les sommes d'argent mentionnées par les Staypacpai représentent 
tout autre chose, à savoir le montant des fermages annuels, que 
les concessionnaires s'engageaient à payer pour leurs parts de 
mines. 



Sans rejeter le texte de Suidas, on peut en conserver la 
partie principale en l'interprétant d'une manière nouvelle, et je 
le traduirai ainsi : (( Les concessionnaires de mines, quand ils 
voulaient entreprendre un liouvel ouvrage, en faisaient décla- 
ration aux Polètes, qui les inscrivaient après inventaire : ils 
payaient un fermage établi à raison de 4,16 Vo sur le produit 
(éventuel) de la mine nouvelle. )) Je comprends donc que le fer- 
mage était fixé d'avance pour chaque lot de mines, entre les 
Polètes et le concessionnaire, de telle sorte qu'il ne dépassât 
point la vingt-quatrième partie des profits que le concessionnaire 
espérait retirer annuellement de son travail. 

Celte hypothèse s'accorde parfaitement avec tous les rensei- 
gnements que nous possédons. Le passage de Démosthène que 
nous citions tout à l'heure s'explique clairement(2). Pantainétès 
nous dit que Nicoboulos a détourné l'argent que son esclave por- 
tait au Trésor, comme redevance de la mine, qu'il avait achetée 
un talent et demi : je m'explique ce qu'il veut dire. Ce talent et 
demi, c'est la somme convenue avec les Polètes, c'est le prix 
du lot, le montant du fermage qu'il a à verser tous les ans, 
tant que durera sa concession, et voilà pourquoi il a raison 
d'en parler: c'est un talent et demi que Nicoboulos lui a dérobé. 
Pantainétès espérait donc gagner dans sa mine environ trente- 
six talents, et c'est en ce sens qu'on peut dire qu'il payait 
à l'Etat la vingt-quatrième partie de son revenu ; Nicoboulos, 
qui le dépouille,le force par là même à être en retard avec le Tré- 

(1) ConsUtution dt Athènes, 42 et suiv. 

(2) Démosthène, XXXVII, 22. 



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192 LES MINES DU LAURION DANS L ANTIQUITÉ 

sor,et l'expose à une amende double, soit de trois talents.Le mot 
même dont il se sert (xaraSoXTQ) désigne toujours, dans la langue 
des orateurs attiques, le versement d'un fermage (1). Il n'y a 
point par conséquent d'incohérence dans ce passage de Démos- 
thène qui est, au contraire, logique et précis. 

On peut également accepter avec confiance le chiffre du 
revenu des mines pour Tannée 484, tel que le donne Aristote (2). 
Si l'Etat a perçu 100 talents, il n'en résulte pas forcément que 
la production totale du Laurion ait égalé 2.400 talents. Ce 
revenu élevé n'est que la somme des fermages acquittés par les 
concessionnaires, qui furent cette année-là en très grand nom- 
bre, parce qu'on venait de découvrir des gisements considérables. 
Beaucoup d'entre eux firent sans doute de mauvaises afiaires, ce 
qui n'empêcha pas le Trésor de toucher ce qui lui était dû. Enfin, 
le système d'un fermage établi et peut-être même payé d'avance, 
écarte toute nécessité de contrôle sur le produit brut ou net des 
concessions : ainsi s'explique le silence des auteurs sur une 
institution qui aurait eu la plus grande importance, si elle avait 
existé. 

J'ajoute que des arguments plus positifs confirment encore 
notre manière de voir. Quand on lit le chapitre IV des Revenus, 
de Xénophon, les passages de Démosthène ou d'Hypéride sur 
le Laurion, on est frappé par le retour fréquent d'une même 
idée. Ces écrivains demandent toujours que le nombre des con- 
cessionnaires et surtout des xatvoTOfjiiai aille en augmentant (3). 
Hypéride, par exemple, félicite les juges de ne pas se laisser 
entraîner par les délateurs dans la voie des confiscations : a Grâce 
à vous, dit-il, les travaux de recherches, auparavant délaissés 
par suite de craintes, sont maintenant fort actifs, et de ce chef, 
les revenus de la cité sont de nouveau en hausse » (4). En effet, 
si les concessionnaires de mines nouvelles se présentent en 
grand nombre, il y a concurrence et la valeur des lots monte : 

(1) Démosthène, XXIV, 98: Twv teXwv xaraêoXai ; LIX, 27 : ecovTifiévo; 
TTjv TcevTYjxodTYjV TOu diTOu xal BÉov auTOv xaraêaXXetv ràç xaraCoXàç. 
Cf. Pollux, IX, 31 ; Boeckh. Staatshaush. d, Athener, I, p. -109. 

(2) Aristote, Constitution d'Athènes, 22. 

(3) Xénophon, Revenus^ IV, passim. Démosthène, Plaidoyer contre Phé- 
nippos. 

(A) Hypéride, pour Euxénippos, XLV (éd. Blass) : ToiYapouv al xaivoTO[ji{ai al 
Tcporepov èxXeXei[ji[jiévai 8ià tov o(ipov vuv èvep^o^ ^^^ '^^ TC^Xecoç al TtpdffoBoi 
al èxetOev TcdXiv auÇovrat. 



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DU FERMAGE DES MINES A ATHÈNES 193 

c'est un bénéfice net pour l'Etat. Si l'impôt proportionnel avait 
existé, on aurait surtout visé à augmenter la production et favo- 
risé de préférence les mines anciennes, dont le rendement, 
moins grevé de frais préliminaires, aurait été plus fructueux 
pour TEtat. Hypéride nous parle de la crainte qu'avaient aupa- 
ravant les entrepreneurs de xaivoTOfxiai. Ils appréhendaient évi- 
demment, en cas de réussite, d'être dépouillés par le fisc de leurs 
bénéfices, sur la dénonciation du premier délateur venu. Mais, 
semble-t-il, dans l'hypothèse de l'impôt proportionnel, l'Etat, 
ayant sa part assurée même des bénéfices imprévus, n'avait 
aucune raison légale pour confisquer le bien d'un concession- 
naire heureux. Au contraire, s'il s'agit de fermage, les dénon- 
ciations et les confiscations sont plus naturelles. Un concession- 
naire s'engage à payer au Trésor une somme fixée à l'avance : 
suppoi^ons qu'il arrive à un gisement très riche, dont rien ne 
laissait soupçonner la présence dans sa concession. Il est d'un 
seul coup enrichi, et la disproportion entre ses bénéfices et les 
redevances qu'il acquitte peut paraître choquante. Le délateur 
part de là pour exciter la jalousie et la convoitise des juges et il 
propose la confiscation pure et simple, sous un prétexte quel- 
conque. 

Il est question, dans la loi des mines, de la peine capitale qui 
frappait les individus qui s'enrichissaient en abattant les piliers 
déminerai laissés enplacepoursoutenirla voûte des chantiers (1). 
Sans doute, c'est là une mesure naturelle de protection contre 
l'imprudente cupidité des gens qui mettaient en danger beau- 
coup de vies pour accroître leurs revenus. Mais il y a plus: l'entre- 
preneur, qui commettait ce délit, trompait encore la loi et volait 
l'Etat. L'inventaire de la concession, dans l'évaluation des pro- 
duits probables et des fermages, ne tenait pas compte du minerai 
des piliers. Dès lors, celui qui s'en emparait sortait de ses droits 
et violait son contrat. La loi sévissait donc à la fois contre un 
imprudent et un voleur. La même sévérité ne se conçoit guère 
dans le cas de l'impôt proportionnel, puisque l'Etat aurait eu 
sa part dans le bénéfice ; si l'imprudence n'avait pas eu de suite 
fâcheuse, aurait-on poussé la rigueur jusqu'à punir de mort un 
individu qui, en même temps que sa propre bourse, aurait enri- 
chi le Trésor public, à ses risques et périls^ La Cité tenait moins 
à la sécurité des esclaves qu'à l'observation des contrats, et c'est 

(1) Vies des X Orateurs y Lycurgue, 34. 



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194 LES MINES DU LAURION DANS L' ANTIQUITÉ 

parce que la redevance est calculée sur les bénéfices probables 
dans des limites données, que la loi poursuit quiconque sort de 
ces limites et profite ainsi de gains illicites. 



Pour ces raisons, il me semble légitime de croire que l'impôt 
des mines à Athènes consistait uniquement dans le paiement d'un 
fermage annuel. Le montant en était déterminé d'avance pour 
chaque lot, et demeurait le même pour toute la durée du bail. 
Pour rétablir à raison de 4,16 Vo sur le produit présumé de la 
raine, on avait plus d'un moyen d'estimation. Tout d'abord, l'in- 
ventaire delà concession portait sur l'étendue du terrain concédé. 
Nous avons vu avec quel soin, par une double garantie, on énumé- 
rait les limites exactes de chaque part de mines. Ce bornage très 
précis indiquait facilement la superficie du lot, c'est-à-dire où 
premier élément d'évaluation, qui avait sa valeur pour toutes les 
concessions, anciennes ou nouvelles. En second lieu, pour les 
àva(T(iÇiji.a, il n'était pas impossible d'estimer la production pro- 
bable d'après le nombre, l'épaisseur et la richesse des filons 
entamés. De nos jours, au Laurion même, on procède ainsi pour 
le paiement à forfait des entrepreneurs, qui percent des galeries 
et abattent le minerai. En troisième lieu, on pouvait apprécier à 
peu près le produit des années à venir d'après le produit moyen 
des années précédentes que les concessionnaires n'avaient aucun 
intérêt à cacher. Enfin, le nombre des esclaves attachés à la mine 
servait aussi au même calcul ; leur entretien et leur rapport étant 
établis dans toutes les concessions sur le même pied, le chiffre 
obtenu aidait à contrôler les bénéfices des maîtres. Pour les xxivo- 
TO[ji(ai, il est évident que Tévaluation du fermage était moins 
rigoureuse : l'étendue des parts, la proximité des gisements déjà 
connus, le nombre des esclaves qu'on devait y employer, étaient 
cependant autant de bases pour établir une cote moyenne, consen- 
tie par l'Etat et les preneurs. D'ailleurs, il fallait bien que l'Etat 
se résignât à perdre parfois un peu pour encourager les recher- 
ches. En cas de succès, le prix s'accroissait naturellement à la 
fin des dix années du bail. Un inventaire, ainsi détaillé, avait 
quelques chances de fournir des données certaines aux Polètes 
et aux concessionnaires, et cela au mieux des intérêts de chacun. 

Ce système de location comportait naturellement la mise aux 
enchères des parts de mines. L'adjudication de ces parts était 
une garantie contre la mauvaise foi des concessionnaires qui 
auraient pu faire baisser les prix au-dessous du minimum conve- 



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DU FERMAGE DES MINES A ATHÈNES 195 

nable. Chacun pouvait obtenir la concession dont il escomptait 
le rapport, et la concurrence, par l'appât des profits imprévus, 
devait maintenir dans une moyenne assez élevée le taux des fer- 
mages, pour le plus grand bien du Trésor. Sans avoir de preuves 
certaines que les choses se passaient ainsi, nous pouvons citer 
un fait qui ne s'expliquerait pas, s'il en avait été autrement. Du 
temps de Démosthène, un certain Moiroclès fut condamné, à Tins, 
tigatioa d'Eschine, pour avoir extorqué 20 drachmes à chaque 
concessionnaire (1). Il est bien probable que Moiroclès était un 
Polète qui vendait son influence et favorisait dans l'adjudication 
les concessionnaires qui lui payaient une petite redevance per- 
sonnelle. Je ne vois pas de fonctionnaire mieux placé pour agir 
de la sorte avec les entrepreneurs de mines. Enfin, si l'on songe 
que tous les domaines publics et sacrés étaient affermés par 
enchères, il est à croire que les Athéniens avaient adopté le 
même système pour les mines (2). 

D'autre part,la courte durée des baux, limitée suivant la nature 
des concessions, à trois ou dix ans, constituait pour l'Etat une 
seconde garantie: elle permettait, par le renouvellement fréquent 
des fermiers, d'élever ou d'abaisser le chiffre des fermages, s'il 
était reconnu, après expérience faite, trop faible ou trop fort. Cet 
avantage est une des raisons d'être de ces locations à brève 
échéance. Avec un impôt proportionnel, il eût été de l'intérêt de 
l'Etat d'établir des baux plus longs, même à vie, pour éviter toute 
interruption dans l'exploitation. Avec une redevance à forfait, 
il était logique, au contraire, de prévoir le retour périodique et 
très rapproché des concessions à l'Etat, qui pouvait alors réparer 
des erreurs d'évaluations préjudiciables soit au Trésor public, 
soit aux particuliers. 

Il est vraisemblable que le taux de 4,16 Vo, indiqué par Suidas, 
n'est qu'un minimum : c'était sans doute la première mise à 
prix des lots, qui était établie dans cette proportion. En effet, 
dans le cas contraire, les mines feraient exception parmi tous les 
domaines publics et même privés, loués pour une courte durée, 
par lebasprix de leur redevance (3). Nous savons qu'en général, 
pour les propriétés foncières, la rente était environ de 8 o/o. Le 



(1) Démosthène, X[X,293: Tt y^p St^tuote MotpoxXéa [xev excive;, et Tuapà 
Twv Ta [xeraXXa 6U)V7)(jLév(i3V eTxoeriv è^eXeÇev Z^ixyj^àç Tcap' éxàtJTOu ; 

(2) Aristote, Canstilution d*Athènes, 47. 

(3) Guiraud, Propriéié foncière en Grèce, p. 432. 



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196 LES MINES DU LAURION DANS L'aNTIQUITË 

revenu des mioes aurait donc été de moitié inférieur, s'il n'avait 
pu dépasser 4,16 Vo, et cet écart me paraîtrait excessif. Ce tarif 
n'est raisonnable que s'il est le point de départ des enchères. Il 
était sans doute dépassé le plus souvent, grâce à l'affluence des 
concurrents. Mais s'élevait il beaucoup au-dessus? et la rede- 
vance des mines représentait-elle pour l'État une rente plus forte 
(jue celle des biens fonciers ? C'est peu probable,car l'aléa est plus 
grand pour le rendement des mines que pour celui des terres. 
L'irrégularité des gisements métallifères est telle qu'elle peut 
tromper les plus sages prévisions. Je crois que les concessions 
étaient en général moins recherchées que les biens agricoles, 
sauf les cas où d'heureuses découvertes, en favorisant la créa- 
tion de grosses fortunes, attiraient pour un temps tous les capi- 
taux disponibles du côté du Laurion.De même,rappauvrissement 
d'un amas pouvait ruiner très promptement bon nombre de con- 
cessionnaires, et provoquer ainsi une baisse des parts de mines. 
Il est à supposer que le taux moyen des fermages variait assez 
irrégulièrement d'une année à l'autre. Aussi le chiffre de 4,16 o/o 
ne saurait-il représenter une moyenne, et il faut y reconnaître 
le taux minimum delà mise aux enchères. 

Le montant du fermage à payer était inscrit sur le contrat passé 
par devant les Polètes. Sur les fragments des actes de concessions 
que nous avons conservés, on trouve eu effet mention d'une 
somme d'argent, à côté du nom du concessionnaire, désigné 
comme acheteur. Nous lisons par exemple dans le fragment 780, 
ligne 12 : « 'Ûv[T,Trj;]* KaXXtaéBtov KaXXixpàrou; KoXX[ut6Ù;]- HPA », 
(( Acheteur : Callimédon, fils de Callicratès, du dème de Collyte : 
160 drachmes (1). )) Je ne crois pas qu'on puisse élever de doute 
sur le sens de ces chiffres; c'est, à coup sûr, la somme à payer, 
moyennant laquelle le concessionnaire acquiert sa part de 
mines. La présence du mot d)V7)Ty,; en est la preuve certaine. 
C'est à cette somme que Pantainétès fait allusion quand il déclare 
qu'il a acheté sa mine un tal6nt et demi. 

Les prix de redevance que nous connaissons par les inscrip- 
tions sont au nombre de quatre; trois fois on relève la somme de 



(1) ai. 11,780. I. 12: <Lv KaXXifjLÉôwv KaXXixpaTOu; KoXX" EFFO (HEA). 
Cette dernière somme est d'une lecture très douteuse. Chaque éditeur ou com- 
mentateur lit à sa manière. Nous avons adopté celle de M. Hansen, De metallis 
AUicis, p. 24, dont les raisons sont satisfaisantes. Du reste, le chiffre en lui- 
même n*a ici aucune importance. 



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DU FERMAGE DES MINES A ATHÈNES 197 

cent cinquante drachmes, une fois celle de cent soixante (1). Ces 
chiffres peu élevés se rapportent sans doute à des concessions de 
petite étendue, dont le revenu total est estimé à environ 3600 
drachmes (S.SOOfr.). Celle de Pantainétès, qui payait un talent et 
demi, était plus grande : elle produisait près de trente-six talents 
(210.000 fr.) (2). 11 y en avait encore de plus considérables et de 
plus riches : Épicratès de Pallène et ses associés gagnèrent 
100 talents (589.400 francs) par an; mais il est possible qu'ils 
aient exploité à la fois plusieurs concessions (3). Les lots offerts 
à l'adjudication étaient donc très différents par leur superficie et 
par la valeur des gisements. Les uns n'occupaient qu'une par- 
celle de terrain; les autres couvraient, au contraire, un vaste 
espace. Ici, le minerai était d'une riche teneur et le filon puis 
sant; là, la veine étail irrégulière ou le rendement inférieur. 
Cette extrême variété s'accorde bien avec ce que nous savons 
déjà de la diversité des individus qui avaient des intérêts au 
Laurion et du morcellement inégal des concessions, selon les 
divisions des propriétés de surface. Tous les citoyens y trouvaient 
avantage : l'un n'a qu'un esclave aux mines, un autre en occupe 
six cents et un autre va jusqu'à mille (4j. Le riche et le pauvre 
peuvent également se porter concessionnaires, suivant leurs 
ressources, et, par là, les mines sont pratiquement mises à la 
disposition du plus grand nombre. 

Enfin, la somme de tous les fermages constituait le revenu des 
mines dont la perception était confiée à des fermiers, comme les 
autres impôts de la Cité. Mais le chiffre en était tel, qu'on en 
divisait la ferme en plusieurs lots, qui avaient nom àirovofiiai, et 
l'adjudication en était faite par le soin des Polètes (5). Rien 



(1) C/A, II, 780, 1. 12 et 19 ; 781, l. 8 ; 782, 1. 6. 

(2) Démosthèoe, XXXVII. 22. 

(3) Bypérï^e, pour tuxénippos, col. XLIV (édit. Blass). 

(4) Andocide, I, 1, 38 ; XéaophoD, Revenus, IV, 14 et 15. 

(5) Ilarpocration, ' ATCovofXTJ ' 7) aTrôjxoipa, o)ç [lepoç ti twv TrepiYiY^ofiévtov 
ex Twv jxeTctXXdJV Xa[Ji6avoù<y7iç ttjç TCÔXewç, -i^ w; Bcaipot)|jLÉva)V eiç TrXetouç ' 
{iicrôcoTàç ?v* exa<iTOç Xàêv) ti (lépoç. Ce texte ne laisse pas d'être assez obscur 
et soulève quelques difficultés. Tout d'abord, remploi de l'expression twv 
TreptytYvofi.évwv donnerait à entendre qu'il s'agit d'un sui'plus du produit des 
mines que prélevait le Trésor . Je crois cependant qu'il ne faut pas attacher à ce 
root une signiOcation aussi précise. Je le traduirais par revenus. Boeclih, Laur. 
Silb., p. 121, noie 137, hésite sur le sens du passage. Kangabé, Laurion, 

ÎK 19, pense qu'il s'agit de la ferme du revenu minier, que l'on divisait en lots 
iicovofJLai). C'est l'opinion que nous avons adoptée. 



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198 LES MINES DU LAURION DANS L'ANTIQUITÉ 

n'empêche de croire que les versements étaient effectués à la 
neuvième prytanie, pendant laquelle l'État recueillait la majeure 
partie de ses recettes (1). Sur le détail de cette opération, les 
renseignements nous font défaut. Quel était le nombre des 
à7covo[jiai? Dans quelle classe les fermiers étaient-ils choisis? 
Formaient-ils entre eux des sociétés? C'est ce qu'il est impossible 
de dire (2). 

De même nous ignorons si les revenus des mines avaient une 
destination particulière. Avant 484, le montant n'en était pas 
distribué au peuple. Aristote nous apprend en effet qu'à la nou 
velle de la plus-value extraordinaire de cette année 484, certains 
orateurs proposèrent le partage entre tous les citoyens, des cent 
talents rapportés par le Laurion, ce qui implique qu'auparavant 
il n'en était pas aiosi (3). Thémistocle demanda et obtint que la 
somme fût consacrée à la construction d'une flotte de guerre. 
Depuis cette époque, qu'advint-il de ces revenus considérables ? 
Furent-ils affectés régulièrement à la marine ou aux dépenses 
militaires? Furent-ils versés à la caisse du théorique? où allèrent- 
ils grossir le Trésor général ? Nous ne connaissons pas la règle 
qui fut suivie à ce sujet au cours du V« et du IV* siècles. 

Cette redevance, telle que nous venons de l'étudier, était-elle 
la seule charge qui pesât sur les concessionnaires ? Un passage 
de Démosthène nous renseigne à cet égard. Il nous est dit que 
lorsqu'il y avait lieu de faire un échange de fortune entre deux 
citoyens (àvTiSodi;), on n'avait pas à tenir compte dans l'estimation 
des biens, des intérêts de chacun dans les travaux des mines. 
Voici le serment qu'on prêtait en cette circonstance : « Je 
fais déclaration exacte et fidèle de ma fortune, à Texception de ce 
que je possède dans les mines d'argent,que les lois exemptent de 



(1) Aristole, Conslitution d'Athènes, Al . 

(2) RaDgabé, Laurion, p. 20, croit que les fermiers formaient une association, 
mais il n'y en a point de preuves. 

(3) Aristote, Constitution d'Athènes, 22: SujjLpouXeuovTcjv tivwv t(3 Bt^jxo) 
0(ave(p.(x<T6ai to àpyuptov, 06[i.i<iTOxXfjÇ exwÀuaev. Cf. Hérodote, VII, 144 ; 
Polyen, I, 30, 5. — Ces deux écrivains n'infirment en rien notre conclusion. Us 
disent simplement que les Athéniens allaient se partager la somme, lorsque 
Thémistocle intervint pour les en détourner. Plutarque,rt6 de Thémistocle, 4, est 
seul à dire qu'il était d*usagc de partager entre les citoyens les revenus des 
mines d'argent. Cornélius Nepos, Thémistocle, t, suit la même leçon. — Malgré 
Plutarque, je crois qu'il vaut mieux s'en tenir au texte d'Aristote, si catégorique 
sur ce point. 



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DU FERMAGE DES MINES A ATHÈNES 199 

tout impôt(l). » Jusqu'où cette àréXeia s'étendait-elle ? Le citoyen, 
qui exploitait une ou plusieurs concessions, échappait-il par le 
fait même à Teisphora et aux liturgies ? Le privilège des conces- 
sionnaires n'était pas aussi absolu. Nous savons en effet par 
ailleurs que personne, à Athènes, n'était exempt des triérarchies, 
ni des contributions levées en vue de la guerre (2). La seule 
exception connue était faite en faveur des Archontes. D'autre 
part, Nicias, dont la fortune consistait principalement dans les 
gros revenus qu'il tirait du Laurion, a payé l'eisphora (3). De 
même, l'adversaire de Phénippos, qui plaide un procès d'anti- 
dosis, dit qu'il est sur la liste des trois cents (4). Or, il n'a hérité 
avec son frère que de 4500 drachmes,et tout le reste de ses riches- 
ses lui est venu de ses mines. 11 est concessionnaire et il est en 
même temps triérarque. Il est donc manifeste que les entre- 
preneurs de mines n'échappaient pas aux charges qui pesaient 
sur les autres citoyens. Dès lors, comment faut-il comprendre 
ràreXeia des mines? Je suppose que Ton exemptait de toute 
charge le capital que le concessionnaire engageait dans son tra- 
vail, et aussi le revenu qu'il en tirait chaque année. Ces deux 
sommes, en effet, payaient un impôt sous forme de fermage, et 
il était légitime qu'elles ne fussent point taxées autrement. Elles 
sont donc aTeXsTç, en ce sens qu'elles ne comptent point dans 
l'évaluation de la fortune imposable, et qu*il n'est pas nécessaire 
de les déclarer lorsqu'on demande l'échange des biens. Quant 
aux excédents de bénéfices qui viennent grossir ou former un 
capital indépendant de l'exploitation, ils rentreront dans le 
régime commun à toute fortune mobilière. Nicias, qui avait, de 
la sorte, amassé plus de cent talents, contribue pour cette somme 
aux eisphoras et aux liturgies. Sous ces réserves, ràxéXeia n'en 
existait pas moins pour les capitaux que l'on employait dans les 
mines, et c'était un privilège destiné à encourager l'industrie du 
Laurion. Remarquons d'ailleurs que cette faveur ne s'adresse 



(1) Démosthène^ XLIl, 18 : ''Oxav 0[i.6(ravT6ç à7rocpa(va>at ttiv ouatav, 
7cpoao[Jivueiv TcJvSe t6v 6'pxov « 'Aicoçavw ttîv ouaiav ttjV ejjLauTou ôpOûç 
xal Sixaitoç, tcXtjV twv êv toi; l^yoïç toT; ipyopeioi;, 6'(ra oî vôjioi aTeXTJ 
TCÊTToiT^xadiv ». CL Tbumser, De dvium Atheniensium muneribus^ p. 40 et 
note 2. 

(2) Démosthèoe, XX, (âS. 

(3) Plutarque. Niciott, A ; Lysias, XVI II, 7 : MeY^Xa; si^i^osà; sIçevy.vo/ôci 
xal XeXeiTOopvYjXÔff» xiXXtffTa. 

(4) Démosthèoe, XLII, 3, 20, 23, . . .etc. 



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200 LES MINES DU LAURION DANS L'aNTIQOITÉ 

qu'aux concessions et non pas aux personnes. Les fermiers des 
mines n'étaient déchargés d'impôts que pour la part de fortune 
qu'ils consacraient à leurs travaux. Ils ne formaient donc point 
une classe à part et ne se distinguaient en rien des autres 
citoyens. 

En résumé, le régime financier des mines à Athènes était d'une 
extrême simplicité et ne différait point de celui qui était appliqué 
au reste du domaine public. Chaque concessionnaire n'acquittait 
qu'un fermage annuel, accepté après l'adjudication, invariable 
pour la durée du bail et variable selon les dimensious de chaque 
lot. Pour l'atélie spéciale, d'autres professions et d'autres métiers 
en profitaient aussi (1), et, en l'accordant aux mineurs du Lau- 
rion, les Athéniens n'avaient point fait une exception. On voit 
qu'ils n'avaient point jugé nécessaire d'instituer pour leurs 
mines un régime particulier. 

IV 

Contentienz et délits. 

L'État, en qualité de propriétaire des mines, et les particuliers, 
en qualité de concessionnaires, avaient des droits qu'il convenait 
de sauvegarder contre la cupidité et la mauvaise foi des indi- 
vidus attirés au Laurion par le désir d'y faire leur fortune. 

L'État pouvait être lésé de deux manières, soit par l'exploi- 
tation illicite d'une concession non déclarée, soit parle refus de 
payer les fermages dus au Trésor public. Le premier cas se pré- 
sentait souvent, et c'est naturel. Rien n'était plus aisé, en effet, 
dans le labyrinthe immense des galeries souterraines, que de 
trouver un coin écarté et peu fréquenté où l'on pouvait travailler 
secrètement; le morcellement et le grand nombre des concessions 
facilitaient pareille tentative. Comment reconnaître dans la foule 
des esclaves, qui circulaient dans les travaux, lesquels appar- 
tenaient à un maître ou à un autre, et, parmi les entrepreneurs, 
si tel était inscrit ou ne l'était point? Il est clair que des frau- 
deurs pouvaient, à la faveur de cette confusion, s'installer dans 
des chantiers abandonnés et s'enrichir sans donner l'éveil à 
personne. Ces empiétements, il est vrai, ne pouvaient guère 

(1) Thumser, De eivium Aiheniensium muneribus, p. 131 et soiv. 



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DÉLITS DE MINES 201 

86 produire que dans les àvaax^tfxafjiéTaXXa ;daos les xaivoTO[jiiai,ils 
étaiect beaucoup plusdifficiles à dissimuler, puisque les travaux 
s'exécutaient le plus souvent à la lumière du jour et sur une pro- 
priété de surface^ surveillée par son possesseur. Je ne sais si 
l'Etat avait institué pour défendre les mines contre toute usurpa- 
tion des magistrats chargés de contrôler les titres légaux de con- 
cessionnaires : c'est peu probable, puisque les auteurs anciens 
n'ont jamais fait allusion à de semblables mesures. Il est vrai- 
semblable que les mines n'étaient pas protégées autrement que 
le reste des domaines publics. S'il est vrai que les démarques 
devaient dénoncer les individus coupables d'empiétement sur 
les biens fonds de l'Etat (1), ils devaient en faire autant pour les 
mines. De plus, et comme pour tous les autres biens fonciers de 
l'Etat, tout citoyen pouvait dénoncer quiconque paraissait exploi 
ter une concession qui n'était pas inscrite, et lui intenter une 
action en justice (2). Le procès qui s'engageait alors s'appelait : 
aYpîtf ou ou àvaTTOYpà^ou fxgTotXXoi» 8tx7j. Tel fut Celui qui fut plaidé 
entre le sycophante Teisisd'Agrilé et les entrepreneurs Philippos 
et Nausiclès (3). Si le prévenu était condamné, la peine qui lui 
était appliquée était sans doute la même que celle qui punissait 
les détenteurs frauduleux des autres domaines publics. Il était 
frappé d'une amende égale au prix ou double du prix de la mine, 
et déclaré aTtp.oc, jusqu'au paiement de la somme due au Trésor. 
Si, au contraire, le délateur était convaincu de fausseté et n'obte- 
nait pas le cinquième des suffrages, il était privé de ses droits 
civiques (4). 

Les concessionnaires qui, pour une raison ou pour une autre, 
ne payaient pas le montant de leurs fermages, voyaient, comme 
tous les autres débiteurs du trésor, leurs dettes doublées. Pan- 
tainétès,par exemple, accuse Nicoboulos d'avoir détourné un fer- 
mage d'un talent et demi que son esclave Antigènes portait au 



(i) Guiraud, Propriété foncière en Grèce, p. 358. 

(2) Suidas, ^Aypâcpou jjLexàXXoi» StxYj* Ei tiç oûv eoôxei XàOsa epyàÇco'ôai 
(leTaXXov, tov [xti àTroYpa'j/atfJLsvov cÇtjv Tto pouXofxÉvo) Y?^f^^^*^ ^*^ 
âXé^xs'^- 

(3) Hypéride, Pour Eux^,nippo8, col. XLIII (éd. Blass) : Teiaioo; tou 
'AYP'^Xfiôev... 67ci(iyvoyp.évoi> tttiv <I>iXi7C7cou xal NauatxXéoyç àTroypà'j^eiv 
xaî Xé^ovroç u>ç ï\ avaTTO^pot^wv p.£TxXXu>v Tce-JtXouTv^xaai... 

(4) Hypéride, ibid. Col., XLIV : Tôv eY/6tpTj<yavTa ouxocpavTetv ayroùç eùÔùç 

7)Tl(4.(OaaV, t6 TcéfJLTlTOV [XSpOÇ T<Sv <J/7^Cpu>V OU (JLSTa86vT6Ç. 



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202 LES MINES DU LAURION DANS L'aNTIQUITÉ 

Trésor, a et, dit-il, il est ainsi cause que j'ai été porté comme 
débiteur du double envers l'Etat (1) ». Comme il est probable 
que les fermages des mines devaient être versés à la neuvième 
prytanie, c'est à ce moment que les retardataires étaient inscrits 
comme débiteurs. En même temps, ils étaient déclarés en état 
d'atimie, jusqu'à leur complète libération. Mais ràTifji^a n'était 
pas totale : les àTi(xoi de cette espèce pouvaient encore aller 
en justice et intenter une action privée. Tel est le cas d'un Athé- 
nien qui plaide contre Phénippos un procès d'antidosis : en 
ce moment même, il doit trois talents d'amende, qu'il n'a 
pas encore acquittés (2). Il va sans dire que lorsque le con- 
cessionnaire se libérait de sa dette, il reprenait immédia- 
tement les droits dont il avait été temporairement privé. L'ad- 
versaire de Phénippos dit aux juges: « Lorsque j'aurai payé 
les trois talents auxquels j'ai été condamné, et que j'aurai un 
peu rétabli mes affaires..., vous reviendrez à moi, i» c'est-à-dire 
(( vous pourrez m'inscrire. à nouveau au nombre des triérarques,» 
ce qui implique pour lui la possession des droits civiques (3). 
Pour sauvegarder ses propriétés minières et garantir le paiement 
des fermages, l'Etat n'avait donc pas recours à une législation 
extraordinaire. Les lois qui protégeaient les autres biens publics, 
maisons ou domaines fonciers, suffisaient à défendre les mines 
du Laurion. 



En revanche, une loi spéciale, dite ô aeraXXixôç vofxoç (4), 
prévoyait les querelles qui pouvaient s'élever entre les conces- 
sionnaires, et avait pour objet d'assurer à chacun la libre jouis- 
sance de son exploitation. Par une bonne fortune assez rare, 
nous connaissons les principaux cas où elle intervenait. « La 
loi sur les mines, dit Nicoboulos dans son plaidoyer contre Pan- 
tainétès, a clairement défini les faits qui peuvent donner lieu à 
des actions en matière de mines. Elle donne une action, entre 
autres, pour troubles apportés à la jouissance de l'exploitation, 

eàv Tiç e;iXX7i Tivà 'zr^ç k^yoLtsia^ (5), )) 11 s'agit ici du caS OÙ un COD- 

(1) Démoslhène, XXXVU, 22. 

(2) Démostbène, XLli, 3 et 32. 

(3) Démosibène, loc, ciL 

(i) Démoslhèoe, XXXVII, Argument et 33. 

(5) Démoslhène. XXXVII. 35; Scliolies de Déinosthène (BuU. Corr. HelL, 
I. p. 14) : 'ESiXaêiv* tô exêiXXeiv xal oîov eïgipyeiv 6ôev xal tj àÇouXTjç SCxtj. 



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DÉLITS DE MINES 203 

cessionnaire était dépossédé de ses chantiers par ua tiers. Par 
exemple, un créancier impatient mettait la main sur les esclaves 
et les minerais d*une exploitation ou saisissait les ateliers métal- 
lurgiques de son débiteur; dès lors, celui-ci était dans Timpossi- 
bilité de continuer son travail. C'est précisément un des griefs 
de Pantainétès contre Nicoboulos. « 11 a mis, dit-il/son esclave 
Antigènes sur mon atelier de Thrasyllos,avec plein pouvoir sur 
tout ce qui m'appartenait, malgré mon opposition. Ensuite, il a 
forcé mes esclaves à s'installer dans la laverie, à mon grand pré- 
judice. 11 a traité le minerai extrait par mes hommes et il détient 
l'argent qu'il en a retiré (1). n 

« Il y a d'autres actions pour toute espèce de torts relatifs à 
l'exploitation des mines. Laisser la fumée envahir les galeries, 
s'introduire à main armée ou pratiquer indûment des fouilles 
dans l'étendue d'une concession, voilâtes autres faits prévus par 
la loi (2).» 

11 était défendu de laisser la fumée envahir les galeries (av 
TucpYi Ttç). Nous savons que les mineurs du Laurion étaient 
souvent obligés d'activer Taérage de leurs chantiers par une ven- 
tilation artiflcielle, et qu'ils y arrivaient en installant des foyers 
de tirage dans un ou plusieurs puits disposés à cet effet. Ils 
avaient également recours au feu, bien que rarement, pour 
faciliter l'abatage d'un minerai trop dur. D'un autre côté, lien 
n'était plus aisé que d'enfumer les mines antiques, telles que 
nous les voyons avec leurs galeries très étroites, très sinueuses. 
Il suffisait d'allumer un peu de bois vert dans un endroit bien 
choisi, où passait le courant d'air ascendant, pour remplir très 
rapidement de fumée toutes les galeries et les puits que celui-ci 
devait aérer. C'était rendre les chantiers intenables pour les 
ouvriers, quand ceux-ci n'étaient pas complètement asphyxiés. 
La loi punissait donc toute tentative criminelle de cette espèce. 



(1) Déraosthène, XXXVII, 25-28. 

(2) Ibid.t 37. Boeckk et Meier, au lieu de tu^t), lisent 6oà'j;y]. La première 
leçon me parait préférable: av 0(pà'j;7) Ttç signifierait simplement: « si quelqu'un 
allume un feu ou met le feu ». Ces deux nuances de sens ne sont acceptables ni 
rune ni l'autre. Il ne pouvait pas exister de défense u d'allumer du feu n dans 
une mine : on en avait souvent besoin pour la ventilation et parfois pour l'aba- 
tage. tt Mettre le feu à la mine » ne s'explique pas davantage. L.a mine n'est pas 
combustible et le boisage des galeries était si peu employé que je ne vois pas 
comment on aurait pu allumer un incendie dans les travaux. Au contraire, le mot 
Tucpeiv, qui signifie remplir de fumée, se comprend aisément. 



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204 LES MINES DU LAURION DANS L*ANTIQU1TÉ 

Je suppose qu'elle ne manquait pas non plus de sévérité envers 
ceux qui, par maladresse, provoquaient aussi l'enfumage d'une 
concession. Nous ne trouvons aucun exemple de pareils délits 
dans les auteurs anciens. Nulle part, non plus, nous ne relevons 
de descente à main armée (av ^TiXa l-Kifi^r^) (1) dans les mines du 
Laurion. 

11 n'en est pas de même des violations de limites. Malgré le 
bornage très exact des lots, il arrivait fréquemment qu'un entre- 
preneur pénétrait dans le lot du voisin. C'est le délit qui 

s'appelait « rb èTctxaTaTsjiveiv twv [xérpcav ivTÔ; » OU « to eiç STepov 
auvTiTpav. » (2). 

La difficulté que les mineurs éprouvaient à se repérer dans leurs 
travaux souterrains devait les amener plus d'une fois à s'intro- 
duire dans une concession qui ne leur appartenait point. Il pou- 
vait y avoir aussi conflit entre deux voisins sur la question de 
savoir à qui revenait un gisement attaqué à la fois par l'un et 
par l'autre? Enfin, la cupidité poussait les individus malhonnêtes 
à s'attribuer par fraude le bien d^autrui. Erreur et vol étaient 
également favorisés par l'irrégularité des mines antiques. C'est 
d'une usurpation illégale que fut accusé cet Épicratès de Pallène, 
dont Hypéride raconte brièvement le procès: un certain Lysandros 
*ravait dénoncé comme ayant abattu du minerai en dehors de sa 
concession (3). Un plaidoyer, faussement attribué à Dinarque, 
traitait aussi une affaire analogue (4). 

Nous connaissons encore un autre délit, que Démosthène n'a 
pas énuméré dans les titres du vôjxo; |xeTaXXix6;. L'auteur de la Vie 
défi A Orateurs dit, dans la biographie de l'Athénien Lycurgue, 
que cet homme d'État avait fait condamner un certain Diphilos, 
qui s'était enrichi en abattant les piliers de minerai qui soute- 
naient les voûtes de ses chantiers (5). Nous avons vu, en effet, 
que les anciens avaient très souvent recours à ce système de 
soutènement toutes les fois que les amas métallifères atteignaient 
une grande épaisseur. Il est clair que rien n'était plus commode 
que de recueillir, en détruisant ces colonnes d'un volume consi- 
dérable, une masse abondante de plomb argentifère, mais aussi 

(1) Démosthène, XXXVII.36. 

(2) Jbid., 36,38; Hypéride, pour Euxénippos^ col. XLIV(édil. Blass). 

(3) Hypéride, loc. cU. 

(4) Dinarque, fragm. 78, p. 452 (édit. Didot). 

(5) Vie des X Orateurs, lycurgue, 34. 



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DÉLITS DE MINES 205 

neo n'était plus dangereux. L'enlèvement on raffaiblissement de 
ces étais naturels pouvait causer les plus graves catastrophes. 
Si le toit de la cavité venait à fléchir, c'était un éboulement 
énorme, dont nul ne pouvait prédire toutes les conséquences. 
On attribue à un affaissement de ce genre la formation d'un trou 
immense, appelé au Laurion le trou de Kitzo, qui n'a pas moins 
de 250 mètres de diamètre avec 70 à 80 mètres de profondeur (1). 
Sans atteindre toujours ces proportions, un éboulement, dans 
les grands chantiers, pouvait entraîner la mort de nombreux 
esclaves et arrêter le travail d'exploitation pendant de longs 
mois. On conçoit donc aisément que la loi ait formellement 
interdit de toucher aux piliers du minerai. 

EnGn, la loi sur les mines donnait des actions spéciales au 
sujet des rapports entre associés concessionnaires. Elle prévoyait 
les conflits d'intérêt qui pouvaient s'élever entre eux, et établis- 
sait sans doute les responsabilités de chacun (2). 

Tels étaient les objets principaux des 5ixat [xcxaXXixai (3). Ces 
procès de mines étaient instruits par les Archontes Thesmo- 
thètes (4), et ces magistrats en saisissaient un tribunal parti- 
culier, le [i6TaXXixbv 8ixa(r:rjpiov (5). Selon toute probabilité, ces 
causesdevaientêtre entendues et jugées dans le délai d'un mois(6). 
Il est en effet assez naturel de penser que les Athéniens évitaient 
en ces matières les lenteurs de la justice ordinaire; tout retard 
dans le règlement des affaires de mines pouvait causer un grave 
préjudice à la marche d'une ou de plusieurs exploitations, et 
comme la jouissance des lots était limitée à un temps rela- 
tivement court, on avait intérêt à ne pas attendre pendant des 
mois l'issue d'un procès. 



Les pénalités qui frappaient les diverses atteintes portées à 
la liberté ou à la sécurité du travail des mines, variaient évi- 

(1) Cambrésy, Laurion, p. 20. 

(2) Démosthèae, XX XVII, .38. 

(3) Démo8tbèD6,XXVVn,2; Aristote, Constitution (T Athènes, 52. Cf. Meier- 
Schoemano, Der Attise fie Process, pp. 634-635 (édit. Lipsius). 

(4) Démosthène, XXXVII, 2; Aristote, Constitution cC Athènes, 59; Pollux, 
VIll, 88. 

(5) Démosthène, XXXVll, Argument, Cf. ibid. 33. 

(6) Démosthène, XXXVII. 2 ; Aristote, Constitution (rAthènes,69; PoUux, 
VIII, 88. Cl. Daremberget Sagllo, Dict, des Antiquités, arUcle Emmbnoi dikai. 



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206 LES MINES DU LAUniON DANS l'aNTIQUITÉ 

demment de Tune à l'autre. Les trois premiers délits ne lésaient 
que les particuliers, les deux derniers intéressaient les parti- 
culiers et TEtat : par suite, la rigueur des châtiments ne pouvait 
être la même. Nous ignorons quels étaient au juste les châti- 
ments que subissaient les individus convaincus d'avoir injus^ 
tement dépossédé un concessionuaire, d'avoir enfumé ses galeries, 
ou qui s'était rendu coupable d'une attaque à main armée. Il est 
certain que le plaignant avait d'abord le droit, comme tout 
citoyen, d'intenter à son adversaire une hUr^ pXâ^vj; ou une BtJtTj 
piaiiov (1). Dans les deux cas, le coupable était condamné à indem- 
niser la victime de ses violences, et c'était une peine pécuniaire 
qui lui était infligée. Mais il est très probable que les conces- 
sionnaires avaient recours à une action plus décisive, à la hUr^ 
i^ouXïjç (2). En effet, le fermier d'une mine peut être assimilé à 
l'acheteur d'un bien vendu par l'Etat : il est, nous le savons, 
désigné par le titre de wvTjTr,; sur les documents officiels. Par 
suite, la jouissance de son bail ne doit pas être troublée indû- 
ment : elle est garantie par les Poiètes (3). Je ne vois pas de 
garantie plus efficace que la ZUri eçouXir|ç,qui était la plus prompte 
et la plus sérieuse des procédures. Il n'était sans doute même 
pas nécessaire, pour avoir le droit d'y recourir, d'avoir été dépos- 
sédé d'une concession : il suffisait qu'il y ait eu trouble dans la 
jouissance (4). S'il n'est pas certain que cette dernière distinction 
fût applicable à tous les biens publics, quels qu*ils fussent, on 
peut croire cependant que les entrepreneurs de mines, qui cou- 
raient tant de risques dans leurs travaux, étaient protégés par 
cette mesure particulière. Le coupable était sans doute condamné 
à une amende, et peut-être même, s'il était concessionnaire, 
l'Etat lui reprenait-il sa concession. 

La violation des limites et la destruction des piliers de soutè- 
nement constituaient des délits beaucoup plus graves, parce que 
l'Etat se trouvait lésé, non moins que les particuliers. En effet, 
dans les deux cas, le prévenu avait outrepassé les droits que lui 
conférait son contrat : ou bien il sortait des limites qui lui avaient 



(1) Meier-Schoemano, Der AttUche Process, pp. 643-616, 650^57. 

(2) PoUux, VIII. 59. *H 8ê tt^ç eÇouXyj; Sixiq Y^Y^eTat, oxav tiç tov àx 
STjjxoffiou 7upiâ|xevov (XTf| kx xapTiouciOat a l-TipiaTO. — Cf Harpocralion , au 
mot 'EÏouXtiç 8ix7i ; Buli, Corr. HelL, I, p. 14. 

(3) Aristote, ConsUlution d'Athènes, 47. 

(4) Daremberg et Saglio, Dict, des Antiquités, article Exoulê (Cb. Lécrivaln). 



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DÉLITS DE MINES 207 

été imposées par la 8iaYpa(pii^, ou bien il abattait uu minerai qui 
n'avait été compté pour l'évaluation du fermage. Ainsi, nos 
seulement il avait volé le concessionnaire voi&iA, mais il avait 
encore frustré le Trésor, sans compter les dangers qu'il faisait 
courir à la mine par son imprvdence, lorsqu'il démolissait les 
piliers des voûtes. Poar ces raisons, le délit étût de ceux que 
l'on pouvait poirrsuivre par une action publique. C'est ainsi qu'il 
était donné à tout citoyen de dénoncer le coupable (1). De plus, 
les peines qu'on lui infligeait étaient infiniment graves.Diphilos, 
convaincu par Lycurgue de s*étre enrichi en extrayant le minerai 
des piliers, fut condamné à mort; ses biens furent confisqués et 
partagés entre les citoyens (2). Pour une simple violation de 
limites, le coupable devait rendre le minerai abattu ou volé en 
dehors de sa concession, et payer en outre une amende égale à 
la valeur du minerai; il est probable qu'on lui retirait aussi son 
lot. 

Telles étaient les dispositions principales de la loi sur les 
mines. Il convient de remarquer que cette loi ne protège que les 
biens et non pas les personnes. Je veux dire que les concession- 
naires n'avaient par eux-mêmes aucun privilège, dès qu'il ne 
s'agissait plus d'une afiaire intéressant directement les mines. 
Quelques-uns essayaient cependant de faire rentrer dans les 
8îxai [xeTaXXiJtai toutes les questions qui les touchaient et espé- 
raient, grâce à une procédure spéciale, en arriver plus facilement 
à leurs fins. C'est le cas de Pantainétès, contre lequel est écrit 
le plaidoyer de Démosthëne. Ce personnage, propriétaire d'un 
atelier métallurgique et en môme temps concessionnaire d'une 
mine, « a emprunté sur son atelier une somme assez forte à 
» Evergos et Nicoboulos par contrat pignoratif. Il a été expulsé 
)) par Evergos, assisté d'un esclave de Nicoboulos ; mais, dans 
» l'exécution de cette mesure rigoureuse, des excès ont été com- 
» mis. Pantainétès a intenté contre Evergos l'action de dommage 
)) (ùixr^ ^Xx^T^;). U Ta fait condamner à une somme de deux talents 
» à titre de dommages-intérêts. Quelque temps après, il intente 



(1) Anecdota graeea de Bekker, I, p. 315 : ^ol<jiç' [xrjvufftç Tcpbç toù; 
àp)rovTa; Jtaxà tô5v OttoP'jttôvtcov to fxsraXXov ; Scholies de Oémosthène 
(éd. Didot) p. 736: <l>àffiç tjv rh ^paivsiv tojç tzsoX Ta [léxaXXa àoiJtouvTa;... 
'EîpatvovTO ôÊ TCpb; tov i^yo^^TOL... o oï io/wv TcaosSiSou tyjv xpiciiv 
8ixa(mr|pia>. Cf. Harpocration, au mot 4*x(tiç. 

(2) Vie des ï Orateurs, Lycurgue, 34. 



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LES MINES DU LAURION DANS L*ANT1QUITÉ 

» la même action, aux mêmes fiDs^cootre Nicoboulos,à raison du 
» fait de son esclave (1). )> Mais, dans sa plainte, il mêle très 
habilement deux ordres de faits distincts : il accuse à la fois 
Nicoboulos d'avoir porté atteinte à sa concession de mines 
(ji.éTaXXov) (2) en ordonnant à son esclave de s'emparer des fer- 
mages qu'un serviteur portait au Trésor, et, en même temps, 
d'avoir mis la main sur l'atelier métallurgique (IpYaaTiîpiov) (3) et 
de l'avoir mis en vente. Le second grief est exact, le premier est 
faux. Mais l'un permettait à Pantainétès do mener Nicoboulos 
devant le ji.eT(xXXtxbv Sixa(mqpiov et de lui intenter une ixeraXXix-ri Sixr,. 
L'autre, au contraire, rentrait dans les griefs de droit commun. 
Nicoboulos ne se laisse pas prendre à ce piège et plaide de l'in- 
compétence du Tribunal. Il fait alors ressortir qu'il ne s'agit point 
en son affaire d'une question de mine. « Un homme achète une 
mine à l'État. Au lieu (ie se conformer au droit commun, qui 
règle pour tout le monde la procédure à suivre, soit comme 
demandeur, soit comme défendeur, ira-t-il plaider comme en 
matière de mine, s'il emprunte, si l'on dit du mal de lui, s'il 
reçoit des coups, s'il est volé? Ace compte,Pantainétè8,tous ceux 
qui te confient leurs choses ou leur argent sont exposés à être 
poursuivis par toi d'une p.eTaXXixTfi 8(x7i (4). » On le voit, la loi sur 
les mines ne permettait d'actions spéciales que pour un certain 
nombre de faits prévus d'avance. Le concessionnaire n'avait de 
privilège que pour garantir sa concession, et rien que sa con- 
cession. Tout délit, qui n'intéressait pas directement et au premier 
chef l'exploitation, ne pouvait être poursuivi que selon la pro- 
cédure commune. 

En somme, les mines, sauf sur un petit nombre de points, ne 
faisaient point l'objet d'une législation particulière. Elles étaient 
protégées par la même procédure et les mêmes garanties que le 
reste du domaine public. Les pénalités, réservées aux délits de 
mines, ne différaient point en général de celles qui punissaient 
les autres délits envers les propriétés de l'Etat. On s'était borné 
à prendre, dans une loi spéciale, des mesures de protection qui 
ne pouvaient être prévues par les lois ordinaires : il était difficile 



(1) R. Dareste, Plaidoyers civils de Démosthène^ I, p. 249 et suiv.; Scbaefer, 
Demosthenes und seine Zeit, III, pp. 200-207. 

(2) Démosthène, XXXVII, 22. 

(3) Ibid., 25, 29. 

(4) Ibid,, 37-38. 



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DELITS DE MINES 909 

de faire moins. Les Athéniens évitaient de leur mieux U multi* 
plicité et la complication aussi bien dans les institutions judi* 
ciaires, que dans lorgauisalion des finances. C'est peut-être 
pour cetle raison que nous trouvons si peu de renseignements 
sur le rêuimo léjr^l ou financier des raines du Laurion : elles 
étaient, autant que |>ossible, traitées et administrées comme les 
autres biens de l'Etat. 



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APPENDICE 



NOTICE SUR LA CARTE DU LAURION ANTIQUE 



La carie qui accompagne ce livre n'a pas d*autre objet que 
(1*60 éclairer le texte, en montrant quel est Tétat actuel de nos 
connaissances sur la région du Laurion. Mais j*ai pensé quil 
convenait de faire reposer l'étude archéologique des mines sur 
une étude préalable du sol ; c'est pourquoi le relief du terrain a 
été dessiné avec toute la précision possible (1). Les formes de ce 
relief étaient délicates à rendre; il fallait faire surgir la direction 
des faites et des sillons principaux en respectant leur valeur iné- 
gale; accuser les résultats de Térosion sans les exagérer; noter 
le tracé des vallées et des ravins, les crêtes aplanies, les plaines 
comblées, sans se perdre dans un détail confus; il fallait mar- 
quer le caractère des calcaires en falaises et des schistes aux 
pentes douces. Je crois que M. Létot, dessinateur de la carte, y 
est parvenu, et je le remercie des soins intelligents qu'il a bien 
voulu apporter à son ouvrage. 

L'indication du relief du sol nous aide à mieux comprendre 
Tœuvre des anciens dans la rép^ion minière. Il va sans dire qu'il 
était impossible de porter sur la carte la masse innombrable des 
travaux antiques; on s'est borné au nécessaire, mais en respec- 
tant la répartition proportionnelle des puits de mines et des 
entrées de galeries selon les divers districts ; je n'ai point à mon 
gré fait le blanc et le noir. On voit les attaques des mineurs 



(1) Le tracé des courbes hypsométriques a été réduit, d'après les Karlen von 
ÀUika de Curtius et Kaupert, feuiUes 13, U, 16, 17. 



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NOTICE SUR LA CARTE DU LAURION ANTIQUE 211 

courir d'abord le long du versant oriental, pour venir se multi- 
plier ensuite sur les plateaux du Sud et du Nord, d'où ils redes- 
cendent à la fin dans la plaine d'Ari : elles se pressent surtout 
autour de Camaréza, au-dessus des grands gisements du troi- 
sième contact. Les ateliers métallurgiques, disposés au pied 
des pentes, épousent les formes des vallées et du plateau septen- 
trional: j'en ai marqué les limites exacies,tellesque jeles ai rele- 
vées sur le terrain, sans rien ajouter de ce que Ton peut prévoir. 
L'enlèvement successif des rejets et des scories antiques mettra 
sans doute au jour d'nutres groupes d'ateliers, et sous ce rapport 
la carte ne nous donne que ce qui est connu aujourd'hui. 

Pour la topographie ancienne, il a fallu garder la même réser- 
ve : il n'est pas difïïcile de mettre des noms sur la carte, il est 
moins aisé de prouver l'exactitude des positions. Aussi me 
suis-je abstenu, au risque de paraître en défaut, de porter des 
noms que je ne saurais identifier avec certitude. 

Lexlrémité méridionale de TAltique comprenait les dèmes 
d'Anaphlystos, d'Azénia, de Sounion, de Thoricos, de Bésa et 
d'Amphitrope (1). On place Anaphlystos sur les bords du golfe 
Saint-Nicolas, et l'on en reconnaît encore le nom antique dans le 
nom altéré du hameau d'Anavyssos. C'était un port et un fort (2) 
Or, on retrouve au Sud-Est de la baie, les ruines d'un port 
antique et des restes de mur qui ont pu appartenir à l'enceinte 
delà forteresse. 11 se peut toutefois que la ville proprement dite 
ait été située à quelque distance de ce point. Rien n'indique alors 
qu'on puisse choisir une place plutôt qu'une autre. Le dème 
d'Azénia, queStrabon nomme après Anaphlystos et avant Sou- 
nion, se place en face de l'ile de Patrocle (3). Il y avait là au 
bord de la mer une petite plaine au débouché d'une courte vallée 
qui semble propre à recevoir un village. Mais il ne faut pas se 
dissimuler que ceci n'est qu'une hypolhèse : aucune preuve 
positive ne nous donne tort ni raison. La question, du reste, 
est de petite importance : le dème d'Azénia n'a jamais beaucoup 
intéressé les anciens, et nous ne connaissons rien de son 
histoire. 



(1) Sirabon, IX, 1, 21 el22; IX, 4, 5; CIA, Iï,780;782ft. 

(2)Scylax, Périple, h7; Xénophon, Revenus, IV, 43; Hérodote, IV. 99. CC. 
Leake, Demiof Atticayp, 59. Terrier, Mim. sur le Sounion et la côle de VAtti- 
que, p. 1O2-103 [Archives des missions scientifiques, 2^ série, l. III, 1866.) 

(3) Bursian, Géographie von Griechenland, I, p. 355; Leake, Demi, p. 01. 



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212 LES MINES DU LAURION DANS L'aNTIQUITÉ 

Le dëmede Sounion au contraire avait un nom plus illustre. 
Les habitants en passaient pour de riches citoyens, et il était 
encore, au V^ siècle, un 8f,(i.o; àÇiôXoYo; (1). A l'inspection des 
lieux, il. est hors de doute que la ville ne s'étalait point sur le 
promontoire, au pied et en arrière du temple. 11 n*y a pas là 
d'espace suffisant pour une population quelque peu nombreuse. 
Au reste, Strabon fait entendre qu'il faut doubler le cap Sou- 
nion de TEst à l'Ouest pour relever ensuite le dème de ce nom. 
Il y a donc lieu de distinguer le groupe de l'acropole et des tem- 
ples et celui de la ville. Celle-ci avait un port qui est sans doute 
le port Panormos ou le port Pacha ; on y reconnaît encore les 
vestiges d'un môle antique. Une route reliait le port au gros de 
la ville située, selon moi, quelque part vers le mont Michel. Des 
ruines d'édifices et des tombeaux très nombreux se montrent sur 
le sol. On a de plus retrouvé dans les environs, au point indiqué 
sur la carte, une inscription qui nous apprend que le dème avait 
reçu d'un particulier nommé Leukios, un terrain pour en faire 
un marché. La stèle portant acte de la donation était placée sur 
l'agora (<xT7i<iai ev tyj àyopa) (2). Que le cap ait porté le nom du 
dème, il n'y a pas à s'en étonner, mais ce n'est pas une preuve 
que la ville proprement dite se trouvât précisément là, et non 
point à quelque distance. 

Quant au dème de Thoricos, on ne saurait émettre de doute 
sur son emplacement. Le nom a subsisté sous la forme moderne 
Théricos, en s'appliquant au village qui avoisine les ruines du 
théâtre et les toursdes anciennes fortifications. L'agora se trouve 
près de là, et c'est sans doute tout autour sous le manteau d'allu- 
vions qui couvre la plaine, qu'il faudrait chercher les vestiges 
de la ville. 

Il reste deux dèmes, Bésa et Amphitrope, qui ne sont point 
identifiés avec la même certitude. Il est cependant une hypothèse 
assez vraisemblable. Xénophon dit, dans les Revenus (3), que 
Bésa se trouvait à mi-distance d'Anaphlyslos et de Thoricos, et 
conseille à ses concitoyens d'y construire sur un point élevé une 
troisième forteresse qui protégera la région des mines. L'endroit 



(1) Fragm. Poet. Comic. Graer,, p. 410, fragm. 1, (éJ. Wdol). — Strabon, IX, 
i, 22 : Kdjx^avTi 8k Ty,v xaxà to Souviov axoav àçK^Xo^oç 8f,[i.oç Soûvtov. 

(2) CoTàîMà, Antiquités Lanrioliques, iîittheil. Arch. Inst., Athen. XIX, 
1894, p. 242. 

(3) IV. U. 



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NOTICE SUR LA CARTE DO LADRION ANTIQUE 213 

visé se trouve sur la carte aux environs de Camaréza. Je crois 
que l'emplacement de Syntérini convient assez bien à toutes les 
exigences. C'est un point de passage nécessaire pour qui, venant 
du Nord au Sud, veut atteindre le centre môme du district et 
descendre sur Sounion. Le col qui mène à Syntérini à Cama- 
réza est facile à défendre, et la hauteur qui s'élève auprès du 
Ripari se prête à l'établissement d'un fort. Au pied, vers le 
Nord, commence le plateau ondulé qui se prolonge jusqu'à 
Plaka. C*est un des coins rares au Laurion qui peuvent se prêter 
à la culture. Enfin, des ruines considérables, et qui ne sont pas 
uniquement celles d ateliers métallurgiques, parsèment le sol 
sur quelques centaines de mètres. De tout temps, dans l'anti- 
quité comme de nos jours, c'était une position désignée par la 
nature pour l'établissement d'un centre important (1). 

Pour Amphitrope, qui était, nous le savons, dans la région des 
mines, il y a lieu d'en reconnaître la position au Nord-Ouest 
de Plaka. Est-ce une altération du nom qui subsiste dans le mot 
Métropisi, qui s'applique à un petit groupe d'habitations placé 
au pied du Paneion? Le mot Amphitrope vient sans doute de ce 
que le dème était situé à un carrefour de routes. L'emplacement 
choisi par Stuart (2) est bien en effet un carrefour d'où parlent 
les chemins qui vont à Anaphlystos au Sud Ouest, à Bésa au 
Sud, à Thoricos au Sud-Est. J'ai constaté en cet endroit, sur une 
éminence aux pentes douces, la présence de ruines assez nom- 
breuses ; les fragments de marbre abondent, et je sais qu'on y a 
trouvé beaucoup d'antiquités, et même une statue. Il faut 
sans doute y reconnaître les vestiges du dème d'Amphitrope. 

On possède encore quatre noms qui appartiennent à l'onomas- 
tique du Laurion ; ce sont les noms de Maronée, Aulon, Laureion 
et Tbrasyllos (3) ; ce n'étaient point là des dèmes, et pas un indice 
ne prouve que ces bourgs aient joui d'une organisation munL 
cipale. C'étaient des centres de mines et d'ateliers, qui dépen- 
daient politiquement des dèmes, sur le domaine desquels ils 
étaient dispersés. Pour Maronée, la question de position a un réel 



(1) Voir plus haut, pp. 139-140. 

|2) Stuart, Antiquités d*Àthènes, il, p. 220. 

(3) AùXoSv, Escbine, 1, 121 ; Suidas, au mot AùXwve;. — 'Eirl 6pa<ruXXo), 
Eschine, loc, cit.; Démosthène, XXXVII, 25; Harpocration, au mot *Etz\ S^%- 
(TuXXo) ; CIA, II, 780. — AaupEÎov : ClA, II, 780; Andocide, I. 38-39. 

Pour Maronée, voir les textes cités plus haut, p. 140, note 3. 



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214 LES MINES DU LAURION DANS L' ANTIQUITÉ 

intérêt, et j'ai essayé de démontrer ailleurs qu'il fallait en 
reconnaître remplacementàCamaréza, sur le lieu des grands tra- 
vaux du troisième contact. Pour les autres bourgs, le problèmeest 
tout à fait obscur. Je n'ai ^pas osé porter Aulon sur la carte. 
Nous n'avons, pour identifier ce bourg, qu'un renseignement 
très vague fourni par une inscription : nous y voyons qu'une 
concession ,de raines, appelée « 'A(ppo8i<xiax<îv, » située dans le 
dème de Bésa, était bornée au sud par la route d'Aulon à 
Bésa (1). Cette route allait donc de l'Ouest à l'Est ou de l'Est à 
l'Ouest. Mais l'orientation des concessions n'avait peut-être 
pas la précision que comporterait pour nous l'emploi des mots 
pop^aôev, voTôôev, etc. Xénophon dit, par exemple, qu'Ana- 
phlystos est sur la mer méridionale, et Thoricos sur la mer 
septentrionale (2). Une route qui est portée au Sud d'une con- 
cession peut donc s'entendre d'un chemin qui va du Sud Est 
au Nord-Ouest ou réciproquement. Cette donnée unique, et 
encore n'est-elle qu'une hypothèse (3), ne peut guère nous 
éclairer sur la position d'Aulon. Pour Laureion, je ne me dissi- 
mule pas que la place que je fixe à ce bourg n'est rien moins que 
certaine. La question est de savoir d'abord si le nom ne s'ap- 
plique pas seulement à l'ensemble de la région minière, ou s'il 
était encore porté par un village particulier. Le fait que ce 
village se trouve mentionné dans un acte de concession (4) me 
paraît prouver qu'il s'agit bien d'un village : il n'eût pas été assez 
précis de situer une concession èv Aaupeiw, s'il s'agissait du dis- 
trict des mines tout entier. De plus, la plupart des textes où le 
nom est cité peuvent s'entendre aussi bien d'un lieu particulier 
que de la région prise dans son ensemble (5), et même dans ce 
ce dernier sens, le nom ne fut employé qu'assez tard. Hérodote, 
voulant donner une idée de l'isolement de la Chersonnèse 
Taurique, la compare, assez inexactement d'ailleurs, au triangle 



{i)r/4,ii, 782. 

(2) Xénophon, Revenus, IV, 43. 

(3} La lestitotion du passaj^e dans rioscription n'est pas certaine. Cf. Hansen, 
De metatlis Atticis, p. 14. 

(4) a4, II, 780. 

(5) Nom de lieu : Hérodote,VIÏ. U4. Andocide, I, 38-39; Thucydide. II, 55; Pau- 
sanias, i,l; liésychius et Suidas, au mot FXauxeçXaupecoTcxai et FXau^ iTiTarai; 
Pholius, Aaùptov tottoç Tf|; 'Attixti;. Nom de la région : Thucydide, VI, 91. 
Plularque, A'icias, 4, emploie l'expression y) AaupetoTtxr, (yYj) ; Thémistocle, 4 : 
Yj Aa'jpscoTtx'/) TipôcoBoç. 



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NOTICE SUR LA CARTE DU LAURION ANTIQUE 215 

du SounioD qui s*appuie sur Thoricos et Anaphystos ; or, il est à 
remarquer qu'il ne désigoe pas cette région sous le nom de 
Laurion (1). Je crois donc que Aaûpe^ov désigna tout d'abord le 
village où furent exploitées les mines d'argent et que le nom 
s'étendit plus tard à toute la région des mines. Dans ces condi- 
tions, j'ai pensé qu'il convenait de le placer sur le bord de là mer 
orientale, là où, selon toute probabilité, furent découverts les 
premiers gisements de plomb argentifère (2). Quant au lieu 
appelé iid 8pa<ruXXa> OU 6pa9uXXou (i.viQp.aT(, OU peut conclure du 
rapprochement de deux actes de concession qu'il appartenait au 
dème de Bésa (3). La concession 'A(ppoS«riaxov est située une fois 
dans le dème de Bésa, une fois à Thrasyllos. S'il s'agit de la 
même concession, et nous n'avons pas de raison de soupçonner 
Je contraire, la conclusion s'impose. Maintenant Thrasyllos 
était-il au Nord ou au Sud de Bésa, je l'ignore; la place que je 
lui assigne sur la carte n'est pas certaine. 

Les points habités étaient reliés entre eux par un réseau de 
routes, dont nous retrouvons les traces sur le terrain, ou la 
mention dans des inscriptions. Les vestiges les plus importants 
de routes antiques se montrent au Sud du Laurion, sur le flanc 
oriental des collines qui séparent le cap Sounion du val Agri- 
léza (4). On en relève encore près du temple de Poséidon, au bord 
de la baie de Sounion (6), le long delà baie de Thoricos (5), sur le 
Plateau du Sud aux environsdeSouréza(7),etau Nord même du 
Laurion, àl'entrée du ravin Potamo. Des inscriptions font mention 
de routes qui reliaient Thrasyllos, Aulon et Bésa (8). Ces routes 
servaient au transport des minerais et des métaux, et un charroi 
très actif y circulait; on voit encore en plus d'un point les 
ornières creusées parles chars antiques. 



(1) Hérodote, IV. 99. 

(2) L'identitication AaùpEiov «■ Legrana me parait peu fondée. C( Hanson, De 
metallis AUicis^ p. 25. On s*est livré à de longues discussions pour savoir si ce 
nom s'appliquait à une montagne, à un dème, à un port: c'est peine bien inutile. 
Voirie résumé de ces recherches dans Boeckh, Laur. Silb., p. 86 et siilv. Les 
élymologies de Aaupiov proposées par divers auteurs sont de pures fantaisies. 

(3) Cl A, II, 780 et 781 b. Voir plus haut, p. 140. 

(4) V. la carte. 

(5) H.inrioi, Dèmes de VAttique, p. 209. 

(6) Cordella ; Laurion, p. 82. 

(7) C/.4, 11.782 6. 1. 4, 7; 782,1. 3.10; 781,1. 11. 

(8) C/.4,1I, 781. 



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216 LES MINES DU LAURION DANS L'ANTlQUITé 

La carte fournit encore quelques détails qui demandent une 
justification. J'ai indiqué la position de deux concessions; celle 
de Poséidon au sud, celle de Philémon, un peu au nord de la 
précédente. Bursian, le premier, a supposé que le no<i£i8wviaxbv 
(jlstœXXov se trouvait aux environs du temple de Poséidon. Son 
hypothèse repose sur le fait que la concession appartenait au 
dème de Sounion (1). Je la crois juste et j'ai attribué ce nom à un 
groupe de travaux que Ton remarque non loin de l'emplacement 
du temple de Poséidon. Quant au «tiXïjjjLoviaxbv ji.éTaXXov, je le 
place dans la vallée Botzaris, où M. Bourguet, membre de l'Ecole 
française d'Athènes, a découvert une des bornes de la conces- 
sion (2). Par la même méthode, j'ai porté les ateliers de Pheidon 
d'Aixoné et de Smikythos de Paianée aux lieux où l'on a décou- 
vert les bornes hypothécaires qui les concernent (3). J'ai bien 
essayé encore, d'après les fragments des diverses Sia^paGai qui 
nous restent, de retrouver, pour quelques concessions, leur posi- 
tion relative, mais dans l'état de nos connaissances les résultats 
auxquels j'arrive sont trop incertains pour mériter d'être pu- 
bliés (4). Enfin les indications de ruines diverses, tombeaux, 
murs, sont portées sur la carte d'après mes relevés ou les don- 
nées de la carte allemande après vérification. On peut regretter 
que là se bornent nos renseignements. Il est fâcheux que l'enlè 
vement des scories et des résidus des laveries antiques n'ait pas 
été exécuté avec plus de respect pour les ruines; mais ce travail 
n'est pas fini, et Ton peut encore espérer que des découvertes 
épigraphiques viendront combler quelques lacunes dans la 
topographie du Laurion. 

(1) Bursian, Géographie von Griechenland^ I, p. 355, note t. 

(2) Bull. Corr. HelL. 1894, p. 532. 

(8) Cordella, Laurion, p. 36 et 114. Cf. CIA, II, 1122, 1128. Voir Hansen, 
De metallis A tticis, passim . 

(4) M. Hansen a tenté le même efTort, mais sans arriver non plus à des résultats 
défîuitirs. 



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TABLE DES MATIÈRES 



Préface 1 

Bibliographie 3 

PREMIÈRE PARTIE 

Chapitre. 1. — Description du Laurion 5 

— II. — Les gisements métallifères 13 

— III. — Exploitation de la mine 21 

— IV. — Traitement métallurgique du minerai... 59 

— V. — Organisation du travail. — Main-d'œuvre. 

— Population 9i) 

— VI. — Produits et commerce du Laurion 110 

DEUXIÈME PARTIE 

— VU. — Histoire du Laurion 126 

I. — Les origines 126 

II. — Grande époque du V«etduIV« 

siècles 136 

Uï. — Décadence 159 

— Vin. — Régime légal des mines à Athènes 166 

ï. — Droits de l'État 167 

II. — Droits des concessionnaires. . 177 

III. — Fermage des mines 188 

IV. — Contentieux et délits 200 

APPENDICE 

Notice sur la carte du Laurion 210 

Table des matières. 



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ADDENDA ET CORRIGENDA 



P. 


10, 


ligne 30, 


lire : 


plaine de Thoricos. 


p. 


63. 


note 1 , 


ajouter 


: Diodore copie et complète, dans tous 
les passages relatifs aux mines de 
la Haute Egypte, le texte d*Aga- 
tharchide. Voir Geographi graeci 
minores {é(\, Didot) I,p. 125etsuiv. 


p. 


84. 


note 1, 


lire ; 


excocta sua materia. 


p. 


103. 


ligne 25, 


lire : 


Pantainétès. 


p. 


105, 


ligne 12. 


lire : 


Nicératos. 


p. 


113, 


note 5. 


lire : 


Laurion. 


p. 


116, 


ligne 30, 


lire : 


Anytos. 


p. 


121, 


note 1, 


lire : 


définitivement. 


p. 


129, 


note 1, 


lire : 


Die Sentit iachen. 






note 3, 


ajouter 


: IX. 2, 3. 


p. 


130, 


note 1. 


ajouter 


: Cf. Strabon. m, 2, 14. 


p. 


132. 


note 2, 


lire : 


*AXù6y,ç. 


p. 


133, 


ligne 33, 


lire : 


les mines d*or et d'argent. 


p. 


134. 


ligne 7, 


lire : 


du monde grec en métaux précieux. 






ligne 9. 


lire : 


allaient chercher de l'argent. 


p. 


177, 


ligne 25, 


lire : 


Epicratès dé Pallène. 


p. 


181. 


ligne 25, 


lire : 


Epicratès de Pallène. 



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\ I 



L' 



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LILLK — lUPRIMRRIB Lt KIOOT FR^BK» 



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